Avertir le modérateur

23/07/2008

Les étudiants en médecine des Etats-Unis notent les facultés en fonction de la gestion des conflits d’intérêts

L’Association américaine des étudiants en 496579372.gifmédecine (AMSA) a lancé en 2002 une campagne nationale de libération de la santé des griffes de l’industrie pharmaceutique. La Pharm Free Campaign met à disposition des intéressés des moyens d’information, d’action et d’éveil de l’esprit critique, détaillés sur son site et conçus en collaboration avec le programme anticorruption Pharmed Out et l’association No Free Lunch.

L’un de ces moyens est la PharmFree Scorecard : un classement des facultés de médecine des Etats-Unis en fonction de leur politique de limitation des conflits d’intérêts. 


 

Il s’agit d’ouvrer pour la transparence et pour l’élimination progressive des conflits d’intérêts comme de la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur toutes les dimensions de la médecine et de la santé. L’association et ses alliés veulent promouvoir des pratiques de soins et de prescription des médicaments issues de la médecine basée sur des preuves (evidence-based medicine ou EBM) et non de ce que dictent les firmes à travers leurs stratégies promotionnelles.

 

Le premier classement annuel de l’AMSA date de 2007. L’échelle de notation a été élaborée avec l’aide du chien de garde Prescription Project, qui milite, comme l'indique son nom, pour une prescription et un usage rationnels des médicaments. L’échelle de 2008 est plus complexe ; des critères plus nuancés permettent de mieux évaluer les centres médicaux universitaires.

Les critères principaux sont : l’existence ou non d’une politique de limitation des conflits d'intérêts, la déclaration ou non des liens financiers et autres avec les laboratoires, l’attitude vis-à-vis des cadeaux et des financements divers par l’industrie pharmaceutique (honoraires pour des activités de conseil et/ou de participation à des "speaker’s bureaus"…), l’accès ou non des visiteurs médicaux aux campus, l’acceptation ou non d’échantillons gratuits de médicaments, la transparence dans l’achat du matériel, le financement ou non de la formation médicale initiale et continue par les firmes. Des observations en marge du classement permettent une mise à jour ou l’apport de précisions utiles concernat chacune des facultés.

Inutile de dire que ce classement est un moyen de pression publique et médiatique sur les facultés de médecine, qui sont très soucieuses de leur image. Aucune ne veut paraître vendue aux firmes… Même lorsqu'elles le sont. Que voulez-vous, c'est la différence entre l'être et le paraître! Si douter publiquement de l'image de "marque" - c'est le cas de le dire, vu les quelques marques qui dominent le paysage pharmaceutique - peut faire avancer les choses...

En plus du serment d’Hippocrate, l’AMSA propose de faire vœu de libération… Voilà un diplôme à afficher dans les salles d’attente, pour remplacer les affiches publicitaires "griffées". Avec le certificat de non complaisance conçu par PharmedOut disant que le l'hôpital untel et le Dr Untel ne reçoivent pas la visite médicale parce qu’ils se soucient de la santé des patients, pas du cours des actions en bourse. Qu’ils veulent soigner, pas faire du commerce. Et qu'on soigne sur la base de connaissances scientifiques prouvées (EBM), pas selon les publicités des firmes et les discours de leur valetaille en blouse blanche.

La devise de l’AMSA est : "il faut plus qu’une faculté de médecine pour faire un médecin". Voilà qui est certain ! Si on se réfère à la France, on pourrait dire qu’il faut effectivement l’industrie pharmaceutique en plus de la fac de médecine pour faire un médecin ! Et l’industrie toute seule le "fait" une fois qu’il est sorti des bancs de la faculté, puisque la formation médicale continue est à 98% dans les griffes des firmes… (Griffes au sens de marques, bien entendu! Il ne faut pas penser tout de suite à mal). Firmes qui (dé)tiennent une majorité des médecins par les cordons de la bourse.

Que font les étudiants en médecine de France et de Navarre ? Ca ne leur pose pas de problèmes de conscience de croiser les visiteurs médicaux tous les jours, de bouffer les pizzas de l’industrie - en guise d'éducation à la prévention de l'hypercholestérolémie - et de sortir de la formation initiale déjà bien endoctrinés ? En sortir pour continuer à faire toute une vie ce qu’on attend d’eux, à savoir augmenter les chiffres de vente ? Et tout cela pourquoi ? Pour des stylos, des repas et des post-it ? (Les gros moyens étant réservés aux gros pontes ou leaders d’opinion, plus rentables, car occupant des positions stratégiques qui leur permettent d’exercer une très grande influence). La conscience ne vaut pas bien cher de nos jours ! Quelques repas et des frais de voyage suffisent à faire accepter la désinformation et faire gober aux patients la dernière pilule magique sortie par l’industrie. Et advienne que pourra ! De toute façon, personne n’est responsable en France et n’a de comptes à rendre (au sens propre comme au sens figuré). Ni les firmes ni les médecins. Alors pourquoi faire autrement ?

