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23/11/2008

Gardasil: conflits d'intérêts du Pr Riethmuller, du Dr Prétet et de l'étude EDiTH, LA référence française intangible

J'anticipe sur un article plus long qui s'intéressera aux conflits d'intérêts qui entachent le Gardasil et le Cervarix en France. Un lecteur m'a Sanofi Pasteur MSD.jpgdemandé de parler déjà des liens financiers des auteurs de l'étude de référence en France - et puis cela facilitera la lecture...

 

On nous sert toujours l'étude EDiTH comme LA référence française censée démontrer que le Gardasil sera utile en France parce que les deux génotypes HPV contenus dans le vaccin sont présents chez nous à des mêmes taux qu'en Haïti... Mais posons-nous la question autrement: pour qui parle le Pr Didier Riethmuller? Et d'où parle-t-il? Interrogé par le journal 20 minutes, il a déclaré dans un entretien intitulé "Vers un cancer anecdotique" que le Gardasil est une révolution ( !!) et que "Avec l’arrivée du Gardasil, ce cancer peut devenir anecdotique d’ici à vingt ans". Il a pris soin de donner une fourchette d’âge très large pour assurer un marché conséquent au vaccin : celui-ci serait destiné en priorité "aux préados et ados. Mais la cible, c’est surtout les 11-13 ans." (Les autorités sanitaires ont dit 14 ans). Pour le Pr Riethmuller, Gardasil serait utile même aux femmes plus âgées, "mais son efficacité est maximale autour de 17 ans"… C’est une vue très démocratique : Gardasil pour tout le monde !

Mais est-ce le médecin qui parle ou le consultant pour Sanofi Pasteur MSD?


Le Pr Didier Riethmuller nous en a mis plein la vue avec une superbe présentation en couleurs des résultats de l'étude EDiTH, mais vous aurez beau chercher, vous ne trouverez nulle part la moindre mention de ses liens avec Sanofi Pasteur MSD… Non seulement ses conflits d’intérêts ne sont pas mentionnés dans les présentations qu’il fait, mais elles ne sont accessibles nulle part dans les revues françaises qui publient ses textes.


Où sont les déclarations d’intérêts des auteurs de l’étude EDiTH ?

 

Réponse : là où on les leur demande ! A savoir dans les revues médicales étrangères. La France ne demande rien en général aux firmes et aux médecins, donc, logiquement, elle n’a rien…

Prenons la publication des derniers résultats de l’étude EdiTH, dont voici les références exactes : "Human papillomavirus genotype distribution in low-grade squamous intraepithelial lesions in France and comparison with CIN2/3 and invasive cervical cancer. The EDiTH III study". (L’étude EDiTH III: La distribution des génotypes HPV dans les dysplasies de bas grade en France et comparaison avec les dysplasies modérés et à haut grade (CIN 2/3) et les cancers invasifs du col de l’utérus). Gynecologic Oncology, Volume 110, Issue 2, August 2008, Pages 179-184. Que voit-on à la fin, juste avant les références ?

 

« Déclaration des conflits d’intérêts :

  • Jean-Luc Prétet est un consultant pour Sanofi Pasteur MSD.
  • Anne-Carole Jacquard est une employée de Sanofi Pasteur MSD qui a développé et commercialise actuellement la vaccin Gardasil (contre les souches HPV 6-11-16-18).
  • Maëlle Saunier: Pas de conflits d’intérêts.
  • Christine Clavel a été conférencière pour le compte de Sanofi Pasteur MSD lors de la réunion Eurogin 2007.
  • Roger Dachez: Pas de conflits d’intérêts.
  • Jean Gondry: Pas de conflits d’intérêts.
  • Pierre Pradat: Pas de conflits d’intérêts.
  • Benoît Soubeyrand est un employé de Sanofi Pasteur MSD qui a développé et commercialise actuellement la vaccin Gardasil (contre les souches HPV 6-11-16-18).
  • Yann Leocmach est un employé de Sanofi Pasteur MSD qui a développé et commercialise actuellement la vaccin Gardasil (contre les souches HPV 6-11-16-18).
  • Christiane Mougin : Pas de conflits d’intérêts.
  • Didier Riethmuller est un consultant pour Sanofi Pasteur MSD. »

 

Riethmuller COI.jpg

Il faudra vérifier de près s'il n'y a pas d'autres conflits d'intérêts, notamment pour ceux qui déclarent ne pas en avoir, mais cela prend du temps...

