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29/07/2008

Trois institutions vaccinalistes américaines sur la sellette : elles sont à la solde de Merck, Wyeth et Sanofi

La résistance aux vaccinations augmente aux Etats-Unis. Et l’enquête de la chaîne américaine CBS, reprise le 28 juillet dans l’article du Wall 1782237943.jpgStreet Journal intitulé Vaccine Proponents Not Immunised from Criticism ("Les promoteurs des vaccins ne sont pas immunisés contre la critique"), mettra de l'huile sur le feu… Il y est question d'énormes sommes d'argent payées par les firmes à l’Académie américaine de pédiatrie, à l’association de consommateurs "Every child by two" et au vaccinologue Paul Offit, fervent défenseur de tous les vaccins. Le soupçon touche trois institutions auxquelles le public faisait confiance s'agissant de la sécurité d'emploi des vaccins et de leur nécessité.

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22/07/2008

Les effets de la déclaration des conflits d'intérêts aux patients...

Dans la note Le business de nos médecins nous concerne. Demandons des comptes!, je parlais des nouvelles directives de l'Association américaine d'orthopédie, comprenant une lettre-type adressée à signer par le patient (!), qui détaille les liens financiers et autres... Bien entendu, ce nouveau code de conduite fait suite aux contraintes imposées par la justice, dans un contexte assez particulier... Cette caricature, dont j'ai malheureusement perdu l'origine, nous dit ce que peut ressentir une patiente qui découvre à quel point elle se trompait sur le compte de son médecin. La patiente dit: "je suis pour que vous me disiez pour qui vous travaillez, mais là, je dois dire que ça me donne la nausée..."

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Jerome Kassirer: il faut éliminer les conflits d’intérêts, pas les légitimer par une déclaration d'intérêts

Jerome Kassirer est professeur à la faculté de médecine de la Tufts University et auteur de plusieurs livres et de nombreux articles critiquant 624857823.jpgles méthodes de l'industrie pharmaceutique et la corruption de la médecine par l'argent des firmes. Il a aussi été rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, d’où il a été évincé pour ses vues trop critiques.

Le 8 avril 2008, Kassirer publiait dans le Los Angeles Times un article intitulé Tainted Medicine (« Une médecine corrompue. Des conflits d’intérêts financiers amènent à poser quelques questions fâcheuses sur la confiance qu’on peut encore avoir dans la recherche médicale »). Le texte synthétise les propos tenus un an auparavant lors d’une présentation appelée Financial Conflicts : Consequences, Proposals et dans une courte vidéo.

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21/07/2008

Transparence et information: l'industrie pharmaceutique a beaucoup plus d'obligations aux Etats-Unis qu'en Europe (enquête)

La division Marketing Overdose du chien de garde Consumers International est à l’origine d’une enquête auprès de 12 firmes pharmaceutiques 1767351289.jpgpour savoir quelles sont leurs obligations européennes de déclaration publique (disclosure) des financements, par rapport à celles américaines. Les résultats confirment ce qu’on n’arrête pas de dire dans ces pages. Alors que les Etats-Unis ont déjà certaines dispositions légales contraignantes en matière de gestion des conflits d’intérêts et que les législateurs, les institutions et les sociétés médicales font des efforts, les pays européens laissent les firmes faire pratiquement ce qu’elles veulent.

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16/07/2008

Cadeaux de l'industrie pharmaceutique aux médecins pour influencer les prescriptions

Voici un reportage de la chaîne de télévision américaine CBS, qui cite un rapport parlant de 57 milliards de dollars payés chaque année par 2012193806.jpgles firmes pharmaceutiques aux médecins pour influencer leurs prescriptions. Ce qui induit des conflits d'intérêts, voire de la corruption, et des biais à tous les niveaux de la chaîne du médicament.

Le reportage peut être visionné sur cette page, qui contient aussi une transcription intitulée "Are Perks Compromising MD Ethics ?" ("Les cadeaux compromettent-ils l’éthique médicale ?").

Le point de départ est le suicide d’une jeune fille de 12 ans alors qu’elle était traitée par l’antidépresseur Zoloft° (sertraline). Mais il y est question aussi des enquêtes du justicier Charles Grassley, auquel Pharmacritique devrait proposer d'être membre d'honneur...

