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30/01/2011

Héparines : du côté des conflits d’intérêts

Par Anne-Sophie Versier

Ingrédient indispensable de tout scandale sanitaire, du sang contaminé à l’hormone de croissance ou au Mediator: les conflits d’intérêts. Il s’agit le plus souvent d’un conflit entre un intérêt économique et la santé publique : des élus défendent la rentabilité d’un laboratoire au nom de la sauvegarde du commerce extérieur ou de l’emploi, et des médecins leaders d’opinion englués dans des liens incestueux avec les laboratoires ne sont plus en mesure de distinguer l’intérêt général de l’intérêt privé.

Dans le cas des héparines dont Pharmacritique a déjà abondamment traité (voir cet article et celui-ci), on retrouve ces mêmes conflits d’intérêts au cœur du système. En voici un exemple parmi bien d’autres, suivi de quelques interrogations.

 

héparines NTtimes Ariana Lindquist.jpg

[NdR: l'image est tirée d'un article du New York Times du 28.02.2008 intitulé "Twists in Chain of Supplies for Blood Drug").

A l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), le groupe de travail chargé des traitements de la thrombose reçoit pour président le Pr Philippe Lechat en janvier 2007. A cette époque, le Pr Lechat mène pourtant l’étude VALIDE pour Sanofi-Aventis, destinée à valider l’usage du Lovenox° (énoxaparine) chez des insuffisants rénaux, ainsi qu’il l’a mentionné dans sa précédente (et dernière) déclaration publique d’intérêts publiée.

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27/01/2011

23% des Français renoncent à des soins faute d’argent. Les résultats du Baromètre Cercle Santé analysant 8 pays

 

accès aux soins Pancho.jpg

L'image est tirée du site de France Handicap, où elle illustre l'article "Minimum vieillesse, adultés handicapés et chômeurs... Les oubliés de la CMU".

Le rapport du Baromètre Cercle Santé, réalisé par l’Institut CSA pour la compagnie d’assurances Europ’Assistance, porte sur sept pays européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Suède, Pologne et Autriche), auxquels s’ajoutent, pour la première fois, les Etats-Unis. La dernière édition, rendue publique en septembre 2010, nous apprend quelles sont les inquiétudes des Français – dans le contexte européen – quant au système de santé et de soins, mais aussi les tendances, inquiétantes, dans le recours aux soins, leur accessibilité et leur qualité.

Ce sondage à grande échelle complète l'analyse de Health Consumer Powerhouse, portant plus sur les détails de la qualité de soins selon des critères factuels, dont j'avais rendu compte dans un article du 31 janvier 2009 intitulé "Dessous de table, listes d'attente, accès restreint à certains soins, information limitée, autoritarisme... Le système de santé français n'est plus que 10ème en Europe".

Voici quelques-uns des résultats du Baromètre Cercle Santé. J'ai extrait ceux qui concernent les perceptions des Français, avant de passer au communiqué de presse dont je complète les chiffres, sur certains points importants, par des extraits de la synthèse ou de la version intégrale du rapport (celle-ci est téléchargeable à partir de la page principale). Quelques commentaires et des liens placés à la fin de l'article permettent d'aller plus loin au sujet des inégalités socio-économiques en santé. Certes, on a déjà parlé de ce sondage, mais un seul chiffre a retenu l'attention des media. Or il me semble que le tableau d'ensemble mérite attention.

49% des Français estiment que le système de santé actuel ne garantit pas l’égalité d’accès aux soins (48% oui, 3% ne savent pas). Ils sont 23% à avoir renoncé à des soins en 2010 – pour 11% en 2009 - et 12% à penser qu’ils seront peut-être amenés à le faire. Sur les huit pays pris en compte, seuls les Polonais (25%) et les Américains ont été dans une situation plus difficile (24%) de ce point de vue. C’est une progression de 12%, la même que celle enregistrée en Pologne, très forte par rapport aux autres pays. Ce n’est qu’en Allemagne et en Italie que le nombre de personnes ayant dû renoncer à des soins ou les reporter à augmenté, notamment de 5%.

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21/01/2011

Violence, homicides, agressions : effets secondaires de 31 médicaments tels que Champix, antidépresseurs, sédatifs / hypnotiques, Ritaline…

Un article paru le 15 décembre 2010 dans la revue en libre accès PLoS One (Public Library of Science) sous le titre « Prescription Drugs Champix violence Revolution Broadcasting.jpgAssociated with Reports of Violence Towards Others » (Médicaments d’ordonnance signalés pour leurs effets secondaires de violence envers autrui) rend compte d’une étude rétrospective des signalements à la pharmacovigilance des Etats-Unis (FDA : Food and Drug Administration) entre 2004 et 2009.

