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30/01/2008

La médecine qui tue... aux Etats-Unis. Iatrogénie, le sujet tabou en France.

Voici un article qui donne de quoi réfléchir sur les risques qu'il y a à faire mauvais usage de la médecine et de tous ses instruments et outils. Il s’appelle Death by Medicine. Je viens de trouver une traduction française, pas extraordinaire, mais ce ne sont pas ses qualités littéraires qui comptent... Il peut être lue en complément des notes dans la catégorie "Désinformation médicale".

Le titre en anglais suggère à la fois la mort causée par la médecine et par le médicament. Mort sur ordonnance, en gros, pour désigner les conséquences les plus graves de la « iatrogénie ». Ce terme  désigne « l’ensemble des évènements indésirables consécutifs à l’action médicale ; cette action pouvant être effectuée par des médecins, le personnel para-médical et tout personnel de santé habilité. La iatrogénie regroupe, selon le vocable utilisé dans la Loi du 4 mars 2002, les accidents médicaux, les affections iatrogènes et les infections nosocomiales ».


Il est à la mode en France d'évoquer les progrès faits dans la lutte contre les infections nosocomiales, mais on ne sait pas par rapport à quels indicateurs de base ce progrès se fait. Et on ne sait surtout pas quels sont les chiffres de la iatrogénie en général, de la iatrogénie médicamenteuse en particulier. De temps à autre, les media français font des annonces du genre : cette année, 100.000 accidents iatrogènes ont été enregistrés aux Etats-Unis, et les journalistes le disent comme si ce problème était exotique et ne se posait pas en France. On n’en parle pas, donc il n’existe pas… Il y a très peu de tentatives de chiffrer la iatrogénie en France, et inutile de dire qu’on n’en parle pas au journal de 20 heures. Pourquoi?

En bonne partie parce qu'il ne faut pas égratigner le mythe du meilleur système de santé au monde ; ce mythe a des fonctions socio-économiques et idéologiques bien précises. Il sert à occulter beaucoup de problèmes, tels le laxisme vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique, l’absence totale de protection des usagers, l’impossibilité pratique de demander des comptes aux firmes comme aux médecins, etc. Le même mythe sert à faire passer la pilule des déremboursements, des franchises sarkozystes, des inégalités criantes dans l’accès aux soins. Et bien d’autres.

Cette analyse américaine est faite par plusieurs médecins affiliés au Nutrition Institute of America, dont le plus connu est Gary Null, pas franchement un ami des multinationales pharmaceutiques… Les adversaires de ces médecins disent qu’ils discréditent la médecine « allopathique » pour promouvoir leur propre approche, « alternative », holiste, homéopathique, basée sur la nutrition et avec plein de produits dérivés à la clé, dans le genre des compléments alimentaires. Mais personne n’a pu leur reprocher jusqu’ici de déformer les chiffres, les statistiques et les références concernant la iatrogénie. Quant aux projections et estimations, elles comprennent bien entendu une part d’aléatoire. (La traduction française n’inclut pas les références, que vous pouvez retrouver à la dernière page de l’original en anglais). 

 

 Cette médecine qui tue en toute discrétion

(…) « Une analyse rigoureuse des statistiques disponibles révèle une image de la médecine bien différente de celle couramment dépeinte. Dans les faits, le système pharmacologique et médical moderne s'octroie la première place au palmarès des causes de décès aux États-Unis.

Une étude sérieuse ainsi qu'une lecture attentive des revues médicales spécialisées et des statistiques gouvernementales en matière de santé montrent que la médecine américaine fait souvent plus de mal que de bien. Le nombre de personnes hospitalisées présentant des réactions indésirables aux médicaments prescrits (RIM) s'élève à 2,2 millions [Lazarou, Journal of the American Medical Association : JAMA 279, 1998].(1)