 

Et puis il y a la rubrique « Remerciements », dans le même article, où l’on peut lire : « Nous manifestons notre gratitude à Emilie Maillard, de Therapharm, Boulogne Billancourt, France, pour la gestion et l’analyse des données, ainsi qu’à Nubia Muñoz pour sa lecture critique du manuscrit ».

 

Riethmuller merci Munoz therapharm.jpg

Ainsi on apprend donc que les données n’ont pas été gérées et analysées par les auteurs eux-mêmes, mais par Therapharm, une CRO ou société de recherche sous contrat avec Sanofi Pasteur MSD… On lit sur son site que Terapharm fait tout pour ses clients, de la recherche jusqu’à la… rédaction des articles (medical writing)…

 

Voilà ce qui s'appelle du ghostwriting (écriture par des auteurs fantôme, qui ne figurent nulle part comme auteurs ou contributeurs).


Les grands pontes n’auraient donc qu’à donner leurs noms et apposer leur signature sur des articles livrés clé en main et faits en fonction de la volonté du client, à savoir la firme pharmaceutique. Citons le site : « Notre Département s’engage en partenariat avec vous [c’est-à-dire le client : la firme pharmaceutique] à respecter tous ses engagements afin de satisfaire à l’ensemble de vos exigences. »

 

On ne lit nulle part qu'il s’agit de mener un essai clinique selon les règles de l’éthique, de la transparence et de la science, indépendamment des payeurs, mais on lit partout à quel point la société de recherche sous contrat est soucieuse de rassurer le client de la place déterminante qui lui reviendra dans l'ensemble du processus. Le mot d'ordre est « satisfaire à l’ensemble [des] exigences » du laboratoire qui paie… De plus, il est clairement dit que « toute décision est prise avec le promoteur [le payeur, Sanofi Pasteur MSD en l'occurrence] », y compris la « revue du plan de validation » ou la « discussion des données présentant problème »… Toute la page sur le "data management" est intéressante, mais soulignons juste quelques aspects : concernant la « revue médicale », « les points à contrôler sont définis avec le promoteur » et « les demandes issues de la revue médicale suivent le même circuit que les autres demandes de correction », à savoir, comme il est dit plus haut, discussion et décision prise avec le promoteur. C’est très intéressant que la firme qui finance ait son mot à dire quant au contrôle, à la validation, aux corrections des données et à tout autre aspect médical…

Pas besoin de traduction, là…

 

Rappelons-nous ce que pensait Marcia Angell du danger que représente la délégation de la recherche à ces sociétés privées de recherche sous contrat (SRC ou CRO: contract research organisations), justement parce qu'elles n'ont pour seuls clients que les firmes pharmaceutiques... C'est une occasion de (re)lire son excellent texte, traduit par Pharmacritique dans la note "Marcia Angell dénonce la manipulation de la recherche clinique et le contrôle de l'information médicale par les firmes".

 

Pharmacritique tient le texte original complet de Gynecologic Oncology, qui n’est pas en libre accès, à la disposition des incrédules.

 

Où sont ceux qui tirent les ficelles ? Les managers de l’ombre ?

 

Cela ne vous rappelle-t-il pas le ghostwriting et le ghost management ? Cette gestion fantôme faite par des gestionnaires cachés dans les coulisses, mais qui prennent les décisions auxquelles se conformeront ceux qui sont sur le devant de la scène et prêtent leur nom alors qu’ils n’ont pas eux-mêmes analysé, validé, contrôlé, corrigé les données…

 

Par ghostwriting je veux parler de la présence de ces auteurs fantôme qui rédigent les articles selon les exigences des services marketing des firmes. La technique de l’écriture – ou de la réécriture - par des rédacteurs médicaux non mentionnés et spécialisés dans la présentation des données sous la lumière voulue par les firmes – est régulièrement dénoncée comme une façon de manipuler les données des essais cliniques, par exemple par cet éditorial du JAMA que nous avons traduit, et qui s’insurge contre la non concordance entre les auteurs figurant dans l’intitulé de l’article et les rédacteurs fantôme (ghost writers) qui sont là pour enjoliver les résultats.

