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14/04/2011

Conflits d’intérêts dans les recommandations de bonne pratique en cardiologie. Comment l’influence pharmaceutique dissémine et devient invisible

Une première version moins détaillée de cet article est parue sur le site de la Fondation Sciences Citoyennesrecommandations cardiologie.jpg

Le numéro du 28 mars des Archives of Internal Medicine contient une analyse bien documentée de la déclaration ou non des diverses formes de conflits d’intérêts dans les 17 dernières recommandations de bonne pratique (RBP) élaborées sous l’égide des deux organisations professionnelles majeures dans la cardiologie : l’ACC (American College of Cardiology) et l’AHA (American Heart Association). Il s’agit des dernières 17 RBP parues entre 2004 et 2008.

L’article de Todd MENDELSON et al est paru sous le titre « Conflicts of Interest in Cardiovascular Clinical Practice Guidelines » (Arch Intern Med 2011; 171:577-584, abstract sur cette page). Il est commenté dans un éditorial signé par le cardiologue Steven NISSEN, connu pour son implication dans plusieurs études et démarches visant des médicaments à rapport bénéfice – risques défavorables tels que l’Avandia (rosiglitazone). L’éditorial cinglant de Steven Nissen s’intitule « Can we trust cardiovascular practice guidelines? Comment on "Conflicts of interest in cardiovascular clinical practice guidelines" » (Peut-on faire confiance aux recommandations de bonne pratique clinique cardiovasculaire ? Arch Intern Med 2011; 171:584-585, début sur cette page).

651 « épisodes » de conflits d’intérêts ont été dénombrés, pour 56% des 498 personnes impliquées dans la rédaction de ces 17 recommandations de bonne pratique (RBP).

Je voudrais insister particulièrement sur le rôle des avis d’expert et des recommandations de bonne pratique, parce que c’est l’une des articulations stratégiques du système de désinformation et de ghost management mis en place par les laboratoires pharmaceutiques, aux Etats-Unis comme partout ailleurs. A travers elles, des connaissances médicales déformées et biaisées par les conflits d’intérêts de la recherche et des experts apparaissent comme légitimes, comme étant de la science et non une traduction des intérêts privés de l’industrie pharmaceutique; elles sont formalisées et établies comme des modèles à suivre à tous les niveaux de la pratique médicale.

Cette formalisation permet d’occulter les biais initiaux et de disséminer partout les conflits d’intérêts, tout en les rendant illisibles et invisibles. C’est toute l’influence pharmaceutique qui devient ainsi invisible, sous l’apparence d’un discours scientifique qui paraît neutre et objectif. Ce qui vaut pour les Etats-Unis, vaut encore plus pour la France, où les laboratoires n’ont quasiment pas de contraintes et où nous avons un retard d’au moins 20 ans sur ces questions…

Se pose à nouveau la question de la transparence et de l’illusion de « gestion » des conflits d’intérêts par les déclarations publiques, dont je rappelle à nouveau l’insuffisance, m’appuyant sur les positions de la Fondation Sciences Citoyennes et  des articles plus anciens de Pharmacritique.

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11/04/2011

"Labo-Planète ou Comment 2030 se prépare sans les citoyens", par Jacques Testart, Catherine Bourgain et Agnès Sinaï (compte-rendu détaillé)

Jacques Testart, Agnès Sinaï, Catherine Bourgain: « Labo-Planète ou Comment 2030 se prépare sans les citoyens ». Mille et une nuit 2010, 175 Labo Planète couverture.jpgpages, 10 euros. (Avec Mémoire des luttes et la Fondation Sciences Citoyennes).

J’ai fait le compte-rendu de ce livre, fort instructif et lui-même déjà très bien référencé, à travers quelques-unes de mes propres références philosophiques : la Théorie critique, Jürgen Habermas, Michel Foucault, Michel Freitag, Richard Sennett, Kant… qui permettent au lecteur qui aura lu et l'ouvrage et mes commentaires d’aller encore plus loin dans l’histoire de cette problématique et ses implications.

Bien entendu, tout compte-rendu est imparfait et incomplet. De plus, mes références peuvent orienter la lecture. Je conseille vivement de lire le livre, qui a le mérite d’exposer sans catastrophisme aucun les grandes lignes d’une problématique globale qui devrait devenir prioritaire pour nous tous.

Ceux qui ne s’intéressent qu’à l’industrie pharmaceutique, à la médecine (la médicalisation de l’existence, l’impact des innovations…) et aux conflits d’intérêts en santé / médecine ne seront pas déçus, ni dépaysés, parce que cette dimension est elle aussi présente, soit directement à travers des exemples, soit indirectement à travers la réflexion globale qui permet de mieux placer ce domaine dans son contexte et comprendre les tensions et les jeux d’influence qui le traversent et en déterminent la configuration actuelle.

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05/04/2011

Effets secondaires et efficacité des psychotropes: suicides en Suède liés aux antidépresseurs, antipsychotiques, tranquillisants et hypnotiques

Les études sur les effets indésirables et l’absence d’efficacité des antidépresseurs (voir plus bas) se succèdent et se ressemblent. L’un des suicide psychotropes Larsson.jpgrisques majeurs mis en évidence, désormais reconnu et souligné en particulier par la pharmacovigilance anglo-saxonne, est le suicide.

