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28/11/2016

Pétition "Oui à l'extension du délit d'entrave numérique à l'IVG!" Semaine de la laïcité, garante des droits des femmes

Mise à jour du 6 décembre 2016: La proposition de loi doit désormais être discutée au Sénat, donc ce n'est pas encore fini!

J'ai rajouté un extrait de la pétition, le nom des trois principaux sites internet qui désinforment, ainsi que plusieurs paragraphes à la fin de l'article, notamment sur les discriminations à l'égard des femmes dans les pays de l'Amérique latine, avec des interdictions totales de l'avortement. Dans ces pays, l'influence de l'église catholique est majeure. Mais l'église protestante ne fait pas mieux, et l'influence des évangélistes s'étend de plus en plus. Quelle que soit la religion, là-bas ou ailleurs, elle consacre la discrimination des femmes à tous les niveaux. La laïcité est vitale pour les femmes partout dans le monde.

J'espère que nous serons nombreux à signer la pétition "Oui à l'extension du délit d'entrave numérique à l'IVG!", dont le texte d'appel est sur cette page. La Commission des Affaires sociales a adopté ce texte le 26 novembre, à l'unanimité, mais en l'absence des parlementaires du parti Les Républicains. (D'ailleurs, la séance du 23 novembre a dû être suspendue, à cause de l'attitude de ces derniers qui sont allés jusqu'à proférer des insultes et ont quitté la salle).

Il faut se mobiliser, parce que la proposition de loi sera discutée le 1er décembre à l'Assemblée nationale, en plénière, avant d'être à nouveau soumise au Sénat.

La pétition souligne à quel point les extrémistes, les prétendus "pro-vie" - car sacraliser un amas de cellules de quelques jours, quitte à détruire la vie d'une femme, je n'appelle pas cela pro-vie! - mènent des campagnes de culpabilisation et de désinformation, diffament le Planning familial, livrent des arguments justifiant plus ou moins directement les violences faites aux femmes, y compris le viol conjugal.

Extrait: " (...) il y a, en sous texte [donc sous-entendu par tous les pro-life, tous ceux qui désinforment sur l'IVG], toujours ce même jugement : les femmes qui ont recours à l'IVG sont des meurtrières, égoïstes, leurs actes ne sont motivés que par leur confort. Selon eux, une femme violée et enceinte n'a aucune raison de « tuer » son enfant, sans doute parce que, si une femme tombe enceinte de son violeur, c'est qu'elle n'a pas vraiment été violée (« le corps des femmes est fait de telle façon qu'en cas de viol, il y a un système naturel bloquant la fécondation », Emile Duport, créateur des Survivants)."

Il y a trois principaux sites qui sont anti-IVG, qui désinforment et cherchent à dissuader les femmes, tout en affichant une neutralité apparente:  "afterbaiz.com", "ivg.net", "ecouteivg.org". Le délit d'entrave à l'IVG doit pouvoir s'appliquer à ce type de sites.


Mobilisons-nous le 9 décembre, journée de la laïcité, parce qu'elle est la condition nécessaire, même si elle n'est pas suffisante, des droits élémentaires des femmes! L'Union des familles laïques (UFAL), dont j'apprécie les positions et les analyses, y compris sur le féminisme et l'IVG, organise pendant la première semaine de décembre toute une série d'évènements dont le programme figure sur cette page.

Marianne, Charlie Hebdo, Elisabeth Badinter, Caroline Fourest (avec la revue Pro Choix et son blog), l'Union des familles laïques, voilà quelques références en matière de défense de la laïcité en tant que principe fondamental pour garantir les droits élémentaires des femmes. Voici deux prises de position de l'UFAL:

-->"A propos du livret anti-IVG de la fondation Lejeune: et si le gouvernement attaquait le mal par la racine (chrétienne)?" (sur cette page)

Extrait: "Comment le gouvernement peut-il tolérer que des sites qui « réinforment » (sic) sur l’IVG soient en partie financés par cette fondation (et donc par nos impôts) alors même que Laurence Rossignol souhaite lutter contre leurs méfaits ? Les choses sont pourtant de notoriété publique. Ainsi, la fondation Lejeune revendique sur son site internet l’action du site genethique.org qui fait office d’agence de presse de la lutte « pro-vie ». Ce site s’est attaqué ces derniers jours au projet de création d’un délit d’entrave internet contre l’IVG porté par la ministre des droits des femmes."

