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05/04/2011

Effets secondaires et efficacité des psychotropes: suicides en Suède liés aux antidépresseurs, antipsychotiques, tranquillisants et hypnotiques

Les études sur les effets indésirables et l’absence d’efficacité des antidépresseurs (voir plus bas) se succèdent et se ressemblent. L’un des suicide psychotropes Larsson.jpgrisques majeurs mis en évidence, désormais reconnu et souligné en particulier par la pharmacovigilance anglo-saxonne, est le suicide.

Une enquête indépendante faite par Janne Larsson et publiée en octobre 2009 a analysé les suicides enregistrés en 2007 en Suède, selon les données du Socialstyrelsen (NBWH : National Board of Health and Welfare) et des six filiales régionales du Collège national de médecine légale. Ces données n’étant pas publiques, elles ont été obtenues sur demande, en vertu de la législation sur la liberté d’information. Elles sont détaillées, parce que la loi suédoise oblige les centres régionaux de santé à faire un rapport au NBHW dans chaque cas de suicide et de joindre le dossier médical. L’investigateur les a croisées avec les données obtenues par les autopsies.

En 2007, 1.126 suicides (sans compter les tentatives) ont été commis en Suède (325 femmes et 801 hommes). 1.109 (soit 98%) de ces cas ont fait l’objet d’une autopsie. 724 (soit 64%) des personnes décédées par suicide en 2007 avaient eu des traitements psychopharmacologiques dans l’année précédant leur acte (250 femmes (soit 77%) et 306 hommes (59%)).

Ci-après, le détail des résultats, quelques références et commentaires et le rappel des conclusions de mieux en mieux documentées sur l'efficacité très faible des antidépresseurs, si tant est qu'elle existe...


Résultats détaillés

Des antidépresseurs avaient été prescrits à 196 (60%) de ces 325 femmes et à 306 hommes (38%). Des hypnotiques ou tranquillisants ont été prescrits à 204 femmes (63%) et à 392 hommes (49%). 87 femmes (27%) ont eu des antipsychotiques / neuroleptiques, pour 114 hommes (14%). 21 femmes (6%) ont eu d’autres psychotropes, pour 27 hommes (3%). L’autopsie a retrouvé des traces de psychotropes dans 575 cas, ce qui prouve qu’ils étaient sous traitement au moment du suicide. 338 personnes avaient eu 4 médicaments différents dans l’année précédant leur suicide. 304 d’entre elles (soit 77%) avaient eu une combinaison d’antidépresseurs et/ou de neuroleptiques (antipsychotiques).

A noter que ces chiffres ne prennent pas en compte les médicaments éventuellement prescrits dans les hôpitaux, mais uniquement ceux prescrits par la médecine libérale.

 

suicide psychotropes Larsson tableau.jpg

 

Un extrait du texte complet:

The information shows that of the 1126 persons 717 (64%) got antidepressants and/or neuroleptics and/or hypnotics/tranquilizers.

128 (11%) got antidepressant and hypnotics/tranquilizers and neuroleptics within a year of the suicide. From the earlier tables it can be seen that 404 persons (36%) got antidepressants and hypnotics/tranquilizers, that 145 persons (13%) got antidepressant and neuroleptics (not counting what else they got).

A large percentage (especially of women) received treatment with psychiatric drugs that one might expect should alleviate mental problems and protect from the ultimate consequence – suicide.

The data from the National Board of Health and Welfare also show that many got more than one type of psychiatric drug. For the 325 women almost one fifth (18%) had filled prescriptions for at least three different classes of psychiatric drugs (antidepressants, neuroleptics, hypnotics/tranquilizers) and 56% had filled prescriptions for two or more, within a year of their suicide.

 

Références complètes

Psychiatric drugs and suicide in 2007. A report based on data from the National Board of Health and Welfare. By Janne Larsson.

 

Commentaires

L'interprétation n'est pas aisée et certainement pas directe.

Le passage à l’acte est-il dû aux médicaments eux-mêmes, à l’échec du traitement, ou à l’état psychique ? Ou à tout cela à la fois ? Quoi qu’il en soit, aucun de ces cas n’a fait l’objet d’une notification d’effet indésirable aux autorités de pharmacovigilance. Ce qui est problématique, car les signalements servent à faire état d’un effet indésirable « susceptible d’être » à un médicament, et n’ont pas à prouver un lien de causalité. Mais sans signalements, impossible d’évaluer un médicament, d’actualiser les données fournies par els fabricants lors des procédures d’AMM (autorisation de mise sur le marché), de compléter les RCP et notices des psychotropes concernés. Cela confirme, si besoin était, l’état de sous-notification chronique des effets secondaires, risques et interactions des médicaments, avec un taux qui varie entre 1% et 5%, selon les auteurs.

