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04/04/2008

Gardasil. « Hystérie vaccinale », titre un journal allemand décrivant la contre-attaque des gynécologues et enseignants d’une grande ville.

Larticle du Kölner Stadt-Anzeiger du 4 mars 2008 commence par incriminer l’origine de l’hystérie : la campagne publicitaire massive de Gardasil merck.jpgSanofi Pasteur MSD. A juste titre, puisque cette publicité n’a rien d’une « campagne d’information santé », vu les fausses informations qu’elle donne ou suggère et insinue pour prendre tout le monde par les tripes, pourrait-on dire… Puisqu’elle joue sur l'affect irrationnel, sur la peur et l’angoisse, pour faire vendre le Gardasil, occultant complètement les données médicales qui, elles, parleraient à la raison...

La publicité met en scène une personnalité connue, porteuse d’un fort potentiel d’identification et de sympathie, qui s’adresse en tant que mère à toutes les mères et leur demande de protéger leurs filles contre un danger de mort… On s’attend presque à entendre « Parce que vos filles le valent bien ! » à la fin du spot publicitaire… Et il n’y a pas besoin d’explications savantes pour déchiffrer le message sous-jacent : si vous ne faites pas vacciner vos filles, vous les exposez en toute connaissance de cause à un danger de mort, donc vous êtes des mauvaises mères irresponsables.

Cette hystérie demande traitement... Et l'article rend précisément compte de la mobilisation commune exemplaire des gynécologues, des écoles et de l’Office des femmes de Leverkusen (grande ville allemande), afin d’éclairer et d’informer directement les jeunes filles concernées. Voici quelques extraits traduits de l’original allemand Hysterie um einen Impfstoff, suivis du compte rendu d'un autre article et de l'ambiance de plus en plus mitigée de la presse allemande. Un titre du même Kölner Stadt-Anzeiger en date du 27 février en rend compte: "Protection ou risque?" (Schutz oder Risiko?).


Extraits de l'article "Hystérie autour d'un vaccin":

« Cancer du col de l’utérus : chacun tend attentivement l’oreille lorsque ce mot retentit. Et même la styliste Jette Joop – autrement très souriante – regarde la caméra d’un air très sérieux lorsqu’elle dit : "En tant que mère, je vois à quelle vitesse ma fille grandit et je réalise qu’elle va bientôt commencer sa propre vie. Je ne veux pas que le cancer du col de l’utérus mette cette vie en danger". Une courte pause, puis elle continue : "C’est pour cette raison que je protège ma fille dès aujourd’hui contre le virus qui peut provoquer ce cancer. Vous aussi, faites de même !" Quatre phrases, 22 secondes – cela suffit pour déclencher l’hystérie autour d’un vaccin qui crée beaucoup de remous. Et qui fait réagir des médecins de Leverkusen (…)

Car le vaccin n’est pas sans problèmes : "Il n’est pas clair combien de temps dure son effet. Et nous ne savons pas quels dégâts peut entraîner la vaccination", remarque Uwe Laquat, gynécologue et président du groupe de travail des gynécologues de Leverkusen. Qui rappelle qu’aux Etats-Unis, en tout cas, plusieurs femmes vaccinées sont mortes de causes restées inconnues. Pourtant, le ministère de la santé a autorisé le "Gardasil" après tout juste deux années de tests, alors que "le délai usuel est de cinq ans", [précise-t-il].

Les gynécologues de Leverkusen se sont associés à l’Union des caisses d’assurance-maladie et à l’Office des femmes pour éduquer le public. D’une part parce que la population ne sait pas qu’à peine 0,1% des femmes infectées développent effectivement un cancer. Et d’autre part parce que c’est justement une grande partie des jeunes filles concernées qui ignorent avec quoi elles se font vacciner. "Elles ne voient que ce qui passe à la télévision et se disent qu’elles doivent faire quelque chose", dit Simone Fey-Hoffmann de l’Office des femmes. Beaucoup de parents pensent eux aussi que la vaccination est nécessaire, alors que ce n’est pas du tout le cas selon Laquat : "Une bonne prévention exclut l’infection".

L’éducation se fera au moyen de dépliants disponibles de suite dans les cabinets médicaux et les points d’information. "De plus, nous avons pris contact avec 21 écoles de Leverkusen et des environs et leur avons fait parvenir les dépliants", nous dit Fey-Hoffmann. Il y a déjà des résultats : "14 écoles veulent mettre en place une réunion éducative afin que les élèves aient une information encore plus précise". Ce qui s’avère bien nécessaire, parce que "beaucoup d’élèves étaient déjà vaccinées, mais ne savaient pas vraiment par quoi et contre quoi". »

Quelques commentaires en marge de l'article: On ne peut pas affirmer qu’une bonne prévention exclut totalement l’infection ; elle en limite les risques. Mais il n’empêche que la probabilité de faire un cancer à la suite d’une infection par papillomavirus humains est très réduite. Elle l’est encore plus si on rappelle que les sérotypes HPV 16 et 18 (contre lesquels le Gardasil est censé protéger) ne concernent que 2,3% de toutes les infections par HPV  et enfin qu’un dépistage régulier (qui reste nécessaire pour toutes les femmes vaccinées) réduit à néant les dangers pour la vie des jeunes filles…

Les critiques se multiplient en Allemagne, et de plus en plus de journaux rendent compte des doutes des médecins comme des usagers. Soit dit en passant, on voit là l’efficacité du bon travail fait par les revues médicales allemandes indépendantes depuis le mois de juin 2007. Au premier plan de ces revues figure notre référence constante, Arznei-Telegramm (« Télégramme du Médicament »). Ces réactions contrastent fortement avec le silence de la presse médicale et généraliste française sur la question. Silence conforté par la réaction d’une extrême mollesse – on devrait parler plutôt d’absence de réaction et d’analyse critique - de notre unique revue indépendante : Prescrire. Au point qu’on en arrive à se demander si elle a perdu le Nord sur cette question. On ne peut qu'espérer qu'elle se réveille. Mieux vaut tard que jamais.