31 médicaments ont été mis en cause pour 1527 actes de violence : crimes, idéation meurtrière, violences sur les personnes, abus sexuel et autres actes de violence commis sur d’autres personnes.

Le médicament le plus incriminé pour de tels effets secondaires est le Champix (tartrate de varénicline), suivi de onze antidépresseurs, six sédatifs / hypnotiques et trois médicaments prescrits dans le TDAH (trouble déficit d’attention avec hyperactivité). Voir plus bas pour la liste.

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Co-responsables de l'inflation des coûts de Medicare, les médecins protestent contre la diminution de leurs honoraires

Moins bien payés que par les assurances privées, un médecin sur cinq - toutes spécialités confondues - et jusqu'à un tiers des généralistes Medicare Kaiser.jpgdes Etats-Unis refusent de plus en plus de patients dépendant du programme public Medicare. Celui-ci rembourse certains soins (élémentaires, choisis en fonction du coût, de la durée et d'autres critères tout aussi "humanistes") à des patients sans ressources des catégories suivantes: personnes âgées, handicapés, certains malades chroniques à affections sévères et personnel militaire pauvre.

Or non seulement rien n'est fait pour que la tendance à l'exclusion  des pauvres s'inverse, mais au contraire, une coupe de 21% à 25% est imminente dans les remboursements des honoraires des médecins par Medicare.

Ce programme public a été utilisé par la plupart des médecins comme une vache à lait infinie, et des laboratoires pharmaceutiques tels que Sanofi-Aventis ont fraudé à répétition, ce qui a mené à une forte augmentation du coût global de cette assurance-maladie (voir plus bas).

Mais on n'assiste malheureusement à aucune analyse structurelle et mise en cause des pratiques médicales ; non, on ne voit - comme d'habitude - que les plaintes des médecins contre la diminution de leurs honoraires... Certes, les problèmes que connaît Medicare sont multifactoriels, mais je choisis d'aborder cet angle-là, parce que les pratiques de prescription et surprescription des médecins ne sont jamais mises en cause comme un facteur responsable de la dégradation des systèmes de soins, et qu'il me semble inacceptable que ce soient toujours les patients qui trinquent.

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20/01/2011

Affaire des héparines frelatées : scandale de santé publique, lanceur d’alerte viré, discrimination entre patients et distorsion de concurrence

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

16/01/2011

Xavier Bertrand annonce une réforme globale de la filière médicament et de la pharmacovigilance, une transparence totale sur les conflits d'intérêts...

Le cabinet de Xavier Bertrand a envoyé aux rédactions - y compris à Pharmacritique - une synthèse de ses "propositions d'action" suivie IGAS logo.jpgde son intervention lors de la conférence de presse du 15 janvier 2011, qui a fait suite à la remise du rapport de l'IGAS intitulé sobrement "Enquête sur le Médiator", dont voici l'intégralité. C'est du bon travail, et les inspecteurs ne mâchent pas leurs mots. A bon entendeur...

Quoi dire des propos et propositions de Xavier Bertrand (que je reprends plus bas) ? Chiche!

Attendons les actes. On jugera sur pièces, parce que les belles paroles sont là, mais peut-être en sont-elles que des "paroles, paroles, paroles", comme disait la chanson... Des paroles choisies pour faire tilt aux oreilles des critiques de longue date des conflits d'intérêts en santé et de leurs conséquences sur l'ensemble de la filière médicament, depuis la recherche clinique jusqu'à l'évaluation et l'autorisation de mise sur le marché (AMM), à la pharmacovigilance, à la formation médicale initiale et continue, puis jusqu'aux modalités d'information (ou plutôt désinformation) des médecins et du public sur le médicament, ses bénéfices et ses risques.

