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03/05/2008

La députée Catherine Lemorton estime la hausse des franchises médicales probable. Que penser de sa proposition d’une « tutelle » des médecins par l’assurance-maladie et la HAS ?

La députée PS Catherine Lemorton a donné une interview intéressante au Figaro. Elle est la rapporteure d’un texte présenté le 30 avril sur la surconsommation de médicaments en France, mentionné mais pas encore édité sur le site de l’Assemblée. Ce rapport qui sent plus le verbiage qu'une vraie connaissance du dossier et dont  le Figaro rend compte, met de nouveau en cause la stratégie marketing agressive de l’industrie pharmaceutique auprès des médecins et cherche des moyens de limiter cette consommation. Limitation ne veut pas dire couper mécaniquement tel médicament, selon les auteurs, mais encourager le bon usage. Ce qui implique beaucoup de choses, la première étant de résister aux sirènes des laboratoires qui veulent médicaliser tous les aspects de la vie et faire de tout le monde un consommateur chronique de médicaments, qu’il soit malade ou pas, d’ailleurs. On ne va pas limiter le profit pour un tel détail, quand même… Il faut que je retrouve la phrase exacte énoncée par le PDG d’une firme disant qu’il est à la tête d’une entreprise et que celle-ci a donc forcément pour but de faire vendre ses médicaments au maximum de personnes, malades ou pas. C’est cet aspect qui crée une bonne partie des catastrophes sanitaires. Exemple : une firme sort un médicament utile et bénéfique à une certaine catégorie de malades, mais, une fois qu’elle a eu l’autorisation, elle cherche à le faire gober à tout le monde. Mais tout le monde ne le tolère pas…

Ce rapport me laisse sceptique, je dirai pourquoi. Mais dans l'interview, il y a une remarque de Catherine Lemorton sur les franchises soi-disant « médicales ». C’est ce qu’on pouvait craindre dès le départ : une fois le « principe » des franchises médicales avalisé et mis en œuvre, elles ne peuvent logiquement qu’augmenter.


Puisque les dépenses augmentent et que le regard ne se porte plus sur des solutions possibles, mais reste fixé sur cette pénalisation des malades. Qui, en termes de résolution du problème, est comparable à un sparadrap allergisant pour guérir une fracture ouverte. (Celle « sociale » du désormais regretté Jacques Chirac…Qui l'aurait cru…).

La députée cite un assureur suisse selon lequel les franchises ne peuvent être efficaces que si elles représentent 20% du prix des médicaments… Chacun peut faire un calcul rapide pour voir ce que cela donne. Surtout dans le cas d’un malade chronique… Et il n’y a pas que les médicaments, il y a aussi tous les autres actes paramédicaux tels la kinésithérapie, le transport sanitaire, etc… Je crois qu’on peut dire que toutes les mesures de ce gouvernement ressemblent à la « réforme » des retraites de Fillon, qui, nous disait-on il y a à peine quelques années, allait résoudre tous les problèmes. Ou la réforme Douste-Blazy de la Sécu… On allait voir ce qu’on allait voir. On le voit, il n’y a pas à dire.

Quant à placer les médecins « sous la double tutelle » de l’assurance-maladie et de la Haute autorité de santé (HAS), il faut que les rapporteurs précisent le sens de cette « tutelle », mot qui ne me dit rien qui vaille. Il y a en Allemagne une tutelle purement comptable des caisses d’assurance-maladie sur les médecins, avec un budget fixé d’avance et les pénalités à payer par le médecin en cas de dépassement. Ce procédé mène à des situations inhumaines, et le mot n’est pas trop faible. Le médecin « choisit » sur quels patients il concentre son budget et lesquels sont exclus… Que la HAS ait un mot à dire (mais pas un droit de « tutelle ») dans la filière du médicament, c’est certes mieux que rien. « Filière » - vous pensez ce que je pense ? Nous sommes d’accord… La Haute autorité de santé a une Commission de la transparence, donnée toujours comme preuve de sa haute intégrité par les défenseurs de l’état actuel de transparence de la filière du médicament… (Quelqu’un l’avait affirmé dans un commentaire sur ce blog aussi). Ca me fait bien rigoler, vu tous les conflits d’intérêts des experts de cette autorité. Je n’irais pas dire qu’ils sont plus « hauts » que ceux des autres… D’autant plus qu’il y a là aussi cumul des mandats, ce qui est une autre facette, bien française, méditéranéenne et byzantine même, de la question des conflits d’intérêts. Les mêmes experts en expertise sont partout : dans la presse médico-pharmaceutique, dans les media généralistes (toujours les mêmes conseillers des émissions santé, etc.), dans les facultés de médecine, à la tête des services hospitaliers, dans les conseils techniques des ministères, dans les agences de sécurité sanitaires… Vous avez remarqué ? J’ai esquissé toute une toile d’intérêts – et de conflits qui s’ensuivent nécessairement – sans même parler de l’industrie pharmaceutique…

