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20/09/2008

Conflits d’intérêts public - privé. Pantouflage par le LEEM qui recrute Philippe Lamoureux (INPES)

Un communiqué du LEEM (Les entreprises du médicament, syndicat de l’industrie pharmaceutique), nous annonce que Philippe Lamoureux vient d’être nommé directeur LEEM euros.jpggénéral du LEEM à partir du 15 novembre. Lamoureux vient du public, où il a dirigé des cabinets ministériels, puis, depuis 2002, l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation en santé).

Voici un mélange des genres des plus malsains : c’est une forme de pantouflage, dénoncé par le seul Canard enchaîné, et on peut s’attendre à des mauvaises surprises très bien concoctées. Au lieu de désétrangler le système de soins dominé par l’industrie pharmaceutique et par sa filière très profitable du médicament, on verra des initiatives débouchant sur une emprise privée à chaque niveau, dans une forme de domination totalisante qui ne sera même pas ressentie comme telle… Lamoureux passe au privé avec armes (carnet d’adresses) et bagages (toutes ses connaissances sur le comment et le pourquoi des politiques publiques et la façon de les instrumentaliser pour le profit privé des industriels du médicament. Le communiqué du LEEM le dit ouvertement:


Le président du L€€MChristian Lajoux, précise que Lamoureux a été choisi "en raison de son engagement professionnel dans les politiques sanitaires, à un moment où les entreprises du médicament s'impliquent de plus en plus dans les enjeux de santé globaux, allant de la recherche avancée dans les sciences du vivant à la promotion du bon usage du médicament (sic)." Et le carnet d’adresses jouera un rôle essentiel, aucun doute là-dessus, pour permettre des "partenariats" public – privé, c'est-à-dire l'instrumentalisation du public par le privé... Cette nomination est un coup de génie du L€€M et arrive juste au moment où se joue la privatisation de notre système de santé et où les rapaces industriels sont aux aguets pour sauter sur toutes les proies qui se présentent.

Le carnet d’adresses jouera aussi quand il s’agira de faire du lobbying auprès des hommes politiques et autres décideurs sanitaires pour que la France soutienne les efforts du commissaire Günter Verheugen (et de sa Direction entreprises et industries). Ce cher M. Verheugen cherche à dérouler un tapis rouge à l’industrie pharmaceutique et à la faire accepter comme une source fiable d’information et comme une instance objective de pharmacovigilance.

Le LEEM qui éduquerait au "bon usage du médicament"… Rien que ça… On a vu ce que ça donne avec la directive – entre-temps retirée – permettant de mettre en place des programmes d’observance, dits aussi "programmes d’accompagnement" des patients. La réponse de la revue Prescrire et les caricatures qui l’accompagnent illustrent bien les vrais objectifs de ce qui s'affiche comme "philanthropie" (sic).

Mais ce projet n’est pas mort pour autant ; il n’attend que des jours meilleurs – lisez un lobbying meilleur – pour ressurgir. Il n’est pas anodin que Lajoux souligne que Lamoureux est une recrue précieuse pour le L€€M aussi par ce qu’il "a participé à la refondation des politiques de santé publique et à l'organisation des droits des patients dans plusieurs cabinets ministériels". "Droit des patients" : un syntagme qui peut tout couvrir, comme on l’a vu avec ces associations de malades mises en place par les firmes pharmaceutiques et financées par elles pour mieux représenter les intérêts commerciaux de l’industrie lors des discussions européennes.

Lamoureux connaît donc toutes les failles dont pourront profiter les firmes pharmaceutiques pour élargir un peu plus leur marché et s’imbriquer un peu plus dans les politiques de santé, de façon à apparaître comme des acteurs incontournables dans tous les domaines du système de soins. Cette imbrication est un objectif clairement fixé par le LEEM, comme on le voit en lisant une autre partie de son communiqué :

 

« A un moment où l'industrie du médicament connaît une mutation importante de son modèle, qui fragilise sa présence industrielle en France, il apparaît plus que jamais nécessaire de développer avec les Pouvoirs Publics et les acteurs de santé des politiques (…) qui associent étroitement les entreprises aux nouveaux modes de gestion du système de soins. J'ai confiance dans les capacités éprouvées de Philippe Lamoureux sur ces questions, pour aider notre organisation professionnelle à définir et négocier la place légitime qu'elle doit avoir (…)."

 

L'industrie pharmaceutique qui interviendrait dans la mise en places des "nouveaux modes de gestion du système de soins" dans son ensemble... C'est proprement ahurissant. Et de quel droit l'industrie se mêlerait-elle de cela ?

 

Pour compléter l’info, regardons les missions de l’INPES, parce que je pense qu’il n’échappera à personne à quel point Lamoureux retourne sa veste avec un opportunisme cynique, et comment il va vendre l’intérêt public pour 30 argents… Sur le site de l’INPES, on peut lire :

« L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé est un établissement public administratif créé par la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. L’Institut est un acteur de santé publique plus particulièrement chargé de mettre en oeuvre les politiques de prévention et d’éducation pour la santé dans le cadre plus général des orientations de la politique de santé publique fixées par le gouvernement. »

Prévention et éducation qui devraient se faire tout d’abord en libérant le système de santé et les initiatives de prévention et d’éducation – du public comme des médecins – de la mainmise par l’industrie pharmaceutique. Or, avec l’arrivée de Philippe Lamoureux, c’est tout le contraire qui se passe : les firmes pharmaceutiques sauront adapter au mieux leur lobbying, en fonction des failles révélées par Lamoureux, et s’adresser aux décideurs politico-sanitaires – qui composent son carnet d’adresses – les plus susceptibles d’être sensibles (ou « sensibilisés » par un certain nombre d'appâts) aux intérêts privés des firmes.