J'ai commencé il y a des années à donner le Physician Payment Sunshine Act comme exemple (première publication sur Pharmacritique le 17 décembre 2007, mais j'avais d'autres supports avant), en présentant aussi d'autres dispositifs et projets anglo-saxons dont on pourrait s'inspirer et en parlant de l'ennemi N° 1 des pharmas aux Etats-Unis, à savoir le sénateur Charles Grassley... Cela inspirait des réactions mitigées, compte tenu des vues de ce sénateur de droite, conservateur à l'américaine, dont les convictions ne cadrent certainement pas avec les miennes, ni avec celles de la plupart de mes interlocuteurs... Mais il a beaucoup de mérites autres, et vu le nombre de médicaments dangereux qu'il a contribué à neutraliser, vu les actions qu'il est capable de mener, y compris avec des partenaires démocrates, et la protection des lanceurs d'alerte qu'il a appris à apprécier malgré son enracinement politique - eh bien, il mérite que je m'attire quelques railleries.

Désormais, Chuck Grassley et le Sunshine Act dont il est le principal auteur et "promoteur" font partie des références "classiques" même pour les critiques français des pharmas. Qui ont aussi compris qu'il valait mieux laisser les préjugés de côté, aller au-delà d'une certaine supériorité française qui interdisait de se pencher sur les choses au-delà des apparences et prédisposait à des interprétations superficielles... Il vaut mieux s'interroger sur l'intérêt de certains dispositifs juridiques d'inspiration anglo-saxonne portant sur l'information des usagers, la protection des lanceurs d'alerte, l'importance des qualifications juridiques permettant de réprimer les dérapages des labos de même que les conséquences des conflits d'intérêts. Je peux dire que le message est bien passé. De proche en proche, de support en support. Xavier Bertrand en parle même comme d'une évidence.

Le Sunshine Act deviendra effectif en 2013, sous la forme que j'ai évoquée dans ce communiqué de presse fait pour la Fondation Sciences Citoyennes, qui a eu un grand succès. Nous exigions justement que la France suive l'exemple et mette en place un tel dispositif - et tout ce qu'il faudra pour qu'il y ait une véritable transparence sur les conflits d'intérêts en santé. Tout en soulignant que la transparence n'était qu'une étape et non pas un objectif en soi. Le but ultime, c'est l'élimination des conflits d'intérêts, la refonte globale et radicale de l'ensemble du système de santé, d'expertise et d'évaluation.

La Fondation Sciences Citoyennes parle, dans ce communiqué comme dans d'autres documents - et en particulier dans une proposition de loi sur la déontologie de l'expertise et la protection des lanceurs d'alerte -, de l'urgence à définir les principes d'une déontologie (et non pas une simple éthique contextuelle et relative) de l'expertise. Nous proposons de faire cela à travers une instance éthique appelée Haute autorité de l'expertise et de l'alerte, qui, comme son nom l'indique, aurait aussi pour mission de définir le statut du lanceur d'alerte et les modalités de son intervention et de sa protection. Ce qui implique aussi des changements dans certains domaines du droit. Y compris pour définir les modalités de l'exercice des capacités décisionnaires par les citoyens, ainsi que de l'exercice d'une expertise citoyenne dont les contours restent à définir par cette instance éthique.

L'expertise se doit d'être systématiquement pluraliste, contradictoire, transparente, multidisciplinaire, afin que les décisions politiques qui sont prises sur cette base traduisent autant que possible l'intérêt général et non pas les intérêts économiques de quelques industriels qui peuvent se payer une armée de leaders d'opinion qui verrouillent le système depuis la recherche clinique jusqu'à l'information...

Il est donc assez intéressant de voir quelle forme prendra le "Conseil de déontologie" dont parle Xavier Bertrand, de l'entendre faire appel à des lanceurs d'alerte protégés, parler d'une expertise pluraliste, multidisciplinaire, avec une participation citoyenne à tous les niveaux. Et avec une transparence à tous les niveaux, y compris s'agissant d'avis minoritaires exprimés lors de délibérations qui doivent être rendues publiques.

Il y a ainsi beaucoup d'éléments intéressants dans ce que dit Bertrand et dont un certain nombre recoupent les exigences de la Fondation Sciences Citoyennes. Mais ce discours est-il vraiment crédible ? L'imbrication entre l'industrie pharmaceutique et les hommes politiques comme la haute fonction publique - et désormais même entre la recherche publique et celle privée - est telle qu'un discours parlant de tout mettre à plat semble plus fait pour des effets d'annonce. Mais je serai la première à applaudir si j'ai tort.

