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17/05/2008

Les antidépresseurs sont-ils réellement efficaces ? Où est-ce plutôt la publicité des firmes, la suggestion et la pression conformiste qui font de l'effet ?

Il s’agit d’un bon résumé paru dans le Figaro et qui a deux sources principales :

Le pouvoir des antidépresseurs remis en cause, par Catherine Petitnicolas, Le Figaro, 21 Janvier 2008

A lire aussi l’article du Nouvel Obs : Antidépresseurs : peu efficaces et dangereux. Les ISRS, comme le Prozac, ne seraient pas plus efficaces qu’un placebo, qui rend compte d'une autre méta-analyse: Initial Severity and Antidepressant Benefits: A Meta-Analysis of Data Submitted to the Food and Drug Administration. [Sévérité initiale de la dépression et bénéfices des antidépresseurs]. Kirsch I, Deacon B. et al., PLoS Medicine 2008, 5(2): e45, 26.02. 2008. Avec plein de références à la fin.


Voici le texte du Figaro:

"Selon une étude américaine, les publications scientifiques sur les nouveaux psychotropes exagèrent leur action. C'est un pavé dans la mare. L'efficacité des nouveaux antidépresseurs mis sur le marché depuis le milieu des années 1980, avec pour chef de file la fluoxétine (alias Prozac), est mise en doute par des experts américains de la FDA, la toute puissante agence américaine du médicament. Une étude du New England Journal of Medicine dé­montre que des publications ont exagéré l'efficacité de ces médicaments parés de toutes les vertus par les laboratoires, les médecins et même les malades. 

Le Dr Erick Turner, psychiatre et pharmacologue (université de l'Oregon) et son équipe ont passé en revue 74 essais cliniques ayant inclus 12 564 patients. Ces études, toutes soumises à la FDA, ont concerné 12 nouveaux antidépresseurs très largement prescrits en­tre 1981 et 2004.
Les résultats de cette analyse sont révélateurs.
Selon les données publiées dans les revues scientifiques, 94 % des médicaments testés avaient des effets positifs. Mais, pour la FDA, juge beaucoup plus sourcilleux, seule la moitié des études soumises à sa sagacité était dans ce cas.
Dans l'autre moitié, les médicaments n'avaient pas l'effet es­compté. De surcroît, si toutes les études positives, sauf une, ont donné lieu à publication dans la littérature scientifique, celles qui étaient négatives (33 sur 36 ayant enrôlé 5 212 patients) sont restées dans les tiroirs de la FDA. Ou, pis, elles ont été «maquillées» pour leur donner un aspect positif, contraire au verdict de la FDA. «Des publications sélectives peu­vent conduire les médecins et les patients à croire que ces médicaments sont plus efficaces qu'ils ne le sont vraiment, un résultat susceptible d'influencer les prescriptions», constate le Dr Turner, qui a été durant trois ans conseiller expert à la FDA pour les médicaments psychotropes, dont les antidépresseurs.

Logique marchande
«Nous ne savons pas si ces er­reurs d'interprétation résultent d'une faute des auteurs ou des sponsors qui ont soumis leur manuscrit, ou d'une décision des éditeurs de ne pas publier certaines études, voire de ces deux parties. Mais une chose est sûre, les médecins prescripteurs et les personnes traitées, les premières concernées, devraient avoir accès à des expertises complètes et non maquillées.»
Cette étude apporte de nouveaux arguments aux experts qui dénoncent la dérive du marché des psychotropes, incriminant la logique marchande des firmes : «Le volume des ventes d'antidépresseurs a doublé en dix ans tant en France qu'en Belgique», a rappelé la psychiatre belge Monique Debauche à l'occasion d'un débat organisé par la revue Prescrire sur le thème de la santé mentale. Et ce dans un contexte très interventionniste avec des campagnes de santé incitant à diagnostiquer plus pour traiter plus, voire à s'autodiagnostiquer dépressif. Elle explique cette dérive par l'om­­niprésence des laboratoires dans la formation et l'information des soignants, le financement d'as­sociations de patients et la pu­blicité indirecte par des campagnes dites de sensibilisation.
Il y a aussi la forte demande des personnes déprimées habituées à penser leur souffrance en terme de maladie curable par des petites pilules et la formation des médecins centrée sur le médicament.

Cette psychiatre n'hésite pas à mettre en cause la construction des essais cliniques préalables à la mise sur le marché des nouvelles molécules. Vu les enjeux financiers, ceux-ci sont construits comme des supports promotionnels avec des échelles d'évaluation mettant en avant les seuls symptômes améliorés par le produit.
Et comme les essais cliniques sont très coûteux, ils sont sous-traités à des sociétés privées
[CRO : contract research organisations] qui, dans certains cas, les font réaliser dans des pays peu regardants sur la rigueur méthodologique comme les ex-républiques de l'URSS, l'Inde ou la Chine, sur des trop petits nombres de patients, avec des chercheurs non cliniciens pour les évaluer, et avec des échelles d'évaluation ne tenant pas compte des particularités culturelles et sociales.
Le Dr Debauche en arrive aux mêmes conclusions que le Dr Erick Turner : seuls les essais cliniques montrant des effets positifs seront publiés. Au final, c'est donc toute la question de l'objectivité de la re­cherche biomédicale qui est posée. 

Barbara Mintzes, chercheuse canadienne en santé publique (université de Colombie-Britannique) a, quant à elle, mis en cause le «façonnage des maladies» [disease mongering] qui vise à élargir la définition d'une maladie à traiter pour augmenter la quantité de traitements vendus. [Ou alors a inventer une maladie de toutes pièces].

C'est ainsi que la dépression, autrefois considérée comme une pathologie aiguë, est de plus en plus souvent présentée comme une affection chronique qui démarre de plus en plus jeune. Tant et si bien que, selon cette chercheuse, aux États-Unis, la prescription d'antidépresseurs chez les adolescents et même les enfants a été multipliée de quatre à dix fois entre 1992 et 2002 et par dix au Royaume-Uni entre 1992 et 2001. »

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