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10/01/2009

Multiples formes de corruption, dont du strip-tease payé par Medtronic à des orthopédistes et des neurochirurgiens américains

"Vantez nos produits, nous nous occupons du reste ! De tout le reste : de votre compte en banque jusqu’à la satisfaction de vos Strip-tease PharmaGossip.jpgfantasmes !" Tel aurait pu être le slogan de Medtronic pendant ces quelques années d’escalade dans la corruption de médecins, escalade démasquée par les lanceurs d’alerte, la presse, les investigations parlementaires, puis la justice des Etats-Unis. Le déballage a commencé en 2002 et n’est toujours pas fini. Il est instructif de voir jusqu’où peuvent aller la corruption des firmes et la cupidité des médecins, surtout quand elles se renforcent mutuellement. Instructif aussi de voir quels peuvent être les résultats d'une telle formation médicale continue (sic) : des dispositifs médicaux non autorisés, tels des matériaux utilisés pour réparer une fracture vertébrale, sont "vendus" aux médecins dans une discussion de très haut niveau scientifique entre un VRP et un chirurgien dans un club de strip-tease, ironise le Pr Roy M. Poses, de l'université de Brown. Cela promet...


Sordide ? Qui ? Celui qui dénonce ou ceux qui peuvent se prélasser dans la cupidité, justement parce que personne n’en parle ?

Qu’on ne me dise pas que le strip-tease est un détail sordide, « minable », dont il vaudrait mieux ne pas parler, par je ne sais quelle pudeur mal à propos ! Ce sont les médecins qui acceptent de se faire payer des prostituées par des firmes qui sont sordides. Et il faudra que les usagers que nous sommes tous se mettent dans la tête que les conflits d’intérêts, c’est ça aussi : des opérations injustifiées pour que le Dr Untel puisse se payer des voyages, des employés et/ou des prostitué(e)s. Et qu’on comprenne que la confiance aveugle, c’est de la bêtise. Rien ne vaut les gardes-fous, pour maintenir dans le droit chemin les médecins qui pourraient être tentés par les chants de sirène des laboratoires et autres fabricants.

(Qu’ils aillent voir des strip-teaseuses ou leur demandent des prestations plus corps à corps, c’est leur affaire ; mais ça devient notre affaire quand ils y sont amenés par des firmes pour fêter les affaires conclues à nos dépens). Et, de grâce, qu’on ne s’imagine pas que tout cela est très exotique et ne peut pas concerner les médecins de France et de Navarre ! C’est tout le contraire, en principe, puisque personne ne demande des comptes aux firmes et aux médecins de chez nous. Ils font ce qu’ils veulent. Comment imaginer que telle firme qui se permet des folies corruptrices sachant qu’elle risque quelques (petites !) emmerdes aux Etats-Unis se limiterait d’elle-même dans un pays où elle ne risque rien ?

L’actualité

Bientôt aura lieu aux Etats-Unis l’appel dans une action de justice intentée par une ex employée de la firme Medtronic, qui accuse son ancien employeur d’avoir entretenu un réseau de corruption fait de cadeaux, voyages, divertissements, paiements pour travail fictif et autres à-côtés offerts à des orthopédistes et à des neurochirurgiens pour qu’ils emploient les produits de la firme et en fassent la promotion. Il s’agit de stimulateurs, implants vertébraux et autres dispositifs implantables utilisés dans la kyphoplastie, par exemple, commercialisés par le département Medtronic Spine de la firme du même nom. Département qui génère à lui tout seul 3 milliards de dollars de revenus annuels.

Les multiples dimensions de l’affaire

L’histoire, longue et touffue, a plusieurs composantes : les dessous-de-table payés par Kyphon, firme rachetée par Medtronic, à des chirurgiens et à des hôpitaux pour encourager les interventions orthopédiques et neurochirurgicales complexes – des kyphoplasties, variantes de vertébroplasties - en lieu et place de traitements ambulatoires, d’une part. Et les accusations analogues concernant Sofamor Danek, une filiale de Medtronic basée à Memphis, d’autre part. Plusieurs anciens employés des deux filiales ont vendu la mèche et se sont engagés dans des actions en justice en tant que lanceurs d’alerte, aux côtés de l’Etat fédéral. Cet article du New York Times nous parle d’une action en justice et d’une amende de 75 millions de dollars au nom de la fraude à l’assurance-maladie publique générée par des traitements injustifiés ou exagérés, conséquences de la corruption pratiquée par Kyphon.