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15/01/2011

Le Médiator et les autres: faut-il avoir peur des médicaments ? 15 pages d'informations et liens utiles

Le lundi 10 janvier 2011 à 19 : 00, j'ai participé à un débat sur la LCP (La chaîne parlementaire - Assemblée nationale), intitulé "Médiator: faut-il avoir peur des médicaments?" Il s'agissait de situer le Médiator dans le contexte, de comprendre comment ce "drame" - que le patron de l'industrie pharmaceutique Christian Lajoux" désignait comme un "accident" - a pu se produire et si d'autres catastrophes sanitaires sont actuellement en cours ou à venir.

Les participants étaient: Gérard Bapt (député PS, cardiologue de formation), José Duquesnoy (président de l'association des victimes du Médiator ADVM, de la région du Nord), Christian Lajoux (président directeur général de Sanofi-Aventis France et patron du L€€M (syndicat patronal des 300 laboratoires pharma actifs en France) et moi-même (Elena Pasca, philosophe, administratrice de la Fondation Sciences Citoyennes et "auteure" de Pharmacritique). Le débat était animé par le présentateur de l’émission « Ca vous regarde », Arnaud Ardoin.

Cliquez sur « Lire la suite » pour accéder aux commentaires, informations, liens, explications… qui dépassent très largement les thèmes abordés lors du débat. J’essaie d’aborder plusieurs dimensions illustrant le contrôle total de l’industrie pharmaceutique sur la filière du médicament et sur toute l’information qui s’y rattache.

Entre autres: nouvelles tendances: marketing relationnel vs R&D; données socio-économiques des pharmas; conflits d'intérêts des associations; leaders d'opinion (médecins et leaders associatifs) qui verrouillent le système de santé et de soins; industrie du cancer, irrationalité de la pensée s'agissant de certains médicaments; absence d'analyse coût - efficacité; formation médicale continue et presse médicale dans les mains des pharmas; certains propos de Christian Lajoux; l'hypocrisie générale des autorités sanitaires et des médecins quant aux conflits d'intérêts; l'ineptie des codes volontaires de déontologie, etc., etc. Tout cela avec des liens pour approfondir.

La vidéo de l'émission (48 minutes) et l'annonce par la LCP se trouvent dans cet article. Ici, je souhaite rappeler - sur une quinzaine de pages - certaines problématiques essentielles, en donnant des liens pour approfondir. Bref, ce que j'aurais voulu dire dans l'émission si j'avais eu le temps...

Une image très négative de l’industrie pharmaceutique, d’où l'urgence d'une communication très soignée…

Dans des pays où l’opinion publique a pris conscience de la gravité de la situation, suite à des scandales révélés par des media qui font leur travail au quotidien - et non pas une fois par décennie, comme chez nous pour le Médiator -, l’image des laboratoires pharmaceutiques est très détériorée.

Un sondage commandité en 2005 par la Kaiser Family Foundation confirmait l’effondrement de l’image de l’industrie pharmaceutique, et ce malgré les mécénats et autres œuvres de charité pour lesquelles elle dépense plus que d’autres industries aux Etats-Unis.

Seules l’industrie pétrolière et celle du tabac faisait pire. Pour 70% des personnes interrogées, c’est l’industrie pharmaceutique qui est la plus avide de profits et, pour ce faire, met le profit avant les êtres humains, profite de leur malheur.

Selon un sondage de Harris de décembre 2010, les trois industries qu’il est le plus urgent et indispensable de contrôler et de réguler sont, dans l’ordre, l’industrie pétrolière, celle pharmaceutique et celle du tabac. Ces trois sont aussi les moins dignes de confiance et les plus susceptibles d’être malhonnêtes. (Je reviendrai sur cette image dégradée des laboratoires, car il est évident qu’elle explique le recours accru à tout ce pourrait la redresser, donc à des lobbyistes et leurs méthodes publicitaires et de relations publiques).

LEEM : la branche française du lobby le plus puissant au monde, celui qui dépense aussi le plus en activités de lobbying / communication / relations publiques…

Je commence par rappeler quelques-unes des notes parues sur Pharmacritique au sujet du L€€M (Les Entreprises du médicament), représenté par Christian Lajoux lors du débat, histoire de mieux faire comprendre de qui il s'agit. Car il y a une grande différence entre l'image et la réalité, entre le discours et les actes, et j'ai rappelé lors du débat que l'industrie pharmaceutique emploie moult cabinets de lobbyistes qui servent à lisser l'image et à maîtriser la communication et les artifices rhétoriques de façon à détourner le débat vers des terrains consensuels ou en tout cas pas minés, pas de nature à éveiller un esprit critique peu aiguisé en France.

