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26/06/2008

La FDA refuse l’extension d’AMM du Gardasil aux femmes de plus de 26 ans. Le vaccin n’apporte pas de « protection croisée » contre d’autres génotypes HPV

Bravo à la FDA! Dans un communiqué en date du 25 juin, la firme Merck nous apprend qu’elle a soumis à la FDA (agence américaine du FDA.jpgmédicament) une demande d’extension de l’AMM du Gardasil aux femmes entre 27 et 45 ans. La demande, faite en janvier, visait aussi l’autorisation du Gardasil dans la prévention de l’infection par des sérotypes de papillomavirus (HPV) autres que les 16, 18, 6 et 11. La FDA s’était engagée à une évaluation très rapide et a effectivement répondu assez vite pour dire que « certaines données excluent l’autorisation de l’extension d’indication dans le délai initialement prévu ». Ce qui veut dire non, lorsqu’on enlève la langue de bois. Les media ne se sont d’ailleurs pas trompés, la bourse non plus… La firme compte envoyer des documents supplémentaires le mois prochain. On verra s’il y a des données nouvelles et solides…

La FDA n’autorisera pas le Gardasil en prévention de l’infection par d’autres sérotypes de HPV, puisque rien ne prouve que le vaccin offrirait une « protection croisée ». Selon une dépêche de Reuters, Merck abandonne d'ailleurs la demande d'AMM pour la protection croisée. Voilà l'une des bulles publicitaires du Gardasil qui éclate très vite…


(AMM signifie "autorisation de mise sur le marché", donnée ou non par l'agence du médicament pour une indication précise. A chaque fois qu'une firme veut obtenir que le médicament en question puisse être recommandé dans d'autres maladies ou chez d'autres catégories de patients, elle doit faire une demande supplémentaire d'AMM, afin de prouver l'efficacité et le profit de sécurité dans l'indication envisagée. Autrement dit, l'utilité et le rapport bénéfices-risques).

C’est un refus de plus - ou plutôt « une autorisation en moins » - pour Merck, ironise Ed Silverman sur le blog "Pharmalot", faisant allusion aux déboires de récents de Merck. En effet, rien qu’en 2008, la FDA a refusé d’homologuer le Cordaptive, un nouveau médicament qui baisse le taux de LDL-cholestérol, et a critiqué l'inefficacité de l’autre anti-cholestérol de Merck : Inegy (combinaison de simvastatine et d’ézétrol, développée avec Schering-Plough). La firme répond à cette accumulation de travers en supprimant 1.200 postes de commerciaux, nouvelle étape dans une vaste série de licenciements, comme nous l'apprend cette brève de L’Expansion. (Le Vytorin mentionné dans la brève est le nom américain d’Inegy, dont nous avons parlé dans plusieurs notes réunies sous la catégorie (Anti)cholestérol, Ezétrol, Inegy).

L'existence même de la demande d’extension d’AMM du Gardasil veut dire que l’ « information » véhiculée par la firme est peu crédible et dépend fortement des enjeux financiers… 

Il était question d'une vaccination des jeunes filles à faire impérativement avant le début de leur vie sexuelle; puis, tout d'un coup, ce serait valable pour tout le monde... On connaît le processus, puisque c'est le même qui fait qu'un médicament qui pourrait être bénéfique à une certaine catégorie restreinte de malades crée d'énormes problèmes lorsqu'il est prescrit massivement... C'était déjà le cas du Vioxx. Manifestement, Merck reproduit les mêmes schémas comportementaux... On pouvait s'y attendre.

Tout aussi peu crédible était l’affirmation, très fortement véhiculée par les équipes françaises financées par Sanofi Pasteur MSD, d’une « protection croisée ». Peu crédible, mais surtout peu responsable, puisque cela signifie induire des jeunes filles en erreur en leur faisant croire, directement ou indirectement, qu’elles seraient protégées contre plusieurs, voire contre toutes les souches de papillomavirus pouvant contribuer au développement d’une lésion précancéreuse et d'un cancer du col de l’utérus.

