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15/08/2008

Le secteur optionnel : d’autres exclusions et inégalités dans l’accès aux soins (revue Pratiques)

L'article de Marie Kayser, Secteur optionnel : un danger supplémentaire pour l’accès aux soins, paru le 1er août sur le site de la revue 281510332.jpgPratiques, explique en détail ce qu’il en est du secteur optionnel actuellement en cours de négociation. Celui-ci s’ajouterait au secteur conventionné (tarifs des médecins fixés par la Sécurité sociale) et au secteur à honoraires libres. Fausse bonne idée, ce secteur créerait des problèmes supplémentaires, au lieu d’en résoudre… Mais n’est-ce pas le cas de toutes les "réformes" (sic) et modifications faites dans le domaine de la santé depuis Douste-Blazy, Bertrand et Bachelot ?


Photo: Schneier Security (contrefaçons)

 

"(…) ce secteur va permettre de revaloriser le tarif des actes médicaux aux dépens des patients, mais laissera intact le problème des inégalités de revenus [des médecins], liées au paiement à l’acte, et le différentiel des tarifs entre catégories de médecins. Le secteur optionnel entraînerait rapidement la suppression de toute offre de soins à tarif opposable [honoraires plafonnés, selon la convention avec la Sécurité sociale] dans certaines spécialités et secteurs géographiques (3). Le rapport de l’IGAS [Inspection Générale des Affaires Sociales] de 2007 sur les dépassements d’honoraires est pour ces raisons très réticent sur la réouverture d’un tel secteur".

 

Il y a de quoi. C'est un pas de plus vers la privatisation de la santé, avec ses conséquences en termes d'exclusion des soins et d'inégalités, puisqu'il faudra payer des mutuelles de plus en plus chères pour espérer avoir une prise en charge moins mauvaise de ces dépassements qui deviendront la norme. Les classes moyennes auront de plus en plus de difficultés à payer leur couverture santé. Quant aux pauvres, faut-il faire un dessin pour illustrer le bord de route - que dis-je? le fossé dans lequel on les entassera? Fossé de la maladie comme de l'oubli et du déni.

 

(Déni, oui. C'est à cela que nous pousse l'idéologie ambiante, tout en jouant sur nos peurs pour qu'on accepte des reculs sociaux collectifs - qu'on refuserait en moins de deux s'il n'y avait pas la frayeur... Déni, parce que, si on ferme les yeux et qu'on refuse de voir les causes structurelles de la pauvreté, de voir ces pauvres comme des égaux et co-sociétaires à dignité égale, ils finiront peut-être par disparaître... Et on se ment en se disant que si on ne les voyait pas, on aurait moins peur d'être "déclassés" à notre tour, de rejoindre ces stigmatisés, ces boucs émissaires, responsables de leur propre déchéance, selon l'individualisme néolibéral. Pharmacritique a abordé ces aspects dans la note parlant de La fonction sociale de la pauvreté et du chômage dans le néolibéralisme. Conseils de lecture, ainsi que dans d'autres notes réunies sous la catégorie Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien).

 

Les inégalités socio-économiques ont leur pendant dans les inégalités en santé, et la situation est déjà critique. Nous en avons parlé dans plusieurs notes réunies sous la catégorie Inégalités sociales en santé. Lecture instructive pour ceux qui croient à l'écran de fumée du "meilleur système de santé" au monde. Et pour ceux qui oublient que la France compte dans les 8 millions de pauvres... Que notre beau pays tient aussi ses handicapés dans une situation qui leur permet à peine de survivre. Ils arrivent à survivre si, et seulement si, ils s'imposent une longue série de sacrifices...

 

Beau pays, que le nôtre! Belle solidarité nationale! Belle égalité! L'état désastreux de l'application de ces principes piétine tous les jours le concept de République et l'image qu'en avaient ceux qui se sont battus pour elle.

Quand on pense que le droit à la santé est inscrit dans la Constitution... Il y a une telle accumulation de lettres mortes, tout juste bonnes à s'automystifier...

 

Elena Pasca

Commentaires

Tout faux et surtout rien compris de la part de l'auteur : le secteur optionnel n'est pas une alternative au secteur 1 en permettant de facturer des dépassements d'honoraires mais une façon d'encadrer le secteur 2 en limitant ces mêmes dépassements.
Quand les gens comme vous comprendront-il que la santé coute TRES cher et que les tarifs de Sécurité Sociale qui n'ont pas évolué pour certains depuis une décennie sont devenus obsolètes.
Soit on salarie tous les médecins (belle réusiste en Angleterre-6 mois de délais pour une prothèse de hanche par exemple et un système de santé vieillot et inadapté) soit on poursuit avec un secteur libéral performant mais honnète en limitant les dépassements et en maintenant la CMU.

