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05/06/2008

Gardasil: Carlos Alvarez-Dardet dénonce les mensonges du lobby pharmaceutique sur un vaccin à efficacité non démontrée, expérimenté directement sur la population

"Le fait qu’une piste d’investigation se montre prometteuse doit motiver le gouvernement à financer plus d’études, mais nous ne No vivisezione.jpgpouvons pas faire des expérimentations sur la population"

Voici un entretien décapant avec le Pr Carlos Alvarez-Dardet, paru le 2 décembre 2007 dans la Gazette de la Socamfyc (Société de médecine générale des Iles Canaries).

L’épidémiologiste Carlos Alvarez-Dardet, professeur de santé publique à l’université d’Alicante et directeur du Journal of Epidemiology and Community Health, est le fondateur et la figure de proue de la résistance espagnole au Gardasil. Résistance exprimée dans un manifeste publié par le journal El Pais expliquant les raisons pour lesquelles il est impératif d’obtenir un moratoire dans la vaccination par Gardasil et appelant à signer une pétition en ce sens. Plus de détails dans cette note.

L’entretien s’intitule La industria debe aclarar a quién paga por promover la vacuna del cáncer de útero ("L’industrie pharmaceutique doit dévoiler qui elle paie pour faire la promotion du vaccin contre le cancer du col de l’utérus").


(Photo: No vivisezione.org)

Alvarez-Dardet rappelle d’abord un certain nombre de dimensions du problème, déjà évoquées dans le texte de la pétition et notre note. Puis il répond à diverses questions et aux reproches – répandus dans la presse afin de le discréditer - de vouloir faire des économies quand des vies humaines sont en jeu, même s’il ne s’agit que de très peu de cas. Extraits :

« (…) Alvarez-Dardet : Il y en a qui ont tenté un coup et l’ont réussi : commercialiser un produit dont l’efficacité n’a toujours pas été démontrée.

Journaliste : Vous pensez que la décision a été prise sous l'influence des firmes pharmaceutiques ?

Alvarez-Dardet : L’industrie a ses intérêts – légaux - consistant à gagner de l’argent avec ses produits. Il n’empêche qu’elle a déployé une campagne très intense visant à convaincre les professionnels de santé et les politiques qu’ils tenaient la solution à un problème de santé. Mais il n’est pas sûr que ce soit le cas. Nous ne savons toujours pas si le vaccin peut prévenir le cancer [du col de l’utérus]. Nous avons créé une bulle [NdT: littéralement « un globo » : fausse nouvelle, canard, ballon] qui gonfle de plus en plus, et il n’est pas raisonnable que tant d’argent soit dépenser pour l’entretenir.

Journaliste : Vous pensez qu’il serait plus approprié d’investir cet argent dans d’autres campagnes, axées sur l’incitation au dépistage et la prévention du cancer du col de l’utérus, par exemple ?

Alvarez-Dardet : Il est certain que nous aurions plus de bénéfices cliniques en améliorant le programme de dépistage qu’avec le vaccin, ce qui ferait diminuer le nombre de morts par cancer du col de l’utérus. En Espagne, l’incidence de cette maladie est très faible, ce qui nous fait un nombre trop important de jeunes filles à vacciner pour prévenir un seul cas [de cancer]. Il s’agit du rapport coût – bénéfices ou coût – opportunité. (…) Il ne s’agit pas de dire quel est le prix d’une vie humaine, mais de questionner la validité de l’argument qui est brandi partout, à savoir que ce vaccin peut sauver des vies. Ce qui n’a toujours pas été démontré. Le fait qu’une piste d’investigation se montre prometteuse doit motiver le gouvernement à financer plus d’études, mais nous ne pouvons pas expérimenter sur la population [hacer investigación con la población]. (…)

Journaliste : Pourquoi a-t-on pris la décision de commercialiser [le Gardasil] aussi rapidement en Espagne, sans tenir compte des doutes quant aux résultats ? Doutes que votre manifeste et votre pétition pointent maintenant du doigt.