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15/07/2008

Champix et Pfizer: des experts payés pour faire du disease mongering et vendre la varénicline

La revue Business Week a publié le 26 juin un article détaillé intitulé Doctors Under The Influence ? Il revient sur l’affaire du Champix (Chantix 1304350866.jpgaux Etats-Unis), à partir de l’aspect évoqué dans ma note « La dépendance au tabac bombardée maladie chronique à traiter indéfiniment. Avec Champix, Zyban et les substituts nicotiniques en guise de méthadone ».

Mais la perspective de Business Week est bien plus large que le seul Champix (varénicline) : faut-il informer ou non les patients des liens financiers (et autres conflits d’intérêts) que les médecins entretiennent avec les firmes ?

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06/07/2008

Pfizer et le financement de la formation médicale continue (FMC): changements en vue

Mise à jour à la fin, portant sur le blog FMC français, indépendant si on oublie Pfizer...

Le Wall Street Journal nous apprend dans un article en date du 2 juillet - intitulé Pfizer Stops Funding Some Classes for Doctors - la décision de Pfizer de ne 1858165476.jpgplus financer certaines formes de formation médicale continue (FMC), et notamment toutes celles organisées par des sociétés à but lucratif. Celles-ci ont eu à peu près la moitié des 80 millions de dollars investis par Pfizer dans la (désin)formation des médecins en 2007, nous apprend une dirigeante de la firme, Cathryn Clary. Qui ajoute que cette décision a été prise pour éviter les suspicions de conflits d'intérêts...

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28/06/2008

L’industrie pharmaceutique n’est "ni honnête ni digne de confiance", selon une grande majorité d’Américains. L’exemple de Takeda Abbott pour comprendre la méfiance

Selon un sondage fait par l’institut Harris Interactive 1305667625.jpg(le Sofres américain) en novembre 2007 aux Etats-Unis, seuls 11% des participants ont considéré que l’industrie pharmaceutique était « honnête et digne de foi », nous dit le Multinational Monitor. Cette ONG qui regarde à la loupe les activités internationales des lobbies et multinationales distingue chaque année les dix pires multinationales. Dans le palmarès 2007, on retrouve les laboratoires Abbott (branche de Takeda Abbott Pharmaceuticals), distingués pour le chantage qu’ils ont fait subir au gouvernement thaïlandais quant aux médicaments anti-HIV. Ainsi que Purdue Pharma, pour des stratégies peu louables destinées à échapper à ses responsabilités pénales. 

Un autre sondage à large échelle fait aux Etats-Unis par Harris nous apprend que la réputation de l’industrie pharmaceutique dans son ensemble continue de décliner. Seuls 26% ont une opinion favorable. Seules les assurances et les banques (24%) et l’industrie du tabac (10%) font pire. Les chiffres figurent à la page 8 des résultats.

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22/06/2008

Le Medec nous dit quel labo paie le mieux, fait la meilleure pub ou la meilleure formation continue... Les intéressés sauront à qui s’adresser

Un communiqué de presse en date du 20 juin annonce « les lauréats » du Medec 2008. Je lis cela avec les yeux d’un usager et à partir des CRO pharma dependant.jpg« partenariats » de cette foire industrielle.

17.000 généralistes qui votent pour faire de la publicité aux laboratoires, ça la fiche très mal… Et une affirmation du genre « GlaxoSmithKline a été récompensé pour son implication efficace auprès des médecins dans leur pratique quotidienne : il a été élu laboratoire de l'année » en dit bien plus long que les dénonciations de Prescrire

Cujus regio, ejus religio. En traduction libre : on voit qui c’est qui paie le mieux et a de fait le pouvoir de décider et de se faire encenser publiquement. Il y avait une définition qualifiant l’acte consistant à gratifier quelqu’un de ses charmes moyennant finances. Il me semble que la signification n’a pas changé. Par contre, la contrainte matérielle poussant à ces activités est légèrement différente…

Sanofi-Aventis est encensé pour… la formation médicale continue. Punaises ! Ca, c’est ce qu’on appelle de la transparence ! Reconnaître ouvertement que les vendeurs forment les médecins. Pareil lorsque ces derniers disent leur enthousiasme pour la « communication » de Sanofi Pasteur concernant le Gardasil°…

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21/06/2008

Corruption en médecine: conscience accrue, selon un sondage de Prescription Project. Des leçons à tirer en France

Il y a des bonnes nouvelles qui nous viennent du chien de garde américain Prescription Project. Il a commandé un sondage sur un 1530613941.jpgéchantillon de 1009 usagers sur le thème de l’influence des cadeaux (et autres largesses de l’industrie pharmaceutique) sur les habitudes de prescription des médecins. Ou, plus précisément, sur ce qu'en pensent les usagers. Le texte complet se trouve sur cette page.

