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09/10/2015

"Non à la contention!" "La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne" Appel du Collectif des 39

L'Appel « Non à la contention! » (à signer sur cette page), adressé aux députés et aux collectif des 39.jpgsénateurs et dont le sous-titre est « La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne », est la dernière action en date du Collectif des 39.

En continuité avec toutes ses actions pour une vraie « hospitalité pour la folie », contre la « nuit sécuritaire », contre toute forme d’abus de pouvoir en psychiatrie - débouchant sur des pratiques dégradantes et non respectueuses de la dignité des êtres humaines -, le Collectif des 39 alerte « sur l’augmentation et la banalisation des pratiques d’enfermement, de contrôle et d’entraves des corps en psychiatrie. Opacité et silence recouvrent encore ces différentes formes de contention qui sont la pointe émergée d’une évolution liberticide et sécuritaire contre laquelle » il se mobilise et veut mobiliser les citoyens. Pour que soient élaborées et mises en place des « stratégies thérapeutiques plus complexes que la seule médication et «la mise au pas» par l’emprise », qu’il s’agisse de la contention physique et médicamenteuse, des chambres d’isolement  et de tout autre moyen qui isole aussi socialement la personne et l’exclut, la condamnant à la mort sociale. (Ce sont des sujets que j’ai abordés dans les dizaines de notes sur la médecine comme agent de contrôle social, sur les dérives de la psychiatrie (en particulier du fait des conflits d’intérêts et de son instrumentalisation), sur les psychotropes, les méthodes de normalisation, d’uniformisation, d’extirpation de la différence, sur le disease mongering, la surmédicalisation, le DSM, etc.. Toutes les notes sont accessibles à partir de la liste alphabétique de sujets dans la colonne de gauche du blog).  

Avant de donner des détails et le texte de l’Appel aux parlementaires, je rappelle que le Collectif des 39 – dont la présentation et les actions sont exposées en détail sur son site - est un rassemblement de psychiatres et autres soignants dans le domaine de la psychiatrie. Je leur ai tiré mon chapeau maintes fois et le fais à nouveau, parce que leurs actions devraient servir d’exemple à tous les soignants, tant elles préfigurent ce que devrait être une relation soignant-soigné dans laquelle le soignant est mandataire des intérêts de ses patients – surtout des plus faibles, qui sont les moins à même de les exprimer et de les défendre par eux-mêmes – et ne conçoit pas d’être un exécutant de pratiques qui contreviennent à ces intérêts, pratiques qui, de plus en plus, n’ont de « médical » que le nom…


Dans ces sombres temps où l’on voit l'intérêt général et les principes républicains se désagréger, ce qui entraîne la disparition des mouvements sociaux transversaux, la fragmentation en intérêts particularistes concurrentiels (et les revendications qui vont avec), l'actualité en termes de revendications des médecins (et des organisations et syndicats de médecins) est faite d'une poursuite d'intérêts professionnels particularistes disjoints de ceux des patients, comme on le voit avec la grève des médecins libéraux.

Occasion de rappeler mon avis sur la question: la médecine libérale est une contradiction dans les termes et devrait être perçue comme telle, puisqu'il ne devrait pas y avoir d'intérêts économiques en santé et que la médecine devrait échapper le plus possible à la marchandisation généralisée typique du néolibéralisme et au paradigme utilitariste anglo-saxon avec une juxtaposition d'individus poursuivant chacun ses intérêts particularistes concurrentiels. Evidemment, dans un système capitaliste néolibéral, la médecine libérale arrive forcément dans une situation où la concordance d'intérêts impérative selon le Code de déontologie n'est plus possible, où les intérêts des médecins se séparent, voire s'opposent à ceux des patients, comme dans le cas du tiers payant généralisé, des demandes de hausse du tarif des consultations dans un contexte d'appauvrissement généralisé, des formes de paiement à la performance (avec des objectifs peu légitimes, numériques et non qualitatifs), etc.

Les revendications professionnelles d'une profession telle que la médecine - qui, je le répète, ne devrait pas pouvoir séparer les intérêts des médecins de ceux des patients - ne sont compréhensibles, légitimes, justifiées que lorsqu'elles s'accompagnent de propositions qui apportent des solutions aussi pour l'autre terme du binôme, bref, des améliorations pour l'ensemble de la dyade médecin-patient.

J'ai abordé ces sujets dans d'autres articles. Ici, je ne les évoque que pour exprimer à nouveau toute mon admiration à ces citoyens médecins du Collectif des 39, dont les actions contrastent avec celles qui font la une... Ils font honneur à la profession médicale et traduisent l’esprit et la lettre de la citoyenneté républicaine, du Code de déontologie et du serment d’Hippocrate.