En 1995, le Dr Richard Besser, des US Centers for Disease Control and Prevention (CDC), a déclaré que 20 millions d'antibiotiques inutiles étaient prescrits chaque année pour lutter contre des infections virales. En 2003, il parlait de dizaines de millions d'antibiotiques inutiles (2,2a). Si les actes médicaux et chirurgicaux inutiles effectués chaque année se chiffrent à 7,5 millions(3), le nombre annuel de personnes hospitalisées inutilement atteint 8.9 millions.(4) Le nombre total de décès iatrogéniques indiqués dans le tableau suivant [voir colonne suivante] est de 783936. II est évident que le système médical américain est la première cause de décès et de préjudices aux États Unis. Sur l'année 2001, les maladies cardiovasculaires avaient fait 699 697 victimes et le cancer 553 251(5). Nous pourrions avoir un taux de mortalité encore plus élevé en prenant en compte le chiffre d'erreurs médicamenteuses et médicales de trois millions communiqué par le Dr Lucien Leape pour l'année 1997." Multiplié par le taux de létalité de 14 %, utilisé par Leape pour l'année 1994," cela nous amène à un nombre de décès annuel de 420 000 pour les erreurs médicamenteuses et les erreurs médicales combinées. Si nous prenons ce nombre à la place des 106.000 erreurs médicamenteuses rapportées par Lazarou et des 98000 erreurs médicales signalées par l'Inutitute of Medicine (IOM) (susceptibles d'inclure des erreurs médicamenteuses, déjà comptabilisées dans l'étude de Lazarou), nous pouvons rajouter 216 000 décès, ce qui nous donne un total annuel de 999 936 décès. (…)

Nos statistiques prévisionnelles de 7,8 millions de décès iatrogéniques représentent plus que toutes les victimes de guerre enregistrées par l'Amérique au cours de son histoire. Nos chiffres prévisionnels concernant les actes médicaux inutiles accomplis sur une période de 10 ans sont tout aussi dramatiques. Ces projections montrent qu'au total, 164 millions de personnes, près de 56 % de la population des États-Unis, ont été inutilement traitées par l'industrie médicale - soitenviron 50 000 personnes par jour. (…)

Comme nous le verrons, seuls 5 à 20% des accidents iatrogéniques sont signalés.(16,24,25,33,34) (…)

Un an plus tard, en 1995, un article publié dans JAMA [5 juillet] indiquait : « Plus d'un million de patients subissent chaque année des préjudices dans les hôpitaux américains, et environ 280 000 meurent tous les ans suite à ces préjudices. Par conséquent, le nombre annuel de décès iatrogéniques éclipse celui des 45.000 victimes annuelles de la route et représente plus de décès que tous les autres accidents combinés.» (23) Lors d'une conférence de presse en 1997, le Dr Leape a publié un sondage national sur la iatrogénèse, réalisé par la National Patient Safety Foundation (NPSF), elle-même sponsorisée par l'American Medical Association (le Dr Leape est un membre fondateur de la NPSF). Le sondage indiquait que plus de 100 millions d'Américains avaient été touchés directement ou indirectement par une erreur médicale. Quarante-deux pour cent avaient été directement concernés et 84 % avaient personnellement entendu parler de quelqu'un qui avait été victime d'une erreur médicale.(14) (…)

Seule une infime partie des erreurs médicales sont recensées

En 1994, Leape a déclaré qu'il savait très bien que les erreurs médicales étaient dissimulées.(16) Selon une étude conduite dans deux services d'obstétrique au Royaume-Uni, seul un quart des accidents environ est signalé, afin de protéger le personnel, de préserver les réputations ou par peur de représailles, y compris de procès.(24) Une analyse réalisée par Wald et Shojania [2001] a montré que seul 1,5 % de tous les accidents débouchaient sur une déclaration d'accident, et que seuls 6 % des réactions indésirables aux médicaments étaient correctement identifiées. Les auteurs ont appris que l'American College of Surgeons [Collège Américain de Chirurgie] estimait que les déclarations d'accidents chirurgicaux n'englobaient en général que 5 à 30 % de ces accidents. Dans une étude portant sur la chirurgie, uniquement 20 % des complications chirurgicales ont donné lieu à des discussions lors de séances scientifiques sur la morbidité et la mortalité (25) A la lumière de ces études, il apparaît que toutes les statistiques recueillies sous-estiment peut-être considérablement le nombre de réactions indésirables aux médicaments et d'accidents thérapeutiques. Cela souligne également le fait que nos statistiques sur la mortalité sont en réalité des chiffres bien modestes.

Un article, paru dans Psychiatric Times [Grinfield, avril 2000], expose les enjeux liés à la déclaration des erreurs médicales.(26) L'auteur s'est aperçu que le public redoutait d'être victime d'une erreur médicale fatale et que les médecins craignaient d'être poursuivis en justice s'ils en révélaient une.

Cela soulève la question essentielle : Qui signale l'erreur médicale ? En général, c'est le patient ou la famille du patient.

