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22/10/2008

Pays-Bas : Perquisition chez Sanofi et GSK suite aux conflits d’intérêts concernant Gardasil et Cervarix. Le PS se mobilise

(Note largement complétée  et mise à jour)

 

Radio Netherlands Worldwide rend compte brièvement de la nouvelle et renvoie à l’émission Zembla de la chaîne de télévision VARA. Dans gsk_logo.jpgson numéro du 19 octobre, celle-ci relate le scandale qui secoue les Pays-Bas quant au Gardasil et au Cervarix. Des perquisitions ont eu lieu aux sièges de Sanofi Pasteur MSD et de GSK dans le cadre d’une enquête menée par l’Inspection des affaires de santé. Le Parti socialiste a demandé un débat parlementaire sur l’influence trop grande de l’industrie pharmaceutique sur les décisions de santé ainsi que sur le marketing agressif de celle-ci, et ce par la voix de la présidente de son groupe parlementaire à la Deuxième chambre, qui se trouve être la Dre Agnes Kant, médecin épidémiologiste... Elle a condamné publiquement certains membres de la Commission consultative en santé, qui Sanofi Pasteur MSD.jpgconseille le ministère sur des questions de santé publique et qui a recommandé un programme de vaccination généralisée. Or il s’avère que plusieurs de ses membres sont des consultants pour les firmes, dont ils ont reçu des financements ou d’autres formes de paiements. Conflits d’intérêts dans toute leur bassesse…


La position du Parti socialiste néerlandais : réexamen des vaccins, en toute indépendance et en fonction des données scientifiques. Encadrement strict de l'ensemble des pratiques marketing des firmes.

 

« La décision d’introduire ou non la vaccination doit être prise sur la base de données objectives et en toute indépendance. (…) Le marketing Agnes_Kant.jpget le lobbying pharmaceutique devraient être exclus de ce processus, tout comme les conseillers ayant des liens financiers avec l’industrie », dit la Dre Agnes Kant, citée par Zembla. Elle se félicite de l'intervention active de l'Inspection des affaires de santé dans les méthodes de lobbying des deux producteurs de vaccins, lit-on sur le site du Parti socialiste néerlandais.

 

On y apprend aussi que celui-ci « a demandé une enquête approfondie dès le mois de juillet, après que le ministre de la Santé a pris la décision d’inclure [le Gardasil et le Cervarix] dans le programme de vaccination. L'introduction de ces vaccins résulte d’un lobbying sans précédent, férocement mené, par des spots à la radio, des sites web et des campagnes d'information dans les écoles de quartier. Des campagnes de sensibilisation ont assuré la promotion des vaccins auprès des parents. Et Kant d’ajouter : "Des élus de la Chambre ont aussi soutenu les [démarches des] fabricants. Il y a eu des pressions sur la Commission consultative en santé, qui s’est prononcée en faveur de l'inclusion dans le programme vaccinal. Cela est inacceptable. Je veux donc qu’il y ait un débat avec la population, portant sur l’opportunité ou non d’introduire ces vaccins, sur leurs prix anormalement élevés et sur les moyens de limiter ce marketing absurde." »

 

Le Parti socialiste « demande depuis des années le durcissement des règles qui encadrent la publicité des firmes pharmaceutiques et veut que soit mise en place une surveillance active de cette publicité par l'Inspection des affaires de santé en lieu et place de l'autorégulation par l'industrie elle-même. »

 

« Tout cela ne signifie pas que la vaccination ne devrait pas être mise en place. Mais il est important qu’il y ait un réexamen attentif, fait par des instances indépendantes. Une telle décision de vacciner ou non doit être prise en fonction du potentiel des vaccins d'apporter une amélioration en matière du cancer du col de l’utérus. Car selon Kant : "Nous ignorons beaucoup de choses, par exemple quant aux effets secondaires des vaccins à long terme. De plus, l'incertitude persiste quant à la durée de la protection, et il y a trop peu de travaux de recherche portant sur l'efficacité [du Gardasil et du Cervarix] contre le cancer du col de l'utérus lui-même. Ces incertitudes ont été réaffirmées encore récemment, dans un article critique paru le 13 septembre dans le New England Journal of Medicine" ».

 

(Pharmacritique a traduit des extraits de cet article dans la note « Un éditorial du NEJM doute de l'utilité du Gardasil et craint qu'il ne favorise les dysplasies et les cancers du col de l'utérus »).

