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23/11/2008

Jörg Blech, "Les inventeurs de maladies" ou les mécanismes du pharmacommerce de la peur : disease mongering et fear mongering

On ne peut pas parler du façonnage des maladies / disease mongering sans recommander la lecture de l’ouvrage de Jörg Blech, Les Blech Babel.jpginventeurs de maladies. Manoeuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique, paru en 2005 chez Actes Sud et réédité cette année chez Babel.


Martin Winckler saluait "un livre salutaire" qui "explique comment l’industrie pharmaceutique a, entre autres : imposé la baisse arbitraire des normes de cholestérol pour que des gens parfaitement normaux aient l’air malade ; fait naître la terreur de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées afin de favoriser la consommation de médicaments destinés à "prévenir les fractures" ; manipulé l’opinion afin d’élargir la consommation de médicaments destinés à "traiter l’impuissance masculine" ; surmédicalisé les femmes, les enfants et les personnes âgées, etc. "


Voici un extrait de la postface de Winckler, en plein dans le sujet de Pharmacritique :

 

"Car si on pouvait autrefois espérer trouver un traitement pour chaque maladie, les marchands de la santé, aujourd’hui plus que jamais, semblent plutôt vouloir trouver une maladie pour chaque molécule fabriquée. En manipulant des membres influents de la communauté médicale [les leaders d'opinion, pantins du pharmacommerce], les lobbys industriels ont peu à peu modifié les "normes" de certaines valeurs biologiques (le cholestérol, la tension artérielle), afin d’augmenter le nombre de patients « susceptibles d’être traités". Car faire croire à des gens en bonne santé qu’ils doivent se soigner à vie est, pour les fabricants, une véritable rente viagère. Et pour faire croire une pareille absurdité, il nous laissent entendre que si nous ne "nous soignons pas" par anticipation, nous mourrons de cancer, nous serons diminués par des maladies cardio-vasculaires, nous perdront la tête en raison d’une dégénérescence neurologique...

Le principal argument de vente des marchands de la santé, c’est la peur (...)."

 

Le pharmacommerce de la peur dont Pharmacritique parle depuis ses débuts… D’ailleurs, l’anglais a deux expressions parfaitement pour cela : fear mongering ou scaremongering, qui désignent cette inventivité commerciale qui diffuse des représentations ou des rumeurs effrayantes, faisant appel à ce qu’il y a de plus irrationnel en nous, pour canaliser notre peur ainsi obtenue vers l’achat de la protection offerte par le plus grand ami de (l’argent de) l’homme, à savoir l’industrie pharmaceutique… "Monger" veut d’ailleurs dire "dealer", faire des affaires avec une marchandise douteuse, trafiquer…

 

Le Gardasil est l’exemple type d’une telle tactique et de la peur infondée qui en résulte, mais fait vendre, et peu importe s’il s’agit de vaccins inutiles… C'est aussi un bon exemple de conflits d'intérêts médico-pharmaceutiques et politiques qui traversent le système actuel de soins de part en part; voir les notes de la catégorie "Gardasil, Cervarix : Conflits d'intérêts".

 

Et voici un compte-rendu assez bien écrit du livre de Blech, sur le blog de François Xavier:

 

"La médecine occidentale a perdu tout bons sens. Et s’est enfermée dans ses canons. Certitudes. Certitudes. Et encore certitudes, et toujours la même et seule manière de concevoir, de faire. (...)

« Tout bien portant est un malade qui s’ignore » [disait le] Docteur Knock

Ce héros de Jules Romains est tristement d’actualité ! Car nous marchons sur la tête. La seule vision que nous avons de nos jours est celle définie par le médecin. Une vision faite de diktats et d’avertissements inquiétants : une vision totalitaire et non soignante !

En France, on trouve dans les officines plusieurs dizaines de milliers de marques de médicaments. Alors pourquoi l’OMS dresse-t-il une liste de médicaments essentiels de 325 éléments ? Parce que les pays riches subissent le Big Brother de l’industrie pharmaceutique. Avec l’illusion que cela nous est indispensable … Or, il n’en est rien !
L’industrie du médicament – et avec elle, celle des appareillages de dosage biologique, des machines diagnostiques, des cosmétiques, des instruments chirurgicaux, etc. – a fait de la devise du personnage de Jules Romains son leitmotiv !
Avec une variable habillement ajouté. Tout bien portant est un consommateur en puissance … à condition de lui faire croire qu’il est malade

Le mot est lâché : consommateur.
L’être humain est réduit à la condition de pions que les politiciens incitent à consommer pour soutenir la croissance. C’est dans cette brèche que les laboratoires se sont engouffrés, et l’on en arrive à l’absurdité absolue de voir des traitements prescrits qui ne servent à rien. Sauf à augmenter le déficit de la Sécurité sociale !