La séparation des pouvoirs, ce n’est pas pour la France. Pauvre Montesquieu… Les experts sont là – y compris à la Haute autorité de santé – pour « faire autorité », peu importe dans quoi… Ils se confirment l’un l’autre, et c’est d’ailleurs pour cela que ce réseau tentaculaire se reproduit si bien. On n’y entre pas si on le conteste ; on y entre par cooptation, porté par les « autorités » qui savent bien reconnaître – et recompenser - ceux qui font preuve de l’obséquiosité requise.

Pour comprendre en quoi consiste cette « autorité » et comment le réseau se crée, le lecteur peuvent (re)lire nos commentaires partant du livre de Skrabanek et McCormick : Idées folles, idées fausses en médecine.

D’autant plus que cela vaut pour bien d’autres domaines. Les mêmes structures – les mêmes tares – sont partout. Elles sont portantes, constitutives, et peu importe les ornements et les différences surfaites pour faire semblant.

Bref, ce rapport me semble être juste une proposition de fixer le sparadrap à partir de la gauche au lieu de la droite. Une dénonciation vertueuse et un manque visible de volonté à reconnaître le problème là où il est : non taxation des revenus du capital, etc., conflits d’intérêts à tous les niveaux, manifestes par exemple dans le fait que cette élue est pharmacienne et dédouane complètement les pharmaciens. Ceux-ci « ne font que » délivrer les médicaments prescrits par les médecins. Médecins qui « ne font que » faire confiance à ce que leur dit l’industrie pharmaceutique. Ils « ne font que » recevoir les visiteurs médicaux, qeulques petits cadeaux, voyages, financements par-ci par-là. D’une industrie pharmaceutique qui « ne fait que » son travail, à savoir de l’achat et de la vente pour du profit. L’achat ne concerne pas que des objets inanimés, comme le montre la série de conflits d’intérêts de bon nombre de médecins. Sans parler de ceux des pharmaciens, par exemple quand ils sont payés pour informer l’industrie des prescriptions de tel et tel médecin. Ce qui permet aux visiteurs médicaux de savoir ce sur quoi il faut insister, quel est le point faible, etc.

Tous les professionnels de santé sont victimes dans cette affaire. Je propose l’organisation d’une séance de pleurs pour les réconforter. Et je fais ma mea culpa pour avoir osé rappeler dans la note « Le business de nos médecins nous concerne ! Demandons des comptes ! » que le parquet n’a jamais reçu la moindre plainte d’un professionnel de santé qui aurait été forcé par l’industrie pharmaceutique, par un visiteur médical, d’accepter le moindre cadeau…

Madame la députée Lemorton ménage un peu trop d’intérêts pour être crédible dans un rôle autre que de figuration et de reprise d'éléments qui n'engagent à rien. Critiquer les visiteurs médicaux, c'est la tarte à la crème, s'il n'y a rien d'autre, aucune proposition à part la répétition de ce qui a déjà été dit et redit (HAS, etc.)

D’autres prises de position sur le thème du système de soins et de santé, des retraites, de la protection sociale en général sont dans les archives de son site.

Commentaires

Finalement, tout est clair : un bon malade est un malade mort (à moins qu'il ne soit riche), quand au pharmacien... je préfère ne pas dire ce que ses propos m'inspirent.

Écrit par : Annick | 04/05/2008

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Bonjour Annick,

Excellent sens de la formule!! Quant au corporatisme et à cette façon de ménager les siens, je crois qu'on se comprend sans trop de mots... C'est ce type de réaction tribale et clanique qui déchire la solidarité et ce qu'on appelait dans le temps "tissu social". Il y a plein de mailles qui partent dans tous les sens...
C'est ce qui me fait dire que les intérêts des professionnels de santé entre eux puis vis-à-vis des usagers deviennent tendanciellement antagonistes. Et qu'il faut lutter contre ça, essayer de se comprendre et ne pas se regarder en prestataires de services, d'une part, et consommateurs, d'autre part.
Je suis étonnée qu'on oublie toujours les pharmaciens dans toutes ces questions médico-pharmaceutiques et industrielles, pour le dire vite fait.

Vous pouvez dire ce que vous en pensez, c'est fait pour! Il n'y a pas de censure par ici... Au contraire, ce serait intéressant d'avoir votre avis.
Bien cordialement.

