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14/06/2008

L'Autriche mise sur les méthodes sûres de prévention du cancer du col de l'utérus. Un sérieux revers pour le Gardasil

Après la crise déclenchée par le décès d’une jeune Autrichienne suite à la vaccination par Gardasil, la ministre autrichienne de la santé, la 457922633.jpgDre Andrea Kdolsky, a convoqué la Commission fédérale de santé pour discuter de la sécurité du Gardasil et de son inclusion ou non dans le calendrier vaccinal. Tout en assurant qu’elle n’était pas inquiète pour la sécurité d’emploi, peut-on lire dans le journal Österreich 24 du 23 janvier.

La décision annoncée dans la presse est claire : le Gardasil ne sera pas inclus dans le calendrier vaccinal autrichien et donc pas non plus remboursé, sans être pour autant retiré du marché. Il ne s’agit pas d’un moratoire, mais d’une décision définitive, précise le journal Der Standard (fin janvier).

Les principales raisons sont « les données peu sûres », l’absence de certitudes quant à l’efficacité du vaccin, à la durée de l’immunisation, à la nécessité ou non de rappels ultérieurs, etc. Le dépistage est « de loin plus efficace » dans la prévention des lésions précancéreuses et des cancers du col de l’utérus. Tous les moyens seront mis en œuvre pour le renforcer.


Des fuites dans son entourage, reprises par Österreich 24 laissent entendre que Kdolsky était dès le départ sceptique quant à la recommandation par les autorités d’une vaccination généralisée, par exemple parce que le vaccin ne protège pas contre toutes les souches de HPV à haut risque cancérigène et qu’il pourrait dissuader les femmes de se faire dépister régulièrement ; le dépistage portant, lui, sur tous les sérotypes à haut risque.

Et en effet, la ministre de la santé s’était chargée elle-même d’expliquer déjà en mai 2007 qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un vaccin contre le cancer du col de l’utérus. Et ce dans un communiqué de presse qui la cite directement et qui figure sur le site du ministère. Kdolsky expose un certain nombre de faits sur le cancer du col de l’utérus et déplore « la communication de nature à induire en erreur sur l’effet du vaccin anti-HPV », reprise même par des hommes politiques, avec des conséquences « dangereuses et très préoccupantes ». On voit en Autriche la même collusion entre intérêts politiciens et intérêts industriels qu'avait dénoncée Carlos Alvarez-Dardet dans une interview dont nous avons traduit des extraits dans cette note. L'intelligence du lobby pharmaceutique est de s'allier avec certains politiciens qui présentent leurs adversaires opposés à la vaccination massive comme des élus insensibles à la santé des femmes et qui ne font rien pour leur éviter la souffrance et la maladie... La ministre autrichienne n'hésite pas à épingler dans une prise de position de juin 2007 ces discours qui font du chantage et jouent sur la culpabilisation pour forcer la main des décideurs politico-sanitaires :

« La vie et la santé de la population autrichienne sont des questions trop importantes pour qu’on laisse des hommes politiques lancer des revendications populistes [telles la nécessité d’une vaccination par Gardasil] qui créent des inquiétudes à des fins exclusivement politiciennes bien mesquines ».

La vaccination massive par Gardasil et les contenus véhiculés par la campagne de publicité de Sanofi Pasteur MSD pourraient avoir un effet pervers, insiste Kdolsky : faire croire aux jeunes filles qu’elles sont effectivement protégées contre le cancer du col de l’utérus, ce qui mènerait à une baisse de fréquence dans le dépistage et donc, logiquement, à une augmentation du nombre de cancers du col de l’utérus. La ministre s’inquiète de la baisse des tests de dépistage depuis que la campagne publicitaire massive pour le Gardasil est en place. Elle envisage des mesures éducatives, pour expliquer surtout aux jeunes qu’une vaccination ne remplace pas le dépistage et que ce dernier permet aussi l’évaluation de tous les co-facteurs responsables du développement d’un cancer du col de l’utérus.

D’autres pages, telles celle-ci ou encore celle-là expliquent ce qu’est un frottis et les détails de la stratégie de prévention envisagée. Celle-ci comprend par exemple une consultation annuelle gratuite avec un test de dépistage, qui permet un traitement et une guérison à 100% des lésions précancéreuses et des cancers ; mieux encore, le dépistage éviterait à 95% le développement d’un cancer par n’importe laquelle des souches cancérigènes de HPV. C’est le seul moyen actuellement légitime, vu les incertitudes qui entourent le Gardasil.