Un article du journal allemand Lausitzer Rundschau du 28 février 2008 résume relativement bien la controverse qui agite l’Allemagne : Entre euphorie et scepticisme.

Entre euphorie et critique dévastatrice, devrait-on dire, compte tenu de certaines prises de position qui démolissent toute prétention du Gardasil et de ses fabricants, Merck et Sanofi Pasteur. Et ces critiques ne sont pas seulement le fait des sites ou associations généralement critiques des vaccins. L’article du Lausitzer Rundschau rappelle des détails connus, rend compte de réactions individuelles de médecins et patientes. Il finit stratégiquement par les commentaires du porte-parole de la Caisse publique d’assurance-maladie du land de Brandenburg, Jörg Trinogga, qui déplore l’autorisation trop rapide du Gardasil et l’opacité du Comité technique des vaccinations d’Allemagne (STIKO : Ständige Impf-Kommission) : « J’aimerais bien voir un jour les membres de ce Comité dévoiler leurs liens avec l’industrie pharmaceutique ». Il n'y a pas que la STIKO, parce que le ministre fédéral de la Santé a annoncé, dans plusieurs prises de position très favorables, pratiquement propagandistiques, que le Gardasil allait être autorisé très rapidement sans attendre l'avis du comité! Et c'est la même chose en France. soi-disant parce qu'il ne serait pas éthique ni humain d'attendre l'évaluation complète, qui prend un temps pendant lequel des jeunes filles échappent à la vaccination...

Nous aussi, on aimerait bien voir les détails des liens (financiers et autres) qu’entretiennent les experts français avec les firmes pharmaceutiques, surtout compte tenu de la proximité avec Sanofi Pasteur… Sans parler de notre propre Comité technique des vaccinations (CTV), qui ne brille certainement pas par sa transparence. Les délcarations d'intérêt, dont on sait qu'elle ne sont jamais contrôlées ni suivies, font état de 17 experts sur les 21 du Comité qui ont des liens d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique.

Mais la transpartence n’est pas une préoccupation des hommes politiques, des autorités sanitaires, des institutions et équipes médicales de France et de Navarre. Il faut qu’elle soit la nôtre, parce que les cobayes, c’est bien nos filles ! Xavier Bertrand peaufine son image d'annonciateur de la bonne nouvelle sur le dos des jeunes filles, cobayes d'une expérimentation et d'uen décision qui sont manifestement d'ordre politique, et non médical. L'avis du CTV, le ministre n'en a cure.

Beaucoup de journalistes allemands ont fait leur travail et souligné tout cela. Quid des journalistes français? A croire qu'ils sont eux aussi sous la pression de leurs propres conflits d'intérêts, car il ne faut pas sous-estimer l'attention que leur portent les laboratoires. (Un sujet à explorer à l'avenir).

Le journal médical Ärzte Zeitung en date du 28 février 2008 constate le même doute qui a saisi l'opinion et ne la lâche plus: "Vaccin anti-HPV: entre l'espoir d'une protection contre le cancer et le souci [du risque pour] pour la santé" (HPV-Impfung: zwischen Hoffnung auf Krebsschutz und Sorge um die Gesundheit).

Le terme "hystérie" n'est pas sans rappeler un autre qualificatif du même registre portant sur la vaccination massive par Gardasil en l'absence d'informations médicales, scientifiques, qui doivent pourtant étayer et légitimer toute mesure de santé publique : "c'est de la folie", s'était exclamé l'épidémiologiste et vaccinologue espagnol Pr Carlos Alvarez-Dardet en octobre 2007, lors d'une interview à la télévision. Ce spécialiste, par ailleurs directeur du réputé Journal of Epidemiology and Community Health n'a pas mâché ses mots quant à la collusion d'intérêts politiciens et financiers des multinationales pharmaceutiques et quant à l'absence de réglementation de la publicité des firmes qui révèle "un trou noir de la démocratie" favorisant tous les conflits d'intérêts au détriment de la santé des patients. Nous en avons rendu compte dans la note Gardasil. Critiques en Espagne: vaccin inutile, utilité non prouvée. Il a été parmi les premiers à souligner le rôle des hommes politiques dans la construction d'une opinion publique très favorable au vaccin. Ainsi conditionné par des discours politiciens, le grand public ne se pose même pas la question du fondement scientifique.

De toute façon, les usagers se comportent en consommateurs réagissant aux annonces publicitaires - et de façon grégaire, qui plus est. "Moi aussi, je vais être une bonne mère et faire vacciner ma fille!" Nous n'avons pas l'habitude de l'esprit critique, du questionnement des prescriptions des médecins et du rôle de l'industrie pharmaceutique... En plus, présenté comme un produit de Sanofi - alors que c'est Merck qui produit et que Sanofi-Pasteur MSD est un holding à 50%-50% - le Gardasil devient carrément une fierté nationale...

Quoi dire de plus? Y aurait-il un superlatif de la folie? Si oui, l'affaire "Gardasil" le mérite amplement, compte tenu de tout ce qui entâche la crédibilité de ce vaccin depuis le départ...

 

Elena Pasca (aussi pour les traductions)

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