 

On se demande quel a été le véritable rôle des pontes tels le Pr Riethmuller et le Dr Prétet dans ces essais cliniques, vu que c’est la SRC Therapharm qui a fait le boulot et pris les décisions directement avec le commanditaire (payeur promoteur), à savoir Sanofi Pasteur MSD ? On pourrait supposer, à la lecture de tous ces détails, que c’est leur nom qui compte, comme une garantie de scientificité, et que leur rôle principal vient après les essais : dans la promotion du Gardasil (et aussi du Cervarix, pour certains).

 

 

Ghost management : gestion en coulisses, gestion fantôme, mais bien présente et efficace...

 

Les remerciements adressés à la Pre Nubia Muñoz dans le même article de Gynecologic Oncology ne sont pas non plus anodins, lorsqu’on a appris à regarder les choses d’un œil critique, exercé à la recherche des conflits d’intérêts… Elle est carrément membre du comité de pilotage stratégique (steering committee) de Merck, tout comme le Dr Jospeh Monsonego, le saint patron scientifique d’Eurogin…

 

Eurogin, c'est à lui seul toute une histoire, un entrelacs de conflits d'intérêts d'une étendue jamais vue, et qui nécessite des semaines des recherches pour débusquer les conflits d'intérêts des uns et des autres et avoir une idée d'ensemble des tentacules par lesquelles Merck, Sanofi Pasteur MSD, mais aussi GSK ont étouffé la pensée critique et se sont assurés des vassalités et des ouvertures pour faire du pharmacommerce de la peur à un niveau jamais atteint.

Déjà le recours aux rédacteurs fantôme est symptomatique du ghost management: c'est-à-dire une gestion fantôme, invisible mais omniprésente de tous les aspects de la vie d'un médicament, depuis sa conception aux essais cliniques et à sa publicité. Vous pouvez lire des explications détaillées sur ce sujet essentiel dans cette note de Pharmacritique exposant les grandes lignes et les variantes du ghost management de Merck pour son Vioxx. D'un laboratoire pharmaceutique à l'autre, ces méthodes sont les mêmes.

 

D'autres liens


Vu le nombre important de notes à ce sujet et pour faciliter la lecture, il y a désormais une nouvelle catégorie : Gardasil, Cervarix – conflits d’intérêts. A voir aussi les autres notes au sujet de ce vaccin "Gardasil: critiques et controverses à l'étranger" et "Gardasil divers: fréquence, co-facteurs, taux de mortalité...", "Gardasil, Cervarix: effets indésirables"...

 

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

Commentaires

Nous n'avons plus qu'à espérer que notre très cher Gouvernement, n'impose pas ce vaccin, car maintenant un refus de vaccination = 3 750 euros d'amende (peut-être reversés à Sanofi !!!) et de la prison.

Désolé mon corps m'appartient et s'il devait m'arriver quelque chose de grave, je n'irai pas demander d'autorisation au Président.
Mon esprit aussi m'appartient.........

Écrit par : chantal | 23/11/2008

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la déclaration d'intérêt est pourtant une obligation légale, il est vrai non assortie de sanction en cas de violation.
C'est l'article 26 de je ne sais plus quelle loi (Kouchner?)

Écrit par : Don Diego de la Vega | 24/11/2008

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Bonjour j'ai une fille de 14 ans qui va etre vacciné avec le vaccin gardasil, pouvez vous m'en dire plus car j'ai quelques craintes concernant les effets secondaires et voir d'ici quelques années ce que peut donner ce type de vaccin.J'aimerai avoir l'avis d'un médecin compétant merci

Écrit par : coulis | 24/09/2009

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