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05/03/2008

Marketing, "médecins sous perfusion" financière, trou de la Sécu... UFC-Que choisir (suite)

Voici un article de Rouba Naaman, paru sur le site Novethic fin janvier. L’auteure commente l’étude et les communiqués d’"UFC-Que choisir" et souligne des aspects intéressants de l’étude sur les cinq classes de médicaments dont les prescriptions ont été passées au crible. L’article contient aussi des commentaires de quelques dirigeants de l’association de consommateurs ainsi que de certains représentants des laboratoires pharmaceutiques et du syndicat de ces derniers, le LEEM. C’est ironique… A voir la grande solidarité entre les firmes et les médecins dès que quelqu’un pointe un doigt accusateur… Il n’y a que des innocents…


L’argent investi dans le marketing, dans la formation continue et dans d’autres combines pour influencer les médecins forme l’immense majorité des coûts de l’industrie pharmaceutique. Tout cela aux dépens de la recherche de nouveaux médicaments vraiment innovants. Mais c’est un investissement et les firmes attendent, comme toute entreprise commerciale, non seulement l’amortissement des coûts, mais aussi le retour sur investissement, le maintien des marges et le profit croissant, inégalé dans d’autres industries. Et c’est ironique parce que, après tout cet effort financier, le service communication du LEEM se lave les mains comme Ponce Pilate et désigne les médecins comme les seuls responsables du gaspillage… C’est celui qui paie qui décide. Mais, en cas de pépin, c’est ni vu ni connu… Bon, après tout, les médecins qui se font acheter n’ont qu’à investir un peu de cette somme dans une assurance tout risque, pour le cas – très peu probable – où on leur demanderait des comptes à chacun, par-delà la dénonciation générale d’un processus qui est un secret de Polichinelle. Les chiens aboient et la caravane passe…

« L’UFC accuse l’industrie pharmaceutique d’influencer les médecins »

« Parue le 15 janvier 2008, la nouvelle étude de l’Union française des consommateurs sur les dépenses de médicaments dérange les laboratoires pharmaceutiques. L’UFC-Que choisir avance que, entre 2002 et 2006, des centaines de millions d’euros auraient pu être économisés, à qualité de soins égale, si l’information apportée aux médecins avait été meilleure. Ce constat se situe dans la lignée d’un rapport confidentiel de l’Inspection générale des affaires sanitaires (IGAS) qui critiquait déjà les techniques de promotions et d’information des firmes pharmaceutiques à l’attention des médecins. 

Un milliard d’euros sur cinq ans. Selon l’UFC-Que choisir, c’est la somme qui aurait pu être économisée en limitant les prescriptions injustifiées entre 2002 et 2006. « Et encore, nous n’avons étudié que 14% des prescriptions de ville » précise Christophe Le Guehennec, chargé de mission santé à l’UFC-Que choisir. C’est déjà la deuxième étude de l’organisation dénonçant les prix élevés de médicaments qui ne sont pas toujours des innovations, mais que les firmes pharmaceutiques font passer comme telles. De nombreux rapports sénatoriaux, en 2006 notamment, se sont déjà intéressés à ces prescriptions déraisonnables, dans la même optique qu’un rapport de la Cour des comptes de septembre 2007. Très complet et plus confidentiel, le rapport de l’Inspection générale des affaires sanitaires (IGAS), daté d’août 2007, n’est jamais paru officiellement, mais a été publié sur Internet par le site Atoute.org. Toutes les sources soutiennent la même chose : la prescription est souvent influencée par les visites médicales des laboratoires pharmaceutiques.

Dans l’étude, aucun nom cité. « Nous n’avons pas de légitimité, et notre but n’était pas d’accuser un laboratoire plus qu’un autre » explique Christophe Le Guehennec. En revanche, malgré les déclarations de Christian Lajoux, président des Entreprises du médicament (LEEM), qui prétend que « l’UFC n’apporte aucune référence chiffrée sur la visite médicale », les chiffres avancés par l’étude sont impressionnants. Parmi les cinq classes de médicaments étudiées, le cas des antiagrégants plaquettaires retient l’attention. Prescrits après un accident cardiovasculaire, ou en prévention de problèmes cardiaques, ces médicaments sont de plus en plus utilisés : les dépenses en antiagrégants plaquettaires ont augmenté de 88% en quatre ans. Pour de nombreux patients, on pourrait pourtant leur substituer une petite dose d’aspirine, vingt-sept fois moins chère et tout aussi efficace. D’après l’UFC-Que choisir, cela aurait permis d’éviter près de 350 millions d’euros de dépenses de santé sur cinq ans. Et cette observation vaut pour toutes les classes de médicaments étudiés : au total, près de 200 millions d’euros aurait pu être économisés par an, si les prescripteurs avaient été mieux informés.

