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12/09/2011

MacStatine: Statines chez Mc Donald's et simvastatine sans ordonnance en prévention cardiovasculaire

Le tout cholestérol - et le tout statines en réponse - est une stratégie de disease mongering (façonnage MacStatin avec article Ferenczi am J cardiol.jpgde maladies) qui, outre la baisse arbitraire des seuils dits « normaux » par des experts ayant des conflits d’intérêts, le diabolisent et en font une sorte de maladie en lui-même, alors qu’il n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres. Les articles d’Arznei-Telegramm ainsi que d’autres critiques qui décortiquent ces aspects sont dans les notes de la catégorie « Cholestérol, statines, Ezétrol, Inégy, théories pharma ».

Mac Statin, c’est ainsi que les auteurs eux-mêmes, puis The Heart et la presse généraliste (The Guardian, The Telegraph…) ont appelé cette démarche de surmédicalisation et abus de prévention de quelques cardiologues britanniques, qui ont publié cette proposition en août 2010 dans le American Journal of Cardiology. L’illustration est donnée par les auteurs dans la version intégrale de l’article, qui ne contient d’ailleurs aucune déclaration d’intérêts, comme un exemple de campagne d’éducation (nouveau concept de prévention : « je neutralise le cholestérol [par la statine] »…).

J’évoque l’affaire de la MacStatine en détail, donne des extraits du texte, puis rappelle quelques problèmes posés par les statines, ainsi que l’analyse du Pr Joël Ménard (pour la SFSP) du choix britannique de laisser la simvastatine 10 mg en automédication, en vente libre dans les pharmacies, et de l'opportunité ou non de suivre cet exemple en France.


Contexte

De glissement en glissement, sur cette pente graisseuse, l'idée d'une prévention tous azimuts fait son chemin:

J’avais évoqué et commenté, en juillet 2008, les recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics) de commencer le dépistage par dosage du cholestérol chez les enfants de 2 ans et le traitement hypolipémiant dès 8 ans, par statines ou Ezétrol (ézétimibe).

Je me demandais alors s’il ne fallait pas mettre des statines et autres Ezétrol et Inégy déjà dans les biberons, au lieu de tenter de changer les habitudes alimentaires des enfants obèses, ce qui prend plus de temps et contrarie des médecins payés à l’acte qui voient des patients à la chaîne. Puis j’ai évoqué la controverse autour de ces recommandations.

Manifestement, il y en a qui y ont pensé, montrant que ce que disent les critiques sur l’étendue de l’imagination des disease mongerers et autres marchands de « prévention » n’est en rien exagéré. Que l'on soit à risque ou pas, nous voilà avec une statine au menu chez MacDonald's, comme la cerise sur le gâteau. 

Références complètes de l’étude :

Emily A Ferenczi, Pervis Asaria, Alun D Hughes, Nishi Chaturvedi, Darrel P Francis. Can a statin neutralize the cardiovascular risk of unhealthy dietary choices?Am J Cardiol 2010; 106:587-592 : Une statine peut-être neutraliser le risque cardiovasculaire de choix alimentaires malsains ?)

Cette équipe est menée par le Dr Emily Ferenczi et le Dr Darrel Francis de l’Imperial College London. En regardant le texte intégral, je vois que tous les auteurs font partie de plusieurs institutions prestigieuses : International Centre for Circulatory Health, National Heart and Lung Institute, Imperial College London and Imperial NHS Trust. [NHS, c’est le service public britannique : National Health Service].

Autrement dit, ce n’est pas une lubie passagère d’un médecin isolé. La même position est exprimée dans ce communiqué de presse de l’Imperial College London : Free statins with fast food could neutralise heart risk (Des statines gratuites ajoutées à la restauration rapide pourraient neutraliser le risque cardiaque).