--> "Soutien à Mme Danièle Gaudry du Planning familial et à Mme Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, poursuivies par la fondation Lejeune pour diffamation" (sur cette page)

C'est choquant de voir tout le registre de méthodes visant à empêcher les femmes de recourir à l'interruption volontaire de grossesse, à empêcher les médecins de les pratiquer, à culpabiliser les femmes, qui devraient forcément mal vivre une telle situation, selon les tenants de la mouvance "pro-life", dont la Fondation Lejeune est l'un des fers de lance.

Dans ce genre de mouvement contre les droits fondamentaux des femmes, dont celui à disposer de leur corps, les religions - et leurs expressions les plus fondamentalistes - retrouvent une vigueur qu'elles feraient mieux de mettre au service de tâches véritablement sociales, par exemple venir en aide aux pauvres et aux exclus, mais sans exiger une contrepartie idéologique, comme l'ont toujours fait les Frères musulmans. Pauvres parmi lesquels les femmes sont surreprésentées, d'ailleurs. Et notamment les femmes seules avec enfants. Comment peut-on soutenir qu'il faudrait mener toute grossesse à terme, mettre au monde des enfants, même dans les cas où les conditions minimales de vie digne ne sont pas remplies? Et avec la casse sociale que nous subirons si François Fillon l'emporte, la pauvreté et l'exclusion s'aggraveront, tout comme la culpabilisation des femmes. A quand des propositions à la Donald Trump, considérant qu'une punition est nécessaire pour les femmes qui avortent?

Non seulement les droits des femmes n'avancent plus, alors qu'il y a beaucoup d'inégalités criantes, dont l'inégalité salariale, mais l'on assiste à un net recul de nos droits. Plus les religions sont actives et reconnues comme légitimes dans l'espace public, souvent à travers les replis communautaristes, identitaires, plus les droits des femmes reculent. La relation continue d'être directement proportionnelle, comme par le passé, puisque l'histoire des droits des femmes est une histoire de lutte, de conquête de chaque avancée, de chaque droit contre les églises (ici au sens générique du terme), donc contre les institutions cléricales qui émettent les dogmes religieuses et se chargent d'en maintenir les anachronismes.

J'ai été sidéré par les positions d'une droite désormais totalement décomplexée dans l'affirmation de ses accointances avec les milieux catholiques fondamentalistes, et notamment par un François Fillon qui fait marche arrière et considère que l'IVG n'est pas un droit fondamental. Et alors que cette droite affirme des positions intransigeantes censées "Vaincre le totalitarisme islamique" (titre du livre de François Fillon), en pratique, les milieux catholiques fondamentalistes soutiennent les positions des fondamentalistes d'un islam politique, pour lequel le corps des femmes est un étendard politique. Il y a une alliance objective entre les intégristes de toutes les religions, qui combattent la laïcité telle qu'elle est affirmée dans la loi de 1905 et dans la Constitution, qu'ils voudraient remplacer par une "laïcité ouverte", sorte de laisser-faire général.

Cela aboutirait à un communautarisme tel qu'il est en Grande-Bretagne, dont les premières victimes sont les femmes, sous prétexte d'appliquer des préceptes d'une charia élaborée au 7ème siècle, qui les discrimine et les empêche d'exercer leurs droits accordés par la législation britannique.

Le 29 mai 2016, Marianne a publié un article édifiant, que l'on peut lire sur cette page: "Les "tribunaux" islamiques tolérés au Royaume-Uni". A la fin, il y a des liens vers d'autres articles. Chapeau à Marianne pour les articles et les colloques sur la laïcité, ainsi que pour son hors-série sur la laïcité et celui sur la République, que nous devrions tous lire!