Lorsqu’elle explique dans la presse ses positions et les détails d’un programme qui s’attaquera au problème dans son ensemble, Kdolsky parle aussi de la mise en place d’une campagne d’information publique à échelle nationale, sur le modèle d’une campagne publicitaire… Difficile de ne pas y voir le même rejet – qu’on sent dans toutes ses prises de position – de la publicité de Sanofi Pasteur MSD, à cause de la désinformation qu’elle véhicule…

L’intention est clairement déclarée : engager une bataille décisive contre le cancer du col de l’utérus au moyen d’une prévention primaire qui reste trop faible en Autriche, pays qui doit rattraper son retard en matière de dépistage. Ce qui se fera par une politique volontariste dont la ministre a déjà forgé les termes en parlant « d’agir en force »… Expression figurant dans un communiqué de presse et reprise par tous les media. "Agir en force" (forcieren) versus se laisser forcer la main par les intérêts politico-industriels...

 

 

L'immunologiste viennois Reinhard Kirnbauer, qui a collaboré pendant des années avec les Américains pour développer la technologie vaccinale sur laquelle repose le développement du Gardasil et en détient le brevet, a manifesté son mécontentement dans les media et souligné entre autres que… la vaccination éliminerait les angoisses des femmes… Curieux argument, lorsqu’on sait qu’il s’agit des angoisses créées de toutes pièces par la campagne publicitaire de Merck et Sanofi Pasteur MSD qui ont présenté les tenants et les aboutissants de la question en termes apocalyptiques… (Mais rendons justice aussi à la firme GSK, qui se montre elle aussi à la hauteur de l'apocalypse dans ses publicités pour le Cervarix. Au point de se faire taper sur les doigts par l'agence de sécurité sanitaire de Singapour; nous en avons parlé dans cette note).

 

Apparemment, l'appel aux tripes, les exagérations, extrapolations et désinformations finissent par être contre-productifs et ouvrir les yeux de certains...

 

Chapeau bas à Andrea Kdolsky! On aimerait avoir une telle ministre, qui s'intéresse vraiment à la santé des gens et non à l'augmentation des profits des firmes pharmaceutiques. Quand on pense à Xavier Bertrand, qui avait accéléré la mise en place de la vaccination et le remboursement du Gardasil, décidant tout seul - enfin, le lobby n'était certainement pas loin... - plusieurs mois avant que les "autorités" sanitaires compétentes ne se prononcent sur les dimensions scientifiques... Il n'y a pas photo...

 

PS: Il est très curieux que personne n'ait relayé l'information sur le refus autrichien d'inclure le Gardasil dans le calendrier vaccinal et de le rembourser. Aucune information critique sur le Gardasil ne semble intéresser les journaux médicaux français, les associations de consommateurs, etc. La revue Prescrire ne s'est toujours pas réveillée. Etonnant... Au moins par sa collaboration avec la revue allemande Arznei-Telegramm dans le cadre de l'ISDB, elle a certainement appris de quoi il retournait. Arznei-Telegramm a assorti son numéro de mars d'un supplément de dix pages (!) consacré à l'explication détaillée des infections par HPV, dysplasies, cancers du col de l'utérus, Gardasil, Cervarix... Sans parler de ses autres articles sur le même thème.

Pharmacritique a aussi signalé certains aspects aux cercles médicaux français censés s'en préoccuper, mais, comme toujours, les usagers n'ont pas leur mot à dire, si ce n'est pour applaudir.

 

Elena Pasca

Commentaires

Voilà une excellente mise au point sur cette affaire !

Les risques liés aux vaccins se découvrent en vaccinant comme on découvre le mouvement en marchant...Dans son avis sur la question notre CSHPF (devenu depuis HCSP haut conseil de santé publique) reconnaissait que les études menées ne permettaient pas d'identifier un risque inférieur à 1 pour 4000 vaccinations. Et on se propose de vacciner 400 000 jeunes filles par an en France, sans compter le rattrapage...La leçon de la vaccination hépatite B ne semble toujours pas apprise...

Écrit par : Bernard | 14/06/2008

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Je viens de compléter la note par quelques détails et liens explicatifs.

(Je l'avais faite rapidement, puisque j'avais promis de donner plus d'informations internationales sur le Gardasil avant le 14 juin).

Il me semble intéressant que la ministre autrichienne ait la même approche que les protestataires espagnols et dénonce - même si les termes sont moins directs - la collusion entre intérêts industriels et intérêts des politiciens populistes... J'ai inséré entre autres le lien vers les extraits traduits de l'interview avec Carlos Alvarez-Dardet, qui ne mâche pas ses mots... Il exige la transparence sur les conflits d'intérêts de ceux que l'industrie paie pour vanter les mérites du Gardasil.
Ca grouille de conflits d'intérêts partout dans cette "affaire", c'est le cas de le dire!

Écrit par : Pharmacritique | 14/06/2008

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