Et cette demande pose aussi le problème des risques que les firmes Merck / Sanofi Pasteur MSD sont prêtes à faire courir aux femmes. En effet, on peut difficilement imaginer que beaucoup de femmes entre 27 et 45 ans seraient vierges… Et comment savoir si elles ne sont pas déjà infectées par l’un des deux sérotypes à haut risque oncogène (HPV 16 et 18) ? Ou alors par les HPV 6 et 11, qui peuvent être responsables de condylomes (verrues génitales) ? Sachant qu’une ancienne infection neutralisée par le système immunitaire apporte une immunité naturelle.

Sachant surtout que le Gardasil n’a aucune efficacité sur une infection ou une lésion précancéreuse préexistante. Certaines données incitent à penser que le vaccin pourrait plutôt être contre-productif en cas d’infection préexistante. Il en est question aux pages 13 et 14 de cette analyse faite par la FDA : l’une des études sur l’effet du Gardasil sur l’évolution des lésions cervicales chez un sous-groupe de 156 personnes déjà infectées par les HPV et/ou 18 (avant la vaccination) parlent de 44,6% de dysplasies en plus. Le chiffre figure dans le tableau présenté en ces termes :

“The results of exploratory subgroup analyses for study 013 suggested a concern that subjects who were seropositive and PCR-positive for the vaccine-relevant HPV types had a greater number of CIN 2/3 or worse cases as demonstrated in the following table (…) In this case, it appeared that subjects in this subgroup of study 013 who received Gardasil™ might have had enhanced risk factors for development of CIN 2/3 or worse compared to placebo recipients”.

 

D’autres études dans d’autres sous-groupes ne semblent pas arriver à la même conclusion, mais le document de la FDA précise que les « caractéristiques démographiques » des autres sous-groupes étaient « plus équilibrées » (?). A quoi cela rime-t-il de faire dépendre les résultats du fait qu’il y avait plus de fumeuses dans un groupe que dans l’autre ? L’utilisation du Gardasil en situation réelle ne fait pas de telles distinctions. Ou alors pourquoi ne pas dire qu’il y a un risque pour les femmes ayant telles « caractéristiques démographiques » (pas précisées dans le document, d’ailleurs, à part le tabac), si elles sont déjà infectées ? Et même en général? Cela dit, ce chiffre reste un signal d'alarme et ne peut pas être absolutisé, puisqu'il s'agit d'une incidence numérique, qui n'est pas pour autant statistiquement significative. Et cette incidence a été constaté uniquement dans un sous-groupe de 156 personnes.

C'est ce que souligne la revue allemande indépendante Arznei-Telegramm dans son excellente analyse traduite par Pharmacritique dans cette note : "Il existe par ailleurs des indices d’un possible remplacement d’un génotype par d’autres: dans les deux études FUTURE comme dans deux méta-analyses [11,13], l’on constate que les lésions à génotypes HPV autres que ceux contenus dans le GARDASIL sont numériquement plus importantes chez les vaccinées que chez les filles des groupes placebo [NdT : « numerisch höher », veut dire d’une fréquence numérique plus grande, sans atteindre une puissance statistiquement significative]." La revue New England Journal of Medicine (NEJM) dit la même chose dans cet éditorial.

 

La publicité de Merck, Sanofi Pasteur MSD (et GSK pour le Cervarix) ne parle jamais des autres co-facteurs responsables du cancer du col (promiscuité sexuelle, pauvreté, tabac, usage prolongé de la contraception, grossesses multiples, susceptibilité génétique, aire géographique, etc.). Il est intéressant de voir que l'analyse de la FDA fait appel à ces autres causes pour justifier ces mauvais résultats et camoufler les dangers du Gardasil. Parce qu'il n'y a pas d'autre mot : c'est du camouflage.

On doit d’ailleurs poser cette même question de l'infection préalable quant aux jeunes filles que les parents envoient se faire vacciner. Peut-on raisonnablement penser qu’elles diront toutes à leurs parents qu'elles ont déjà eu des rapports sexuels ? Je pense que ce serait très naïf de le croire…

Enfin, le communiqué de Merck dit en passant aussi une autre chose que ne dit pas la publicité : « La vaccination par Gardasil peut ne pas donner une protection chez toutes les personnes vaccinées ». C’est bon à savoir. Raison de plus pour se demander à quoi il peut bien servir dans les pays occidentaux, où la prévalence des sérotypes oncogènes 16 et 18 est très faible, comme nous n’avons pas arrêté de le dire en citant diverses études et statistiques faites à ce sujet.