 

PS en faveur d'une intervention extérieure plus musclée que la remise en question de l'image de griffe. Oups, pardon! De l'image de marque, bien sûr!

 

A ce qu'on sache, les firmes n'ont jamais montré d'envie suicidaire ou masochiste, qui pourrait nous laisser espérer une autolimitation. Les manifestations psychiatriques sont l'apanage de certains de leurs produits, pas de leur commerce, qui se porte malsainement bien. Au point qu'on arrive à souhaiter un peu de bipolarité, pour utiliser un terme très à la mode chez les VRP des firmes, qui voient des troubles bipolaires partout. Peut-être qu'une bonne petite phase dépressive, reconnue et traitée, ne nuirait pas à l'équilibre d'une industrie qui surfe depuis trop longtemps sur des vagues maniaques.

 

Un bon petit antipsychotique, avec un tout aussi bon antidépresseur, puis un neuroleptique pour traiter les effets secondaires, puis... (Espace à remplir selon les dernières publicités pour des pilules plus magiques les unes que les autres).

 

L'industrie pharmaceutique fait comme beaucoup de malades psychiatriques : elle ne reconnaît pas l'existence de la maladie. Pour les malades, il y a un traitement forcé, "à la demande d'un tiers". A la camisole chimique utilisée chez ces patients devrait correspondre une camisole législative et juridique pour calmer l'excitation maniaque des firmes et l'affairisme malsain. Après tout, le critère principal pour justifier un traitement forcé est le danger potentiel pour autrui. Et personne ne peut douter de la réalité de cette capacité de nuisance des firmes. Ne serait-ce qu'après le Vioxx, Avandia, Distilbène, Agréal, Enantone, Contergan et autres douceurs du même acabit.

 

Elena Pasca

Commentaires

j´aimerais suivre un stage ou une formation en farmacie en tant qu etudiant en medecine en troisieme annee

Écrit par : abiathar pierre pierre | 05/02/2009

Répondre à ce commentaire

j'aimerais prendre un cours supplementaire en farmarcologie

Écrit par : abiathar pierre pierre | 05/02/2009

Répondre à ce commentaire

Bonjour Pierre,

Alors là, je crains ne pouvoir vous être d'aucun secours. Si vous regardez la note, je parlais des étudiants en médecine américains qui notent leurs facultés en fonction de leur politique de restriction et de contrôle des conflits d'intérêts. Les questions abordées dans ces pages sont de cette nature-là: critique des dérapages de l'industrie pharmaceutique, de la désinformation médicale, des conflits d'intérêts de toute sorte, des lobbies qui ont des conséquences néfastes sur la santé, du dévoiement de la médecine, de la formation médicale continue sous l'emprise des firmes, des méthodes de marketing et de la pseudo-éthique du commerce...

je crois que ces thèmes devraient vous intéresser, même s'ils n'ont rien à voir avec la question que vous avez posée.

Quoique... J'ai traduit il y a quelques semaines un article du British Medical Journal parlant du fait que des cadres des laboratoires (Pfizer, au départ, si ma mémoire est bonne) étaient autorisés à enseigner la thérapeutique et la pharmacologie aux étudiants en médecine...

Pharmacologie, discipline sinistrée, et votre recherche ne fait que le confirmer. Si cette discipline de la médecine était "en bonne santé", vous n'auriez pas besoin de vous renseigner sur le net sur des cours de ce type...

Faites attention à vous et... revenez nous rendre visite, pour fouiller un peu dans ces pages et apprendre à (mieux) cerner les tentations auxquelles vous serez exposé dans les interactions avec divers VRP de l'industrie pharmaceutique.
Cordialement

Écrit par : pharmacritique | 05/02/2009

Répondre à ce commentaire

J'aimerais savoir si il serait possible de commencer un fac de medecine en france et quelques anne plus tard finir ses anées aux etats unies , canada ..enfin etre echange !?

Écrit par : jenifer | 29/09/2009

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu