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16/08/2010

Transparence des conflits d'intérêts des médecins: suivons l'exemple d'Obama avec les Physician Payment Sunshine Provisions

Voici un communiqué de presse que j'ai fait il y a plusieurs mois pour la Fondation Sciences Citoyennes. Laissé de côté à cause de multiples sunshine law.jpgautres travaux en cours, il n'est parti que le 22 juillet... Ce n'est pas le meilleur moment pour des communiqués de presse, mais, comme vous pouvez le constater, les convenances ne m'intéressent pas, même pas s'agissant de respecter les conventions quant à la forme d'un tel texte... Je préfère donner plus d'informations, situer la problématique dans le contexte, donner des liens, pour que le lecteur comprenne que, même s'agissant d'une information états-unienne, cela le concerne tout autant, si ce n'est plus, vu l'inexistence d'une telle législation en France et en Europe.

Logo des lois de tranparence (sunshine laws) de l'Etat du Maine. (Elena Pasca)


TRANSPARENCE DES CONFLITS D’INTERETS EN SANTE : OBAMA DONNE L’EXEMPLE

- Communiqué de la Fondation Sciences Citoyennes -

La loi de réforme de la santé récemment promulguée par Barack Obama inclut une première mondiale en matière d’information sur les conflits d’intérêts des professionnels de santé. Ce volet de la loi n’a pas fait la une des media européens. Serait-ce par crainte que l’exemple américain inspire des législations semblables?

Déjà une réalité dans certains Etats américains, les Physician Payment Sunshine Provisions [1, 2] auront désormais une dimension fédérale, ce qui facilitera le combat contre les dérives du lobby pharmaceutique ainsi que l’adoption de politiques plus globales de restriction des conflits d’intérêts.

Le Sunshine Act est une réglementation de transparence sur les conflits d’intérêts qui oblige les laboratoires pharmaceutiques à déclarer, à partir de 2013, sur un site web en libre accès, toute somme ou tout cadeau dépassant 10 dollars donnés à des médecins et à des institutions médicales (de formation et/ou de soins). L’obligation de déclaration concernera aussi d’autres formes de conflits d’intérêts intervenant dans la pratique des professionnels de santé et à plusieurs niveaux du circuit du médicament et des soins.

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Fidèle à son engagement dans la lutte contre les conflits d’intérêts, la Fondation Sciences Citoyennes rappelle quelques données pour faire comprendre l’urgence qu’il y a à suivre l’exemple des Etats-Unis. Les citoyens doivent comprendre que le droit à l’information – donc à une décision médicale en connaissance de cause - reste purement théorique en France et en Europe, où les firmes pharmaceutiques n’ont pratiquement aucune contrainte légale digne de ce nom : ni de transparence sur les liens d’intérêts avec les experts et les politiques, ni d’information complète sur leurs produits. Il n’existe aucun dispositif de vérification rigoureuse des données industrielles ; aucune obligation d’enregistrement les essais cliniques et de publication systématique de leurs résultats, même défavorables ; aucun encadrement rigoureux de la publicité plus ou moins directe et des autres techniques de marketing contribuant à médicaliser à outrance le quotidien, afin de maximiser les profits.

De plus, la France et l’Europe ne disposent à ce jour d’aucun qualificatif juridique permettant de qualifier puis de réprimer les dérapages des firmes, ni pour la désinformation sur des produits défectueux, ni même en cas de pression sur les experts et autres décideurs politico-sanitaires. Or pas de moyen de répression veut dire pas de moyen de dissuasion, et ce malgré l’histoire bien chargée de l’industrie pharmaceutique…

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Les dépenses des pharmas pour influencer le Congrès et les agences publiques des Etats-Unis se sont élevées à 1,7 milliards de dollars entre 2006 et 2009 [3], par exemple. Leurs dépenses publicitaires en France s’élevaient à 2,8 milliards d’euros en 2004 - chiffres « largement sous-estimés », selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) [4]).

Sur un sujet aussi essentiel que la santé, est-il acceptable de ne disposer que d’estimations sur les activités d’un des lobbies les plus puissants qui a intérêt à désinformer? Car l’information sur les recherches, les produits, le ratio des dépenses en recherche et développement et en marketing, les dépenses en activité de lobbying… - tout dépend entièrement de l’industrie pharmaceutique. Ce qui rend impossible une évaluation rigoureuse de la situation et l’élaboration d’une politique de santé sur des bases rationnelles (usage rationnel des médicaments, rapport coût – efficacité et bénéfices – risques, homologations justifiées, prix réalistes, formation médicale continue exempte de publicité, etc.).

Ce lobby dispose non seulement d’appuis intéressés parmi les décideurs politico-sanitaires, mais aussi d’un réseau tentaculaire d’influence sur les professionnels de santé, dont il biaise à ce point la pratique qu’on parle désormais de « ghost management » [5] : une gestion « fantôme », invisible mais omniprésente de tout ce qui concerne le médicament, la formation et l’information, sans oublier de l’influence sur les politiques à travers des expertises biaisées par les conflits d’intérêts des experts et des institutions.

Ainsi, en France, les laboratoires dépensent 25.000 euros par an et par médecin pour désinformer les praticiens (IGAS 2007 [4]) ; 98% de la formation médicale continue est financée par l’industrie (rapport Sénat 2005 [6]) ; 95% des médecins libéraux reçoivent toujours les visiteurs médicaux ; la presse médicale – l’empire de presse de Gérard Kouchner, par exemple - est entièrement financée par les pharmas [7]… Le frère de l’ancien ministre de la santé est le patron de la presse médicale… Ce n’est qu’un exemple de ces conflits d’intérêts omniprésents qui verrouillent le système, puisque les mêmes experts liés à l’industrie en occupent toutes les articulations stratégiques (media grand public, hôpitaux, presse spécialisée, agences de régulation, formation médicale initiale et continue, sociétés savantes, comités scientifiques des associations de patients…), où ils se comportent en "dealers d’opinion", en véritables VRP des laboratoires qui les paient. En toute opacité.

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En Europe, la tendance actuelle n’est ni à la transparence ni aux exigences croissantes vis-à-vis des pharmas, bien au contraire. L’agence européenne du médicament (EMA) fait preuve d’une opacité tenace et censure les informations réclamées par les professionnels (selon l’analyse de la revue Prescrire [8]). Sous l’influence du lobby pharmaceutique, la Commission européenne prépare depuis des années l’adoption d’un « paquet pharmaceutique » [9], dont les mesures abattront jusqu’aux faibles obstacles qui se dressent encore sur le chemin d’une industrie qui prétend s’autoréguler par des chartes déontologiques volontaires… Et des partenariats public-privé tels « Innovative Medicines Initiative » [10] soumettent la recherche publique aux impératifs de rentabilité immédiate des industriels.

Lors de la récente affaire de la grippe AH1N1, les citoyens ont eu un aperçu des conséquences de cette absence de contraintes en Europe, puisqu’ils ont été les cobayes de technologies vaccinales nouvelles, non autorisées aux Etats-Unis. Ce n’est pas une position antivaccinaliste, mais de prudence hippocratique élémentaire, en particulier lorsqu’il s’agit de mesures touchant la santé de millions de citoyens. Heureusement, ces technologies (adjuvants…) n’ont pas été dangereux, mais la question va bien au-delà d’une classe de vaccins ou de médicaments. C’est une question de principe : les décisions arbitraires, basées sur des avis d’experts (qui constituent le niveau le plus bas de preuve selon l’EBM : evidence-based medicine) non fondés sur des preuves méthodologiquement fiables, mais plutôt sur des opinions reflétant les intérêts des laboratoires qui paient - ce type de décisions opaques n’a pas sa place dans un système responsable de santé et de soins.

L’absence d’évaluation sérieuse (essais RCT, bénéfice – risque, études sur les population à risque, etc.) et de procédures rigoureuses d’AMM [autorisations de mise sur le marché] [11] met en permanence en danger la santé des citoyens, de même que l’opacité sur les liens des experts avec les lobbies, et la désinformation sur l’impact et les conséquences réels, au quotidien, du lobbying et des conflits d’intérêts sur notre santé à tous.

*

Il est inacceptable que les citoyens ne disposent que d’estimations, et non pas de chiffres définitifs - qui permettraient de comprendre la puissance du lobby pharmaceutique -, alors que c’est la collectivité qui paie le prix des dépenses de lobbying, à travers le prix des médicaments. Sans parler des conséquences financières et humaines des décisions de santé prises sur la base d‘expertises biaisées.

*

Le constat est accablant. Une refonte radicale et globale du système de santé et de soins est indispensable, basée sur des lois instituant une déontologie de l’expertise. Celle-ci devrait inclure une transparence nécessaire à toutes les étapes de la recherche médicale et portant sur toutes les sources potentielles de conflits d’intérêts (financement industriel, liens d’intérêt des experts et autres).

Ce serait un premier pas. Car la Fondation Sciences Citoyennes rappelle que la transparence ne suffit pas [12] et appelle les citoyens à exercer leurs droits de décision, à se mobiliser pour obtenir des lois qui visent l’élimination des conflits d’intérêts, au nom de la protection des usagers et du droit (bien compris) à la santé et à l’information. Et, en fin de compte, au nom d’une démocratie républicaine digne de ce nom, qui place l’intérêt général et le bien commun avant les profits et les jeux d’influence.

*

CONTACT: Elena Pasca 09 54 88 58 42

pasca.elena@gmail.com

http://sciencescitoyennes.org/

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NOTES:

[1] La version originale du texte de loi est ici : http://www.prescriptionproject.org/tools/sunshine_docs/fi...

[2] Présentation en français et liens sur le blog Pharmacritique :

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/06/...

[3] Steinbrook, Robert, « Lobbying, Campaign contributions, and Health Care Reform ». In: New England Journal of Medicine. NEJM 361:e52. Décembre 2009.

http://healthcarereform.nejm.org/?p=2358

[4] Inspection Générale des Affaires Sociales : « L’information des médecins généralistes sur le médicament ». La Documentation française, septembre 2007, p. 8. http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/074000...

[5] Sismondo, Sergio (2007) « Ghost Management: How Much of the Medical Literature Is Shaped Behind the Scenes by the Pharmaceutical Industry? » PLoS Med 4(9): e286. http://www.plosmedicine.org/article/info:doi/10.1371/jour...

[6] « Les conditions de mise sur le marché et de suivi des médicaments - Médicament : restaurer la confiance ». Rapport de 2005 par une commission du Sénat. http://www.senat.fr/rap/r05-382/r05-3820.html

[7] « Presse médicale : Nos généralistes sont en bonnes mains pour le lavage pharmaceutique du cerveau ». Blog Pharmacritique, 6 octobre 2010.

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/10/...

[8] « L’agence européenne du médicament et les obligations de transparence. 4 ans d’évaluations par Prescrire ». Rev Prescrire 2009 ; 29 (309) : 534-540.

[9] « "Le paquet pharmaceutique" : une vision de court terme dangereuse pour la santé publique. » Communiqué commun : Medicines in Europe Forum, Health Action International, International Society of Drug Bulletins, Association Internationale de la Mutualité. Mars 2009.

http://www.prescrire.org/docus/Fr_PharmaPackage_KeyPoints...

[10] « Innovative Medicines Initiative : la Commission européenne et EFPIA s’allient pour dévaliser la recherche et les deniers publics. » Pharmacritique, 10 octobre 2008.

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/10/...

[11] « Progrès thérapeutique nul en 2008 (…). Multiples critiques de l'autorisation de mise sur le marché de médicaments mal évalués », Article de Pharmacritique, 3 février 2009.

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2009/02/...

[12] Communiqué de la Fondation Sciences Citoyennes : « La déontologie de l’expertise ne se limite pas à la transparence sur les conflits d’intérêts », 5 janvier 2010.

http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1784)


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Quelques remarques qui situent le communiqué dans le contexte et précisent mes quelques activités en la matière, discontinues et faillibles, bien entendu. Et sans aucune prétention.

Depuis les débuts de Pharmacritique, (et même avant, sur d'autres supports), je n'ai pas arrêté de parler de ce qui se passe aux Etats-Unis:

parler des projets législatifs ou des réglementations institutionnelles ainsi que des avancées concrètes ici ou là, et d'autres initiatives, étatiques, fédérales ou venues d'institutions de formation, etc. J'ai contribué à ce que le regard vers le monde anglo-saxon, bien plus avancé sur les questions de conflits d'intérêts, devienne de plus en plus évident, à travers la popularisation de certains blogs santé excellents tels Health Care Renewal, Pharmalot, Pharma Gossip, Pharma Giles, Marketing Overdose, Gooz News, Carlat Psychiatry Blog et d'autres (voir la liste des liens à gauche de la page, au-dessous des catégories).

J'ai popularisé le Sunshine Act; fait connaître le sénateur Charles Grassley, qui l'a porté depuis ses débuts (entre autres initiatives, enquêtes et prises de position que j'ai eu l'occasion de détailler, pour certaines); fait connaître aussi d'autres hommes politiques américains engagés dans la lutte contre les dérapages du lobby pharmaceutique (Kohl, Stupak...); rappelé le tandem que Grassley forme avec l'excellent épidémiologiste de la FDA Dr David Graham (lanceur d'alerte du Vioxx, entre autres); parlé des leaders d'opinion (key opinion leaders), du ghost management et du ghost writing, du disease mongering ("façonnage de maladies"), de la visite médicale (selon les témoignages américains, très détaillés, venant de Shahram Ahari, par exemple) et de la visite académique (academic detailing), elle aussi commencée dans le monde anglo-saxon. J'ai évoqué les conflits d'intérêts des associations de patients, à partir d'exemples canadiens, suisses; traduit des articles qui traitent de modèles alternatifs de FMC (formation médicale continue), etc.

