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09/02/2009

L'enseignement et la recherche doivent rester publics, au service de l'intérêt général! Appel contre la stratégie européenne de privatisation érigeant un "marché de la connaissance"

La Fondation Sciences Citoyennes, Attac, l'Union des familles laïques, les collectifs Sauvons la recherche et Sauvons l'université ainsi Academic Pride recherche.jpgque deux syndicats de chercheurs et d'enseignants (SNESUP et SNCS) figurent parmi les premiers signataires d'un appel à une mobilisation européenne contre la stratégie de Lisbonne en matière d’enseignement supérieur et de recherche, qui prépare la mise en place de l'AGCS (Accord général sur le commerce des services), évangile de l'OMC signifiant la mort des services publics. Voir les détails, un documentaire et des textes explicatif dans cette note.

Avant de reprendre le texte de l'Appel, voici quelques commentaires de Pharmacritique et quelques liens permettant d'approfondir le sujet

La stratégie de Lisbonne consiste à adapter ces domaines interdépendants aux seuls impératifs du marché et de l'économie néolibérale, sans débat préalable dans l'espace public sur l'objet, les objectifs, les fins morales et les limites de ces domaines. Or dans une République digne de ce nom, ce sont les citoyens formés et instruits par ces institutions émancipatrices qui doivent délibérer sur l'avenir de celles-ci, dans l'espace public où "l'expertise citoyenne" devrait avoir au moins tout autant à dire que celle technocratique et politique.


Illustrations : Academic Pride (affiche pour une ancienne manifestation) et Amnistia.net

Veut-on une recherche fondamentale qui produise de la connaissance fondée en raison? Veut-on une diffusion démocratique de connaissances émancipatrices, qui permettent l'autonomisation des citoyens et le développement de leur esprit critique face à toutes les Monsanto brevets lobbies.jpgidoles (économiques, idéologiques, théocratiques, médiatiques... )? Ou alors se contentera-t-on des applications immédiatement soumises aux brevets industriels et pourvoyeuses de profit? Qui peut être assez naïf pour croire que ces applications se feraient pour le bien de tous?

Lorsque Monsanto - parfaite incarnation du néolibéralisme globalisé -, parcellise le vivant grâce aux technosciences qui tuent la raison dont elles sont nées, et veut privatiser le porc et contrôler l'alimentation à travers les semences, à quoi cela mène-t-il? Au progrès de tous ou au profit de quelques-uns, sur le cadavre de cultures et de peuplades entières? Pharmacritique en a largement parlé dans les notes réunies sous la catégorie "Environnement, OGM, sciences mortifères". Nous avons aussi traduit des extraits d'un vaste rapport américain sur la toxicité du bisphénol A, autre application tellement profitable que le complexe politico-industriel n'hésite pas à mettre en jeu notre santé plutôt qu'à réduire ses profits. Sans parler d'autres procédés technologiques et de leurs résidus toxiques, dont nous avons donné quelques exemples dans les notes de la catégorie "Toxiques, déchets, pollution".

Les hommes politiques, pantins de ces lobbies qui font la loi

Cette stratégie marketing, c'est une Commission européenne acquise aux intérêts industriels qui veut l'imposer. Celle-là même qui fait dépendre la Direction de la santé de la Direction entreprises et industrie, dont le commissaire, Günter Verheugen, n'est pas par hasard en même temps vice-président de la Commission... Nous en avons parlé, surtout sous l'angle de la santé, dans plusieurs notes de la catégorie "Autorités d'(in)sécurité sanitaire". Pharmacritique a dénoncé le projet européen "Innovative Medicines Initiative", paravent derrière lequel la Commission européenne et le syndicat européen de l'industrie pharmaceutique (EFPIA) s’allient pour dévaliser la recherche et les deniers publics. On y voit dans le détail à quoi mènent les partenariats public - privé, que nous avons critiqués dans les notes parlant de ce qui attend un enseignement supérieur transformé en "Université SARL", puisque tout est fait pour que les industriels puissent piller les résultats de la recherche publique et se les approprier au moyen d'une politique de la propriété intellectuelle (brevets, droits de licence, etc.) qui les érigent en maîtres monnayant tout selon des lois internationales du commerce qui leur sont pour le moins favorables...