 

Conflits d'intérêts des membres de la Commission consultative en santé

 

Le compte-rendu de l’émission Zembla nous apprend des détails sur les conflits d'intérêts de plusieurs membres de la Commission consultative en santé, qui a rendu un avis favorable à la vaccination. Ainsi, le Pr corruption Pharmalot.jpgC. Meijer est un consultant et conférencier pour le compte de GSK, qui commercialise le Cervarix, et il a reçu 250.000 euros pour financer ses recherches sur le vaccin. (Photo tirée de Pharmalot dans un autre contexte). Meijer participe à tous les grands congrès et conférences européennes, financés par GSK, par Sanofi Pasteur MSD ainsi que par une kyrielle de firmes spécialisées dans le dépistage et le typage de l’ADN des papillomavirus humains ou dans les diverses techniques de production des vaccins. On peut en voir la liste sur le site d’Eurogin 2008, congrès ayant pour devise « Unissons nos forces pour prévenir le cancer du col utérin ». On sait quel moyen de prévention - à l'efficacité pas encore prouvée - privilégient ces porte-parole des firmes...

 

Meijer n’a pas mentionné ces liens financiers en temps voulu, alors que leur existence aurait dû entraîner son exclusion du vote de la Commission, tout comme l’exclusion des autres membres ayant des conflits d’intérêts. Meijer justifie son silence en disant qu’être consultant pour une firme ne change rien en pratique et n’influence pas ses décisions… Qui peut croire qu’après avoir travaillé au moins 10 ans sur le vaccin, payé par GSK, il reste objectif quant à l’utilité d’une campagne de vaccination et à ses risques ?

 

Un autre membre de la Commission dont l’impartialité est remise en cause est le Dr W. Quint, qui travaille dans une société de recherches sous contrat qui fait de la recherche médicale pour le compte de diverses compagnies pharmaceutiques, dont GSK. Quint dit avoir mentionné ses conflits d’intérêts à la Commission, qui ne l’a pourtant pas exclu.


Le président de la Commission, le Pr J. van der Noordaa, dit connaître les liens entre les membres de la Commission et l'industrie pharmaceutique, mais, selon lui, ces conflits d’intérêts n’ont pas eu d’influence sur la décision : « Je sais que l’intégrité scientifique de toutes ces personnes est intacte. Aucun des membres de la Commission n’a fait preuve de la moindre partialité. »

 

La perquisition menée par l’Inspection des affaires de santé chez Sanofi Pasteur MSD et GSK a saisi des documents internes, tels les courriels échangés par les firmes avec des médecins, des informations diverses, des documents portant sur les stratégies de marketing, des contrats avec les médecins et les scientifiques ainsi que des instructions données par GSK et Sanofi Pasteur MSD aux visiteurs médicaux sur la façon de présenter le Cervarix et le Gardasil.

 

Des usagers instrumentalisés dans la campagne publicitaire : un site financé en catimini par les firmes et hébergeant une pétition pour faire pression sur les autorités

 

L’Inspection suspecte les deux firmes d’avoir payé des médecins et des scientifiques selon des modalités interdites par la loi. L’enquête le déterminera. Elle porte aussi sur la violation de l’interdiction de la publicité directe aux usagers. Parce que la campagne marketing menée par les deux firmes est jugée très agressive et transgressant les limites.

 

Un consultant pour GSK a raconté à Zembla comment a été orchestrée la campagne publicitaire, non seulement à destination des médecins, mais aussi à destination du grand public, afin que la pression de l’opinion pousse le ministère de la Santé à implémenter très rapidement un programme de vaccination. Ce publicitaire, qui n’a jamais caché qu’il travaillait pour GSK, raconte qu’il a été payé pour veiller à ce que les media parlent beaucoup du cancer du col de l’utérus, ainsi que pour trouver des témoignages qui puissent émouvoir et sensibiliser l’opinion. Il a mis en scène des personnes racontant leur expérience avec la maladie dans des émissions à forte audience et des magazines très connus.

Un site très populaire consacré au cancer du col de l’utérus a été financé en fait par Sanofi Pasteur MSD et GSK, mais sans aucune indication de leur participation. Selon le publicitaire, il s’agissait de contourner par tous les moyens l’interdiction de la publicité directe aux consommateurs, et c’est pourquoi les firmes ont tout centré sur la maladie, présentée en termes beaucoup plus alarmistes que ce qu’il en est en réalité, pour faire peur aux gens.

 

Le site a aussi hébergé une pétition, voulue par les firmes et adressée au ministre de la Santé, Abraham (Ab) Klink, pour l’inciter à accélérer l'introduction des vaccins.

 

 

La mobilisation aboutira-t-elle ?

