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13/04/2008

Incinération: les politiques refont l'erreur de l'amiante en laissant faire les industriels. Le rapport du GESDI détaille les risques énormes pour la santé et l'environnement

Voici le très alarmant Rapport élaboré par le Groupe des experts scientifiques sur les dangers de l’incinération 09633832bc2fe0de71eb20fb168f31ee.jpg(GESDI), publié le 17.09.2007: Expertise nationale concernant les alternatives à l’incinération et aux décharges : aspects environnementaux, sanitaires et socio-économiques.

« Notre pays n’a en réalité aucune politique nationale de gestion et de traitement rationnel des déchets », contrairement à d’autres pays européens, soulignent les auteurs. Ils urgent les autorités à « ne pas refaire l’erreur de l’amiante » et ne pas laisser les lobbies industriels triompher encore une fois au détriment de la santé publique. L’inertie des politiques et leur volonté de privilégier les profits économiques laissent la porte ouverte à la répétition des catastrophes : « Avec la promotion de l’incinération ou de la coincinération telle que le font aujourd’hui les industriels, il est clair que le même type de processus et d’erreurs est en place ».

Extraits du rapport: « Ce qu’est un incinérateur : un brûlot géant duquel s’échappent de très nombreuses substances toxiques, retrouvées dans l’air et les résidus solides. Les dioxines sont l’arbre qui cache la forêt.


Il faut se représenter un incinérateur comme une énorme cigarette d’où s’échappent des poussières (particules carbonées ou autres), des gaz acides (du dioxyde de soufre (SO2), de l’acide chlorhydrique et de l’acide fluorhydrique (fluorure d’hydrogène) (HCl et HF), des oxydes d’azote (NOx), du monoxyde de carbone (CO), de la vapeur d’eau, du gaz carbonique (CO2) et autres gaz-à-effet de serre (GES), de nombreux métaux dits "lourds" et leur sels (cadmium, thallium, plomb, mercure, etc.), de très nombreuses substances cancérogènes et reprotoxiques (CMR) telles que dioxines, furanes polychloréset hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). A cela s’ajoute, comme le souligne la Commission européenne dans un rapport spécifique, de très nombreux composés organiques volatils (COV), alors qu'aucune information appropriée évaluant le nombre et le type de ces composés ainsi que leurs impacts directs sur la santé humaine n’est aujourd’hui disponible ou n’a été rendue publique [1]. Toutes ces substances qu’elles soient volatiles ou non sont issues de la combustion des déchets qu’on y brûle et de la réaction des molécules les unes avec les autres.

Certaines des substances CMR ainsi que des métaux dits "lourds" se retrouvent dans les résidus (mâchefers et cendres). (…) Ni les filtres utilisés, ni les autres procédés visant à limiter l’échappement de ces substances hors de l’incinérateur, ni les prétendues mises aux normes ne peuvent protéger contre l’imprégnation de l’environnement (air, eau, sols) par ces substances et cela d’autant plus que les accidents de fonctionnement ne sont pas rares comme à Gilly-sur-Isère, Mulhouse, Fourchambault, Lunel, Gien, etc.

(…) L’énorme brûlot que représente l’incinérateur multiplie l’amplitude des risques puisque ce n’est pas un individu particulier qui est concerné (…), mais l’ensemble des populations, non seulement celles situées directement autour de l’incinérateur (sous le panache), mais aussi celles à distance, et parfois même à très grande distance, compte tenu de la circulation des poussières dans l’air et de la fixation des substances CMR et métaux dits "lourds" sur ces poussières.

Quant aux contrôles des substances, à la sortie de l’incinérateur – dioxines, furanes polychlorés, organochlorés et organobromés, HAP, métaux dits "lourds" (cadmium, plomb, mercure, etc.), autres métaux (chrome, nickel…) et des non-métaux (arsenic, antimoine…), composés organiques volatils (COV), poussières PM2,5 et PM10 et vapeur d’eau, sans oublier les nanoparticules –, ceux-ci n’étant pas réalisés en continue ou ne l’étant pas, il en résulte que ce manque de rigueur scientifique et technique permet d’occulter totalement la réalité de l’émission des centaines de cocktails toxiques synthétisés par la chimie de l’incinération. (…)