J'ai aussi mis en évidence, habituellement au moyen d'exemples concrets, beaucoup d'autres techniques de marketing et de contrôle de la filière du médicament par les pharmas, depuis le choix de l'objet de recherche et les biais de la recherche clinique jusqu'aux biais de la formation et information médicales, sans oublier les conséquences de la panne de l'innovation et des homologations fort peu rigoureuses, faites par une agence (AFSSAPS) dont les trois quarts du budget lui viennent de l'industrie pharmaceutique... Le contrôleur payé par les contrôlés... Sur le modèle du financement controversé de la FDA par le PDUF Act...

Et ainsi de suite.

Ce que je veux souligner ici, c'est que ces références anglo-saxonnes ont été - avec celles allemandes - mon principal apport aux listes du Formindep.

Aussi étonnant ce cela puisse paraître, personne ne connaissait la revue allemande indépendante Arznei-Telegramm, par exemple. Sans parler des trois autres revues allemandes indépendantes et des grandes figures allemandes (et pas seulement) de la bataille contre les conflits d'intérêts.

C'est étonnant, parce que des rédacteurs de la revue Prescrire participent aux listes du Formindep et parce que Prescrire travaille avec Arznei-Telegramm au sein de l'ISDB (International Society of Drug Bulletins). Malgré la différence des moyens, la grande soeur allemande (40 ans cette année!) se montre plus performante, et surtout, ne laisse jamais passer sans rien dire des affaires tels le Gardasil ou la vaccination massive contre la grippe A, traversées de part en part par des conflits d'intérêts. Mais il est vrai que Arznei-Telegramm n'a pas froid aux yeux s'agissant des vaccins: qu'elle soit favorable au principe vaccinal veut dire aussi qu'elle critique sans détour tout vaccin inutile, insufissament testé, etc., qui ne correspond pas aux critères d'un usage rationnel et qui viendrait nuire au principe même de la vaccination.

Ceux qui postaient sur les listes du Formindep ne connaissaient (j'avais vérifié en posant la question à certains et en faisant une recherche approfondie dans l'ensemble des archives des listes, avant de poster là-dessus) ni Grassley ni Graham et leurs activités. Formindep ne connaissait pas non plus bon nombre de sites et blogs anglophones de référence pour avoir une information de qualité et indépendante sur ce qui se passe à l'étranger.

Lorsque j'étais sur ces listes, et avant que je ne puisse plus poster (mars-avril 2008), j'ai posté pendant des mois uniquement là-dessus, juste pour donner des informations brutes, sans me mettre en avant. On m'a d'ailleurs reproché d'hésiter à écrire des articles, d'hésiter à me lancer...

J'ai parlé par exemple de l'évolution du projet de Sunshine Act depuis l'Etat du Minnesota vers d'autres Etats, puis comme projet fédéral; des changements à la FDA (loi de septembre 2007, etc.); j'ai montré que certains grands journaux tels le New York Times et le Wall Street Journal étaient des sources précieuses d'information, sans parler du blog santé du WSJ. J'ai montré aussi comment les hommes politiques tels Grassley s'alliaient avec ces media pour faire pression sur l'industrie pharma lorsqu'ils menaient des enquêtes mais étaient limités; montré comment est structuré le système américain de santé afin qu'on puisse comprendre pourquoi il y a besoin d'un tandem de scientifiques et d'hommes politiques. On ne m'a pas cru lorsque je disais que, aux Etats-Unis, ce sont les hommes politiques - Grassley en particulier - qui ont discrédité Avandia. Ne pouvant pas revenir sur l'autorisation de mise sur le marché, le républicain Grassley, alors à la tête de la Commission des finances, a cherché des alliés parmi d'autres commissions, y compris démocrates, pour obtenir que le médicament ne fasse plus partie de ceux proposés par les fournisseurs de certains programmes étatiques. Ca a commencé par le Veteran Affairs, dont les responsables sont des amis de Grassley, suivi par d'autres.

Il fallait expliquer comment ça fonctionne, parce que l'image que la plupart en avaient n'était pas correcte.

Ainsi, je me souviens de ce détail qui a fait couler beaucoup d'encre, à savoir que les pharmas donnent de l'argent pour la campagne d'Obama et de Hillary Clinton, même plus qu'aux républicains. Eh oui, le financement de la campagne est différent aux Etats-Unis. Mais de là à penser que les pharmas auraient Hillary sous la main, comme cela a été dit... C'est méconnaître le passé, et notamment la réforme santé que Hillary a voulu faire passer sous la présidence de Bill Clinton, qui a déclenché une telle campagne de discrédit contre le couple présidentiel, que ça a failli leur coûter très cher. "Hillary la rouge" a été stigmatisée de communiste, vilipendée et traquée par les pharmas et les assureurs. Et son programme lors des primaires n'était en rien moins osé. Alors imaginer que des contributions pharma l'auraient acheté, c'est faire une grossière erreur d'analyse.