Pharmacritique a donné quelques exemples de ce qui arrive lorsque les lobbies industriels déterminent à ce point les politiques publiques - regardez ce documentaire pourvu de commentaires et lisez ce livre pour voir comment cela se fait au quotidien -, que plus rien ne résiste à la pression du marché. Ainsi en arrive-t-on en Suisse à l'attribution de brevets illimités en biotechnologie, pour le grand bonheur de l'industrie pharmaceutique! Ainsi en arrive-t-on à une sorte de biototalitarisme néolibéral par le piratage du vivant, qui tue la biodiversité et, par là même, la diversité sociale et culturelle qui lui est indissociablement liée. C'est ce qu'expose et dénonce à juste titre Geneviève Azam, membre du conseil scientifique d'Attac, dans cette vidéo.

Cet ajustement au marché, qui ferait tomber l'ensemble des résultats de la recherche publique dans l'escarcelle de quelques industriels et de leurs actionnaires ne signerait-il pas l'arrêt de mort du développement du champ des connaissances fondamentales, innovantes, au profit des technologies unilatérales visant la parcellisation et la privatisation du réel et du savoir, emprisonnés dans des brevets? La science laissera-t-elle la place à ses rejetons les plus ingrats: les technologies qui vivent sur les découvertes d'un passé qu'elles épuisent, sans permettre le renouveau et l'innovation? Ces questions, nous devons nous les poser tous, parce que notre avenir et celui de nos sociétés en dépend!

D'autres textes et argumentaires peuvent être lus sur le site de l'association Sauvons la recherche, qui appelle à une manifestation le 10 février ainsi qu'à d'autres initiatives tout le long de ce mois.

Voici enfin le texte de l'Appel, repris du site de la Fondation Sciences Citoyennes:

"Nous ne voulons pas d’un « marché de la connaissance » !"

"Le prochain sommet de printemps des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se tiendra les 19 et 20 mars 2009. À l’ordre du jour de ce Conseil européen figurent comme points prioritaires l’évaluation et la poursuite de la stratégie de Lisbonne amorcée en 2000 qui, entre autres, encadre les politiques engagées actuellement dans tous les pays membres pour « moderniser » les systèmes nationaux de recherche et d’enseignement (primaire, secondaire, supérieur, « formation tout au long de la vie »).

L’ambition affichée d’une « société de la connaissance » ne peut être qu’encouragée lorsqu’elle est un pari sur l’éducation et la recherche comme biens publics, qu’elle garantit la démocratisation de l’accès au savoir, qu’elle permet aux citoyens l’analyse critique raisonnée des choix scientifiques et techniques qui leur sont proposés.

Mais l’orientation prise actuellement est tout autre : elle réduit ce projet à la construction d’un « marché commun de la connaissance » dont nous constatons partout les conséquences délétères en termes d’affaiblissement de l’indépendance scientifique, de déstructuration du système de recherche publique, de renforcement du pouvoir des entreprises, de précarisation massive des conditions de travail et d’étude, de creusement des inégalités face au savoir, d’éloignement des citoyens des choix scientifiques et techniques qui les concernent.

Depuis quelques années, avec une intensité croissante, des mobilisations de grande ampleur, portées par les lycéens, les étudiants, les personnels de l’éducation et de la recherche, et plus largement par le mouvement social, se sont multipliées en Europe. Elles expriment fortement l’exigence d’un secteur public de l’éducation et de la recherche qui ne soit pas construit sans débat démocratique et qui s’affranchisse de la soumission au marché concurrentiel.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens européens à se mobiliser les 18, 19 ou 20 mars 2009, dans tous les pays membres et au-delà, au sein des universités, des laboratoires et dans la rue,

  • CONTRE la mise en marché des activités éducatives et scientifiques,
  • CONTRE la mise en compétition généralisée des populations et des territoires,
  • POUR un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, démocratique et émancipateur."

MISE A JOUR

Suite dans la note de Pharmacritique: "Textes et documentaire sur les contenus et l'impact de la loi LRU / Pécresse. Rappel de la manifestation du 10 février pour défendre l'université et la recherche contre la marchandisation et l'AGCS".

Elena Pasca

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