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13/07/2009

Lettre ouverte à José Manuel Barroso: La Commission européenne doit cesser de subordonner la santé et les intérêts des consommateurs aux intérêts industriels!

Le 17 juin 2009, trois associations qui représentent à elles seules près de 150 associations et 42 fédérations mutualistes ont adressé une barroso-verheugen vigitox.jpglettre ouverte au président de la Commission Européenne José Manuel Barroso. Il s’agit de l’EPHA (European Public Health Alliance), de l’AIM (Association internationale de la mutualité, qui est aussi membre du Collectif Europe et Médicament) et du BEUC (European Consumer's Organisation). Elles demandent un transfert de compétences, pour que cesse enfin cette aberration dénoncée à plusieurs reprises par Pharmacritique aussi : les décisions et réglementations concernant l’industrie pharmaceutique relèvent actuellement non pas de la Direction générale de Santé et protection des consommateurs (DG SANCO), mais de la Direction générale entreprises et industrie. Celle-ci est dirigée par le vice-président de la Commission européenne, le vénérable Günter Verheugen, dont nous avons dénoncé à plusieurs reprises les accointances avec les laboratoires pharmaceutiques.

Cette subordination est à elle seule édifiante quant à la quantité négligeable qu’est la santé individuelle et publique par rapport aux intérêts économiques et aux profits privés auxquels elle est soumise.


Image tirée de cette page de Greenpeace Vigitox, qui retrace les étapes du projet REACH et reproche à Barroso et à Günter Verheugen d'avoir cédé au lobby de l'industrie chimique en retirant beaucoup de mesures restrictives initialement prévues dans REACH. La santé n'a vraiment pas été une priorité, à ce moment-là non plus...

Y aurait-il encore des gens assez naïfs pour croire que la santé serait autre chose qu'un filon exploitable? Source de profits potentiellement infinis, comme le montre la hâte à casser les services publics et à les remplacer par des prestataires privés de santé et de soins. Ce n'est pas pour des raisons philanthropiques qu'il y a tellement de marchands du temple et autres assureurs prêts à investir là-dedans.

Il est grand temps que cette aberration cesse ! On peut toujours rêver et espérer qu’un changement de forme peut entraîner un changement de fond, c’est-à-dire une prise en compte des questions de santé dans les décisions économiques. En tout cas, il n'y aura aucun changement tant que notre santé dépendra de Günter Verheugen.

Ce qui revient à dire qu’il faut que nous nous battions pour que l’humain, grand perdant dans la course à la sacro-sainte compétitivité, ne disparaisse pas complètement de la vue de ces « autorités d’insécurité sanitaire », comme on les appelle affectueusement dans les pages de Pharmacritique...

Je serais très contente de devoir changer le message…

Pourquoi cette aberration?

Lors des débuts de la régulation européenne des questions pharmaceutiques, en 1965, puis surtout en 1975, la Direction Santé et protection des consommateurs n’existait pas encore. Les médicaments étaient considérés - et le sont toujours - comme des marchandises comme les autres, et tout ce qui était lié à leur fabrication, à leur circulation, à la protection des brevets relevait donc d’emblée de cette garante du libre-échange sur le marché européen qu'est la Direction entreprises et industrie. Son rôle quant aux médicaments est resté le même depuis ses débuts: favoriser les intérêts industriels et la compétitivité des laboratoires pharmaceutiques européens, protéger les brevets et la propriété intellectuelle, bref, tout faire pour éliminer les entraves à la maximisation des profits. Y compris lorsqu’il s’agit de l’intérêt de la santé des patients et des usagers en général… On peut dire qu'elle a très bien réussi. Et quand on pense au "paquet pharmaceutique" qu'elle nous prépare, il y a de quoi nous faire de l'effet. (Voir les notes de la catégorie "Publicité directe pour les médicaments d'ordonnance"). Mais peut-on s'attendre à autre chose lorsque l'Europe n'est qu'un espace de libre échange dans lequel les dogmes du néolibéralisme s'imposent sans réelle opposition?

Et on comprend parfaitement que Günter Verheugen soit très apprécié par ses amis de l’industrie pharmaceutique, représentée au niveau européen par l’EFPIA (European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations).

Réaction sans surprise de l'industrie pharmaceutique: vive le statu quo!

Un porte-parole de l'organisation patronale des pharmas a déclaré, en réponse à la lettre des associations, que l’EFPIA préférait rester dans le cadre actuel de "régulation". On la comprend...