 

Le rapport entre antidépresseurs et suicide / tentative de suicide / idéation suicidaire

Ce lien a été largement documenté, en particulier pour le début du traitement, qui induit une désinhibition favorisant le passage à l’acte. Ceci est particulièrement dangereux chez les enfants et adolescents, raison pour laquelle, aux Etats-Unis, la prescription d’antidépresseurs en ville a été interdite aux moins de 24 ans. Les RCT (résumés des caractéristiques du produit) et les notices, par ailleurs en libre accès, contrairement à la France, portent un « label noir » (blackbox warning) : niveau le plus élevé de mise en garde sur le risque suicidaire. Les mises en garde sont présentes aussi dans la description des antipsychotiques, et même dans les notices des antiépileptiques et autres médicaments.

Autour de 2.000 suicides liés au Prozac° (fluoxétine) ont été signalés à la pharmacovigilance états-unienne avant 1999. Quant à la France, le psychiatre Jean-Yves Pérol estime le nombre de suicides liés aux antidépresseurs à 3.000 à 4.000 par an (cité par Guy Hugnet, Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance. Ed. Thierry Souccar 2010).

L’importance du risque suicidaire, qu’elle a souligné à plusieurs reprises, a amené la revue allemande indépendante Arznei-Telegramm a titrer « Antidépresseurs : des placebos potentiellement mortels ? » (a-t 2005 ; 36 :45). Rien ne permet d’affirmer que les antidépresseurs protègeraient des idées suicidaires ; au contraire, les essais bien menés montrent que les ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, tels que Seropram°/Déroxat°, Seroplex°, Zoloft°, Prozac°…) déclenchent de telles idées – voire des passages à l’acte – chez des volontaires sains, ou les renforcent chez les personnes en souffrance psychique. Les tricycliques (tels que Laroxyl°/Elavil°) et les antidépresseurs inhibant aussi la recapture de la noradrénaline (ISRSN tels que Effexor°, Cymbalta°) ne sont pas moins risqués.

 

Le rapport bénéfice – risques semble défavorable au vu de l’efficacité très faible (si tant est qu’elle existe)

Lorsqu’on compare les résultats obtenus avec des ISRS sur l’échelle Hamilton (qui codifie les critères de dépression), le bénéfice apporté dépasse à peine l’effet placebo. Et même cet effet minime peut résulter de biais et de variables des essais en question. Malgré la pléthore d’études et une utilisation intensive pendant des décennies, on ne peut fonder scientifiquement ni l’utilité, ni l’efficacité, ni la sécurité d’emploi des antidépresseurs, déplore Arznei-Telegramm.

C’est un rappel succinct du fait que les études successives ont les mêmes résultats, confirmés par une méta-analyse de 2008 : les essais cliniques ne montrent qu’une supériorité faible des antidépresseurs par rapport au placebo.

Et lorsqu’on va au-delà du biais de publication, en prenant en compte les essais non publiés, occultés par les pharmas parce que défavorables, les bénéfices des antidépresseurs n’atteignent même plus le seuil d’une efficacité statistiquement significative. Selon la plupart des auteurs / études, les antidépresseurs n’ont d’effet que dans les dépressions graves. Et même cet effet "semble dû à une réponse au placebo plus faible chez des patients souffrant de dépressions graves, plutôt qu’à un impact plus fort des médicaments administrés".

 

Quelques références

  • Arznei-Telegramm, mai 2005: Antidepressiva: Lebensgefährliche Plazebos? a-t 2005 ; 36 :45.
  • Irving Kirsch et al., Initial Severity and Antidepressant Benefits: a Meta-analysis of Data Submitted to the Food and Drug Administration, 2008: PLoS Med 5(2): e45.
  • Turner EH, Selective Publication of Antidepressant Trials and its Influence on apparent Efficacy, NEJM 2008 ; 358 : 252-60.
  • Richard A. Hansen, Efficacy and Safety of Second Generation Antidepressants in the Treatment of Major Depressive Disorder. Ann Int Med, September 20, 2005 vol. 143 no. 6 415-426.

Sur la désinformation sur les antidépresseurs, entre autres par la non publication ou la manipulation de la recherche par les laboratoires pharma, voir l’excellent article d’Arznei-Telegramm de janvier 2010, que j’ai traduit récemment : « Biais, manipulation et falsification de la recherche médicale financée par l’industrie pharmaceutique ».