Car Medtronic/Kyphon a reconnu certaines charges, comprenant le paiement de dessous-de-table, et a signé un accord avec les autorités fédérales. Il s’agit d’un accord typique dans ce genre d’action fédérale en justice, où le plaider coupable, le paiement de l’amende et le « corporate integrity agreement » évitent un procès. Le syntagme anglophone désigne un ensemble de mesures que la firme est obligée de prendre, mesures coercitives corrélées aux contrôles des autorités visant à la ramener et la maintenir sur les rails de l’intégrité. Voici les détails de cet accord, publiés sur le site de l’inspection générale (Office of Inspector General) du ministère états-unien de la santé (Health and Human Services). L’action en justice concernant Sofamor Danek s’est soldée par 40 millions de dollars d’amende, comme nous l’apprend Pharma Gossip dans un article de juillet 2008.

La Commission des finances du Sénat américain, celle de notre ami Charles Grassley, continue ses investigations sur des usages hors AMM (non autorisés) de ces dispositifs vertébraux et sur les dépenses indues de l’assurance-maladie publique générées par ces pratiques de corruption.

Les détails de la corruption ou la promiscuité de certains médecins avec des firmes et des prostituées

Intertitre exagéré, dites-vous ? Pourquoi ? Aller aux putes ensemble, n’est-ce pas le comble de la promiscuité ? C’est plus que du copinage, quand même…Une autre partie de l’histoire de Sofamor Danek, toujours en cours, a été révélée ici par le Wall Street Journal, puis largement commentée dans la blogosphère anglophone, par exemple par Ed Silverman sur Pharmalot, qui donne le plus de détails dans un article du 25 septembre 2008 intitulé « Spinal Tap : Medtronic, Doctors and Strip Clubs » (Ponctions et autres procédures lombaires : Medtronic, les médecins et les clubs de strip-tease).

Ami Kelley, l’une des deux lanceuses d’alerte dans cette affaire-ci, est une ancienne avocate de Medtronic, et les documents juridiques enfin disponibles font état de ses accusations, qui portent sur des honoraires de consultants payés par Medtronic / Sofamor Danek à plus de 100 chirurgiens, sans qu’ils aient besoin de travailler, et sur des versements de royalties indues – en fait juste une façon de payer ces médecins pour qu’ils utilisent les dispositifs de la firme au lieu de ceux des concurrents et qu’ils en vantent les mérites.

Selon Kelley, Medtronic leur facilitait grandement la vie, par exemple en créant leurs sites Internet, en embauchant des consultants qui les aidaient à mieux engranger des profits, en leur fournissant du personnel gratuit ou des cartes de crédit, en offrant des voyages tous frais payés à des séminaires de travail bidon, qui n’étaient que des excursions… Par exemple, un chirurgien de Virginie aurait reçu 450.000 dollars d’honoraires de consultant pour Medtronic, mais les rapports fournis à la firme font passer les opérations qu’il a pratiquées pour du consulting… Ce chirurgien a d’ailleurs rejoint la maison-mère, où il occupe les fonctions de vice-président des affaires cliniques et médicales. Ou des chirurgiens se retrouvent à des milliers de kilomètres de leurs hôpitaux et cliniques pour un soi-disant atelier de travail qui est en fait une occasion de cuites mémorables ou de divertissements autres.

Mais l’aspect le plus cocasse, mis en avant par les journalistes pour son côté vraiment difficilement conciliable avec l’idée qu’on se fait d’un bloc opératoire, c’est d’apprendre que des chirurgiens ont pris leurs aises dans un club de strip-tease de Memphis, Platinum Plus, recommandé par les firmes. Le Wall Street Journal ne nous dit pas s’ils y allaient avec des visiteurs médicaux, du moins après la première fois. Mais on apprend qu’ils se sont passé l’adresse et se sont entraînés mutuellement à y aller. Belle image de confraternité, effectivement ! Alors imaginez l’un d’entre eux en situation de se prononcer sur une erreur médicale d’un autre…

Les deux lanceuses d’alerte disent que certains auraient demandé aux danseuses des prestations spéciales et individualisées… Et Silverman nous apprend que le propriétaire a été jugé entre-temps pour des activités de prostitution ayant eu lieu dans ce club qu’il a dû fermer.