Voilà une stratégie radicale de prévention exclusivement pharmacologique des risques cardiovasculaires issus d’une mauvaise alimentation riche en graisses... Un comprimé de statine ajouté au menu de la restauration rapide pourrait neutraliser ou prévenir les risques induits par le cheeseburger et le milkshake consommés chez Mc Donald's, comme la ceinture de sécurité en voiture, minimisant les risques en cas d’accident. Extrait de l'abstract

The risk reduction associated with the daily consumption of most statins, with the exception of pravastatin, is more powerful than the risk increase caused by the daily extra fat intake associated with a 7-oz hamburger (Quarter Pounder) with cheese and a small milkshake. In conclusion, statin therapy can neutralize the cardiovascular risk caused by harmful diet choices. In other spheres of human activity, individuals choosing risky pursuits (motorcycling, smoking, driving) are advised or compelled to use measures to minimize the risk (safety equipment, filters, seatbelts). Likewise, some individuals eat unhealthily. Routine accessibility of statins in establishments providing unhealthy food might be a rational modern means to offset the cardiovascular risk. Fast food outlets already offer free condiments to supplement meals. A free statin-containing accompaniment would offer cardiovascular benefits, opposite to the effects of equally available salt, sugar, and high-fat condiments. »

En fin d’article, je cite la dernière partie du texte intégral.

Réactions

Ce n’est pas un poisson d’avril, ni frit, ni en sushi, et cela se passe de commentaires. Et pourtant, des leaders d’opinion ont débattu de ces propositions, comme on le voit dans l’article de The Heart du 10 août 2010.

« The "MacStatin": Fast food with some ketchup, salt, and a statin to go » (La MacStatine: Fast food avec un peu de ketchup, sel et une statine pour la route).

Le 12 août 2010, la British Heart Foundation a pris position contre cette idée, à travers son directeur médical, le Pr Peter Weissberg : « ‘McStatin’ isn’t the antidote to junk food » (Une statine chez Mc Donalds n’est pas un antidote contre la malbouffe).

Voir aussi les commentaires dans un article du 12 août 2010 du Guardian : « 'Statins with your burger?' Doctors want heart pills on menu. Cardiologists propose putting pills beside salt and ketchup to balance heart disease risk” (Des statines avec votre hamburger? Des médecins veulent compléter le menu par des médicaments. Des cardiologues proposent d’ajouter des médicaments au sel et au ketchup pour contrebalancer les risques cardiovasculaires).

Commentaires et liens

Les statines, nouvelle panacée...

Oubliant fort opportunément de dire qu’elles sont très contestées, même en prévention primaire, en particulier chez les femmes, où leur effet (efficacité, utilité…) n’a jamais été démontré (voir cette note et celle-ci). Oubliant aussi de dire qu’elles peuvent avoir des effets indésirables redoutables (neuropathies et autres effets neuromusculaires, douleurs…).

Par ailleurs, la FDA (agence états-unienne du médicament) a de nouveau mis en garde contre la simvastatine (Zocor) à 80 mg, même chez les personnes ayant une indication justifiée, pour cause d’effets indésirables musculaires qui rendent le rapport bénéfices/risques défavorable.

Mais les faits sur les effets indésirables, la surprescription des statines et autres ézétrol (ézétimibe) et des combinaisons telles que Inégy (ézétimibe + simvastatine) sont légion, tout comme les manipulations des essais cliniques, par le changement des critères de jugement en cours de route, le biais de publication, etc. Sans oublier l’occultation des risques et la sous-notification des effets indésirables à la pharmacovigilance…

C'est un pas de plus dans la stratégie globale de surmédicalisation et prévention irrationnelle.