Pour d’autres informations et liens, voir les autres articles de Pharmacritique réunis sous les catégories

 

Urgences : une évaluation globale et un changement des pratiques irrationnelles de prescription

A quand une expertise, une évaluation globale du rapport bénéfice – risques, prenant en compte tous les effets indésirables et la très faible efficacité, pour qu’on puisse fonder un usage rationnel des antidépresseurs, antipsychotiques et autres psychotropes – comme de tous les médicaments ?

En attendant des données fiables et non biaisées, une recherche et une information médicales non déformées par les conflits d’intérêts et les influences, les médecins disposent déjà de suffisamment d’éléments les incitant à la plus grande prudence. Ce qui veut dire réserver la prescription des psychotropes aux cas sévères, où le bénéfice espéré, évalué au cas par cas, pourrait justifier les risques qu’ils font courir aux patients. Car rien ne justifie les pratiques irrationnelles de prescription, qui, en France, sont à 80% le fait de généralistes libéraux payés à l’acte, trop occupés à ne pas dépasser les 10 ou 15 minutes de consultation. Or 10 à 15 minutes ne suffisent même pas pour se mettre en confiance et commencer à raconter ce qui ne va pas (et encore faut-il s’en rendre compte…). Le rendement l’emporte sur la santé des patients. Et en France, les médecins ne sont pas responsables des conséquences. Le système de mauvaises pratiques qui profite à tout le monde – sauf aux patients – se reproduit ainsi sans obstacle digne de ce nom.

Seule l’information et l’éducation des usagers à la santé permettra de briser ce cercle vicieux.

Elena Pasca

© Pharmacritique

Commentaires

Cette étude a dû être commandée par les Employeurs pour se décharger de toute responsabilité d'un employé persécuté sur le lieu de travail ce qui est à la base de prise des antidépresseurs et faire dire que c'est le médicament qui provoque le suicide et non l'Employeur qui peut aller jusqu'au tréfonds des bassesses et mesquineries. Mais chut, il s'agit des riches ou influents, on n'en parle pas, n'est-ce pas ?
D'ailleurs, je ne suis pas sûre que mon post soit publié. En tout cas, je peux vous dire que sans les antidépresseurs je ne serais déjà pas de ce monde. L'effet secondaire est la reprise du travail et le travail de sape mené par l'Employeur pour vous rabaisser, démoraliser, déstabiliser, mais, comme j'écrivais plus haut , chut ! ...

Écrit par : naguima | 08/04/2011

J'ai écrit un commentaire, mais, apparemment, il ne vous convient pas, car je parle en bien des antidépresseurs et votre rôle est de les dénigrer ? Mais comment j'aurais repris du travail sans cette aide chimique ? Sans doute, vous ne savez ni de près, ni de loin ce que c'est d'être la cible de la méchanceté gratuite, mesquine, quotidienne qui vous détruit peu à peu.

Écrit par : naguima | 08/04/2011

Si vous soffrez de dépression grave, Ok.
La question n'est pas là. On parle d'abreuver d'antidépresseurs en cas de vague à l'âme et de chagrin.
qu'est-ce qui vous déplait? L'information? Vous ne voulez pas être informé sur ce que vosu prenez? Savoir les réactions adverses pour réagir si besoin? Vous préférez mettre la tête dans le sable et tant pis pour ce qui se passera? tout l e monde ne réagit pas pareil et il est question ici de ce qui se passe au-delà d'un individu, de ce que risque de souffrir les autres qui n'ont pas besoin de ces médocs.
bon courage!

Écrit par : sofiane | 09/04/2011

Bonjour Naguima,

Le retard dans l'apparition du commentaire sur le blog veut dire que ni moi ni l'amie qui m'aident à l'occasion pour les aspects techniques et administratifs de ce blog n'avons été en ligne pour faire passer les commentaires.

Pharmacritique n'est pas un blog anti-médicaments, ni anti-médecine, ni anti-psychiatrie. Ca existe, mais ce n'est pas mon approche. Ce que j'essaie de faire, c'est de faire passer publiquement un certain nombre d'informations sur ce qu'on appelle un "usage rationnel du médicament", en fonction des preuves scientifiques de son utilité, de son efficacité et de la balance bénéfices - risques: est-ce que les bénéfices pour le patient valent la peine de prendre les risques entraînés par tel médicament? C'est ça la question. Dans les cas graves, où il n'y a pas d'alternative et où les bénéfices de tel médicament - antidépresseurs en l'occurrence - ont été démontrés, on peut dire que ça vaut la peine de prendre certains risques.
Ces questions déchaînent les passions, entre les pour et les contre, comme on voit dans la réaction de Sofiane. Mais il ne faudrait pas qu'on se déchire entre nous, patients usagers de médicaments; ce qu'il faut, c'est s'informer, insister pour avoir une information indépendante et fiable, pour pouvoir prendre la décision en connaissance de cause.

