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27/12/2012

"Mourir sur ordonnance: Un père enquête sur l’industrie pharmaceutique"...

Terence H. YOUNG, Mourir sur ordonnance : Un père enquête sur l’industrie pharmaceutique, pierre biron,terence h young,mort sur ordonnance,prepulsid effets indésirables,médicaments décès,effets indésirables pharmacovigilance,cisapride effets indésirables,cisapride effets cardiovasculaires,prescription hors amm,reflux gastro-oesophagien médicaments risques,johnson & johnson,information effets indésirables,médecine profit commerce,industrie pharmaceutique profit,médecins responsabilitéMontréal, Écosociété, 2011, 352 pages. Préface de Jean-Claude St-Onge (auteur de L’Envers de la pilule). Traduction par Françoise Forest et Geneviève Boulanger

Légende de la photo :

La première de couverture de la version française montre une épitaphe (fictive) : VANESSA CHARLOTTE YOUNG (l984-2000) PREPULSID – POSOLOGIE 50 MG PAR JOUR

Recension par Pierre BIRON*

Professeur honoraire de pharmacologie à l’Université de Montréal (auteur de l’Alterdictionnaire médico-pharmaceutique anglais-français, présenté en détail à la fin de cet article).

« Une nuit de terreur » est le titre approprié du chapitre premier d’un livre remarquable qui se lit comme un roman sauf que tout est vrai. L’ouvrage constitue un documentaire dramatique rédigé par un député fédéral canadien du parti Conservateur (comparable à l’UMP) d’une ville de la province de l’Ontario, Canada, dont la jeune fille est morte devant lui d’un effet indésirable rare mais grave d’un médicament qui n’aurait jamais du demeurer sur le marché au Canada et n’aurait jamais du être prescrit à sa fille.


C’est l’histoire d’un père sur le tueur de sa fille, la multimilliardaire industrie pharmaceutique. Lisez le prochain paragraphe à haute voix, cela vous donnera le ton de l’ouvrage :

« Vanessa s’élance en direction des escaliers avant de retomber brusquement en arrière. Sa tête percute le plancher avec un bruit sourd, comme si une main géante invisible l’y avait poussée. Elle était toute molle, muette, inerte et pâle. Un terrible pressentiment m’a envahi. J’ai placé mon index sur sa carotide. Je ne sentais aucun pouls, aucun battement. Rien. Les secours arrivent : - Prenait-elle des médicaments? – Elle prend du Prepulsid™ (cisapride) pour apaiser ses ballonnements – Autre chose? – Non »[1]

Ce père a vécu le pire cauchemar de tout parent : voir sa fille de 16 ans mourir subitement dans le salon de la maison familiale. L’ouvrage relate son enquête menée dans les arcanes de Santé Canada (Agence canadienne du médicament), d’une mondiale du médicament et de l’establishment médical.

Une association était déjà connue entre le cisapride et la survenue d’arythmies cardiaques sévères : tachycardie ventriculaire, torsades de pointes, fibrillation ventriculaire et mort cardiaque soudaine. Le produit était indiqué pour le traitement de la gastroparésie (ralentissement gastrique), de la pseudo-obstruction intestinale et du reflux gastro-oesophagien qui ne peuvent être corrigés par des changements du mode de vie ou la prise d'antiacides et de réducteurs de l'acidité gastrique. Vanessa, une ado qui avait des ballonnements ou vomissait à l’occasion, se l’est vu prescrire pour traiter ce trouble pour lequel il n’était pas homologué

Chaque chapitre du livre en dit long sur la démarche de son auteur. « Ils en prescrivent comme si c’était de l’eau… Une mort prévisible.. Une conspiration du silence… Nier, retarder, diviser, dénigrer… Personne n’est à l’abri… Des alliances honteuses, tous contre une… Des amis haut placés… Une industrie qui a besoin de malades… Spécialistes sous influence… Sur la piste de l’argent »

« Young fait une radiographie aussi nette qu’inquiétante de ce qui cloche dans l’industrie pharmaceutique. Il met en évidence les carences sérieuses et considérables des autorités règlementaires - comme Santé Canada - qui ne font pas leur travail de gardien de la sécurité des citoyens… Le livre est exemplaire dans la mesure où il met en relief les pratiques immorales et corrompues d’une industrie odieusement lucrative… Bien qu’il ait été banni du Canada et des États-Unis en 2000, le Prepulsid™ était toujours disponible en 2007 sous 76 noms de marque différents à travers la planète » écrit le philosophe canadien Jean-Claude Saint-Onge dans la préface
« Ceux qui croient que notre pays le Canada s’en tire mieux que les États-Unis déchanteront en lisant Mourir sur ordonnance écrit par le député Conservateur Terence Young. Ce dernier a perdu sa fille à cause des effets secondaires d’un médicament contre le reflux gastrique. Grâce à l’enquête détaillée qu’il a menée, on découvre que le système canadien de pharmacovigilance est bien pire que celui de nos voisins du Sud.
Notre système de gestion des risques des médicaments est scandaleux…

En janvier 2011, Santé Canada a tenu des audiences en vue d’améliorer (sic) la façon de règlementer les médicaments. Au nom de la modernisation, et sous la pression des firmes, le ministère a proposé de relâcher les exigences en matière de sécurité avant la mise sur le marché d’un nouveau médicament. Adieu principe de précaution! On accélère la mise sur le marché en espérant qu’il ne s’avèrera pas dangereux.
Le député Terence Young était présent et a pris la parole. Il a qualifié le processus de ’sinistre farce’ et a quitté la salle avec toute la dignité d’un père qui se bat pour que sa fille ne soit pas morte en vain »[1] déclare un professeur canadien de politiques publiques qui est aussi chercheur associé au Centre d'éthique de l'Université Harvard

Entre son arrivée sur le marché en 1990 et février 2000, Santé Canada a reçu au moins 44 notifications spontanées de cas possibles d'anomalies du rythme cardiaque associées à l'usage de Prepulsid™, dont au moins 10 cas de décès. Aux États-Unis, la FDA a reçu 341 rapports de cas de troubles du rythme cardiaque, dont 80 ont été mortels.