L’Appel « Non à la contention ! » peut être signé sur cette page. Le communiqué de presse (daté du 21 septembre) du Collectif des 39 expliquant les raisons de cet Appel se trouve ici (et un autre argumentaire peut être lu ici).

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Voici le texte de l’Appel :

« NON A LA CONTENTION

La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne

En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle, des personnes malades.
Ces pratiques de contention physique d’un autre âge se déroulent quotidiennement dans ce pays. Ces pratiques dégradantes avaient quasiment disparu. Or les contrôleurs généraux des lieux de privation de liberté, Jean marie Delarue puis Adeline Hazan, l’ont constaté, elles sont désormais en nette augmentation, qui plus est banalisées comme des actes ordinaires.

Dans le projet de loi « de modernisation du système de santé » on lit même que ces actes auraient des vertus thérapeutiques !

Nous l’affirmons : Ces actes ne soignent pas.

Nous soignants, patients, familles, citoyens ne pouvons accepter que ces pratiques perdurent.
Les patients qui les ont subies en témoignent régulièrement, elles produisent un traumatisme à jamais ancré dans leur chair et dans leur cœur.

Dire non aux sangles qui font mal, qui font hurler, qui effraient plus que tout, c’est dire oui :
 C’est dire oui à un minimum de fraternité.
 C’est remettre au travail une pensée affadie, devenue glacée.
 C’est poser un acte de régénérescence.
 C’est trouver et appliquer des solutions humaines à des comportements engendrés par d’énormes souffrances, mais qui peuvent paraître incompréhensibles ou non traitables autrement.

Or nous, nous savons que l’on peut faire autrement. Cela a été fait durant des décennies, cela se fait encore dans certains services.
Mais ce savoir faire est en train de se perdre au profit de la banalisation grandissante de ces actes de contention.

Nous l’affirmons : accueillir et soigner les patients, quelle que soit leur pathologie, nécessite d’œuvrer à la construction de collectifs soignants suffisamment impliqués et engagés dans le désir d’écouter les patients, de parler avec eux, de chercher avec eux les conditions d’un soin possible.

Un minimum de confiance, d’indépendance professionnelle et de sérénité est à la base de ce processus.

Or le système hospitalier actuel malmène et déshumanise les soignants.
L’emprise gestionnaire et bureaucratique envahit le quotidien : principe de précaution, risque zéro, techniques sécuritaires, protocolisation permanente des actes, réduction du temps de transmission entre les soignants etc… Elle dissout petit à petit la disponibilité des acteurs de soins : comment alors prendre le temps de comprendre, de chercher du sens, de penser tout simplement que le patient, si inaccessible soit-il, attend des réponses et des solutions humaines à même de l’apaiser.
Ce contexte nuisible trouve dans la banalisation des actes de contention physique sa traduction « naturelle », expression du désarroi et/ou du renoncement.
Repenser la formation, donner de toute urgence des moyens nécessaires à cette mission complexe et difficile est la moindre des choses et ouvrirait la voie à la réinvention de l’accueil et du soin.
Pensez-y. Qui d’entre nous supporterait de voir son enfant, ou son parent proche, ou un ami, en grande souffrance, attaché, ligoté, sanglé ? Qui accepterait de s’entendre dire que c’est pour le bien de cette personne chère ? Qui pourrait accepter un tel acte alors qu’il est possible d’agir autrement ? Car il est possible d’agir autrement !

Mesdames, messieurs les parlementaires, nous savons que parfois il vous faut beaucoup de courage pour élaborer des lois qui semblent aller à contre-courant des idées reçues ! La maladie mentale fait peur. Le traitement de différentes affaires tragiques, mais totalement minoritaires, par les médias alimente cette peur. Ne pas céder à cette peur nous revient, vous revient à vous les élus du peuple.

Il nous revient d’affirmer haut et fort qu’une vision sécuritaire de la psychiatrie va à l’encontre du besoin légitime de sécurité protectrice que soignants, patients et familles réclament.
Proscrire la contention physique permettra aux patients, aux familles, aux soignants de retrouver une dignité nécessaire et indispensable pour traverser les dures épreuves de cette souffrance psychique inhérente à l’humanité de l’homme.

Rien n’est hors de portée de l’intelligence humaine ! Mesdames, messieurs les parlementaires ne laissez pas les patients soumis à des traitements qui ne sont pas des soins ! »

Commentaires

Signée ! Je reçois Le Collectif des 39.

Écrit par : Chantal | 18/10/2015

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