 

Nous verrons les suites de cette affaire, s'il y en aura. N'oublions pas que lorsque des hommes politiques allemands ont exigé une étude sur les effets secondaires du Gardasil, après le décès d'une jeune Allemande et dans le contexte d'une opinion publique très mitigée et d'un corps médical de plus en plus critique, Sanofi Pasteur MSD a à peine répondu en disant qu'il y avait déjà un dispositif de surveillance des effets indésirables... La puissance financière et les liens d'intérêt avec des leaders d'opinion, avec des élus comme avec les membres des autorités sanitaires sont tentaculaires et neutralisent les initiatives pratiques des critiques. Comme le disaient le dirigeant d'une caisse d'assurance-maladie, la revue médicale indépendante Arznei-Telegramm ainsi que d'autres critiques, si jamais on éliminait du Comité technique des vaccinations (STIKO) tous les membres qui ont des conflits d'intérêts, il ne resterait probablement plus personne...

 

Sur la question des conflits d’intérêts, vous pouvez lire les fragments traduits d’un article très bien documenté du New York Times et suivre les autres liens donnés dans la note « Gardasil, Cervarix : Pour les imposer, Merck et GSK ont un réseau colossal de conflits d'intérêts politiques et médicaux ».

 

 

Question rhétorique : et en France ?

 

 

Beaucoup de détails devraient nous être familiers… Le matraquage publicitaire, la peur pour faire vendre – ce que j’appelle pharmacommerce Question.jpgde la peur -, les conflits d’intérêts…

 

Par contre, il y a une grande, trop grande différence avec la France : Où sont les hommes politiques français pour protester et demander un débat parlementaire ? Où sont les autorités sanitaires et le mandat de la justice pour enquêter sur des actes qu’on présume être de la corruption ? Et où sont les journalistes pour en rendre compte, mais aussi pour faire des investigations approfondies et apprendre au grand public ce qui se passe dans les coulisses de la médecine et du système de santé dans son ensemble ?

 

Il y a quelqu’un ??

 

Dernière minute : réaction de GSK

 

J’apprends que Pharmalot, qui a diffusé l’information aux Etats-Unis, a eu la réponse suivante de la firme Glaxo Smith Kline : « L’idée d’une “descente” à notre siège est complètement fausse. Nous avions été informés d’une visite planifiée et avons pleinement coopéré avec les inspecteurs néerlandais. L’émission de télévision Zembla, que vous citez, contient un certain nombre d’inexactitudes, et les producteurs n’ont pas pris en compte nos réponses. Nous prenons des mesures pour corriger les informations fausses ».

 

 

 

 

Elena Pasca.

Commentaires

Je viens tout juste de compléter et de mettre à jour cette note. Si vous l'avez lue avant 11h30, il faudrait la relire, parce qu'elle est beaucoup plus étoffée maintenant.

Écrit par : pharmacritique | 22/10/2008

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en France personne n'ose rien dire sur rien

Écrit par : arsinée | 08/12/2008

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Désolé de vous démentir .
Le collectif DDI ( DéDésInformation ) ,de l'Union Régionale des Médecins Libéraux de La Réunion organise une réunion de partage d'informations le vendredi 19 décembre à 19 h 30 :
Salle Gaspard de la Revue Prescrire 83 Bd Voltaire Paris 75011 Métro : St Ambroise .
Le sujet " La Vaccination anti- HPV dans tous ses états"
Vous êtes invités à venir nombreux .

Écrit par : Siary | 09/12/2008

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l'agence reuters avait annoncé, au début de l'épidémie de la grippe h1n1, que la vaccination serait obligatoire. J'ai tout de suite compris ce dont il retournait. Visiblement les gouvernements n'ont pas osé. Néanmoins il y a de quoi être inquiet voire même certain qu'un de ces jours il va y avoir un gros problème à cause des manipulations de virus de toutes sortes par des laboratoires pas très regardant sur les mesures de sécurités. On sait que des souches de virus transitent d'un laboratoire à l'autre sans plus de controle que ça et même des erreurs de souches virales ont été constatées dans ces envois. J'ai même vu à la télé un journaliste visitant un laboratoire ou lui était expliqué que les scientifiques de la pièce à coté essayaient de fabriquer le virus mutants de la souche h1n1 dans sa version la plus redouté afin de pouvoir lui trouver un vaccin avant que sa présence soit constatée chez des malades. Il n'y avait qu'une simple porte entre le journaliste et les chercheurs. Pendant ce reportage il y a même eu plusieurs personnes qui sont entrées et sorties par cette simple porte. Je dis que c"est inconséquent.

Écrit par : le samedy philippe | 26/09/2010

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