Écrit par : Pharmacritique | 11/05/2008

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Ma fille de 38 ans est atteinte de troubles du comportement depuis l'âge de 24 ans. Il y a 9 ans lors d'une hospitalisation , ellle a été mise sous zyprexa. Ce traitement lui a été prescrit à vie, mais elle va de moins en moins bien. Elle a énormément grossi, perd la concentration, dort trop ou ne dort pas, a des problèmes d'élocution et ne peut plus travailler, elle est trop fatigable(elle est aide médico psychologique). On lui a parlé de troubles bipolaires, mais elle n'a que des crises hypo, elle n'est pas dépressive. Que doit-on faire?
Qui consulter pour arrêter ce médicament dit dangereux par les Américains?
En Bretagne les psychiatres font la loi et il n'existe pas à ma connaissance d'autres lieux que les hopitaux psychiatriques où on ne sait que donner encore plus de médicaments.
Au secours, je veux la sauver. L'emmener à Paris, en Belgique....

Écrit par : Marie | 17/09/2008

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Bonjour Marie,

Excusez-moi, mais j'ai dû effacer vos coordonnées et votre nom et j'espère qu'ils ne sont pas restés longtemps visibles. SVP, ne donnez JAMAIS ces informations sur un site internet ou un forum, etc. Il s'agit d'aspects médicaux, intimes, personnels, et il peut être préjudiciable à votre fille ou à votre famille que quelqu'un puisse vous "identifier".

Si vous avez besoin de parler, de dialoguer avec d'autres parents dans la même situation, par exemple, vous pouvez le faire à travers un pseudonyme.

Si jamais quelqu'un vous a contacté suite à un tel message laissé sur un forum ou ailleurs, je vous conseille de vous en méfier! En effet, il y a beaucoup de charlatans prêts à profiter du désespoir des gens et à proposer je ne sais quelle (psycho)thérapie miracle. D'autre part, il existe des associations pas très nettes, proches de la scientologie ou d'autres sectes, qui agissent particulièrement auprès des malades psychiatriques et/ou de leurs familles, surtout lorsque ces personnes ont eu des problèmes suite à des traitements psychiatriques.

Alors, méfiez-vous, SVP!

Je comprends votre désespoir et je suis désolée pour votre fille et pour vous-même.

Nous ne sommes pas médecins à Pharmacritique; mais, vous savez, même si c'était le cas, nous ne pourrions pas répondre au-delà de conseils très vagues. Aucun médecin sérieux ne peut se prononcer sans connaître votre fille, son dossier, etc.

Nous avons parlé du Zyprexa, qui est en procès aux Etats-Unis, et pas besoin d'être médecin pour comprendre qu'il est peu responsable de laisser une jeune femme sous ce traitement pendant tout ce temps - et malgré ce qu'on sait sur les effets secondaires. Sans parler de l'incertitude du diagnostic, puisque l'existence même des troubles bipolaires est contestée par des médecins; c'est une entité trop vague, déjà.

Il faut un deuxième avis, et même plusieurs, déjà parce que ce traitement pose problème, mais surtout pour poser un diagnostic clair. Mais vous savez, même si beaucoup de médecins prescrivent des médicaments trop à la légère et négligent les effets indésirables, etc., c'est quand même à des médecins qu'il faut s'adresser pour avoir un minimum de garanties, surtout en psychiatrie.

Qu'en pense votre médecin généraliste ou d'autres médecins que vous connaissez? Ne peuvent-il pas vous conseiller un autre psychiatre? Ou se renseigner, s'ils n'en connaissent pas hors de votre région.

Ils pourraient se renseigner pour trouver un centre ou un service de psychiatrie connu pour être moins porté sur les médicaments et spécialisé en troubles du comportement. Ca doit exister, quand même.

Votre fille devrait avoir un diagnostic solide et pourrait certainement bénéficier d'une psychothérapie (faite par un psychiatre ou un psychologue, pas par quelqu'un qui s'est improvisé thérapeute sans aucune formation).

Je suis désolée de ne pas pouvoir être plus précise, mais il n'est pas possible de l'être dans ces conditions.

Demandez aux médecins que vous connaissez de vous recommander un psychiatre hors de votre région. Je pense que c'est l'approche la plus prudente.

Je vous souhaite bonne chance et espère que l'état de votre fille va s'améliorer.

Écrit par : pharmacritique | 17/09/2008

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A Marie:

il est fort possible que les médicaments aggravent l'état de santé de votre fille,
il faut aussi se méfier des étiquettes diagnostiques.
Comme vous le conseille pharmacritique peut être faut-il prendre un autre avis auprès de médecins moins prompts à prescrire des médicaments, trouver des médecins qui n'aient pas de conflits d'intérêts avec les fabricants de médicaments, mais des gens sérieux quand même

Attention parfois la médecine ou les médicaments font plus de mal que de bien!

Cordialement

Écrit par : justin | 18/09/2008

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