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12/05/2009

Cervarix / Gardasil: des experts et le parti conservateur écossais demandent une réévaluation des recommandations vaccinales, comme en Allemagne

Le journal The Scotsman a publié le 10 mai un article intitulé "Cervical cancer jabs cast into doubt after experts question effectiveness" (Les cervarix.jpgvaccins protégeant contre [deux types de HPV impliqués dans des] cancers du col de l’utérus soumis au doute après les questions soulevées par des experts).

La journaliste Kate Foster nous apprend que des spécialistes écossais en santé publique ont déclaré il y a quelques jours que les vaccins anti HPV pourraient ne pas avoir l’efficacité espérée. Il s’agit surtout du Cervarix de GSK, car c’est lui qui est utilisé dans la campagne écossaise de vaccination, dont le coût est estimé à 64 millions de livres sterling.

Ces experts demandent que les autorités sanitaires écossaises réévaluent elles aussi les données scientifiques fournies par le laboratoire, à l’instar des autorités allemandes, qui sont en train de le faire sous la pression des critiques. Ils prennent explicitement pour exemple les 13 médecins et scientifiques allemands qui ont signé en novembre 2008 un manifeste critique exposant leurs doutes quant à l’efficacité du Gardasil et exigeant "que l’on mette fin à la désinformation" du grand public et à la culpabilisation des parents qui ne font pas vacciner leurs filles. Pharmacritique en a rendu compte dans la note "Gardasil et Cervarix sur la sellette en Allemagne".


Suite à cette prise de position et vu le renom de ces médecins, le Comité fédéral commun (GB-A), qui réunit des représentants de tous les intervenants dans le système de santé pour décider du remboursement ou non des prestations médicales et des médicaments a demandé au Comité technique des vaccinations (STIKO) de réexaminer les recommandations vaccinales en tenant compte de toutes les études et données disponibles. Le Comité doit répondre de façon argumentée aux critiques formulées par les protestataires. Vous pouvez lire tous les détails dans cette note.

La journaliste du Scotsman rend compte de quelques-uns des points névralgiques évoqués par les médecins allemands, et souligne que selon eux, les allégations des laboratoires quant à l’efficacité des vaccins « ne résistent pas à une analyse rigoureuse ». Le Gardasil et le Cervarix ne diminueront pas de 70% le nombre des cancers du col de l’utérus, auquel succombent à peu près 100 Ecossaises par an. De toute façon, les femmes restent exposées aux autres génotypes de papillomavirus humains dits à haut risque cancérigène.

L’auteure de l’article, Kate Foster, cite l’un des initiateurs des protestations allemandes, le Dr Ansgar Gerhardus, expert en santé publique de l’université de Bielefeld : « les résultats des études [des laboratoires eux-mêmes] contredisent nettement toute allégation trop optimiste. Les femmes ont le droit à une information correcte ». Et elle ajoute que ces études portant sur le Gardasil estiment la réduction des lésions précancéreuses (dysplasies) - et non des cancers du col à proprement parler - à seulement 17 à 45%, en fonction des critères de l’analyse. Quant au Cervarix, les médecins et scientifiques allemands avertissent que le laboratoire GSK n’a pas fourni toutes les données en leur possession.

Une porte-parole des conservateurs écossais, Mary Scanlon, a déclaré que « le gouvernement de l’Ecosse et la direction des autorités sanitaires doivent tenir compte de ces nouvelles données et réexaminer le programme de vaccination pour voir s’il tient ou non les promesses de prévention de [certains] cancers du col de l’utérus. »

Et Kate Foster d’ajouter qu’un porte-parole de Glaxo Smith Kline « n’a pas été en mesure de donner des chiffres quant aux nombres de cas de lésions précancéreuses chez les jeunes filles vaccinées par rapport aux non vaccinées. Selon lui, "l’opinion scientifique courante est qu’un vaccin anti HPV devrait améliorer la réponse immunitaire de l’organisme aux infections par des papillomavirus naturels, ce qui est une chose importante, car les femmes restent vulnérables aux infections par les HPV (…) tout au long de leur vie sexuelle" ». [Les répétitions et l’imprécision lui appartiennent].

Selon le gouvernement écossais, « le programme d’immunisation mis en place en Ecosse est une avancée majeure pour sauver des vies. Il se base sur les recommandations du Joint Committee on Vaccination and Immunisation [JCVI]. Il va de soi que tout changement de ces recommandations serait pris en compte très sérieusement par les ministres ».


Complément d’information

Je voudrais compléter ce que dit la journaliste par ce que disent les signataires du manifeste critique, et pas seulement eux, comme nous l’avons vu dans la traduction de cet éditorial du New England Journal of Medicine et celle de l'éditorial de Gynecologic Oncology. Et apporter quelques autres précisions quant aux aspects abordés dans l’article.

- la réduction globale du nombre de dysplasies, tous génotypes HPV cancérigènes confondus, n’est que de 17%. Loin des 70%...

- ce qui a mis le feu aux poudres, c’est le compte-rendu par le British Medical Journal (voir notre note) de l’annonce de l’Institut Robert Koch qu’il allait effectivement donner suite à la demande de réévaluation.

