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03/08/2008

Financement public d’une visite académique: projet législatif pour contrecarrer l’influence pharmaceutique

Le Congrès des Etats-Unis vient de proposer un amendement au code de la santé qui permettrait le financement public de programmes 889191819.jpgd’éducation indépendante et non biaisée des professionnels de santé en matière de médicaments et de soins. Le circuit actuel de l’information médicale et toutes les pratiques qui s’y rapportent sont "chargés de conflits d’intérêts", dit le sénateur démocrate Herb Kohl, qui est à l’origine de l’Independent Drug Education and Outreach Act of 2008 (IDEA). L’intention est claire : neutralisation du marketing de Big Pharma par l’offre d’une source alternative d’information pour les professionnels de santé et les patients. Visant l'intérêt public et non pas l'augmentation du chiffre d'affaires et du cours de l'action en bourse.


L’information a été rendue publique le 31 juillet et commence à être sérieusement commentée dans la blogosphère anglophone.

La photo est tirée du blog santé du Wall Street Journal, qui rend compte du projet de loi dans l’article Feds May Fund Program to Counter Drug Rep Sales Pitches.

Une vieille idée remise à l'ordre du jour 

Le projet est en discussion depuis plusieurs années sous le nom "academic detailing" ou "outreach visit", qui recoupe en partie ce que la HAS (Hauté autorité de santé) appelle "visite académique". Lamise en pratique a toujous été bloquée par l’hostilité des républicains (droite américaine, alliée traditionnelle de l'industrie pharmaceutique, à commencer par George Bush, qui fait tout ce qu'il peut pour favoriser ses amis).

C’est le ministère de la santé qui piloterait l’ensemble des mesures dont le coût n’a pas encore été chiffré. Mais une étude parue il y a quelques mois dans le NEJM (New England Journal of Medicine), citée par les défenseurs du projet, estime que chaque dollar investi permettrait d’économiser deux dollars… Cela donne une idée de l’étendue du gaspillage actuel, dû à la prescription de médicaments nouveaux et extrêmement chers - qui n’apportent pourtant rien pas rapport aux anciens, puisque le progrès thérapeutique est presque nul ces dernières années... Il suffit de lire la Déclaration de l'ISDB (International Society of Drug Bulletins) sur le progrès thérapeutique pour se rendre compte de la crise d'innovation, qui n'a pourtant pas entraîné de changements dans les méthodes et/ou dans les prix, au contraire... Le gaspillage résulte aussi de la prescription de médicaments de marque en lieu et place des génériques, mais surtout de la prescription de médicaments complètement inutiles. Inutiles mais non dénués d'effets indésirables, s'entend…

Des signaux d'alerte enfin entendus

Et pourtant, la motivation principale des hommes politiques et des médecins et associations d’usagers qui portent ce projet n’est pas économique. Il s’agit de promouvoir un usage raisonnable du médicament, et cela ne peut se faire qu'en limitant les dérives commerciales de l’industrie pharmaceutique et donc leur impact sur la santé des patients. Dérives qui résultent de la désinformation médicale telle qu'on la voit acteullement. Avec les conséquences que l'on connaît à travers les désastres à répétition produits par toute une série de médicaments encensés par leurs fabricants comme les miracles du siècle... Enfin, les conséquences, on n'en parle pas en France, où les autorités sanitaires, les organisations médicales professionnelles et les firmes nous désinforment pour notre bien: pour nous protéger de toute information désagréable qui pourrait troubler notre ignorance.

L’éditorial du JAMA (Journal of the American Medical Association), que nous avons traduit dans cette note, a eu un fort impact sur les hommes politiques démocrates (et sur le sénateur Grassley du côté républicain). Rappelons que la rédactrice en chef, Catherine De Angelis, a fait un inventaire assez révélateur de la façon dont s’exerce la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur toutes les dimensions de la médecine, de la recherche médicale à l'écriture des articles et à leur publication dans la presse spécialisée. Elle a appelé à une large mobilisation pour éviter que le désastre du Vioxx ne se reproduise (le Vioxx était le point de départ de son inventaire, parce que le JAMA avait publié des études manipulées par Merck qui lui étaient favorables et qui avait été écrites par des ghostwriters ou auteurs fantôme au service des firmes).

Les détails 

Le projet "Independant Drug Education and Outreach Act" a deux volets : des contrats avec des équipes médicales pour produire des matériels et supports éducatifs, d’une part, et la formation de… formateurs indépendants, d’autre part.

Des professionnels de santé indépendants seraient formés pour apporter l’information à leurs pairs, sur la base de preuves et non de discours marketing, et neutraliser ainsi les combines commercial des firmes pharmaceutiques. L’information porterait principalement sur la balance bénéfice-risque, l’efficacité, le profil de sécurité, le rapport coût-efficacité d’un médicament et l’existence d’approches non médicamenteuses concurrentes ou supplémentaires. L’information ne serait pas restreinte aux médicaments d’ordonnance, mais concernerait aussi les remèdes en vente libre.

L’accent est mis sur la présentation plus objective des données disponibles et sur la sécurité d’emploi, autrement dit, exactement les aspects sur lesquels les VRP des laboratoires passent très vite, quand ils ne mentent pas, du moins par omission. La méthode s’inspire de celle des visiteurs médicaux…

Les équipes médicales candidates à ces subventions ne doivent avoir aucun financement de l’industrie pharmaceutique, et ce au moins un an avant le début du programme et un an après sa fin. Les candidats doivent présenter des projets de matériels éducatifs qui puissent être utilisés pour informer médecins et patients et que les formateurs puissent distribuer par exemple lors des visites rendues aux médecins.

Selon le sénateur Dick Durbin, autre promoteur du projet, les médecins qui bénéficient d’une telle information étayée par des supports informatifs concrets et non commerciaux « sont plus à même de prescrire le médicament qui s’avère être le plus adapté aux besoins du patient, et non pas celui qui rapporte le plus aux firmes pharmaceutiques ».

Sources

Le texte du projet de loi peut être lu sur cette page du chien de garde Prescription Project, qui soutient et commente cette proposition démocrate.

Les détails et la liste des organisations qui soutiennent le projet législatif figurent dans un article de Medical News Today.

On y apprend qu’une audition au Sénat au mois de mars a passé en revue divers aspects : les expériences internationales (surtout celle australienne) en la matière, les arguments de ceux qui, tels Jerry Avorn de Harvard, soutiennent depuis longtemps qu’il ne faut pas laisser l’information médicale à l’industrie pharmaceutique, et même les expériences d’anciens visiteurs médicaux qui ont vendu la mèche sur les techniques communicationnelles employées par l’industrie pour faire marcher le commerce. Ce qui n’a pas manqué d’estomaquer quelques hommes politiques…

Rappelons aussi que de tels programmes d’information existent déjà, financés par la… justice fédérale américaine. On y reviendra.

Il était temps de reconnaître que la santé des patients est trop importante pour que les médecins suivent les modes lancées par les laboratoires au moyen de campagnes promotionnelles dotées d’un budget énorme, financé par le prix astronomique des médicaments… Modes qui promeuvent des nouveautés mal testées, mal connues, approuvées trop vite et quasiment expérimentées sur la population. On l'a encore vu avec Avandia, le Zyprexa et d'autres. On le voit avec le Gardasil. Les affaires marchent bien; le reste, on s'en fout. Sauve qui peut.

Elena Pasca.

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