Ceux qui ont suivi les deux séminaires d’ETAL (Encadrement et Transparence des Activités de Lobbying) ont pu mieux comprendre à quel point un lobbyiste maîtrise les techniques de persuasion les plus perfectionnées, qui peuvent vous convaincre que 2 + 2 = 5, malgré toutes les preuves contraires.

Les représentants des pharmas se cachent toujours derrière  diverses formes de clichés du genre: l'industrie pharmaceutique crée des emplois, est indispensable à la société sous sa forme actuelle, car c'est elle qui lui permet les investissements et la recherche permettant de soigner et guérir des maladies telles les cancers, le SIDA, etc.

Ce sont des lobbyistes qui élaborent pour leurs clients les réponses et les stratégies rhétoriques, et j'avais fait remarquer aux autres participants, avant l'émission, qu'il ne fallait pas suivre Christian Lajoux sur ce terrain-là, parce que nous ne pouvions pas à la hauteur. Je le sais pour avoir suivi et analysé la nature de ses interventions médiatiques, servi comme il est par des journalistes pour le moins serviables, si ce n’est serviles. Si les interlocuteurs laissent Lajoux poser les termes du débat, c’est fini, c’est lui qui mène la danse, et les autres perdent leur temps de parole à déjouer les pièges et autres artifices rhétoriques, au lieu de discuter de façon argumentée et chiffrée, sans langue de bois.

Mais la structure d'un tel débat - interventions courtes, alors qu'il ne peut y avoir de réponse par oui ou par non à de telles questions - et le temps imparti (48 minutes pour quatre intervenants, plus les questions du journaliste, plus les interventions de deux spectateurs dont l'un était un ancien visiteur médical, habitué de l'émission, venu soutenir ses (anciens?) patrons - ne permet pas d'aller au-delà des généralités.

Voici quelques articles et notes (réunis sous la catégorie « Ethique et pharmas, firmes et LEEM ») qui en disent long sur la situation actuelle, où l’industrie pharmaceutique mène la danse, et pas seulement par la rhétorique: on laisse le L€€M s’autoréguler, émettre un code volontaire de bonne conduite, non contrôlée et une charte de la visite médicale, tout aussi volontaire... Ces deux caricatures (celle-ci et celle-ci) montrent à quoi ces codes de déontologie volontaire (sic) peuvent servir, d’un point de vue pragmatique…

*** Sarkozy et l’industrie pharmaceutique : le poisson pourrit par la tête…

Cette autorégulation bafoue par ailleurs tous les principes, à commencer par le sens du terme « déontologie », qui est tout sauf volontaire, puisqu’elle relève même pas des éthiques relatives, arbitraires, concurrentielles, mais de la morale et de ce qu’elle a de normatif, par-delà les applications éthiques. Tout cela signifie en clair qu’on se fiche des principes et de la morale.

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09/01/2011

Astellas attaque la revue Prescrire pour "dénigrement" du Protopic. Il est urgent de protéger les lanceurs d’alerte

Voila ce qui se passe dans un pays qui ne protège pas ses lanceurs d’alerte, qui doivent subir des poursuites-bâillon visant à les poursuites bâillon.jpgintimider et les discréditer, mais aussi à faire un "exemple", c’est-à-dire à dissuader toute éventuelle critique d’un médicament ou dispositif médical, en l’occurrence. Mais même si le lobby pharmaceutique est le plus puissant au monde – c’est l’industrie qui dépense le plus pour des activités de lobbying (et consultance, communication / "relations publiques", marketing, etc.), - ces poursuites-bâillon ne sont pas son apanage exclusif.

Tous les industriels pratiquent ce qu’on appelle les SLAPP (strategic lawsuit against public participation) : poursuite stratégique contre la mobilisation publique, en particulier dans des pays tels la France, où ils ne risquent rien, mais peuvent facilement arriver à leurs fins: faire peur et donc décourager toute voix critique.