- il n’y a pas que GSK qui n’a pas fourni toutes les données, mais aussi Merck et Sanofi Pasteur MSD, comme le disait très clairement l’excellente revue médicale indépendante Arznei-Telegramm (« Télégramme du Médicament ») dans ses analyses des essais cliniques du Cervarix par GSK et de ceux du Gardasil par Merck et Sanofi Pasteur MSD. Et ce sont précisément ces données que les laboratoires ne fournissent pas qui seraient déterminantes dans l’évaluation de l’efficacité de ces deux vaccins. Il s’agit surtout du nombre global de dysplasies de moyen et de haut grade (CIN 2 et CIN 3 : cervical intraepithelial neoplasia ou néoplasie cervicale intraépithéliale) chez les femmes vaccinées, dues à tous les sérotypes de papillomavirus oncogènes. Ces données permettraient de vérifier ou d’infirmer aussi les allégations selon lesquelles les sérotypes HPV 16 et 18 – contre lesquels les deux vaccins sont censés protéger – seraient à l’origine de 70% des cancers du col de l’utérus, puisque tous les critiques sérieux mettent en doute ces chiffres, vu la répartition géographique très inégale des 15 ou 16 souches oncogènes de papillomavirus humains.

A ce sujet, voir plusieurs notes de la catégorie « Gardasil divers : HPV, co-facteurs, fréquence, taux de prévalence du cancer du col », et tout particulièrement celle parlant de la prévalence par aires géographiques et des co-facteurs responsables des cancers du col de l’utérus, car la persistance d’une infection par l’une des 16 souches oncogènes de papillomavirus est considérée comme une condition nécessaire dans la plupart des cas, mais non suffisante…

D'autres détails

A noter qu’Arznei-Telegramm a attiré l’attention à plusieurs reprises sur la désinformation pratiquée par Sanofi Pasteur MSD, par exemple quant à la fréquence du cancer du col de l’utérus et la mortalité en Allemagne. La même revue considère, dans son analyse du Cervarix susmentionnée, que ce dernier a été autorisé en Europe sur une base scientifique encore plus faible que celle fournie par Sanofi Pasteur MSD pour le Gardasil. (Je n'ai pas vérifié s'il a été autorisé entre-temps aux Etats-Unis).

La journaliste du Scotsman donne une information erronée, mais l’erreur est compréhensible, vu la jungle des institutions allemandes… Elle confond Comité fédéral commun (GB-A) et Institut Robert Koch. C’est à ce dernier qu’est rattaché le Comité technique des vaccinations. Ce sont deux institutions distinctes, et le GB-A est plus souple car composé aussi de représentants des caisses d’assurance-maladie et des usagers… Moins sujets aux conflits d'intérêts que les médecins.

L’un des représentants des usagers est par ailleurs connu pour son activité contre les conflits d’intérêts médico-pharmaceutiques. Il s’agit de Jörg Schaaber, de l’association BUKO-Pharmakampagne, qui milite pour une information des patients indépendante de l’industrie pharmaceutique et est membre du réseau Health Action International. Celui-ci, qui milite pour un usage rationnel du médicament et un accès équitable aux médicaments essentiels, est à son tour membre du Collectif Europe et Médicament, dont Pharmacritique a diffusé les communiqués (voir certaines notes des catégories « Publicité directe pour les médicaments » et « Autorités d’(in)sécurité sanitaire »).

Et pour finir:

Pas étonnant que la Grande-Bretagne dans son ensemble préfère le Cervarix au Gardasil, puisque Glaxo Smith Kline est un laboratoire pharmaceutique britannique… Mais le Gardasil y est autorisé aussi, et il va de soi qu'il est tout aussi concerné que le Cervarix par ces critiques et remises en cause.

Merci au médecin qui m'a envoyé le lien.

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

Commentaires

Bonjour

Il faut être prudent quant à l'interprétation des études : les dysplasies de haut grade ne sont pas des cancers invasifs . Or c'est à propos de ces derniers que les HPV oncogènes sont retrouvés dans 99% des cas par PCR . Il est probable que certaines lésions étiquetées CIN3 et sans HPV ne sont pas des précurseurs de cancer en absence de HPV . Mais d'autres travaux sont nécessaires .
Le 25 ème congrès sur le HPV qui a eu lieu en Suède à Malmö est en fait une super campagne de pub financée par les fabricants de vaccins . En lisant les compte-rendus d'intervention , on constate qu'il n'y a rien de nouveau depuis les premières publications; il n'est question que d'immunogénicité, de soi-disant protections croisées etc , et surtout , clou du spectacle , d'étendre les indications de la vaccination à l'ensemble des jeunes femmes . En revanche rien sur les résultats cliniques , en particulier sur la diminution des dysplasies de haut grade après vaccination .
C'est étonnant de constater en France la mutité des médecins sur l'absence d'intéret des vaccins anti HPV .