C’est un revers pour Merck, et le communiqué de presse se hâte de réaffirmer la confiance des dirigeants dans la croissance financière de la firme et de rappeler les excellents chiffres d’affaires dus au Gardasil… Y compris à travers des firmes à 50% - 50% telles Sanofi Pasteur MSD… Si l’argent va, tout va. Du moins pour les firmes. Mais il n’empêche que le cours de l’action Merck a chuté de 0,8% lors de l’annonce publique, nous fait savoir Reuters. Certains analystes se posent la question du potentiel d’expansion financière du produit Gardasil, s’il n’y a pas d’autorisation chez les femmes plus âgées. D’autres disent que le véritable profit viendra de l’autorisation du vaccin chez les hommes, puisque Merck fera une demande d’extension d’AMM chez les hommes vers la fin 2008.

Espérons que la très généreuse EMEA (agence européenne du médicament), qui a par exemple autorisé le Cervarix de la firme GSK rejeté par la FDA, ne va pas encore faire figure d’exception… Elle n'a pas manqué d'homologuer le Cordaptive, elle... Et s'est tue sur Inegy. A moins qu'elle n'en ait parlé sur le mode du chuchotement inaudible...

 

Elena Pasca

Commentaires

Il faut rappeler que dans l'étude Futur 2 avec le Gardasil, la protection offerte par le vaccin chez les femmes de 16 à 26 ans , n'ayant jamais été infectées par HPV 16 et 18 ( naïves) n'était que de 27% vis à vis du critère de jugement prncipal ( Lésions de haut grade du col utérin).
C'est cette réduction très faible qui est à retenir, puisqu'elle correspond à la réalité de la vaccination en pratique courante .
Mais dans sa présentation du vaccin, Merck "oublie" cette donnée.

Écrit par : Siary | 26/06/2008

Merci de le rappeler!

Merck et Sanofi Pasteur MSD "oublient" beaucoup de choses... Comme la très faible prévalence des HPV 16 et 18 dans les pays industrialisés, comme les co-facteurs dans le développement d'une dysplasie de haut grade, comme le fait que l'efficacité globale mise en évidence par Future I et II n'est que de 17%...
(Cf. l'analyse d'Arznei-Telegramm
http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/02/25/gardasil-la-revue-arznei-telegramm-rejette-le-vaccin-pour-ef.html

Comme l'incertitude sur le replacement, puisqu'il semble, toujours selon Arznei-Telegramm, que les jeunes filles vaccinées ont un taux d'infection par d'autres sérotypes de HPV significativement plus élevé que les non vaccinées.

Comme les effets indésirables... Et l'incertitude sur ce qu'il arrive aux jeunes filles déjà infectées qui se feraient vacciner. Ce qui ne manquera pas d'arriver, puisque rares sont les adolescentes qui vont reconnaître avoir déjà eu des rapports sexuels...

Et bien d'autres choses.

La mémoire des firmes est décidément bien plus sélective que celle de M. ou Mme Untel. Je propose d'administrer aux cadres de l'industrie pharmaceutique les remèdes qu'ils proposent eux-mêmes dans les défaillances cognitives, à savoir les inhibiteurs de la cholinestérase et la mémantine: Ebixa, Aricept, Exelon, Reminyl, utilisés dans la maladie d'Alzheimer. A l'efficacité plus que douteuse, mais aux effets secondaires de mieux en mieux documentés...

Écrit par : Pharmacritique | 07/07/2008

Espérons que la très généreuse EMEA (agence européenne du médicament), qui a par exemple autorisé le Cervarix de la firme GSK rejeté par la FDA, ne va pas encore faire figure d’exception… Elle n'a pas manqué d'homologuer le Cordaptive, elle... Et s'est tue sur Inegy. A moins qu'elle n'en ait parlé sur le mode du chuchotement inaudible...

--> est ce que cela veut dire qu'une fois de plus l'UE va subir le poids des lobby industriels pharmaceutiques ?

Écrit par : Gardasil | 15/07/2008

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