Chez nous, dans un pays qui se dit pourtant une République – par définition soucieuse de la santé et de l’information libre de ses citoyens -, il n’y a pas non plus une vraie loi sur la liberté d’information telle que le FOIA des Etats-Unis (Freedom of Information Act) ; pas d’exigences inscrites dans le droit et dans les moeurs de transparence ; pas de recours collectif en justice (class actions, etc.), ni d’autres façons d’obtenir justice pour les victimes ; pas de qualifications juridiques permettant des poursuites pénales des industriels en cas de dérapage, de médicaments défectueux, de corruption active ou passeive, etc. ; pas d’autorités sanitaires indépendantes de l’argent des industriels, pas de presse médicale indépendante, et ainsi de suite. La notion de "conflits d'intérêts" n'est ni inscrite clairement dans le droit ni enracinée dans la culture publique, politique, entrepreneuriale ou même associative.

Sur toutes les questions liées à la protection des usagers / consommateurs, à la réflexion sur le lobbying, les conflits d'intérêts sous toutes leurs formes, sur toutes les questions liées à la responsabilité des industriels (comme des scientifiques, d'ailleurs) et au fait que ce sont les citoyens qui doivent se resaisir de leurs capacités décisionnaires afin d'exiger des pratiques conformes à l'éthique et des lois strictes - sur tout cela, la France accuse un retard dau moins 20 ans.

Lors d'un débat récent, je donnais un exemple simple illustrant ce retard: c'est en 2005 que le Pr Jean-Claude Salomon parle pour la première fois en France du "complexe médico-industriel" dans un petit livre (salutaire!) du même nom publié par ATTAC. Aux Etats-Unis, on en parlait depuis les années 70, et le Pr Arnold Relman (voir aussi cet article traduit par Pharmacritique sur la marchandisation de la santé) écrivait à ce sujet en 1980, dans une revue qui n'est pas un repaire de gauchistes: New England Journal of Medicine...

Si nous étions dans un pays où la santé publique était l’intérêt majeur, c’est Astellas qui, suite à l’alerte lancée par la revue Prescrire, devrait fournir la preuve que son Protopic° (tacrolimus) a une balance bénéfice – risques favorable… Or chez nous, non seulement on tend à museler les rares voix indépendantes, mais en plus on inverse la charge de la preuve…

Raison de plus d’exiger – et j’en ai parlé plus d’une fois sur Pharmacritique et ailleurs - une analyse lucide de l'ensemble du complexe médico-industriel et la remise à plat de tout le système de santé (incluant donc l'information santé, la transparence sur les conflits d'intérêts, etc.). Exiger en même temps l’élaboration d’une déontologie de l’expertise qui donnerait toute sa place à l’expertise indépendante, dans un système d’expertise systématiquement contradictoire et pluraliste et dont les délibérations comme l’ensemble du processus de décision seraient transparents, depuis la recherche clinique jusqu’à l’AMM (autorisation de mise sur le marché (par l’AFSSAPS), en passant par l'évaluation du service médical rendu (par la HAS) et la fixation des prix (par le CEPS), etc.

La formulation des principes d’une déontologie de l’expertise - qui permettrait aussi d’éliminer progressivement les conflits d’intérêts et enracinerait le principe de l’expertise citoyenne – serait l’une des missions d’une Haute autorité de l’alerte et d’expertise.

Car la définition du statut du lanceur d’alerte et des modalités de sa protection – qui demande des changements surtout dans la législation sur la liberté d’information, dans le Code du travail et celui de la santé publique – ne peut voir le jour que si l’on crée une telle instance éthique indépendante dont les principales dimensions ont été explicitées dans la proposition de loi élaborée par la Fondation Sciences Citoyennes. L’exposé des motifs et le texte sont accessibles à partir de cette page.

La Fondation Sciences Citoyennes a mis en place régulièrement des campagnes de soutien à des lanceurs d’alerte livrés pieds et mains liés aux représailles de leur hiérarchies ou des lobbies concernés. Je rappelle les deux dernières campagnes, en soutien à Gilles-Eric Séralini (sur les risques des OGM, articles à partir de cette page) et à Jacques Poirier.

J’ai coordonné la majeure partie de la campagne de soutien à Jacques Poirier (articles accessibles à partir de cette page), lanceur d’alerte sur le danger des héparines chinoises utilisées dans la fabrication du Lovenox° (énoxaparine). J’ai aussi écrit un article introductif avec beaucoup de liens et invite les lecteurs qui ne l'ont pas encore fait à signer la pétition toujours ouverte.

Le verdict dans ces deux « cas » sera rendu public après la mi-janvier, et nous ne pouvons qu’espérer que, malgré l’absence d’une loi spécifique de protection – telle que le Whistleblower Protection Act aux Etats-Unis, par exemple -, la justice française saura raison garder.

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