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19/11/2008

Silence ! On assassine l’hôpital public ! Les pauvres et autres malades non rentables sont priés d’aller voir ailleurs !

Nous avons abordé à plusieurs reprises la privatisation de la santé, la protection sociale en danger, l’assassinat de Démolition M6 info.fr.jpgl’hôpital public par les marchands... Voici quelques textes qui valent le détour et focalisent le regard sur la mort programmée de l’hôpital public:

A partir de cette page de la Fédération Hospitalière de France (FHF), vous pouvez télécharger un document au titre suggestif : "Hôpital public – état d’alerte".

Rue 89 a fait paraître le 6 octobre une tribune intitulée "Soutenir Patrick Pelloux, muté de force... et l'hôpital public", avec une deuxième partie très percutante.

Rappelons aussi le sondage paru à la fin août dans le Nouvel Observateur, sur les opinions des Français en matière de protection sociale et leur rejet de sa privatisation.

Et puis le texte "Allez donc mourir ailleurs !" par Caroline Fourest, paru dans le numéro du 26 septembre du Monde. Le texte n’étant plus accessible, Pharmacritique vous propose quelques extraits, suivis d’un compte-rendu de la lettre « L’hôpital public en cours d’asphyxie », adressée à Roselyne Bachelot.


(Image M6 Infos reprise sur cette page)

 

Extraits du texte de Caroline Fourest, Allez donc mourir ailleurs !

 

(c'est Pharmacritique qui souligne en rouge ou en gras)


"Les scénaristes américains sont doués pour le suspens. Mais leur talent ne doit pas tout à l’imagination. Prenez ces moments d’intense émotion où le héros arrive mourant à l’hôpital. On ne sait pas s’il va survivre. Et là, au lieu de l’amener au bloc en toute hâte, l’infirmier lui réclame sa carte bancaire pour s’assurer de sa solvabilité... A côté, les séries françaises ronronnent. Tout le monde se doute que notre héros, qu’il soit riche ou pauvre, sera admis et soigné dans un hôpital public. (...)


Au nom de la « culture du résultat » et d’une conception managériale de l’hôpital public, le président de la République souhaite en effet « responsabiliser » les établissements de santé. Comment ? En rendant public un tableau qui les classera selon des « indicateurs simples » comme le « taux d’infection » et le « taux de mortalité ». « Je veux des résultats concrets », a-t-il prévenu.


Les hôpitaux qui obtiendront un bon score seront récompensés, les autres sanctionnés. Pour obtenir de bons points (entendez : des budgets), les hôpitaux publics devront donc veiller à ne pas admettre trop de malades susceptibles de trépasser, comme les victimes d’un carambolage sur l’autoroute, sous peine de faire chuter leur classement au tableau d’honneur. (...) Le président tient à appliquer une grille de lecture commerciale au monde médical. L’hôpital y est envisagé comme une entreprise, et la santé publique comme une marchandise. Notamment lorsqu’il explique : « Je ne vois pas pourquoi une politique d’intéressement, à laquelle je crois tant dans le secteur privé, ne s’appliquerait pas dans le secteur hospitalier. » Il menace de sanctionner les hôpitaux en déficit, mais propose d’intéresser le personnel hospitalier en cas d’« excédents » : « Pourquoi ne pas permettre aux hôpitaux qui sont à l’équilibre, grâce aux efforts de tous leurs personnels, de redistribuer une partie des excédents ? »


Mais de quels excédents parle-t-on ? A quoi ressemblera l’hôpital public si son personnel est censé réfléchir en termes de profits, voire refuse les mourants pour rester compétitif ? Pour faire des profits, faut-il souhaiter plus de malades, augmenter les tarifs, faire de l’abattage ? Dans l’hypothèse absurde où le personnel médical travaillerait 24 heures sur 24 sans tuer trop de malades, que signifie de vouloir redistribuer les profits ainsi engrangés au personnel ? Y a-t-il trop d’argent dans les caisses de l’Etat que l’on puisse s’en passer ? D’ailleurs, au fond, que signifie cet « intéressement » ? Suffirait-il que les équipes hospitalières travaillent plus ou soient plus motivées pour que les hôpitaux publics soient excédentaires ?


Comme souvent avec les déclarations du président, tout est dans ce que les Américains appellent le subtext (le sous-texte) : le sens caché d’une phrase. Tout comme les franchises médicales, l’intéressement est une façon non avouée de désigner les personnels hospitaliers et les malades comme étant coresponsables des déficits de santé, pour mieux faire oublier qu’ils sont surtout imputables au désengagement de l’Etat et à ses priorités budgétaires.


Pourtant, le président l’admet lui-même, les difficultés que rencontrent les hôpitaux publics français - parmi les meilleurs au monde - tiennent surtout à l’augmentation de la demande : le vieillissement de la population va de pair avec un surcroît de consultations, d’hospitalisations, et donc un besoin grandissants en lits. Or que fait l’Etat ? Sous prétexte de faire des « économies d’échelle », il a passé l’essentiel de ces dernières années à supprimer des lits et à fermer des services. Loin d’être ralenti depuis la crise de la canicule et loin des mises en gardes du Syndicat des urgentistes de Patrick Pelloux, ce phénomène s’est accéléré depuis que les hôpitaux sont passés d’un système de dotation globale - qui permettait une certaine souplesse dans la répartition des financements entre les différentes activités - à un système de tarification par activité. (...)


Officiellement, il était question d’accompagner cette réorganisation sur un mode entrepreneurial par un plan de relance ambitieux en termes d’équipement et d’infrastructures. Mais, d’après les syndicats, la construction de nouveaux équipements et bâtiments s’est faite aux deux tiers grâce à des autofinancements, c’est-à-dire en prenant sur les budgets des hôpitaux, qui ont dû sacrifier des activités moins rentables ou supprimer du personnel pour s’ajuster. Les critères d’évaluation du président ne disent rien de ces « équilibres »-là. Il existe des transparences absurdes qui ressemblent à des écrans de fumée."


La dépêche du Quotidien du médecin (7 octobre)

Dans une lettre intitulée "L’Hôpital public en cours d’asphyxie", les présidents des 39 comités consultatifs médicaux (CCM) des hôpitaux de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui constituent tous ensemble la CME de l’institution, écrivent à la ministre de la Santé pour dénoncer "l’étranglement financier pur et simple" auquel aboutit selon eux "la politique déployée" dans leurs établissements. "Il ne faudrait pas que toute tentative de changement, portée par une volonté justifiée d’améliorer l’organisation du système de santé, aboutisse à une paupérisation progressive de nos hôpitaux", mettent-ils en garde. Regrettant "la place" faite aux "économies à très court terme et à tout prix", les 39 médecins sont formels : "la qualité des soins va en pâtir, de même que l’accès aux soins pour tous".

 

Elena Pasca

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