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30/12/2008

La réputée Cleveland Clinic met en place une politique stricte de gestion des conflits d’intérêts de ses médecins et chercheurs

On attend une politique similaire dans les cliniques et les hôpitaux français, où il n'y a pas l'ombre d'une quelconque limitation...COI Clemente Botelho Foundation News and Commentary.jpg

 

Voici une traduction rapide de l’éditorial du 13 décembre de la revue médicale The Lancet, intitulé "Transparency rules at the Cleveland Clinic" (Nouvelles règles de transparence à la Cleveland Clinic, Volume 372, Issue 9655, Page 2002), suivie du compte-rendu d'un article du New York Times, qui apporte plus de détails.

Illustration de Clemente Botelho, tirée du site Foundation News & Commentary.


Voici ce que dit le Lancet :

 

Cette démarche est probablement une première dans son genre concernant une institution médicale de très grande envergure aux Etats-Unis. La Cleveland Clinic, dans l’Etat d’Ohio, a annoncé la mise en place d’un registre détaillant les liens de ses médecins et scientifiques avec l’industrie pharmaceutique. Seront précisés les noms des firmes avec lesquelles ils ont des liens et la nature de ces derniers : actions, fonctions de fidéicommis ou activités de consultant leur rapportant plus de 5.000 dollars par an.

Les médecins et les scientifiques auront l’obligation d’actualiser ces données et de les soumettre à un comité d’inspection interne qui les passera en revue chaque année. On voit donc que l’ensemble ne repose que sur la déclaration faite par les individus eux-mêmes. D’autre part, le site web de la Cleveland Clinic ne détaille pas encore les sommes reçues par le personnel. Et la pertinence de ce seuil élevé (5.000 dollars) est discutable.

Il n’empêche qu’il faut saluer ce pas vers la transparence, intervenu dans le contexte d’un mouvement fort visant à rendre publics les liens des médecins états-uniens avec l’industrie. On peut s’attendre à des changements allant dans le bon sens, par exemple grâce aux efforts du sénateur Charles Grassley et au dispositif législatif qu’il propose, appelé Physician Payment Sunshine Act [voir cette note de Pharmacritique], exigeant des firmes qu’elles déclarent publiquement toutes les sommes supérieures à 500 dollars versées aux médecins. Les firmes Eli Lilly et Merck ont annoncé qu’elles feraient ces déclarations à partir de 2009, même si la proposition de Grassley venait à être rejetée par le Congrès.

Il ne faudrait pas oublier, toutefois, que la non déclaration des conflits d’intérêts est toujours courante aux Etats-Unis. Par exemple, une investigation du Congrès a mis en évidence l’occultation par un psychiatre très réputé de l’université d’Emory à Atlanta [il s’agit de Charles Nemeroff, et Pharmacritique reviendra sur cette affaire] de ses revenus de consultant pour des firmes se montant à un million de dollars.

Et même la tentative de la Cleveland Clinic de restreindre les conflits d’intérêts et les rendre plus transparents ne vient qu’après les critiques suscitées par la révélation dans les media des liens financiers de certains de ses médecins avec l’industrie. L’existence de ces liens et leur occultation continue d’entacher la réputation de la médecine et de miner l’intégrité de la recherche médicale.

D’autres centres médicaux devraient suivre l’exemple de la Cleveland Clinic et mettre en place des outils performants de gestion des conflits d’intérêts, de préférence avant de faire l’objet de scandales et autres révélations médiatiques.

Les détails avec le New York Times : les limites de la gestion des conflits d’intérêts

Un article du 2 décembre du New York Times - Cleveland Clinic Discloses Doctors’ Industry Ties - donne plus de détails sur cette initiative, mais souligne aussi, en citant les propos du Dr Cosgrove, vice-président de la Cleveland Clinic, que ce centre médical se limite à la gestion plus stricte des conflits d’intérêts et ne vise pas leur interdiction. Les conflits d’intérêts du Dr Cosgrove lui-même ont défrayé la chronique il y a quelques années et, s’il a mis fin à certains liens et implications financières, il reçoit toujours des royalties de cinq firmes pharmaceutiques pour son implication dans le développement de certains dispositifs médicaux utilisés en cardiologie. Selon lui, les liens avec l’industrie encouragent l’innovation et la recherche.

Un comité de surveillance des conflits d’intérêts des 1.800 médecins et scientifiques a été mis en place, qui peut se réunir chaque mois et dont le président cherche à mettre en place une procédure de vérification des déclarations individuelles.

Certains critiques n’ont pas manqué de mettre en doute les décisions du comité, qui seraient sélectives et prises pour ménager les intérêts majeurs de ce centre médical et de recherche doté lui-même d’un fonds d’investissement et possédant des petites entreprises (start-up) qui travaillent avec l’industrie. Il est certes plus difficile de gérer les conflits d’intérêts issus des activités de ces dernières que de demander à un médecin de réduire son implication dans telle firme…

Un médecin auquel le comité avait demandé de diminuer ses liens financiers a porté plainte pour diffamation et dénoncé un réseau « étendu et envahissant de conflits d’intérêts » installé au cœur de la Cleveland Clinic.

La question rituelle et malheureusement rhétorique : et en France ?

On attend toujours d’avoir des politiques de la trempe de Charles Grassley, Henry Waxman, Herb Kohl, Richard Moore, John Dingell et d’autres.

On attend toujours que nos journalistes se rappellent qu’ils avaient jadis des devoirs d’investigation qui en faisaient un « quatrième pouvoir », apte à défendre les intérêts des citoyens et à dénoncer les dérives portant atteinte à l’intérêt général.

Sans cela, il est illusoire de s’attendre à une auto-régulation des institutions médicales et des autorités sanitaires. Les règles mises en place par la HAS et l’AFSSAPS sont de la poudre aux yeux et rien de plus.

 

Quant aux firmes elles-mêmes, elles n’ont pas les mêmes obligations en Europe et, comme Pharmacritique l’a souligné plus d’une fois, elles n’iront pas se mettre d’elles-mêmes des bâtons dans les roues, alors que personne ne leur demande quoi que ce soit… A ce titre, il peut être instructif de (re)lire cette note de Pharmacritique sur l’enquête de Consumers International, qui a demandé à plusieurs laboratoires quelles étaient leurs obligations respectives de déclaration publique et de transparence aux Etats-Unis par rapport à l’Europe. La réponse d’Eli Lilly, Roche, Johnson & Johnson, Merck, Novartis, Sanofi et GSK ne laisse aucun doute sur leur tranquillité européenne jamais troublée par des questionnements intrusifs sur leurs pratiques…

 

Elena Pasca

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