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13/06/2008

Répartition géographique très inégale des papillomavirus, selon le CIRC (OMS). Gardasil et Cervarix ne sont pas utiles partout

On ne peut pas parler du Gardasil et/ou du Cervarix sans se poser la question du pourquoi, de la cible de la vaccination, de l’adéquation entre IARC monographie cancer col 2.jpgles moyens et l'objectif à atteindre, et surtout de la légitimité de l'objectif… Nous avons exprimé nos doutes - dans les notes réunies sous les catégories Gardasil (divers), Gardasil, très critiqué à l’étranger et Cervarix - quant à l’utilité d’une vaccination dans les pays industrialisés, compte tenu de la faible prévalence des infections par HPV en général, des infections persistantes en particulier, et surtout des HPV 16 et 18 qui ne semblent pas trop apprécier les cervix des femmes occidentales, mis à part certains groupes à risque...

On verra que l’IARC (International Agency for Reserch on Cancer), qui est une agence de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) - ne confirme pas les dires des publicités sur le Gardasil et Cervarix quant à ces très méchants papillomavirus HPV 16 et 18 qui seraient partout de façon égale et menaceraient toutes les jeunes filles, qu'elles soient malnutries en Haïti, prostituées ailleurs, ayant d'autres facteurs de risque qui font qu'une infection par un HPV à haut risque s'installe et ne disparaît pas toute seule, comme dans 90% des cas…


L’OMS dispose d’un Centre international de recherche sur le cancer (IARC), qui édite des monographies sur tel ou tel produit ou agent oncogène, afin d’évaluer les risques pour les humains. La monographie sur les papillomavirus humains a été rédigée en 2005, suite à une rencontre des scientifiques à Lyon.

Elle fait 675 pages… Et rappelle que le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer gynécologique, seulement si l’on prend en compte tous les pays, avec des pics extrêmement importants dans les pays pauvres, qui tirent les chiffres vers le haut. L'estimation est de 471.000 nouveau cas et 233.000 morts pour l’année 2000. 80% des cas arrivent dans les pays pauvres qui n’ont pas de programmes de dépistage.

L’aspect qui intéresse ici, c’est la grande diversité des papillomavirus humains et la répartition très inégale des divers sérotypes (ou génotypes).

Nous avons vu que les HPV à haut risque affectaient les femmes pauvres, les fumeuses, les femmes issues de certains groupes ethniques, etc. La monographie de l’IARC s’intéresse à ces co-facteurs, à ces causes conjointes que nous mentionnons rapidement avec d’en arriver à la prévalence géographique des divers sérotypes spécifiques de HPV. Il y a « des différences géographiques très nettes en matière de prévalence de l’infection », qui peut varier de 1 à 40%, selon les pays, c’est-à-dire selon le degré de pauvreté du pays... Et, « comme on le pensait, la prévalence de l’infection par HPV est aussi plus importante chez les travailleurs du sexe et chez les femmes ou les hommes porteurs de HIV », dit le résumé de la monographie de 2005.

La version longue de ce résumé rappelle aussi d’autres co-facteurs: le tabagisme, passé ou présent, qui augmente de façon significative le risque de dysplasie de haut grade (CIN 3) et de carcinome invasif à cellules squameuses. L’usage des contraceptives hormonaux est un autre facteur de risque, comme les grossesses répétées (trois enfants ou plus), l’inflammation du col de l’utérus (pour quelque raison que ce soit), les infections à Chlamydia et/ou d’autres maladies sexuellement transmissibles. Il est question aussi d’une susceptibilité génétique : “De plus, le risque de cancer du col de l’utérus pourrait dépendre aussi de polymorphismes génétiques des gènes des classes I et II du complexe majeur d’histocompatibilité » (CMH).

La prévalence des divers sérotypes HPV diffère largement d’une aire géographique à l’autre : les chiffres vont de 1,5% en Espagne à 39% en Honduras et Kenya, lit-on dans le texte intégral de la monographie. « En général, la prévalence est la plus élevée en Afrique et en Amérique du Sud, la plus basse en Europe, et intermédiaire en Asie. Toutefois, les taux varient d’une région à une autre (7,8% en Italie vs. 1,5% en Espagne ; 2% a Hanoi vs. 10,9% à Ho Chi Min au Vietnam). »

Il n’est pas étonnant que la prévalence soit plus importante sur les continents pauvres, tels l’Afrique. La prévalence la plus haute des infections (dysplasies de haut grade) – comme du cancer du col et des décès – est à Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde, ne disposant pas d’un programme de dépistage (frottis) et de traitement. Alors qu'on sait que, dépistée à temps, pendant les 15 à 20 ans d'évolution, une dysplasie sévère peut être traitée à 100%. Les décès sont enregistrés là où il y a conjonction de plusieurs facteurs: il n'y a pas de dépistage régulier et/ou pas de possibilité de traitement, alors que c'est cette population-là, des pays sans système de soins, est la plus à risque, du fait de la promiscuité, de la prostitution, de l'état général de faiblesse d'un organisme mal nourri (la malnutrition est courante), de l'état de faiblesse immunitaire, des grossesses à répétition, etc.

Les pages 119 à 124 de la monographie détaillent la prévalence globale pour chaque pays disposant de données, puis la prévalence par sérotype spécifique de HPV. Là encore, il y a de quoi combattre les idées véhiculées par la publicité du Gardasil°, ou, mieux, par la campagne de peur visant les tripes, non la raison, menée par Sanofi Pasteur MSD pour le Gardasil° et par GSK pour le Cervarix°.

En regardant un autre document de l'IARC / CIRC - IARC handbooks of Cancer Prevention, vol. 10 - Cervix Cancer Screening (p. 3) - on voit la distribution géographique du cancer du col de l'utérus en 2001, qui n'est manifestement pas un problème de santé publique en France... Ce sont les régions en rouge et surtout en rouge foncé qui sont touchées (porgression jaune - orange - rouge...)

IARC incidence cancer col 2001 p3.jpgIARC incidence cancer col par 100.000 1995.jpg

 

Une cartographie de l'incidence du cancer du col (taux sur 100.000), faite en 1995 et figurant dans le même texte (p. 4), met elle aussi les pays pauvres en tête. Les pays voisins de la France, comme l'Espagne, arrivent tout en bas.

Les conflits d'intérêts

Il faut souligner que les données fournies par le IARC / CIRC ne sont pas non plus à prendre telles quelles, parce que cette organisation n'est pas indépendante et que, rien qu'en regardant la liste des publications, on voit des noms d'experts dont on sait qu'ils travaillent pour les laboratoires Merck, Sanofi-Pasteur, GSK, CSL et d'autres.

Sur cette liste de publications sur le cancer du col de l'utérus par les membres du IARC ces dernières années, je note la présence d'un champion des conflits d'intérêts, le Dr Joseph Monsonégo, qui fait partie des comités de pilotage - ou alors est au moins consultant - des laboratoires impliqués dans la production et la commercialisation des vaccins contre les papillomavirus et travaille aussi pour plusieurs firmes qui produisent des tests HPV ou d'autres technologies ayant un rapport avec les papillomavirus humains...

Sans une recherche indépendante - recherche fondamentale et appliquée - il y a toujours le risque de l'instrumentalisation et des manipulation des données par des experts ayant des conflits d'intérêts, ce qui arrive régulièrement dans l'industrie pharmaceutique...

Elena Pasca

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