Il y a eu d'autres erreurs d'analyse, et j'ai payé cher le fait de le dire, sous une forme ou une autre. Erreurs dont l'origine est la même: la persistance dans l'ignorance et le rejet de ceux qui pourraient apporter une autre perspective - ce qui était compris comme un danger pour l'image d'une personne qui, dans ce groupe, avait incarné le rôle de la personne la plus informée, spécialisées, etc.

C'est la même lecture très superficielle qui a fait que certains de ces médecins - qui pensent avoir le monopole de cette problématique et disent plus ou moins directement n'avoir rien à apprendre - ont persisté dans leur préjugés quant à l'agir de la puissance publique états-unienne, qu'ils pensaient inexistante, contrairement à la France.

Or rien n'est moins faux quant à la protection des usagers et à la répression des dérapages des pharmas: en France, il n'y a même pas d'arsenal juridique pour une action étatique et/ou des usagers à titre individuel ou collectif. Pas de dispositifs de protection des lanceurs d'alerte, indispensables, pas de dispositifs qui font en sorte de récupérer les amendes infligées aux pharmas pour financer des programmes de "désenvoûtement" des médecins et des usagers, tels PharmedOut. Je me souviens avoir présenté leur site à l'époque, avec les supports pédagogiques et la blague qu'est le guide du sandwich que le médecin peut se faire pour développer des facultés qui, autrement, risqueraient de s'atrophier ;)

Je suis contente qu'ils se tournent enfin vers ces références, comprennent à quel point certaines initiatives peuvent servir d'exemple, évoquent Grassley et le Sunshine Act, font des exposés sur les key opinion leaders comme si c'était quelque chose de nouveau en mars-avril 2010. Pour ma part, j'avais présenté la question bien avant, en juin 2008, à partir d'un dossier du BMJ.

C'est surtout Philippe Foucras qui le fait. Sans jamais me citer, mais cela ne m'étonne pas, parce que son attitude envers moi a été qualifié par d'autres membres du Formindep (que je connaissais à peine de nom, sans plus) de "haine ordinaire" et de "harcèlement moral". Cela me désole, mais je ne peux toujours pas accepter qu'il ait cherché un moyen de mettre un terme à Pharmacritique, considérant qu'il fallait en finir avec cette "nuisance", ce "parasite" et "opposition stérile" etc., que je serais. Quelle que soit l'antipathie ou même la "haine" que quiconque peut ressentir envers un être humain, il n'en reste pas moins qu'il n'a pas le droit de tenir des propos déshumanisants, utiliser des qualificatifs déshumanisants. De tels dérapages bafouent les principes les plus élémentaires de la morale et des éthiques; on a vu dans l'histoire que la banalisation de tels manquements à la morale a pu mener aux pires atrocités. Même pas besoin de développer pour faire comprendre qu'aucune déviance n'est acceptable sur ces questions.

(Et puisqu'il a été question de Dominique Dupagne récemment, je rappelle juste que son comportement a plus d'une fois été pour le moins contestable; entre le double discours, les effets des conflits d'intérêts et l'échine courbée devant le "monarque", euhh... Mais être un excellent communicateur et publicitaire a beaucoup d'avantages, à commencer par celui de pouvoir gommer sans peine tout ce qui viendrait écorner l'image médiatique qu'il veut donner. Il suffit d'une mémoire sélective et d'un comportement sympathique... Cela dit, il a beaucoup de qualités, et je ne les oublie pas.)

Je ne vais pas entrer dans les détails dûment cachés par le Formindep, pourtant nombreux et qui contredisent clairement les discours médiatiques. J'aimerais juste qu'ils arrêtent un jour le colportage et les tentatives de jeter le discrédit sur Pharmacritique. Après tout, ce n'est qu'un blog sans prétentions, pourquoi tant de haine?

J'ai choisi de ne pas me défendre, de ne pas déballer, ne pas laver le linge sale en public, même si je crois que ça a été une erreur, puisque certains du Formindep n'ont pas arrêté de colporter des histoires, comme j'ai pu le voir encore et encore, par exemple fin janvier, lors de la Pilule d'or chez Prescrire. Pas étonnant que certaines personnes me tournent le dos, même si, pour être correctes, elles devraient donner la parole aussi à l'autre partie, ce que personne n'a fait. C'est représentatif de l'"éthique" du Formindep, qui ne recule pas non plus devant la violation de plusieurs lois, alors qu'il tient un discours très légaliste. Oui, mais... il ne concerne qu'une seule loi, celle qu'ils veulent faire appliquer. Les autres, eh bien, si elles ne conviennent pas à Philippe Foucras et à ses principaux supports sur ces questions, tels Alain Wasniewski, ils ne rechignent pas à les bafouer (je parle preuves à l'appui).

