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21/06/2008

Et si le British Medical Journal balayait aussi devant sa porte?

Commentaires suite à l'article de Moynihan et à l'éditorial du dernier numéro du British Medical Journal. 

Ray Moynihan est une référence classique des pharma-critiques, sans aucun doute. Pas de doute sur son intégrité, même s'il peut être 1882688730.jpgconsidéré lui aussi comme un leader d'opinion. Mais le British Medical Journal est-il tout autant au-dessus de tout soupçon? Voilà qui n’est pas exempt de doutes… La question se pose lorsqu'on lit l'éditorial de Fiona Goodle qui dénonce des leaders d'opinion devenus vendeurs d'élite pour les firmes pharmaceutiques auxquelles ils sont inféodés. Editorial du dernier numéro du BMJ, abordé dans cette note.


Le coup de gueule est parfaitement juste et salutaire. Là n'est pas la question. Mais on ne peut pas dénoncer juste un petit bout d'un système qu'on alimente et entretient soi-même par ailleurs... La réflexion critique doit toujours s'accompagner d'autoréflexion. Autrement, difficile d'échapper au soupçon d'opportunisme ou de vouloir se donner bonne conscience à peu de frais. Parce qu'il suffit de voir que ce journal donne lui aussi tout le temps la parole aux leaders d’opinion ayant des conflits d'intérêts et participe donc à la reproduction du système comme à sa légitimation. Par le même cercle vicieux d’un nombre restreint de médecins faisant "autorité" qui se citent mutuellement et colonisent toutes les articulations du système de santé, de la médecine, de la recherche, de la communication, de la presse médicale, des autorités sanitaires, etc. Cercle vicieux brillamment démonté par Skrabanek et McCormick dans leur livre Idées folles, idées fausses en médecine.

Rappelons aussi l’énorme place prise par les publicités de l'industrie pharmaceutique dans le British Medical Journal. Nous en avons parlé dans la note "La presse médicale : extension du marketing des firmes pharmaceutiques et publicité déguisée en science", à partir des réflexions critiques de Richard Smith, ancien rédacteur en chef du même BMJ, et qui sait donc de quoi il parle... La caricature qui accompagne cette note-là est tirée d’un blog qui tient le BMJ sous la loupe critique et le connaît comme sa poche : Scientific Misconduct.

 

Suggérons à Fiona Goodle de balayer aussi devant sa porte ! Ce serait, à n’en pas douter, une avancée de plus ! Et son éditorial aurait bien plus de poids...

Commentaires

Peut-on critiquer Pharmacritique ? Oui j'espère !

Bien sûr que le BMJ, comme la quasi totalité des milliers de revues médicales, vit majoritairement de la publicité. Bien sûr que cela lui donne l'obligation d'un certain équilibre entre les 'pro' et les 'cons' si je peux me permettre ce jeu de maux. Cela présente aussi l'avantage d'inciter chacun à faire œuvre d'esprit critique, ce qui est précieux. La réalité n'est jamais toute blanche ou toute noire, et personnellement j'ai trouvé que la confrontation des points de vue était intéressante.

D'une façon générale, je pense que Pharmacritique gagnerait à adopter une attitude moins tranchée : sans renier sa posture, nous gagnerions à mieux comprendre les enjeux des différentes parties en présence. En tout cas, bravo pour ce blog, et longue vie à lui : je crains que dans 10 ans, nous en aurons toujours besoin !

Écrit par : Randall | 22/06/2008

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Mon éthique personnelle (!) veut que les commentaires dans les blogs, à la différence des forums, soient impersonnels. Il est plus riche de s'attaquer aux idées qu'aux personnes car le débat finit généralement en quenouille, avec asymptote au point Godwin.

Je répondrais donc en général. Cette réponse est une splendide présentation d'une visée éditoriale : elle serait avantageusement conservée dans les références permanentes du blog avec peu de modifications : aller plus à l'essentiel (moins de mots, je sais ce n'est pas facile mais la lisibilité est à ce prix), quelques intertitres, etc.