Il est intéressant de voir les chiffres bruts, mais encore plus de les analyser. Ceux qui connaissent en détail la problématique médico-pharmaceutique aux Etats-Unis réaliseront parfaitement de quoi je parle. Les autres devraient apprendre et tirer les leçons, puisque les Etats-Unis sont toujours donnés en exemple quant à la gestion des conflits d'intérêts. Il faut comprendre pourquoi cette gestion est possible là-bas et pas ici. Pourquoi les usagers français sont loin de se poser des questions sur les conflits d'intérêts, surtout lorsqu'il s'agit des médecins que les firmes recrutent le plus et dont la corruption a les conséquences les plus dévastatrices: les pontes ou leaders d'opinion, en position d'influencer toute la profession et les associations de malades...

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26/05/2008

"La pharmas-co-dépendance montrée du doigt". Prise de position et bel apport de clarification terminologique

Merci au médecin qui m’a signalé ce texte. Il s’agit d’un article paru dans le journal Canadian Family Physician en octobre 2007 sous la plume de Pierre Biron, Martin Plaisance et Paul Lévesque.

Juste une remarque : je suis beaucoup moins optimiste quant aux possibilités que l’industrie pharmaceutique entende le message et réfrène ses ardeurs: « L’industrie pharmaceutique doit être ramenée à l’ordre. Elle s’est déjà avérée suffisamment résiliente pour s’adapter au changement si la société insiste. », disent les auteurs. Je pense qu’elle s’adapte en surface, adapte sa communication et son marketing, invente des stratégies nouvelles pour faire passer la pilule, dorée en fonction des modes qu’elle contribue largement à créer… Mais elle ne changera jamais profondément. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras, bien au contraire. La société doit insister et imposer des limites très strictes aux firmes, qu’elles le veuillent ou non! La décision ne doit pas leur appartenir. Les industries comme les technosciences sont des moyens, et elles n’ont pas leur mot à dire sur la question morale des « fins », de ce à quoi elles doivent servir. La déontologie et les applications éthiques doivent (ou plutôt devraient…) les encadrer de l’extérieur, puisque la dimension de la normativité ne leur est pas accessible. C’est cette vérité élémentaire qu’il faut rappeler à chaque fois qu’une industrie / technique / technologie / science dite exacte a des prétentions illégitimes.

Je pense aussi qu'un conflit d'intérêts apparaît dès qu'un médecin collabore à des recherches financées par les firmes.

Mais ces remarques ne changent rien au fait que le texte identifie et nomme très bien bon nombre de structures portantes du problème, à commencer par le terme "pharmas-co-dépendance" ou l'"acharnement préventif"... Le texte entier est en libre accès ici; j'en reproduis les principaux fragments avec l'aimable autorisation de l'auteur : La pharmas-co-dépendance montrée du doigt. Le temps serait-il venu de dire «Non merci»? Et quelques réponses figurent sur cette page. [Elena Pasca]

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23/05/2008

Les acrobaties de l’agence canadienne du médicament (ACMTS) avec les conflits d’intérêts. Ne surtout pas oser, voilà la ligne politique...

Nous parlions récemment des acrobaties suisses avec les conflits d’intérêts dans la formation médicale continue (FMC) puis – thème encore plus proche de celui de cette note - des acrobaties de l’Agence française de sécurité sanitaire (Afssaps) avec les mêmes conflits d’intérêts… 

Prenons aussi l’exemple canadien, à travers les directives de 2006 de l’ACMTS (Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé) ayant pour but de « gérer » (et non pas d’éliminer) les liens financiers et les conflits d’intérêts des médecins qui interviendront en tant qu’experts. Il y a les belles phrases, bien sûr, puis viennent les exceptions et l’on comprend qu’il y a beaucoup de poudre aux yeux au Canada aussi… Par exemple, le fait qu’un expert possède des actions de telle firme pharmaceutique pour une valeur ne dépassant pas les 10.000 dollars n’est pas considéré comme un conflit d’intérêt majeur… Comme s’il y avait des conflits mineurs et majeurs… L'expert qui reçoit directement 9.999 dollars (et bien plus à travers les financements des activités liées à la recherche), n'est qu'un peu corrompu, pas beaucoup...