Apparemment, la "humainement pire qui soit", "la philosophe autoproclamée" (??), 'l'opposition stérile" que le Formindep "ne peut pas se permettre", la "nuisance" que je serais avait quand même apporté des choses intéressantes au Formindep... Cela dit, je suppose que me citer, ça diminuerait l'image d'un monarque omniscient et contredirait ce qu'il prétend sur le site de l'organisation, à savoir que, puisque je ne suis pas une professionnelle de santé, il ne faut pas faire confiance à ce que je dis... (Alors que j'ai toujours souligné que je ne faisais pas de médecine, ni ici, ni ailleurs, et qu'on peut parler des conflits d'intérêts, du dévoiement de la fonction sociale de la médecine, etc. sans être médecin).

Et pourtant, ils avaient repris mes dires sur Avandia, sur le Gardasil, etc. Et Grassley et les autres références USA (politique de certaines universités, AMSA, etc.) sont entrés dans le vocabulaire... Bon, tant mieux. Après tout, c'est ça qui compte.

Ethique galvaudée, bafouée à plusieurs reprises... Mais préservée dans l'image médiatique

La même chose s'est passée sur des questions d'éthique, refus et rejet, alors que ce n'est même pas moi qui ai commencé les discussions là-dessus. Je suis intervenue pour essayer de rectifier certaines erreurs, et ça m'a valu une véritable déferlante de haine (j'ai toujours tous les courriels, je ne parle que de ce que je peux prouver.

Je reviendrai un jour là-dessus, et en détail, si le colportage et les tentatives de discréditer Pharmacritique ne s'arrêtent pas. Et je suis certaine que cela va faire mal. Voir Philippe Foucras - qui était la référence du Formindep sur les questions d'éthique (et aurait enseigné dans ce domaine, à ce qu'on m'a dit) - qui ignore totalement des concepts essentiels de l'éthique et qui préfère tout faire pour me censurer puis me virer pour cacher cela et cacher certaines erreurs et manquements concrets à l'éthique... C'est certain que c'est à l'opposé de l'image médiatique. Une image véhiculée par des journalistes ami(e)s, qui le qualifient de "grand idéaliste" (!!), puis vont boire le champagne ensemble pour célébrer la réussite des renvois d'ascenseur...

Eh oui, c'est un système de renvoi d'ascenseur, puisque être dans les grâces de Philippe Foucras et d'Alain Wasniewski ouvre les portes de la revue Prescrire, par exemple. Le DVD "Les Médicamenteurs" était compris dans le forfait payé par ceux qui se sont inscrits aux Rencontres Prescrire de cette année. Il y a d'autres exemples, qui montrent que le copinage dans la caste indépendante n'a rien à envier à ce qui se passe de l'autre côté. C'est le même copinage qui fait que certains ferment les yeux sur des dérapages, qui entraîne des positionnements rigides d'exclusion de tout ce qui n'est pas copain d'un copain, ni sujet ayant fait allégeance à l'un ou l'autre des chefs de caste.

La référence à l'éthique, la qualification du Formindep comme un "mouvement humaniste, vertueux et respectueux des personnes", elle est bonne pour les discours médiatiques.

En pratique, il y aurait beaucoup de choses à dire. Un exemple: j'ai vu un membre du conseil d'administration du Formindep écrire des contre-vérités en série, ici, sur Pharmacritique. Ca fait plusieurs années que ce commentaire est là, la personne en question n'a pas daigné rectifier le tir. Pourquoi faire, d'ailleurs, puisque je ne me défends pas et qu'une telle action apporte des points aux yeux de ceux qui ont le pouvoir et le tiennent depuis la création de l'association.

L'éthique ne se divise pas.

Désolée, qu'on m'accuse tant qu'on veut de "tirer contre mon camp", je ne changerai pas. Pas question d'accepter un quelconque formatage, une quelconque allégeance, un quelconque manquement aux principes pour avoir une appartenance de groupe et obtenir les privilèges accordés par les chefs / la caste en échange.

Ceux qui se donnent comme exemples doivent être exemplaires. Je ne peux pas admettre qu'ils utilisent des méthodes qu'ils dénoncent chez d'autres; pour tous ceux qui ont des références éthiques (je laisse de côté la distinction, ignorée, entre éthique et morale), la fin ne justifie pas les moyens. En aucun cas.