Une enquête indépendante faite par Janne Larsson et publiée en octobre 2009 a analysé les suicides enregistrés en 2007 en Suède, selon les données du Socialstyrelsen (NBWH : National Board of Health and Welfare) et des six filiales régionales du Collège national de médecine légale. Ces données n’étant pas publiques, elles ont été obtenues sur demande, en vertu de la législation sur la liberté d’information. Elles sont détaillées, parce que la loi suédoise oblige les centres régionaux de santé à faire un rapport au NBHW dans chaque cas de suicide et de joindre le dossier médical. L’investigateur les a croisées avec les données obtenues par les autopsies.

En 2007, 1.126 suicides (sans compter les tentatives) ont été commis en Suède (325 femmes et 801 hommes). 1.109 (soit 98%) de ces cas ont fait l’objet d’une autopsie. 724 (soit 64%) des personnes décédées par suicide en 2007 avaient eu des traitements psychopharmacologiques dans l’année précédant leur acte (250 femmes (soit 77%) et 306 hommes (59%)).

Ci-après, le détail des résultats, quelques références et commentaires et le rappel des conclusions de mieux en mieux documentées sur l'efficacité très faible des antidépresseurs, si tant est qu'elle existe...

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01/04/2011

Conflits d’intérêts rarement déclarés dans les méta-analyses d’essais cliniques (JAMA)

Le JAMA (Journal of the American Medical Association) publie dans son numéro du 9 mars 2011 une étude faite par des investigateurs du JAMA logo.jpgCanada, des Etats-Unis et des Pays-Bas, dirigée par Michelle Roseman (Université McGill, Montréal): "Reporting of conflicts of interest in meta-analyses of trials of pharmacological treatments". JAMA. 2011;305(10):1008-17 » (Déclaration des conflits d’intérêts dans les méta-analyses d’essais cliniques de traitements pharmacologiques).

29 méta-analyses se référant à 509 essais cliniques contrôlés randomisés (RCT : randomized controlled trials) ont été retenues. Quant aux journaux, ont été retenus ceux ayant un facteur d’impact élevé : Annals of Internal Medicine, British Medical Journal, JAMA, Lancet, NEJM, PLoS Medicine ; s’y ajoute la Cochrane Collaboration (pour les revues systématiques) et plusieurs journaux de 5 spécialités différentes. Sur ces 29 méta-analyses, onze sont parues dans le JAMA, le Lancet, le BMJ et les Annals of Internal Medicine.

Seules 2 méta-analyses sur les 29 (soit 7%) comportent des déclarations d’intérêt relatives au financement des essais RCT, mais ces indications sont placées à des endroits peu visibles (notes de bas de page, tableaux…). Aucune méta-analyse ne comporte de déclaration d’intérêts des investigateurs et auteurs des essais. 318 RCT sur 509 (soit 62,5 %) déclarent les sources de financement. Il s’agit de l'industrie pharmaceutique pour 219 d’entre eux (68,9 %), partiellement ou totalement ; et de sources autres pour 30,5%. Un peu moins d’un pour cent n’ont pas de financement. Un quart des essais RCT (132 sur les 509) incluent des déclarations d’intérêts des auteurs. Sur ces 132 essais contenant des "disclosures", 41 (soit 68,9%) ont au moins un auteur en situation de conflits d’intérêts avec les pharmas.

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Industrie pharmaceutique : fin des brevets pour dix médicaments des plus vendus. Panne de l’innovation

Je voudrais signaler trois articles de Pharmactua, Investopedia et Alternatives économiques, qui analysent la situation de l’industrie Tahor.jpgpharmaceutique compte tenu de l’expiration, en 2011 et 2012, des brevets d’une dizaine de médicaments des plus vendus. On parle d’un « patent cliff » (falaise), une sorte glissement de terrain sous les pieds des firmes, mais les fragments cités plus bas montrent qu’elles ont de la réserve et savent rebondir. Elles l’ont toujours fait, pas de raison d’inquiétude…

Il est toutefois utile de regarder les stratégies mises en œuvre pour faire face à cette perte sèche qui se chiffre en dizaines de milliards de dollars, alors que l’on sait qu’il n’y a pas d’autres blockbusters pour remplacer des médicaments tels que Tahor°, Zyprexa°, Plavix°, Actos°, Enbrel°, Inipomp°, Singulair°, Concerta°

Et ce parce que les laboratoires ne produisent plus grand-chose depuis une quinzaine d’années – c’est clairement dit depuis 2001 dans la « Déclaration de l’ISDB sur le progrès thérapeutique dans le domaine du médicament » (voir aussi cet article). Cette panne de l’innovation est l’une des raisons pour lesquelles l’accent est tellement mis sur le marketing, dans cette inversion du rapport entre marketing et R&D (recherche et développement) analysée entre autres par Léo-Paul Lauzon et Marc Hasbani (voir cet article qui rend compte de leur étude socio-économique des 10 firmes les plus puissantes).

J’ai abordé le sujet aussi dans un article qui part du bilan médicament de l’année 2008, fait par la revue Prescrire : « Progrès thérapeutique nul en 2008, dit Prescrire. Multiples critiques de l'autorisation de mise sur le marché de médicaments mal évalués ». J’y citais entre autres Christian Lajoux, le patron du LEEM:

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