 

Simvastatine 10mg sans prescription, depuis 2004 en Grande-Bretagne… Analyse pour la SFSP

La stratégie britannique, que certains voudraient promouvoir au nom du pragmatisme anglo-saxon et de la "responsabilisation" – comprenez automédication, dont pas de remboursement, donc économies… - est décrite dans un rapport fait par le Pr Joël Ménard pour la Société Française de Santé publique (SFSP): « La vente en officine, sans prescription médicamenteuse, de simvastatine à la dose quotidienne de 10 milligrammes, décidée au Royaume-Uni en 2004, doit-elle être réalisée en France ? »

Dès l’introduction, Joël Ménard souligne le caractère pervers de telles mesures qui semblent « pragmatiques », mais s’inscrivent en fait dans des politiques hygiénistes qui sont tout autant d’outils de contrôle social, de « normalisation » en fonction de « normes » arbitraires (seuils, valeurs dites « normales »…), d’unification des comportements et de réduction de la diversité :

« Le rapporteur s’est demandé si les pays européens, en 2005, après avoir profité d’un système assurantiel initié pour couvrir des risques sanitaires graves, rares et aléatoires, ne se préparaient pas à réagir à la pression financière très forte née d’une définition de la bonne santé par des « normes ». Arbitraires, elles sont choisies par des experts ou par des pressions commerciales et sociales. La réponse serait une responsabilisation des citoyens, les conduisant, à leurs frais, et au bénéfice de certains, vers l’auto-médicalisation. Sont concernés par cette possibilité tous les états définis par une distribution continue d’un risque (poids, cholestérol, tension artérielle, masse osseuse).

Il y a deux stratégies possibles. On peut choisir arbitrairement de définir comme malades les personnes situées dans le décile supérieur d’une distribution continue, et leur offrir une prise en charge collective de ce haut risque. On peut aussi considérer le décile inférieur comme l’idéal à atteindre.

On place alors les huit autres déciles dans une situation de responsabilisation individuelle « informée ». C’est la raison pour laquelle cet Annexe II discute longuement la décision anglaise de 2004 d’offrir en pharmacie, sans prescription médicale, un traitement médicamenteux chronique visant à réduire le risque cardiovasculaire par une dose unique d’un médicament hypocholestérolémiant.

Le rapporteur estime qu’il est souhaitable de discuter publiquement maintenant cette approche de la prévention médicamenteuse, ses bénéfices, ses risques et la répartition des profits pour les uns et des coûts pour les autres qu’elle implique. Les citoyens français ont le droit de connaître les évolutions survenues récemment au Royaume-Uni, et peut-être bientôt dans d’autres pays. Les Autorités de Santé doivent anticiper plutôt que continuer à suivre les événements créés par d’autres. Les citoyens ou leurs représentants doivent comprendre les concepts et les produits qui concourent à la croissance de l’offre des soins préventifs, et se déterminer. »

 

Annexe : la dernière partie du texte intégral de Ferenczi et al

Can a statin neutralize the cardiovascular risk of unhealthy dietary choices? Am J Cardiol 2010; 106:587-592 

Statin safety

The widespread clinical use of statins has permitted extensive review of their safety profile. Reports have concluded that statins have a favorable “benefit-to-risk” ratio, with only rare adverse effects reported in hepatic, renal, and muscle tissue30 and no associated increase in non-cardiovascular mortality.31 If statins are to be made more readily available by fast food outlets, statin toxicity might become a greater concern, but statins have been shown to be safe even at high doses.32 We can conclude that the documented safety record of statins is substantially better than that of fast foods, which carry not only direct cardiovascular risks but other risks due to obesity. It cannot therefore be reasonably argued on safety grounds that individuals should be free to choose to eat lipid-rich food but not be free to supplement it with a statin. It would be no more sensible than allowing individuals to drive without training or a license but at the same time restricting access to seatbelts and airbags. Despite this, we would advocate that appropriate studies be conducted to evaluate the potential risks of “unsupervised” statin availability.