Un "peu" de corruption (sic), beaucoup d'acrobaties pour la justifier... Et, à votre avis, qui est-ce qui se casse la gueule à cause de ces acrobaties? Il n'y a qu'une réponse possible: nous autres, usagers, qui n'avons aucun filet de sécurité lorsque nous gobons que ce que nous prescrivent les multinationales pharmaceutiques, sans aucune médiation critique de médecins dont la jugeotte est paralysée par plus ou moins de 10.000 dollars, qu'importe. L'intégrité de certains coûte cher; d'autres se laissent acheter pour un rien... Qu'est-ce que ça change, à l'arrivée?

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11/05/2008

« Grillés par la blogosphère », des grands pontes américains découvrent l’éthique et tournent le dos aux firmes pharmaceutiques

Où l’on voit à quel point parler publiquement de ces questions peut avoir des conséquences et pousser des leaders d'opinions - les grands 1407881820.jpgpontes de la médecine - à réaliser que leur réputation ne sort pas indemne de leur soumission aux donneurs d'ordre industriels. Est-ce que les 30 argents valent la peine ?

C’est un article du New York Times en date du 15 avril, intitulé Citing Ethics, Some Doctors Are Rejecting Industry Pay qui nous informe du revirement de trois leaders d’opinion dans leur domaine respectif. Ils ont été mis en cause - mis sous pression et sous un feu nourri - par une blogosphère anglophone particulièrement active dans la dénonciation des conflits d’intérêts et d'autres formes de manquements à l’éthique. Ces trois pontes ont fini par entendre parler de l'éthique!! (Mieux vaut tard que jamais...) Et ils ont décidé de ne plus accepter l'argent de l’industrie pharmaceutique.

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10/05/2008

Absence ou incohérence des déclarations de conflits d'intérêts, à l'exemple des études sur les stents coronariens. Article de PLoS

Nous avons publié il y a quelques jours une traduction de l’éditorial du JAMA (Journal of the American Medical Association) en date du 16 avril, contenant des propositions pour limiter conflits d'intérêts, manipulation, désinformation, influence des firmes pharmaceutiques...

Nous avons aussi parlé à plusieurs reprises des efforts faits dans les pays anglo-saxons pour une plus grande transparence et une limitation des conflits d’intérêts. Voici un article intéressant, puisqu’il quantifie ce qui peut paraître comme des manquements sporadiques à l’honnêteté, à la déontologie et à la politique éditoriale... Pas si sporadique que cela, en fin de compte… L’article vient d’être publié dans le numéro de 7 mai 2008 de PloS One (Public Library of Science, revue en libre accès). Le texte intégral écrit par Weinfurt et al est disponible sous le titre "Cohérence des déclarations de conflits d'intérêts dans la littérature médicale: le cas des stents coronariens", en version originale

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28/04/2008

Les acrobaties de l’Afssaps avec les conflits d’intérêts… Belles paroles, encore plus belles contradictions…

L’Afssaps (agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) s’enorgueillit d’avoir mis en place une 834f8ad18b900d9d571462211e21bd6e.jpgpolitique de régulation des conflits d’intérêts, notamment sous forme du Fichier informatisé de déclaration des conflits d’intérêts (FIDES), censé être accessible sur le site de l’Agence.