Écrit par : Siary | 19/05/2009

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Bonjour,

Franchement, je n'ai même pas jeté un coup d'oeil sur ce qui se passe en Suède, puisque ce sont certainement toujours les mêmes organisateurs, Eurogin, Margaret Stanley, etc. Les conflits d'intérêts pullulent, et on ne peut s'attendre qu'à une énième auto-célébration des labos, mettant en scène leur propagande sous des dehors scientifiques. De la désinformation médicale.

Oui, je vois bien où est le problème quant à l'interprétation. Mais il n'y a pas que cet essai espagnol qui me fait douter de certains dogmes, notamment sur des questions de causalité au sens strict. je vous assure que si vous lisez la façon de Harald zur Hausen de rendre compte de l'histoire des recherches, et donc de l'histoire des vaccins, cela ne manquera pas de soulever certaines interrogations.

Cela dit, j'ai bien précisé qu'il s'agissait d'une question que je posais et qu'il fallait creuser - comme vous dites, il faudrait plus d'études. Mais votre remarque me fait comprendre que mes interrogations provocatrices pourraient être mal interprétées, prises au sens d'une affirmation, alors il vaut mieux que je retire cette phrase. Peut-être y a-t-il une autre formulation, plus adéquate. Cela dit, c'est la quadrature du cercle, parce que si la médecine restait toujours dans les chiffres fournis par les laboratoires, il n'y aurait jamais d'évolution... la falsifiabilité commence par des interrogations radicales et des questionnements des termes du débat lui-même, et pas seulement de ses résultats, non?

Et moi, qui ne fais pas de médecine, mais qui suis faite pour poser des questions et remettre en cause ce qui se présente comme une évidence, eh bien, j'essaie de faire ça, justement. A mon niveau, et sans prétentions. Sans aucune garantie non plus, puisque l'infaillibilité, je la laisse aux autres.

A mon bas niveau de compréhension, je n'ai vu aucune preuve solide et émanant d'instances indépendantes et non biaisées par des conflits d'intérêts qui prouvent de façon convaincante cette relation de causalité, au sens stricte de ce terme. Parce que ce n'est que de ce sens stricte que je parlais.

On verra.
en tout cas, je suis mal à l'aise avec l'idée de rester dans le paradigme fixé par les laboratoires et par les chercheurs qui les servent.

Nous avons eu cette même discussion quant à la prévalence des génotypes HPV 16 et 18 et à leur responsabilité dans la majorité des cancers du col en France, et franchement, ce que j'ai pu lire depuis m'a plutôt confortée dans mes opinions, à savoir qu'aucune information indépendante ne prouve pour le moment qu'ils seraient aussi répandus en France que dans les pays pauvres. Je pense que les critiques tels Arznei-Telegramm, Juan Gervas, Carlos Alvarez Dardet, etc. ont raison de souligner cela.

Vous voyez, sachant que je ne peux avoir aucune prétention de scientificité en la matière, je m'en tiens toujours à ce que disent certains indépendants qui offrent, eux, des garanties d'un savoir à la fois spécialisé et non biaisé. Sans les prendre pour des évangiles non plus.

je ne demande qu'à voir des preuves. Parce que ma tête carrée et rationnelle de philosophe me dit que pour affirmer des relations de causalité aussi strictes et univoques, il faut qu'il y ait de telles preuves. Sinon, il ne s'agit que d'hypothèses de travail à confirmer.

Je ne méprise pas les hypothèses, loin de là. Mais elles devraient être prises avec au moins un grain de conditionnel, d'ouverture vers l'incertitude. Cette ouverture-là laisse en général la possibilité à une théorie d'évoluer, qu sens dialectique, carrément de l'Aufhebung hégélienne, si on me permet un terme tiré du langage philosophique. Sans cela, les théories risquent non seulement d'être sujettes à la falsifiabilité à la Popper - ce qui sera le cas de toute façon - mais d'être purement et simplement balayées comme des aberrations qui ont arrêté en leur temps l'évolution des domaines dont elles font partie.

Je vous saurais gré si vous pouviez m'indiquer une bibliographie convaincante; je ne manquerais pas d'aller lire les textes en question.

En attendant, c'est quand même le doute qui prévaut. Cela relève certainement de la division sociale du travail, dont je parlais dans une autre réponse ;-)) La fonction sociale des philosophes n'est pas la même que celle des médecins. Même si, dans un monde idéal, nous devrions pouvoir nous rencontrer.

Notamment sur le terrain des interrogations, puisqu'elles sont faites dans une perspective morale / déontologique. Ce qui m'intéresse, c'est de penser quelles sont les conséquences si jamais les chiffres sont de la propagande dans leur majeure partie.
C'est ce que je disais en formulant cette interrogation sur la causalité au sens strict: si elle n'est pas si stricte que cela, il y a des facteurs de causalité qui restent inconnus, puisque les affirmations trop péremptoires - qui sont les armes du marketing pharmaceutique - arrêtent le progrès des connaissances et que les personnes dont les "cas" qui ne rentrent pas dans les cases déjà tracées se retrouvent laissées pour compte.

C'est là que se situe l'interrogation philosophique, l'approche en termes de totalité, au-delà de ce qu'un essai clinique - ou même dix - a pu mettre en évidence.
Cordialement.

Écrit par : Pharmacritique | 28/05/2009

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