Les incinérateurs génèrent la diffusion, sous la forme de poussières, de nombreuses substances et de métaux dits "lourds" dans l’eau et l’air. L’idée de pureté et de sécurité véhiculée par l’incinération se trouve démentie par la diffusion de très nombreuses substances toxiques dans l’environnement [1] et leur concentration dans les chaînes trophiques assurant l’alimentation humaine. Les analyses sanguines et dosages dans la graisse de ces substances toxiques n’ont pas manqué de révéler la présence souvent alarmante de dioxines (dont la 2-3- 7-8 TCDD), de PCB et autres substances CMR [2]. En outre, l’utilisation des résidus d’incinération sous la forme de mâchefers à hauteur de 25 % des masses incinérées, en sous-couches routières, en remblaiements de zones humides, et de plateformes de zones industrielles ou de loisirs, aggrave la dissémination environnementale de la pollution (…)

Ainsi, de nombreuses substances toxiques et d’importantes quantités de substances CMR, ou de métaux dits "lourds", présents dans les mâchefers, au contact de l’eau diffusent au cours du temps dans l’environnement (phénomène de lixiviation), alors que l’utilisation des mâchefers dits "valorisables" en travaux routiers ou en remblais est toujours utilisée en vertu d’une réglementation provisoire obsolète et qui de ce fait est totalement illégale. (…)

Les risques sanitaires et environnementaux de l’incinération dépassent de très loin la problématique de l’augmentation de la survenue de cancers (lymphomes et sarcomes) liés à l’émission de dioxines [1-2, 5-8]. Ils concernent :
  • 1. L’acidification des écosystèmes et par conséquent la détérioration de la flore et de la faune. Bien que l’évaluation des dommages soit difficile, il est clairement établi que les vapeurs de SO2 ou de NOX, émises en particulier sous la forme de pluies acides, peuvent entraîner une acidification des écosystèmes, et être à l’origine d’une baisse des rendements agricoles et d’une détérioration des forêts et, conjointement à l’émission de particules, une cause d’altération des bâtiments. En outre, les effets sur la faune, relève en particulier des dioxines, furanes, PCB, et de certains métaux dits lourds, en raison de leur bioaccumulation dans les organismes vivants [1, 8].
  • 2. Les conséquences sur la santé humaine des vapeurs de NOX et de SO2 et des particules PM10 et PM2,5. Là aussi, bien que difficiles à mettre en évidence par des études épidémiologiques ciblées (voir plus loin), les risques sanitaires témoignent de mécanismes multiples, qui très probablement participent pour une certaine part à la morbidité et à la mortalité globale : effets sur les systèmes respiratoires et cardiovasculaires des PM, toxicité respiratoire des vapeurs de NOX et de SO2 (transformé en SO4), risques de cancers, etc. [1, 9]
  • 3. L’émission de substances CMR, participant à la pollution chimique diffuse et multiforme de l’air, de l’eau et des sols, potentiellement à l’origine de cancers, de malformations congénitales, de retards pubertaires ou de disfonctionnements de la reproduction (maladies CMR) [10-16]. Il est aujourd’hui difficile de mettre en évidence par des études épidémiologiques un lien associatif entre telle ou telle substance émise et la survenue de ces maladies, étant donné la multitude de ces substances et leur dissémination à grande distance, alors que pour chacune de ces substances un lien causal est clairement établi du point de vue toxicologique [17-18].
  • 4. L’émission de GES (vapeur d’eau, CO, CO2, et autres gaz), à l’origine d’une aggravation du dérèglement climatique [18-19].
  • 5. L’éventualité d’un impact sur la couche d’ozone stratosphérique en raison de l’émission possible d’acide bromhydrique (HBr), en cas d’incinération des objets et matériels contenant des retardateurs de flamme bromés, le brome étant 45 fois plus réactif que le chlore pour détruire la molécule d’ozone [18-19]. Or, il apparaît clairement que la législation française n’est pas respectée, en matière d’élimination des retardateurs de flamme présents dans les déchets, ce qui signifie que ceux-ci sont en réalité incinérés. Or, comme le souligne le Mémorandum de l’Appel de Paris, cela est d’autant plus préoccupant qu’aucune mesure des vapeurs de brome et des composés bromés à la sortie des incinérateurs n’est effectuée (…).
Ces cinq types de risques justifient à l’évidence l’institution d’urgence d’un moratoire, concernant la construction de nouveaux incinérateurs et la délivrance des autorisations de coincinération, comme le souligne la proposition n°2 de la Plate-forme du corps médical, et la mise en place d’alternatives efficaces, sous peine d’accepter l’idée selon laquelle notre pays, reniant le principe de précaution inscrit dans la Constitution, et se désintéressant des problèmes sanitaires et écologiques, nierait la validité même de toute politique environnementale. » (…)

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