Alvarez-Dardet : La décision n’a pas été si rapide que cela, en réalité. La firme [Sanofi Pasteur MSD] a fait pendant des années du « lobbying » auprès des professionnels de santé et des hommes politiques pour obtenir l’homologation de ce vaccin en Espagne. L’homme politique qui dirait non pourrait se voir accuser de ne pas faire tout ce qu’il faut pour la santé des femmes de sa communauté autonome. L’industrie pharmaceutique a réussi à créer un faux débat. Il ne s’agit pas de savoir si nous voulons ou non prévenir ce cancer, mais de savoir s’il y a ou non suffisamment d’information prouvant que le vaccin est capable de le prévenir.

Journaliste : Vous pensez qu’il s’agit d’une mesure purement politique pour éviter des reproches mutuels entre les divers partis politiques et venant d’une partie de la population ?

Alvarez-Dardet : Difficile d’interpréter [avec certitude], mais l’industrie pharmaceutique a fait un grand effort promotionnel qui s’est étendu jusqu’au parlement. Il y a trois ans [donc fin 2004], il y avait déjà des propositions de décret sur l’application du vaccin, en dépit du fait qu’aucun résultat scientifique n’était publié à ce moment-là. L’industrie a également fait du « lobbying » au parlement.

Journaliste : Pourquoi a-t-on vendu à la population l’idée qu’il s’agirait d’un premier vaccin contre le cancer ?

Alvarez-Dardet : C’est un mensonge. Il n’y a aucune information scientifique démontrant que [le Gardasil] puisse prévenir un seul cancer et un seul décès, et pourtant c’est ce qu’affirme l’industrie. Le problème vient de la différence dans le traitement de la publicité. Celle habituelle est soumise à des normes qui entraînent une autolimitation. Mais il en va autrement pour l’industrie pharmaceutique, qui fait sa publicité directement auprès des prescripteurs d’ordonnances. Il s’agit d’un déficit de démocratie. Nous ne permettrions pas à un vendeur de voitures de nous vendre des mensonges flagrants ni des exagérations intéressées. Et pourtant, nous permettons à l’industrie pharmaceutique de faire cela, par l’absence de système de contrôle démocratique de la publicité. En Espagne [et partout en dehors des Etats-Unis et de la Nouvelle-Zélande], les firmes pharmaceutiques n’ont pas le droit de faire une publicité directe pour des médicaments remboursés par l’assurance-maladie publique. Et pourtant, en ce moment même une propagande directe touchant les femmes et les enfants est faite par le biais des sociétés de pédiatrie et de gynécologie. 

Journaliste : Font-elles cette publicité parce qu'elles subissent des pressions ?

Alvarez-Dardet : Auparavant, les gens qui s’exprimaient sur ce thème le faisaient pour en tirer éventuellement profit en gagnant de l’argent ou des voix. A présent, la porte est ouverte aussi aux opinions de personnes qui n’ont rien à y gagner. [Parce qu’il ne faut pas oublier que] les media, les moyens de communication ont eux aussi contribué à la promotion d’une mesure dont l’efficacité n’est pas démontrée.

Journaliste : Mais il y a beaucoup d’experts qui l’ont défendue…

Alvarez-Dardet : La première question qu’on devrait poser aux experts qui se prononcent sur cette question est : Avez-vous reçu de l’argent de l’industrie pharmaceutique pour faire la promotion de ce produit [Gardasil] ? S’ils disent oui, on ne devrait plus discuter avec eux.

Journaliste : Et vous, en avez-vous reçu pour dire du mal du Gardasil ?

Alvarez-Dardet : Je n’ai rien reçu, ni pour en dire du bien, ni pour me prononcer contre.

Journaliste : Il peut y avoir aussi des gens qui défendent sa commercialisation sans y gagner quoi que ce soit.

Alvarez-Dardet : Cela se peut, mais il n’en reste pas moins qu’il faut une plus grande transparence de l’industrie pharmaceutique. Nous n’avons pas de preuves que des hommes politiques espagnols aient été littéralement achetés, mais la transparence est nécessaire pour savoir combien d’argent a été dépensé dans la promotion du vaccin et surtout dans la promotion en dehors des milieux des professionnels de santé, puisque cette promotion serait illégale.

Journaliste : Vous pensez que l’industrie pharmaceutique est allée jusque-là ?

Alvarez-Dardet : J’ai des doutes. Mais il y a eu des cas à l’étranger, et cela aussi doit nous inquiéter. (…) »

 

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Elena Pasca

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