Le site de l’INPES présente les programmes au moyen desquels cet organisme intervient dans l’application des politiques publiques, y compris les "baromètres" (résultats modélisés d’enquêtes sur telle question, plus les matériaux bruts), qui vaudront de l’or dans les mains du LEEM. Sans parler des vases communicants avec les directions des institutions partenaires de l'INPES : ministère de la Santé, CNAM des travailleurs salariés, Service d'information du gouvernement, Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies, collectivités locales, DRASS (Directions régionales d'action sanitaire et sociale), etc.

Et voilà encore une preuve des "hauteurs" éthiques du LEEM - arrivant jusqu'à la poche révolver et aux comptes en banque... On voit que son code de déontologie (sic) est effectivement volontaire et n'oblige personne à rien. Comme disait un homme politique chevronné dans les écrans de fumée, les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

Pour approfondir la question et aller au-delà de la propagande :

D’autres notes sur la façon originale des firmes pharmaceutiques et de leurs syndicats de concevoir l'éthique sont subsumées sous la catégorie "Ethique et pharma ; firmes et LEEM"

Quant au lobbying pharmaceutique européen et aux activités serviles du commissaire Günter Verheugen, il y a d'abord la note "Nominations pour les prix du lobby et du fonctionnaire ou élu les plus nocifs pour l’intérêt général (CEO)".

Enfin, sur les programmes d’observance et sur le tapis rouge déroulé par la Commission européenne à l’industrie pharmaceutique (qui serait chargée de "l’information santé", de la pharmacovigilance, etc.), vous pouvez lire les notes rassemblées sous les catégories : "Autorités d’insécurité sanitaire", "Publicité directe des firmes ; marketing";

Une lecture édifiante est aussi le deuxième rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), très critique quant à l'idée de laisser les firmes "gérer" directement les patients, sous couvert d’aide à l’observance ou sous un prétexte encore plus cousu de fil blanc : "l’accompagnement" des malades… Plus désintéressé, tu meurs… Le lien vers le rapport figure dans plusieurs notes: "Rapports IGAS / Cour des comptes / Que chosir".

A votre avis, entre la France et les Etats-Unis, qui a les dispositifs les plus stricts limitant le pantouflage ?

Aux Etats-Unis, pays pourtant ultralibéral, il existe des dispositions législatives qui empêchent le pantouflage ou du moins le limitent. L’administration Clinton avait fait voter une loi qui interdisait à un haut fonctionnaire de passer dans le privé avant au moins 5 ans ; les républicains ont réduit ce délai à deux ans. Mais il existe toujours.

Et en France ? La République est morte, et l’intérêt public avec elle; alors quel besoin de lois pour faire semblant qu’ils seraient encore vivants? Non, nous vivons dans la force brute du plus offrant, qui n’a que faire de l’intérêt général et de la santé publique ! Et tout le monde cautionne : politiques, journalistes, grand public, sans parler des mille et une instances qui ne contrôlent rien, mais qui offrent la possibilité à d’autres fonctionnaires d’avoir un carnet d’adresses bien garni, qu’ils pourront monnayer le moment venu…

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

Commentaires

je m'inqiéte pour la santé de notre pays, la solidarité qui disparaît. je voudrais être sûre que tous ses médicaments non remboursés qui vont devenir plus nombreux, bien que l'on nous parle de prévention ( avec fermeture des services hositaliers de proximité) sont bien contrôlés dans leurs compositions , car il va y avoir concurrence de prix entre pharmacies et risque de dérives peut-être.
La République est loin et cela en une année. Que va-t-il nous arriver encore ?

Écrit par : Blua | 20/09/2008

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Malheureusement, je ne vois aucune raison d'optimisme pour la situation dans son ensemble. Quant à la sécurité des médicaments, aucune instance européenne publique ne l'exige ni ne la contrôle, au sens strict du terme. Aucune instance nationale publique non plus. (L'Afssaps (l'agence du médicament) est une servante des firmes, la HAS (Haute autorité de santé) aussi; leurs experts sont presque tous des monuments de conflits d'intérêts, tout comme la plupart de nos hommes politiques et de nos journalistes. Le grand public s'en fout des conflits d'intérêts. Etc.)

Les seules avancées viennent des pays anglophones, et on ne peut qu'espérer une sorte de "contamination"...

Je profite de l'occasion pour m'excuser: le premier jet de cette note débordait de fautes d'orthographe... Je l'ai faite sous le coup de la colère et de la fatigue et ai eu l'une de ces fameuses coupures de connexion Internet, qui arrivent toujours au meilleur moment, comme chacun le sait...

J'ai juste corrigé les fautes les plus criantes, mais la note en entier devra être refaite.
Mes excuses.

Écrit par : pharmacritique | 20/09/2008

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