“Occasional” versus “regular”

Our calculations are based on statin trials of a daily dose over an extended time period. There is currently no evidence for the use of a single “one-off” dose of statin for the primary prevention of cardiovascular disease, just as there may never be any evidence for the adverse mortality effect of eating a single cheeseburger. However, we argue that an unhealthy lifestyle is no more than the sum of a series of regular unhealthy choices. For an individual who eats a cheeseburger once a year and thus takes a statin only once a year, the risk offset will be minimal. Individuals who have a more frequent habit of fast food consumption will have greater risk and greater opportunity to neutralize that risk. Importantly, even partial adherence to statin therapy conveys a mortality benefit,33 suggesting that statins do not need to be taken daily to have some protective effect.

Can statins work against all risk factors?

Although statins cannot eliminate cardiovascular risk, it is worth remembering that in trial data, there is no consistent “high-risk” subgroup that does not show a cardiovascular benefit from statins. Although “individuals who eat fast food frequently” is not a subgroup that has ever been formally studied in a statin trial, it seems implausible that they would turn out to be an undiscovered subgroup in whom statins are peculiarly ineffective. Importantly, statins have proven risk-reducing benefits for cardiovascular risk factors other than high low-density lipoprotein cholesterol and cholesterol, such as type 2 diabetes mellitus and elevated C-reactive protein. [14] and [34]

Not taking the easy way out

We hope to empower individuals with the awareness of their own cardiovascular risk by creating a visual sliding scale of the relative risks associated with different lifestyle choices. We emphasize that in no way are we encouraging individuals to eat unhealthily by coaxing them into the belief that a simple pill is a panacea for all risks. We stress that there should be greater pressure on fast food corporations to develop healthier menus and to encourage regular physical activity and weight control. However, the current epidemic in obesity and cardiovascular disease is proof that many individuals fail to follow a healthy lifestyle. Although statins do not provide protection against obesity or diabetes arising from high-calorie, high-sugar diets, they may provide protection against impending cardiovascular disease in this as yet subclinical but high-risk population.

We envisage a future in which fast food restaurants encourage a holistic approach to healthy living. On ordering an unhealthy meal, the food will arrive labeled with a warning message similar to those found on cigarette packets (“This meal increases your risk for heart disease and death”), and on the tray, next to the ketchup, will be a new and protective packet, “MacStatin,” which could be sprinkled onto a Quarter Pounder or into a milkshake. This could easily be provided at no extra charge, just as sugar and salt currently are (despite being harmful). To prevent individuals from believing that the packet is a “cure-all,” it should be accompanied by a leaflet stating, “No tablet can counteract the full spectrum of harm that comes from unhealthily. Better ways to reduce your risk for death from heart attack include eating healthily, exercising, maintaining a healthy weight, and not smoking” (Figure 4). The leaflets should contain suggestions for healthy eating, exercise tips, and perhaps even membership vouchers for local gymnasiums.

[Figure 4, c’est l’illustration postée au début de cet article].

We suggest that the MacStatin concept not be rejected on the grounds of condoning unhealthy diets, any more than seatbelts should be rejected on the grounds of an appearance of condoning speeding. Indeed, it is providing a free opportunity for someone who has already decided to eat unhealthily, and may well already be rejecting medical advice for a healthier lifestyle, to remain alive for longer than they might otherwise.

We emphasize that the medical advice must continue to place pharmacologic therapy into context as a secondary adjunct to nonpharmacologic measures, such as healthy eating, smoking cessation, and regular exercise. However, those who decline sensible medical advice should not be denied access to health-preserving tools.”

**

Elena Pasca

Commentaires

Wouhaaa ! Cet article est une bombe! Mais qui reflète toute la vérité . Durant ma carrière professionnelle ,qui m'a fait entrer chez de nombreux fabricants de bouffe , j'ai vu des produits stockés ,que je me demandais ce que c'était ,j'ai mème posé des questions , je n'ai que des réponses évasives .... alors ,donc , l'empoisonnement en continu est toujours en cours ? Il semblerait que oui ....

Écrit par : jcé | 13/09/2011

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