Sur le fond on peut discuter. Vous partez de la théorie morale, qui se présente comme votre dogme fondamental : je ne saisis pas très bien ce que cela recouvre, faute de la culture ad hoc (et le regrette forcément, je vais tenter d'y pallier). Mais il me semble qu'une théorie est un modèle pour comprendre le monde, la réalité. La réalité ne découle pas d'une théorie, la théorie est une abstraction de la réalité. A l'oublier on adopte des positions dogmatiques.

Personnellement je me méfie de mes croyances du moment : j'ai combien de fois changé d'avis ! Tous les jours je suis modifié dans mes croyances, par la réalité, par ma perception imparfaite des choses, etc. Les théories ne sont que des outils, pas des obligations.

Pour en revenir à la posture radicale, je ne suis pas sûr qu'elle soit constructive: uniquement destructive. Ce qui est utile, et nécessaire, mais pas suffisant. Je me plaignais il y a quelque temps du fait que le Revue Prescrire (bssn) recourre à des relecteurs (dont je fais occasionnellement partie) défendant les positions de l'industrie pharmaceutique, des relecteurs évidemment corrompus. Prescrire m'a répondu que les avis des corrompus étaient intéressants, enrichissants, et qu'il ne se laissait pas embobiner comme ça. J'ai un exemple concret (n° du mois d'avril sur le narguilé) où Prescrire s'est fait enfumer sur un sujet éloigné de son coeur de compétence, par les haltayollahs de la prohibition du tabac. Leur attitude n'est pas sans risque, mais on peut espérer qu'un rectificatif soit un jour publié concernant ce dossier préconisant l'interdiction du narguilé.

L'attitude de Prescrire et celle du BMJ se rejoignent : du conflit d'idées et de points de vue peut naître une certaine 'objectivité'. C'était le fond de ma remarque. Je crois en la vertu de l'agora, du débat : ce processus est créateur de démocratie il me semble, de respect des compréhensions des uns et des autres. Je ne dis pas que c'est ce que je pratique sur mon blog (ni mes blogs) présentement, je dis que cette ouverture me convient. La théorie morale n'a pas de sens si le débat est interdit, on est d'accord ? Il convient de hiérarchiser les principes en d'autres termes.

Le dossier du BMJ met face à face deux points de vue : cela me paraît intéressant. Si comme il me semble 50 % du financement du BMJ dépend de la publicité, il ne me choque pas que 50% des papiers soit la voix des annonceurs. Maintenant il existe quelques revues, malheureusement trop confidentielles, refusant courageusement et par principe la pub : leur voix reste - en volume - marginale.

Je n'oublie pas que ce qui me permet de dialoguer actuellement via le web est - hormis mon système et l'énergie électrique pour le faire fonctionner - financé par la pub, puisque je ne paye pas les ressources internet. La pub a permis de déploiement de ressources considérables pour l'humanité : reconnaissons lui cette contribution. Et tant pis si j'ai trop de sollicitations commerciales qui m'importunent ou m'induisent en erreur, les avantages priment sur les inconvénients. Il convient parfois non de se compromettre comme vous dites, mais de faire des 'compromis' pragmatiques.

Plus généralement, il me semble admissible que le système économique théorisé par Adam Smith il y a quelques siècles, soit la moins mauvaise solution pour notre développement personnel, économique, etc. Et ce système comprend la publicité. Après, il convient de savoir trier aussi bien que possible. Ce que permettent le BMJ et Prescrire, chacun à leur manière et avec leurs contraintes.

p.s. Oui, bien sûr on peut me critiquer ! J'y ai dit pour quelles raisons dans la trame de ma réponse. Et cette critique m'aura forcément - un peu ou beaucoup - fait changer d'avis...

Écrit par : Randall | 10/07/2008

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