L'émission du 27 novembre dernier du magazine VoxPop, sur ARTE, a consacré son dossier aux dérapages communautaristes, incluant les "conseils de la charia" (Islamic Sharia Courts, Muslim Arbitration Tribunal): mariages forcés, violences non reconnues, pression sur les femmes pour ne pas s'adresser aux autorités étatiques, crimes d'honneur et autres discriminations. Il peut être visionné en replay, et il vaut le détour.

En France, les pressions conjointes de tous les intégristes et l'activisme de tous les mouvements dits "pro-vie" ont payé. Il y a un recul considérable, perceptible dans des formes d'expression qui n'auraient pas été possibles il y a encore quelques années. Lorsqu'on voit la convergence entre le Front national - surtout tendance Marion Maréchal-Le Pen - et l'église catholique, ainsi que l'alliance objective des religions s'agissant de discriminer les femmes, lorsqu'on voit la tolérance de la République dans la sphère publique à l'égard des intolérants, lorsqu'on voit des actes d'homophobie manifeste (interdiction des affiches dans la campagne d'information sur le HIV), lorsqu'on voit les positions de la droite en Commission des affaires sociales et ailleurs, etc. - c'est comme si nous étions au début des années 60 et 70, lorsque les conservateurs de tous bords se sont répandus en insultes contre tous ceux qui voulaient légiférer sur la contraception, puis légaliser l'avortement. Nous n'avons vraiment pas de quoi donner des leçons à la Pologne ultra-conservatrice, car si la laïcité tombe sous les coups des religieux, les droits élémentaires des femmes seront les premiers à être sacrifiés.

Nous sommes loin du texte adopté par l'Assemblée nationale le 26 novembre 2014: la "Résolution réaffirmant le droit fondamental à l'interruption volontaire de grossesse en France et en Europe". Après un rappel des lois françaises et européennes qui constituent le cadre juridique actuel, la Résolution

"1. Réaffirme l’importance du droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse pour toutes les femmes, en France, en Europe et dans le monde ;

2. Rappelle que le droit universel des femmes à disposer librement de leur corps est une condition indispensable pour la construction de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et d’une société de progrès ;

3. Affirme le rôle majeur de la prévention et de l’éducation à la sexualité, en direction des jeunes ;

4. Affirme la nécessité de garantir l’accès des femmes à une information de qualité, à une contraception adaptée et à l’avortement sûr et légal ;

5. Souhaite que la France poursuive son engagement, au niveau européen comme international, en faveur d’un accès universel à la planification familiale."

Et puisqu'il est question de la médecine: les femmes paient au quotidien la misogynie omniprésente, y compris dans la santé. L'objection de conscience des médecins - le refus de pratiquer des avortements - ne devrait pas exister. Il traduit la persistance des religions, leur primauté sur les lois républicaines. Or les médecins ont le devoir de pratiquer ce qui est dans l'intérêt des patientes, des actes qui relèvent de leurs droits fondamentaux. Et si certains ne veulent pas le faire, ils devraient changer de métier. Demain, ce sera quoi? Refus de soigner les homosexuels, parce que les religions condamnent l'homosexualité? D'ailleurs, les reculs de la laïcité en médecine - de la part des soignants - sont déjà légion. 

La misogynie médicale est le reflet de la misogynie culturelle, qui a ses origines dans les religions. Ce sont elles qui l'ont formalisée et en fournissent toujours les arguments de droit divin. Misogynie et gynophobie, par certains aspects. J'ai abordé ces questions dans un article appelé "Misogynie culturelle et médicale. Le livre de Guy Bechtel "Les quatre femmes de dieu" et des exemples de surmédicalisation (endométriose, statines...)" a été publié en 2000, mais il est plus que jamais d'actualité. 