Écrit par : Olivier | 30/11/2008

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[Ce commentaire n'était pas en ligne]

Bonjour et merci pour votre commentaire!

J'aimerais bien comprendre pourquoi un gastro-entérologue de ville peut facturer 28 euros la consultation et un autre, qui fait la même chose, dans le même type de cabinet et le même quartier, facture 70 euros?? Les deux étant tout aussi performants? S'agit-il de qualités intrinsèques du médecin qui estime ses prestations à sa juste valeur - qualités et valeur que nous autres patients n'arrivons pas à saisir?

Qualités qui font qu'il ne peut pas s'abaisser à recevoir des patients ayant la CMU et trouve toutes sortes de justifications tirées par les cheveux pour ne pas perdre un centime? Avec la complicité d'un ordre des médecins qui n'a pas grand-chose d'un garant de la déontologie...

Vous voulez peut-être qu'on gobe l'histoire d'un secteur optionnel qui serait plus ouvert à la CMU?

Les dépassements d'honoraires ont bien évolué, eux, ces dernières années! Et puis, pourquoi ne pas faire un effort - difficile, certes, quand on milite uniquement pour des intérêts corporatistes - et penser aussi à ce que peuvent payer les patients, classes moyennes comprises, en ces temps de vaches maigres pour (presque) tout le monde?

Vous seriez plus crédible si vous militiez pour la revalorisation des salaires et des revenus de tout le monde, à mon avis.

Et que faites vous du secteur libéral en hôpital public? La grève du codage de ces médecins qui ne s'estiment jamais assez bien payés - malgré les dépassements et la possibilité d'utiliser le personnel et le matériel de l'hôpital public - a coûté des millions d'euros à la Sécurité sociale. Etes-vous allé expliquez à ces médecins que la santé coûte très cher et qu'il ne faut pas gaspiller l'argent de la Sécu?

Secteur libéral, mais honnête? Celui-là, par exemple, dont l'honnêteté s'apparente au cynisme, lorsqu'il refuse les malades non rentable et s'en débarrasse à l'hôpital public? C'est cela l'honnêteté?

Ou alors être un médecin libéral honnête veut dire vive la tarification à l'acte, qui fait déjà des ravages dans la qualité des soins, puisqu'ils met les patients à la porte à peine quelques minutes après avoir ouvert la bouche, mais prescrivent plein d'examens et d'imagerie inutiles, qui coûtent cher, sont invasifs pour certains, etc., au lieu de prendre le temps d'un examen clinique complet et d'une discussion avec le patient?

Ces quelques exemples vous semblent-ils source d'économies pour la Sécurité sociale? Lorsque les dépassements coûtent des milliards et sont supportés par les patients (mutuelles et reste à charge - de leur poche), mais aussi par la Sécurité sociale?

Et permettez-moi une dernière question. J'ai bien compris l'esprit qui anime ces "libéraux honnêtes" à dépassements honnêtes - mais payables par de moins en moins de patients - dont vous êtes. Bien compris aussi que vous ne vous mélangez pas avec n'importe qui. Mais dites-moi, c'est qui "les gens comme vous" dont vous parlez ?

Vous aurez gain de cause. Ce gouvernement ne vous refuse rien, même si vous vous concentrez tous dans les quartiers chic et qu'il y a de véritables déserts médicaux par ailleurs. Mais j'oubliais, la médecine est un commerce comme un autre, il faut gagner plus, pour le reste, advienne que pourra, on s'en lave les mains.
Regardez les Etats-Unis, pour voir ce que donne votre modèle. Cela vous plaît-il?

Jusqu'à ce que les patients en aient marre un jour.
Cela n'a rien de personnel, puisque je ne vous connais pas et ne juge pas. Mais ce sont des questionnements généraux qu'il faut formuler pour qu'un débat public - avec tous les acteurs - ait lieu.
Bien à vous.

Écrit par : pharmacritique | 30/11/2008

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Entendu à un congrès de gynécos et rapporté par un médecin de PMI:
les médecins comparaient leurs honoraires (tarifs): 50, 60, 70 euros la consultation, une dernière annonce fièrement 90 euros avec l'explication suivante: à ce prix là, le patient il ferme sa gueule!

Écrit par : j.m. | 04/12/2008

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