On n'est pas éthique juste sur la dimension qu'on a choisi, tout en bafouant d'autres dimensions.

Comme je l'ai dit en réponse à la dernière tracasserie écrite, après tout ce qui s'est passé, après tout ce à quoi j'ai assisté et tout ce qui est venu après m'avoir bâillonnée (et qui montre bien que le problème, ce n'était pas moi...) - seul un aggiornamento public, des excuses et un engagement à changer radicalement pourraient encore sauver quelque chose de la légitimité de cette association.

On peut toujours rêver.

Il faudrait faire cela, parce que l'association n'est pas la propriété de quelques-uns qui l'ont entraînée dans des situations délicates pour des raisons d'orgueil personnel et de satisfactions que donne le pouvoir, l'arbitraire du pouvoir. Un président qui prend tout seul des décisions gravissimes, avec un conseil d'administration qui ne se manifeste pour la première fois que 10 mois après et sans même vouloir connaître le point de vue des deux parties... Non, seuls les dires du "monarque" comptent, et ses décisions sont entérinées les yeux fermés. Sans même un droit de réponse. Les membres de l'association n'ont jamais été au courant de la plupart des actes me concernant. Par hasard, il y a eu quatre jours sans censure sur une liste, et bien sûr qu'essayer de dire un maximum de choses et crier ma révolte contre le traitement qu'on m'avait administré n'a pas été très bien compris dans ces conditions...

Se moquer des philosophes, oui, bien sûr! Mais encore faudrait-il le faire sans se ridiculiser...

Quelqu'un s'est référé à Micromégas pour se moquer des philosophes (eh oui, nous (et les enseignants en général) serions la racine de tous les maux, ça a même été dit!). Cela montre le niveau intellectuel du Formindep, puisque d'autres ont apprécié la référence, et que personne n'a saisi l'ironie de la situation: Micromégas a été viré par les courtisans du Grand Muphti sans un seul regard pour les faits, sans autre forme de procès, et ce uniquement parce que ce qu'il disait ne convenait pas au chef et contredisait les préjugés de celui-ci... Les courtisans se sont donc chargés de faire le sale boulot pour que le Grand Muphti n'ait pas à être mis devant ses défaillances, que ses décisions ne soient même pas discutées...

Ce qui est exactement ce qui s'est passé, sauf que c'est Philippe Foucras qui a commencé la censure et les exclusions et que ses quelques compagnons de pouvoir ne sont venus le soutenir que 10 mois après, dans une décision par ailleurs illégale. Mais celui qui a cité Voltaire n'en avait qu'une connaissance très superficielle (un fragment trouvé sur Wikipédia, peut-être? C'était une source très en vogue...), et son propre exemple s'est en fait retourné contre lui, montrant la superficialité rejet de ces philosophes qui emmerdent tout le monde par leurs discours éthiques et l'arbitraire des décisions du pouvoir... Du fait de la censure, je n'ai pas pu le dire, et personne d'autre n'a réagi. C'est savoureux de voir le dillétantisme battu avec ses propres armes ! Merci Voltaire!

Ethique et démocratique, tout cela?

(Là encore, je dois rappeler que Dominique Dupagne a soutenu tout cela, désolée, mais ce sont les faits, et les courriels sont là pour le prouver. Il faudra un jour faire un grand déballage, j'ai le droit de me défendre, quand même, surtout que les histoires ne cessent pas. j'ai demandé je ne sais combien de fois aux puissants du Formindep de cesser l'escalade, mais sans succès).

Je me répète: si avoir un camp veut dire fermer les yeux sur les manquements à l'éthique, etc., alors je préfère ne pas en avoir. Je ne rigole pas avec les questions morales / déontologiques, ni avec leurs applications éthiques. Ni en santé, ni ailleurs. Et tant pis si ça écorne l'image héroïque de la caste indépendante.

Je lui demande simplement d'être à la hauteur de ses propres prétentions. C'est un minimum, le degré zéro de l'éthique, si l'on veut.

Elena Pasca

Commentaires

Bonjour,

Dans un article récent, Dominique Dupagne disait que je ne l'épargne pas, ce qui n'est pas tout à fait exact.

J'ai beaucoup de sympathie pour lui, il a beaucoup de talents et je lui dois beaucoup, parce qu'il m'a encouragé à faire Pharmacritique, mais il y a aussi certaines dimensions à critiquer. J'y reviendrai.

Je voulais juste dire, à partir de cette question - épargner ou pas - que je pense cesser d'épargner le Formindep, comme je l'ai fait par le passé, parce qu'il ne m'épargne pas non plus et que ne pas me défendre en espérant que cela cesse ne marche pas.