**

Paragraphes rajoutés le 6 décembre 2016

Dans sept pays de l'Amérique latine, l'avortement est totalement interdit: République dominicaine, Haïti, Salvador, Surinam, Honduras, Chili, Nicaragua.

Au Salvador, sous l'influence d'une église catholique qui n'est pas séparée de l'Etat, la législation a été fortement durcie dans les années 90. Les lois incluent des dispositions s'appliquant aux professionnels de santé, obligés d'appeler la police dans tous les cas où la grossesse s'arrête, sous peine d'être considérés comme des complices d'homicide. Les femmes sont traduites en justice de la façon la plus expéditive qui soit, sans défense possible, car même des certificats médicaux attestant qu'il s'agissait de fausses couches ne permettent pas d'éviter les condamnations. De nombreuses femmes sont condamnées à des dizaines d'années de prison parce qu'elles ont fait une fausse couche ou que le foetus est mort in utero. Elles sont d'emblée traitées de meurtrières. Le pouvoir de l'église catholique empêche toute prise de conscience et même toute éducation à la sexualité et l'accès à la contraception. 

Un rapport d'Amnesty International a rendu compte de la discrimination extrême à l'égard des femmes, victimes d'une violence qui s'exerce à tous les niveaux: "A deux doigts de la mort. La violence contre les femmes et l'interdiction de l'avortement au Salvador".

Sur son site canadien - Amnestie Internationale -, des représentants de l'ONG soulignent que cette législation sur les droits des femmes en matière d'avortement n'est qu'un avatar des discriminations de genre. Le titre de l'article en dit long: "Salvador: l'interdiction totale de l'avortement détruit la vie de femmes et de jeunes filles". 

"Les lois anti-avortement du Salvador révèlent une discrimination de plus grande ampleur envers les femmes et les jeunes filles du pays. Les préjugés liés au genre affectent même les décisions de justice, puisque les juges remettent parfois en question la crédibilité des femmes. Cette attitude discriminatoire envers les femmes et les jeunes filles implique également qu’il est presque impossible d’avoir accès à une éducation sexuelle et à la contraception."

Cela nous rappelle les dispositions de la charia, selon lesquelles il faut le témoignage de deux femmes pour avoir l'équivalent de crédibilité d'un seul homme...

Voilà le résultant de l'idéologie misogyne et gynophobe véhiculée par toutes les religions. C'est pourquoi il faut se battre pour une laïcité qui les tient hors de l'espace public, d'une part, mais aussi pour que leur influence ne se traduise pas par une violence perçue comme légitime dans la sphère domestique. Car c'est ce qui arrive souvent: les autorités refusent de "se mêler", pour ne pas stigmatiser des religions, en disant qu'après tout, c'est culturel. Dire "C'est comme ça que ça se passe chez eux" revient à abandonner les femmes à toutes les formes de violence, de discrimination, de mutilations, depuis les mariages forcés jusqu'aux excisions, en passant par les crimes d'honneur.

Le comble, c'est de voir la jurisprudence de certains pays occidentaux légitimer indirectement les discriminations, par exemple en requalifiant des cas de crime d'honneur, ou du moins en accordant des circonstances atténuantes aux hommes que leur culture et leur religion obligeraient de commettre ces crimes, afin de punir les femmes qui ne vivent plus selon les règles de leur communauté, mais s'intègrent dans le pays occidental dans lequel elles vivent.

La sexualité des femmes fait toujours autant peur et les religions sont manifestement toujours aussi obsédées par le corps des femmes - l'une des dimensions de leur nature totalitaire, cherchant le contrôle le plus total possible de tous les aspects de la vie de leurs sujets (au sens d'"assujettis", à l'opposé de la signification morale de "sujet" en tant que subjectivité critique).

Commentaires

Bonsoir,

Prudence aussi du côté du bouddhisme :
http://www.marianne.net/silence-coupable-du-dalai-lama-face-au-sulfureux-sogyal-rinpoche-100245745.html
malgré toute la publicité qui en est faite, c'est aussi une religion.

Écrit par : Chantal | 06/12/2016

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