Je suis désolée de ce qui vous arrive; si je comprends bien, c'est une situation très difficile au travail qui est à l'origine de tout.
Il y a beaucoup d'études, pas une seule, qui montrent le risque suicidaire des antidépresseurs, y compris chez les personnes en bonne santé qui les ont testés dans le cadre de la recherche.
Mais bien entendu, ça ne vaut pas pour toutes les situations. On peut quand même bien voir à quel moment les idées suicidaires arrivent. Dans une situation extrême au travail, personne ne va chercher à exonérer les employeurs de leur responsabilité. Et actuellement, il est évident que le travail est un facteur majeur de souffrance psychique.

Tenez bon et si les antidépresseurs vous font du bien et n'ont pas d'effets secondaires, il n'y a pas de raison d'en dire quoi que ce soit. Ce qui aide aussi dans ces situations, c'est de pouvoir en parler, de mettre la souffrance en paroles. Une psychothérapie qui n'exclut pas les médicaments.

Cordialement,
Elena Pasca

Écrit par : Pharmacritique | 09/04/2011

Naguima

Vous abordez l'épineux problème de la santé au travail, de la médecine de travail. Je ne voudrais pas être à la place des confrères qui exercent dans les conditions actuelles...
Croyez-vous vraiment que la solution, c'est la prescription d'antidépresseurs? C'est comme si on vous disait que le problème n'est pas social, mais individuel: comme si on vous disait que c'est votre problème, de cause psychologique, à traiter par prescription de psychotropes.
Il ne me semble pas que Pharmacritique rejette les antidépresseurs sans autre forme de procès; L'article dit, et c'est aussi mon avis, qu'il faut réserver la prescription d'antidépresseurs aux cas qui relèvent d'un diagnostic clinique clair de dépression. A ma connaissance, Pharmacritique ne s'insurge que contre les prescriptions irrationnelles, qui font beaucoup de dégâts pour un bénéfice nul ou infime.

Une question à Madame Pasca: comment faire dans les conditions actuelles de l'exercice libéral pour trouver le temps d'écouter le patient sans couler le cabinet ?
Il faudrait une rémunération forfaitaire, voire plusieurs modèles de rémunérations divers, adaptés à la pathologie.

Écrit par : Alain MG | 10/04/2011

Bonjour, Mme Elena Pasca,

Je suis navrée si j'étais un peu sèche dans mon intervention mais il est vrai que les antidépresseurs m'ont permis de reprendre le dessus, de revenir au travail, où j'ai changé de responsable qui est un excellent manager, pas excessivement ouvert ou riant, mais juste, et c'est le plus important. Ma souffrance était trop importante pour que j'arrête les médicaments, je ne peux encore, c'est trop frais dans ma mémoire, d'autant plus que dans ma vie, j'ai toujours bénéficié du respect, tant au travail que dans ma vie personnelle. Et là, on s'est acharné sur moi dans le domaine professionnel tout en me laissant le travail le plus difficile. Certes, je n'étais pas sans doute assez malléable mais je ne sais pas plier devant la méchanceté et l'injustice. Mon caractère est trop franc, direct bien que j'arrive à le gérer maintenant, et ce grâce aux antidépresseurs. Je vais de mieux en mieux, j'espère pouvoir bientôt diminuer les doses.
Peut-être, vous avez raison qu'il y a cet effet secondaire. Pour moi, cela signifie qu'on n'a pas prescrit un bon médicament à la personne, il ne lui convient pas. Sans antidépresseurs, mes idées noires, surtout l'année noire que j'ai vécue, me reviennent aussitôt à la mémoire comme si c'était hier. Avec les antidépresseurs, je prends cela avec plus de philosophie et autocritique. Exactement, comme j'agissais avant d'arriver à ce poste et travailler avec cet être qui n'a ni âme, ni coeur. Si j'ose l'écrire, c'est que ce n'est pas seulement mon avis. Et si j'ai montré mon indignation, c'est que votre théorie soutient l'Employeur qui va écraser avec meilleure conscience l'employé déjà affaibli sous la pression.
Ou bien, il faut dégager les cas différents : ceux qui nécessitent réellement le traitement par antidépresseurs et ceux qui n'en ont pas besoin et peuvent effectivement porter eux-mêmes atteinte à leur santé.
Je vous remercie de m'avoir accordé autant d'attention et je vous prie de m'excuser pour mon emportement, mais je maintiens tout de même une partie de mes paroles : N'importe quel Employeur dans le même cas va se saisir de votre théorie pour diaboliser le pauvre persécuté et là, le suicide est possible, voire réel.

Écrit par : naguima | 11/04/2011

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