J'ai rajouté quelques fragments dans le texte, ils sont en bleu. Désolée pour cette mise à jour tardive. Ma spontanéité habituelle...

A CMT et Docteur du 16:

Nous sommes ici chez moi, si je puis dire ;)) Or je sais qui est CMT et son anonymat ne me pose aucun problème. C'est une médecin généraliste qui n'a pas de conflits d'intérêts.
L'essentiel est dit. Le reste n'est pas pertinent, compte tenu de la problématique du blog, qui ne concerne pas les spécificités locales de l'exercice de tel médecin, ni son origine, ses habitudes, ses idiosyncrasies, etc.
J'aimerais que la question soit réglée une fois pour toutes, pour ne pas glisser vers des détails insignifiants qui risqueraient de prendre trop d'importance par rapport aux questions qui nous occupent.

Bien cordialement,

Elena Pasca

Écrit par : Pharmacritique | 17/08/2010

Un grand merci pour ce blog je vien de le connaitre merci bon courage et vive la science.

Écrit par : Plomb | 23/08/2010

Même si j'ai lu avec beaucoup d'attention tout le texte d'Elena, je voudrais seulement faire un commentaire d'actualité et il me semble que le mieux est de le poster ici, en relation avec la première partie de l'article concernant les conflits d'intérêt médicaux. Voilà que l'affaire Bettencourt surgit dans le champ médical, avec les médecins de l'entourage de Liliane Bettencourt. Outre la curieuse donation d'un appartement de 500.000 Euros à la fille de Gilles Brücker, ancien directeur de l'Institut national de veille sanitaire, président du Comité technique des vaccinations et titulaire de nombreuses autres fonction. Lui n'a rien reçu assure-t-il, ce n'est pas comme les associations Solthis, Orvacs et Crepats fondées et dirigées par Gilles Brücker et son épouse et très largement subventionnées par la Fondation Bettencourt. Par ailleurs, Brücker serait à la fois l'un des médecins personnels (médecin-conseil !) de Liliane Bettencourt et son (ou l'un de ses) exécuteur testamentaire, un mélange des genres qui ne fait pas bon genre, puisqu'il fait réagir jusqu'à l'Ordre national des médecins qui rappelle que c'est contraire à la déontologie médicale. L'ONM a demandé à l'Ordre départemental de Paris d'enquêter sur ce sujet et de demander aux médecins de s'expliquer. La procédure ira-t-elle jusqu'au bout ? Qu'en pense Elena, experte en démêlage d'écheveaux compliqués ?
Régis

Écrit par : Régis Pluchet | 30/08/2010

Le texte de ce communiqué a été plagié par deux rédacteurs de la revue "Ouvertures. Tribune de l'honnête homme du XXIème siècle":

Julien MASSENET
Jean-Luc Martin-LAGARDETTE.

Le premier signe le plagiat sur le site de la revue "Ouvertures", le deuxième signe le même plagiat (!) sur CareVox et quelques autres sites.

Il n'est dit nulle part qu'il s'agit d'un communiqué de la Fondation Sciences Citoyennes. Pourtant, le texte original est abondamment repris et fait à peu près 80% du soi-disant "article". Le titre est changé, quelques mots aussi. Quelques paragraphes ou bouts de phrase sont inversés. Il y a certes deux-trois citations, mais qui renvoient en général au site de la FSC, sans mention d'un communiqué...
Le prétendu auteur donne des références comme si c'était lui qui les avait trouvées...

En plus de ces 80% repris du communiqué, 10% viennent d'un article de Pharmacritique (référencé dans le communiqué original), 10% viennent de citations des propos tenus par Elena Pasca (là au moins, elle est citée).

Bref, rien ne vient de Jean-Luc Martin-Lagardette, prétendu auteur de l'article, qui demande en bas de la page qu'aucune reproduction ne soit faite sans son accord... J'oubliais, Jean-Luc Martin Lagardette se présente comme un "journaliste d'investigation"...
cordialement

"Santé et transparence: Obama montre l'exemple à la France"
http://www.carevox.fr/sante-maladies/article/sante-et-transparence-obama-montre

Écrit par : Dimie | 01/04/2011

Encore un ... J'ai vu l'autre jour un blog en portugais qui fait du copier / coller d'articles de plusieurs blogs et sites. Pour les articles de Pharmacritique du moins, il supprime le mot copyright à la fin et met en tout petit un lien ... inactif en bas de la page. Ca m'étonne de voir des blogueurs remplr leurs blogs avec le travail des autres et ne rien faire, ou presque, par eux-mêmes.
Il faut de tout pour faire un monde!

Écrit par : Alice | 01/04/2011

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