Mais qui incite à la surconsommation des médicaments ? Pas seulement le matraquage publicitaire. Non ! Ce sont bien les médecins qui sont passés du mauvais côté ! Ces médecins, investis de l’aura de confiance que confère leur titre. Ces médecins enfermés dans la spirale perverse qui les pousse à croire à ces diagnostics inexistants. Car on les leur a enseignés à la faculté. Et depuis, ils sont confortés dans ces faux diagnostics par des visiteurs pharmaceutiques leur proposant … les traitements que leurs patients attendent.
La boucle est bouclée. CQFD. (...)

Jörg Blech nous démontre combien le système est devenu incontrôlable. Et d’une rare perversité. Désormais, l’industrie pharmaceutique a pour règle de trouver une maladie pour chaque molécule fabriquée. Cela en manipulant des membres influents de la communauté médicale. Le lobby pharmaceutique a réussi à faire modifier certaines normes, comme le taux de cholestérol et la tension artérielle. Cela dans un seul but : augmenter le nombre potentiel de patients susceptibles d’être traités !

Le principal argument de vente des marchands de la santé, c’est LA PEUR

En vingt ans, le terrorisme pharmacologique a pris beaucoup d’ampleur. Après s’être attaqué à la profession médicale – comme le démontrent les exemples cités dans ce livre – qui fut d’une grande crédulité, et sans doute pas insensible aux cadeaux de fin d’année, voilà que le grand public est en ligne de mire. L’ouverture de la publicité à la télévision y participe. Sans parler des magazines dits de santé qui ne sont que des officines aux ordres des grands laboratoires. (...)

Rien de ce que décrit Jörg Blech n’est spécifique à un seul pays. Tous les laboratoires cités ont pignon sur rue. En France mais dans tous les pays riches. Et l’argent coule à flots. L’industrie consacre 20 000 euros par an et par médecin à la promotion de ses produits. Le somme annuelle consacrée à la formation indépendante de chaque médecin, s’élève, elle, à … 500 euros !
Il n’y a rien qui vous choque ?

Quand ce n’est pas l’argent qui contrôle le système, ce sont les hommes. Louis-Charles Viossat fut directeur corporate du laboratoire Lilly France de septembre 2001 à mai 2002. Il faut savoir que Lilly finança la campagne de George W. Bush pour sa première élection. Monsieur Viossat devint en mai 2002 directeur du cabinet de Jean-François Mattéi au ministère de la Santé. Avant d’être nommé, en avril 2004 … le directeur de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss).
Mais de qui se moque-t-on ?!

Citoyenne, citoyen, ne crois pas que tu ne peux rien faire contre ces malfaisants. Au contraire !
Déjà, lis ce livre qui fait œuvre de contre-propagande. Ouvre les yeux et vois comment l’industrie pharmaceutique est omniprésente en Angleterre, aux USA, en Allemagne … Ne tombe pas dans le panneau. Ne consomme pas de médicaments dont tu n’as pas l’usage. Ne lutte pas contre des moulins à vent. A commencer par ces non-maladies au premier rang desquelles … le vieillissement.
La vie est irrémédiablement mortelle, ne l’oublie pas ! Tu ne repousseras pas l’échéance avec l’aide de poudre de perlimpinpin. Ne fonde pas ton angoisse sur les déclarations des faiseurs de miracles. Un miracle n’existe que dans les livres, pas dans les laboratoires.
Jörg Blech nous rappelle au bon sens : la vie est courte pour être vécue en se croyant malade. Ou pire, pour succomber prématurément … à un traitement inutile."


Parlant de disease mongering, il ne faut pas rater deux références classiques :

Et il y a aussi plusieurs notes de Pharmacritique, réunies sous la catégorie "Disease mongering, Façonnage/ Invention de maladies".

Elena Pasca

Commentaires

comment connaître la qualité d'un laboratoire : exemple WELEDA ?

avez vous constitué un site ? à ce sujet

Écrit par : peyrin | 09/05/2010

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