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23/05/2008

Les acrobaties de l’agence canadienne du médicament (ACMTS) avec les conflits d’intérêts. Ne surtout pas oser, voilà la ligne politique...

Nous parlions récemment des acrobaties suisses avec les conflits d’intérêts dans la formation médicale continue (FMC) puis – thème encore plus proche de celui de cette note - des acrobaties de l’Agence française de sécurité sanitaire (Afssaps) avec les mêmes conflits d’intérêts… 

Prenons aussi l’exemple canadien, à travers les directives de 2006 de l’ACMTS (Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé) ayant pour but de « gérer » (et non pas d’éliminer) les liens financiers et les conflits d’intérêts des médecins qui interviendront en tant qu’experts. Il y a les belles phrases, bien sûr, puis viennent les exceptions et l’on comprend qu’il y a beaucoup de poudre aux yeux au Canada aussi… Par exemple, le fait qu’un expert possède des actions de telle firme pharmaceutique pour une valeur ne dépassant pas les 10.000 dollars n’est pas considéré comme un conflit d’intérêt majeur… Comme s’il y avait des conflits mineurs et majeurs… L'expert qui reçoit directement 9.999 dollars (et bien plus à travers les financements des activités liées à la recherche), n'est qu'un peu corrompu, pas beaucoup...

Un "peu" de corruption (sic), beaucoup d'acrobaties pour la justifier... Et, à votre avis, qui est-ce qui se casse la gueule à cause de ces acrobaties? Il n'y a qu'une réponse possible: nous autres, usagers, qui n'avons aucun filet de sécurité lorsque nous gobons que ce que nous prescrivent les multinationales pharmaceutiques, sans aucune médiation critique de médecins dont la jugeotte est paralysée par plus ou moins de 10.000 dollars, qu'importe. L'intégrité de certains coûte cher; d'autres se laissent acheter pour un rien... Qu'est-ce que ça change, à l'arrivée?


Je ne pense pas que ceux qui sont morts à cause du Vioxx ou les femmes qui souffrent encore à la 3ème et 4ème génération des effets indésirables du Distilbène ou les victimes du thalidomide ou de l'Agréal sont moins morts ou souffrent moins si jamais la corruption a coûté aux firmes respectives moins de 10.000 dollars par médecin ...

Récemment, l’APA (Association Américaine de Psychiatrie) a dévoilé la liste des superviseurs et membres des groupes de travail qui planchent sur la 5ème édition du DSM. Nous en avons rendu compte dans la note "Le DSM V en préparation regorge de conflits d'intérêts des experts psychiatres. Et l'APA fait de la com' pour noyer le poisson", qui contient d’autres détails révélateurs. Occasion de souligner à quel point il est ridicule que l’APA demande aux experts de ne pas empocher plus de 10.000 dollars de l’industrie pharmaceutique pendant toute la durée du travail au DSM... Sans contrôle, d'ailleurs. On va croire les corrompus sur parole, chouette! Comme si empocher moins de 10.000 dollars c’était rien du tout… Et l'APA ne cherche même pas à limiter les financements des recherches…

Voici le texte des directives canadiennes, pour ceux qui voudraient comparer les standards dans différents pays : Lignes directrices sur les conflits d’intérêts pour le Service canadien de prescription et d’utilisation optimales des médicaments (SCPUOM)

Le texte contient une assez bonne définition des conflits d’intérêts (ah, les belles paroles… Juste avant de lister les exceptions, que vous pourrez lire dans le texte original) :

« Il y a conflit d’intérêts là où des considérations personnelles, professionnelles ou financières peuvent influer, en réalité ou en apparence, sur l’objectivité ou l’impartialité des participants du SCPUOM. Un conflit d’intérêts peut être réel, possible ou perçu.

Il y a conflit d’intérêts réel là où un participant du SCPUOM a un intérêt privé ou personnel qui entre en jeu; il peut s’agir d’une relation familiale étroite (conjoint, enfant, etc.) ou d’un lien d’intérêt financier avec une partie [firme pharmaceutique, fabricant de dispositifs médicaux…].

Il y a conflit d’intérêts possible là où un participant du SCPUOM a un lien d’intérêt prévu ou personnel (engagement reconnu pour l’avenir, etc.) avec une partie.

Il y a conflit d’intérêts perçu (ou apparent) là où une personne raisonnable et bien informée a lieu de croire qu’un participant est en conflit d’intérêts, même s’il ne s’agit pas d’un conflit réel. »

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