L’argumentation est très claire, une fois qu'on enlève la langue de bois: « Les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas de simples fabricants de médicaments. A travers leurs efforts dans les investissements et la recherche, ils constituent aussi un secteur dynamique de l’économie et de l’innovation européennes. De ce fait, il semble logique que l’industrie pharmaceutique continue à travailler avec la Direction générale Entreprises et Industrie; ainsi, nous serons sûrs que tout est mis en œuvre pour que nos activités et notre rôle de leaders de l’innovation bénéficie à l’ensemble de l’Europe. (…) Cela dit, nous apportons notre soutien complet au travail de la DG Sanco [Direction générale Santé et protection des consommateurs] et apprécions nos relations constructives avec elle », ajoute le même porte-parole cité sur le site Euractiv, qui rend compte de la lettre des assocations dans l’article « NGOs want medicines removed from EU industry policy » (Des ONG veulent que les médicaments ne relèvent plus de la politique industrielle de l'Union européenne).

Et voici le texte intégral de la lettre. (Merci au Collectif Europe et Médicament d'avoir répondu à ma demande; je voulais avoir le texte complet, qui n'était pas disponible sur internet. Ou alors je ne l'avais pas trouvé - et pas non plus d'article francophone parlant de cette protestation associative).

 

AIM BEUC EPHA.jpg

« OPEN LETTER »

« Governance change needed: EU pharmaceutical policy should be the responsibility of a health focussed directorate within the European Commission.

This is a year of change for the EU institutions. A new Parliament, Commission and possibly a new Treaty. This is an opportunity to review the way that specific policy areas are managed. As the preparations are being made to shape the new College of Commissioners, the European Public Health Alliance (EPHA), European Consumers Organisation (BEUC) and Association International de la Mutualité (AIM) calls on the President of the European Commission and Member States to make health the main driver for pharmaceutical policy at EU level by giving the lead role in medicines to a health focussed directorate within the European Commission.

Pharmaceutical policy is an integral part of public health policy making. Medicines form a major part of treatment measures and are therefore of key importance in safeguarding health. The access to safe, effective and high quality medicines is a human right. Therefore, pharmaceutical policy making should put health and human rights at its core.

The reorganisation of the European Commission and the possible implementation of the Lisbon Treaty provide the opportunity to make a change in the EU governance of pharmaceutical policy.

Putting the needs of EU citizens first should be the European Commission's number one priority. The Commission, as the guardian of the Treaty, should recognise the duty to "ensure a high level of human health protection". This can only be achieved if public health concerns, protection of patients and safety of medicines are ensured by the DG with responsibility for health.

Aligning EU methods with Member States. Across the EU, it is Ministers of Health that manage pharmaceutical policy but the European level is out of alignment because DG Enterprise has had this competence. Now is the time for Europe to align its policy framework with those of its Member States and their citizens.

BEUC - BEUC's membership includes 43 reputed, independent national consumer organisations from some thirty European countries (EU, EEA and applicant countries). BEUC, the European Consumer’s organisation, acts as a sort of embassy for these organisations in Brussels and its main task is to represent its members and defend the interests of all Europe's consumers.

More info: www.beuc.eu Contact: Ilaria.Passarani@beuc.eu

The European Public Health Alliance (EPHA) is the largest European Platform representing approximately 100 members working in the field of health. Our membership is unique in its diversity this statement is supported by representations from patient groups, healthcare professionals, public sector bodies, disease-specific organisations, treatment groups and others. Our membership includes representatives at international, European, national, regional and local level.

More info: www.epha.org Contact: r.hughes@epha.org

AIM - The Association Internationale de la Mutualité (AIM) is a grouping of autonomous health insurance and social protection bodies operating according to the principles of solidarity and not-for-profit orientation. Currently, AIM’s membership consists of 42 national federations representing 27 countries. In Europe, they provide social coverage against sickness and other risks to more than 170 million people. AIM strives via its network to make an active contribution to the preservation and improvement of access to health care for everyone.

More info: www.aim-mutual.org Contact: rita.kessler@aim-mutual.org

Elena Pasca

Commentaires

après avoir lu , je suis content d'avoir toujours voté non à l'Europe , dont j'estimais qu'elle ne pouvait être que la tour de Babel du 20ème et 21 ème siècle.
Mais évidemment , on cherche tous les moyens pour l'imposer , 100 fois sur le métier remettant la question , jusqu'à ce que de guerre lasse le oui l'emporte partout.

Écrit par : trublion | 16/07/2009

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