Si personne ne remarque l'erreur, on n'en parle jamais. Lors d'un témoignage devant un sous-comité de la Chambre sur les erreurs médicales, Janet Heinrich, directrice associée du General Accounting Office chargée du financement de la santé et des questions de santé publique aux États-Unis, a déclaré que ««La véritable ampleur de la menace qu'elles représentaient pour la population américaine demeurait inconnue ». Elle a ajouté qu'il était «extrêmement difficile de recueillir des informations valables et utiles sur ces accidents». Elle a reconnu que la peur d'être accusé et le risque de responsabilité civile envers les patients jouaient un rôle clé dans la sous-notification de ces erreurs. Le Psychiatric Times a noté que l'American Medical Association était farouchement opposée à la déclaration obligatoire des erreurs médicales.(26). Et si les médecins se taisent, que dire des infirmières ? Un sondage réalisé parmi ces dernières a indiqué qu'elles n'en soufflaient mot par peur de représailles.(27) (…)

Erreur de médication

En 1992, une enquête américaine réalisée à partir de la base de données pharmacologique nationale a révélé un total de 429.827 erreurs de médication de la part de 1081 hôpitaux. Ces erreurs touchaient 5,22 % des patients admis dans ces hôpitaux chaque année. Les auteurs ont conclu que, dans l'ensemble du pays, au moins 90 895 patients subissaient les conséquences d'erreurs de médication.(37)

Une étude menée en 2002 a montré que 20 % des médications administrées aux patients hospitalisés comportaient des erreurs de dosage. Près de 40 % de ces erreurs étaient considérées comme potentiellement néfastes pour le patient. Un hôpital type de 300 patients enregistrait 40 erreurs par jour.(38) Les problèmes concernant les médications des patients ont été encore plus nombreux l'année suivante. Le taux d'erreur intercepté par les pharmaciens dans cette étude s'élevait à 24 %, faisant passer à 417.908 le chiffre minimum potentiel de patients victimes d'erreurs médicamenteuses.(39)

Réactions indésirables aux médicaments. Les derniers chiffres en date

Des études plus récentes sur les réactions indésirables aux médicaments montrent que ce nombre a peut-être augmenté par rapport à celui de 1994 (publié dans l'article de Lazarou paru dans JAMA en 1998). Une étude rendue publique en février 2003 [Annals of Internal Medicine] a suivi 400 patients à leur sortie d'un hôpital de soins tertiaires (soins hospitaliers exigeant des compétences, une technologie ou des services de soutien ultra spécialisés).

Soixante-seize patients (19 %) avaient été victimes d'accidents iatrogéniques. Les réactions indésirables aux médicaments étaient les accidents les plus fréquents, avec un taux de 66 %, directement suivies par les préjudices liés, à un acte médical (17 %).(40)

Une étude du NEJM [New England Journal of Medicine, 17 avril 2003] a révélé une situation alarmante: un patient sur quatre souffrait d'effets secondaires observables provoqués par les plus de 3,34 milliards de médicaments prescrits en 2002.(41) Interrogé par Reuters, l'un des médecins ayant conduit l'étude a fait remarquer que «En 10 minutes, ce n'était pas facile pour le médecin de déceler si les symptômes de leur maladie ou les effets secondaires des médicaments qui perturbaient les patients ».(42)

William Tierney, s'exprimant sur l'étude du NEJM, indiqua que « vu le nombre croissant de médicaments puissants à la disposition de la population vieillissante, le problème ne fera qu'empirer ». Les médicaments comptant à leur actif le plus grand nombre d'effets secondaires étaient les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine [les antidépresseurs], les antiinflammatoires non stéroïdiens et les inhibiteurs calciques. Selon Reuters, des recherches antérieures avaient suggéré que près de 5 % des admissions à l'hôpital - sur un million ayant lieu chaque année - résultaient de l'effet secondaire d'un médicament. Cependant, la plupart des cas ne sont pas documentés en tant que tels. L'étude a découvert que l'une des raisons à cela était que, dans près de deux tiers des cas, le médecin ne parvenait pas à diagnostiquer ces effets secondaires ou que ces effets persistaient parce que le médecin ne tenait pas compte des signes annonciateurs. » (…)

 

Elena Pasca

Commentaires

Merci pour cette publication...

Pour illustré vos propos : http://www.cyril-llorens.com/article.php?id=8

Bien à vous

Écrit par : Cyril LLORENS | 05/02/2008

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