On se demande s’il s’agit là de ce que les firmes veulent dire quand elles prétendent qu’elles paient des médecins dans des buts éducatifs (sic), pour améliorer leurs connaissances et leur pratiques – et pour le bien des patients en fin de compte. Doit-on se dire que ces chirurgiens avaient besoin de voir une chute de reins ? Qu’il s’agissait là de travaux pratiques d’anatomie, d’une observation et d’une étude nécessaires des mouvements - certes très complexes – du bassin, de la colonne et du thorax, travaux destinés peut-être à mieux choisir l’endroit des implants vertébraux et à favoriser leur harmonisation avec l’ensemble ? A moins de prétendre qu’ils étaient là pour faire du "social" et se préparer au moment où les danseuses feraient des hernies discales et des fractures vertébrales en guise de maladies professionnelles…

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai du mal à imaginer que ces pauvres femmes aient pu être d’anciennes patientes et que les chirurgiens auraient poussé l’abnégation un peu trop loin en allant voir par eux-mêmes si elles avaient bien récupéré toute l’amplitude des mouvements du bassin et de la colonne.

Et que dire de ces pauvres malades qui ont subi des opérations (kyphoplasties, etc.) à la nécessité douteuse ?

Roy M. Poses pose LA question qui importe dans un excellent article sur Health Care Renewal, plein d’autres liens : « Did Mrs. Jones receive her off-label failed spinal implant via excellent informatics data, or via a surgeon's visit to a prostitute? » (Pourquoi Mme Jones a-t-elle eu un implant vertébral utilisé hors AMM et qui s’est conclu par un ratage ? Parce que d'excellentes données informatisées le recommandaient ou alors parce que son chirurgien est allé voir une prostituée ?)  L’acceptation par Medtronic / Kyphon du « corporate integrity agreement » et du paiement de l’amende pourrait mettre la firme à l’abri d’un recours collectif en justice (« class action »).

A moins que Grassley ne s’entête et déniche d’autres angles d’attaque dans ses investigations. Ca lui ressemblerait assez... Pharmacritique lui souhaite bon vent, pour toutes les investigations en cours ! Elles sont tellement nombreuses qu’il est impossible d’en rendre compte.

Pour approfondir le sujet :

Illustration : PharmaGossip dans un ancien article parlant du strip-tease offert par Medtronic

*

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

Commentaires

Bonjour: Mon nom virtuel est Nikita et j'habite en Espagne. Il y a six mois, j'ai quitté mon emploi pour mon opposition à la corruption des médecins et pour dénoncer ces pratiques contraires à l'éthique. Les multinationales pharmaceutiques ont des codes publics d'éthique très strictes, mais ils ne font pas obstacle à la corruption car ils ne sont que cosmétiques. Les «techniques de santé" en réalité ils sont vendeurs de drogues en échange d'autres avantages. Le Code pénal espagnol prévoit que la corruption est criminelle. Il en va de même presque tous les jours, tous les représentants de l'industrie pharmaceutique offrant des cadeaux en échange de traitements.
Mais la plupart des gens sont indifférents..., au moins dans ce blog, on parle librement de la vérité. Félicitations.

Je vous laisse ce lien, en espagnol, c'est un blog pour dénoncer l'industrie pharmaceutique:

http://migueljara.wordpress.com/

Écrit par : Nikita | 20/01/2009

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Je viens de refaire intégralement cette note avec un éditeur html. Elle ne s'affiche toujours pas sur la page d'accueil lorsque j'utilise Internet Explorer (marre!!), mais elle s'affiche apparemment à partir du lien à droite de la page (Dernières notes).
D'autres s'affichent aussi à partir des liens. Je le précise pour ceux qui n'ont pas pu lire certaines notes.
Avec toutes mes excuses.

Écrit par : Pharmacritique | 23/01/2009

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Rien sur CE GENRE de pratique au Québec et au Canada?

Écrit par : Claude Poitevin | 10/07/2010

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