Cette mort aurait-elle pu être évitée ? Et que faire pour en éviter d’autres ? La compagnie Johnson & Johnson a-t-elle négligé ses responsabilités ?

Et les médecins ? Dans l’adversité, Terence Young s’est juré de répondre à ces questions douloureuses. Pour honorer la mémoire de Vanessa. Pour faire son deuil. Pour obtenir justice. 


Digne du meilleur journalisme d’enquête, cet ouvrage nous entraine dans les coulisses, pas très propres, de l’industrie pharmaceutique.

Un père, sur la piste des responsables de la mort de sa fille, découvre un univers qui donne froid dans le dos. Il dresse un solide réquisitoire contre des pratiques qui font passer les intérêts des actionnaires avant la vie des citoyens, et sonne l’alarme.


Chaque année, environ 10 000 décès survenus dans les hôpitaux du Canada et 100 000 dans ceux des États-Unis  sont attribuables à un effet indésirable médicamenteux grave. Cela représente la 4e plus importante cause de décès.

Mourir sur ordonnance met un visage et une histoire sur ces sombres statistiques. Dans l’espoir que médecins, patients et lecteurs avertis changent leur façon de prescrire ou consommer des médicaments ordonnancés. Et qu’on ne banalise jamais une ordonnance, même si elle est pertinente, ce qui n’était même pas le cas pour Vanessa

Que pense la revue Prescrire du cisapride? « Le cisapride (Prepulsid°) est à l'origine d'effets indésirables cardiaques sévères.

Ce médicament a été retiré du marché dans plusieurs pays. Les autorités françaises du médicament en sont restées jusqu'ici (2005) à des demi-mesures de restriction des prescriptions et de surveillance des patients sous cisapride ».[2]  Les titres de ses articles sont révélateurs :

Cisapride, encore un sursis … Lente disparition… sur prescription restreinte… Demi-mesures en pharmacovigilance, au service de qui?... Demi-mesure inexplicable et dangereuse… Troubles cardiaques.. Troubles du rythme graves… Risque cardiaque chez le prématuré…

Depuis la mort de sa fille, Terence Young a fondé Drug Safety Canada, une organisation qui milite en faveur d’une plus grande sécurité en matière de médicaments. Au Parlement canadien il se bat pour la création d’une agence du médicament indépendante

Si la pharmacovigilance commence à vous intéresser, on ne peut imaginer un meilleur manuel d’introduction débordant de vécu.

Si vous ne saviez pas ce que veut dire la prolongation de l’intervalle dit QT sur le tracé de l’électrocardiogramme, vous ne l’oublierez jamais. Cet intervalle témoigne de la conduction de l’influx électrique à travers le muscle cardiaque : sa perturbation peut mener à l’arrêt cardiaque définitif même si vous êtes bien portant, jeune ou vieux.

Un livre à lire. Très bien écrit et traduit.

 
 

Références :

[1] Marc-André Gagnon. Site http://www.protegez-vous.ca/sante-et-alimentation/mourir-..., Août 2011

[2] Site http://www.prescrire.org/autoformation/dossier08.php

Commentaires

Une horreur de plus. Pauvre homme, pauvre père, comme il a dû se sentir seul devant l'immensité horrible de ses découvertes. Quel courage aussi d'être allé jusqu'au bout de ses enquêtes et de dévoiler cette histoire à la face du monde. Peu de personnes sont capables d'en faire autant. Se plaindre et gémir est plus aisé.

Pour Agréal, il était aussi question de l'intervalle QT, mais c'est à l'arrêt que j'en ai été le plus effrayée, mon coeur semblant vouloir sortir de ma poitrine. Le médecin n'a rien trouvé à redire et il en est peu fait mention dans mon dossier médical. Il faut dire que sur son bureau étaient posés de petits dépliants "Cancer du col de l'utérus, parlez-en à votre médecin !" Quant au jeune cardiologue vers lequel elle me dirigea, à ma demande, il ne trouva rien de mieux à me dire "Demandez à votre médecin de vous prescrire du Champix, c'est formidable, ça fait même maigrir...... !" Je n'y étais pas allée pour mon poids, ne faisant plus que 42 kgs.
Puis sont apparues les extrasystoles, chose que je ne connaissais pas. Elles me surprennent encore parfois, alors que je suis au calme en train de lire.

A quand un musée des horreurs de l'industrie pharmaceutique ? La superficie en sera immense.

Amicalement,
Chantal.

Écrit par : Chantal | 03/01/2013

terrible et épouvantable, surtout concernant un médicament non vital!

Écrit par : docteur Vincet | 24/01/2013

Bonjour,

J'écris un mémoire sur les Class Actions à la Française, dans le cadre d'un DU de dommage corporel.

Comme vous connaissez bien le sujet des médicaments et de leurs effets secondaires, j'aurais voulu avoir votre avis dessus: pensez-vous que cela apportera quelque chose dans le paysage français?
si vous voulez en faire un poste, pourrais-je le reproduire dans mon mémoire?
Cordialement
Dr Becquet-Katrangi

Écrit par : dr Vincent | 25/12/2013

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