Désinformation et mésusage

Les différentes études rapportent toutes que l’information des médecins sur les nouveaux médicaments est insuffisante et incomplète. Certains praticiens auraient ainsi tendance à préférer un médicament à un autre, même s’il se révèle plus onéreux sans pour autant être plus efficace. « Le médecin qui cherche une information objective aura beaucoup de mal à la trouver. Même le Vidal est financé par les laboratoires » affirme Christophe Le Guehennec. L’UFC-Que choisir dénonce l’origine unique de l’information des médecins, à savoir les visites médicales promotionnelles des laboratoires. La France est l’un des pays où le nombre de visiteurs médicaux est le plus élevé par rapport au nombre de praticiens de ville. Près des deux tiers des dépenses de promotions des firmes pharmaceutiques sont consacrés à ces visites.  « Les visiteurs médicaux  font de la promotion, mais aussi de l’information, de la sensibilisation aux progrès » a déclaré Christian Lajoux au Quotidien du Pharmacien. De la sensibilisation, certes, mais pas toujours à des progrès médicaux, d’après l’étude de l’UFC-Que choisir. 

« Aujourd’hui, le médecin choisit le médicament qu’il prescrit selon son nom, et pas vraiment selon la classe de médicaments dont il fait partie » explique Christophe Le Guehennec. D’où, dans certains cas, un mésusage des médicaments les plus récents. Le président du LEEM voit dans cette étude « la volonté de contester la reconnaissance du progrès thérapeutique ». L’organisme se défend : il ne nie pas le progrès qu’apportent certaines innovations médicamenteuses, mais dénonce l’utilisation excessive et parfois inappropriée qui en est faite. Pour limiter ces prescriptions inutiles, le rapport préconise de développer une information objective à destination des médecins, en instaurant par exemple des visites médicales publiques, sous l’égide la Haute autorité de santé (HAS) en plus de celles des firmes.

« Désarmement promotionnel »

En outre, l’UFC-Que choisir soutient l’idée de l’IGAS, de limiter la part des dépenses promotionnelles des laboratoires à 4% de leur chiffre d’affaires, contre 12% en moyenne actuellement, et de réduire le volume des visites médicales. C’est ce que l’organisme appelle le « désarmement promotionnel ». « Nous espérons une augmentation des taxes sur la promotion et sur les publicités dans la presse spécialisée. Mais nous savons déjà que les firmes nous accuseront de les obliger à diminuer la part allouée à la R&D » affirme Christophe Le Guehennec.

Face aux accusations lourdes et chiffrées des différents rapports, le silence des groupes pharmaceutiques est assourdissant. « Pas de réaction personnelle » chez Sanofi-Aventis, rien de plus chez Lilly. A l’image de Novartis, les laboratoires qui acceptent de s’exprimer sur le sujet renvoient vers le LEEM, proclamé porte-parole exclusif du secteur pharmaceutique. « La France est le seul pays où la visite médicale est autant contrôlée » se défend Stéphanie Fleurot, de la communication du LEEM, qui rappelle que la visite médicale devra être certifiée dans tous les laboratoires d’ici juillet 2008. De toute façon, « ce n’est pas nous qui prescrivons les médicaments » ajoute-t-elle. »

Commentaires

2 remarques simplement :
- si les dépenses de promotion et information des médecins sont effectivement très élevées, elles ne constituent pas "l’immense majorité des coûts de l’industrie pharmaceutique". Elles tournent plutôt autour de 20%, à même hauteur que la R&D (dont la part a tendance à augmenter ces dernières années).
- le caractère innovant des nouveaux médicaments est évalué par une instance publique indépendante : la Commission de la Transparence - au sein de la Haute Autorités de Santé - qui juge de l'Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR). Et c'est sur cette base que les labos discutent du prix avec le Comité Economique des Produits de Santé, qui détient in fine le pouvoir de décision en matière de prix.

Écrit par : Cargol | 05/03/2008

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