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais » serait un assez bon résumé de la politique de l’Afssaps… Et encore, c'est un euphémisme, parce qu'on se rend compte que l'agence n'a rien appris de ses propres bourdes entre 1995 et 2008. La pétition de principe dit : « dans la mesure où un expert s'abstiendrait, pour des raisons personnelles ou professionnelles (ex. engagement de confidentialité avec une firme) de donner une information et que cette information est nécessaire à la gestion des conflits d'intérêts, cette abstention est incompatible avec l'exercice d'un mandat d'expert à l'Afssaps ».  Mais il suffit d’une recherche approfondie pour constater que toutes les données ne sont pas publiques, d’une part, et que tous les experts et membres des groupes de travail, de lecture et de validation ne font pas de déclaration d’intérêts – ce qui ne veut pas dire qu’ils n’en ont pas… Et l’Afssaps n’exerce – et ne veut exercer – aucun contrôle sur l’existence et l’exactitude des déclarations d’intérêts. Sans parler de réprimer les mensonges...

Alors quelle conclusion tirer, si on se borne à mesurer la pratique de l’agence à ses propres prétentions ? Sur une autre page de belles paroles et d'incantations de la déontologie, l’Afssaps ajoute d’elle-même une remarque tout à fait juste : « la crédibilité de l’expertise » en matière de sécurité sanitaire « suppose la transparence des procédures d’évaluation et la transparence des règles de gestion des conflits d’intérêts ». A la lumière de cette dernière affirmation, les manquements à la politique de gestion des conflits d’intérêts, que tout le monde peut constater en pratique, frappent de nullité cette expertise dans son ensemble… Nous avions raison de parler d'agence d'insécurité sanitaire, non?

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03/02/2008

Les leçons du procès Neurontin : conflits d’intérêts, corruption, manipulation de la formation médicale continue

La question du suicide, abordée dans la note précédente, s’était déjà posée en marge du scandale de l’antiépileptique Neurontin (gabapentine). Mais l'affaire judiciaire Neurontin a dévoilé beaucoup de dimensions et de facettes de la stratégie des multinationales pharmaceutiques et vaut la peine que l’on s’y attarde le temps d’une note…

Voici un article de la revue belge Minerva. Revue d’Evidence Based Medicine [médecine basée sur des preuves]. Il y est question des pratiques de corruption de Pfizer pour faire prescrire l’antiépileptique Neurontin, et des pratiques douteuses de l’industrie pharmaceutiques qui rendent cela possible, encore de nos jours, en manipulant la formation des médecins et l’information médicale. Pfizer a dû payer 430 millions de dollars d’amende aux Etats-Unis, pour une stratégie délibérée de promotion illégale du Neurontin.

A la fin du texte, il y a un lien vers un article intéressant sur les mêmes combines, puis un autre vers un document officiel concernant les contraintes de Pfizer suite au procès. On peut toujours espérer que la France s'en inspire un jour...

A partir du procès Neurontin, qui date de 2004, l’article de Minerva EBM décrit un schéma répétitif, un registre de méthodes diversement combinées par l’industrie pharmaceutique selon la cible respective. Seuls la firme et le médicament changent.

On y voit pourquoi l’industrie investit partout et comment elle se sert du contrôle quasi-total que ces financements lui donnent sur tout le système de soins. Et notamment sur la formation continue des médecins (qu’elle contrôle à 98% en France). Les faiseurs d’opinion sont un autre levier essentiel du dispositif de désinformation : des médecins réputés dans leurs spécialités respectives – qui sont payés pour faire de la publicité à tel médicament. Ils  écrivent des articles promotionnels, en parlent dans les media, spécialisés ou généralistes, ils en imposent l’usage dans leurs services hospitaliers, etc. Puis il y a les cadeaux et congrès au soleil et la visite médicale pour les « petits » médecins… Sans parler des études médicales dont le contenu peut changer comme par magie… Bref, des conflits d’intérêts à tous les niveaux, et les intérêts financiers des firmes et de leurs obligés qui passent avant le seul intérêt légitime dans le système de soins : la santé de l’usager.

La formation médicale sans tain : la promotion de la gabapentine [Neurontin]

« Le vif intérêt des firmes pharmaceutiques pour être reconnues comme partenaires de la formation médicale continue est perçu de manière fort divergente par les différents organisateurs de telles activités. Le récit, publié sous la forme d’une ‘Narrative Review’ dans les Annals of Internal Medicine1, de la promotion de la gabapentine (Neurontinâ) par la firme Warner-Lambert dans les années 1990 invitera sans doute à davantage de réflexion. Toute l’information provient des minutes du procès qui a eu lieu, source quasi unique de ce type de révélations.

La firme Pfizer a repris à son compte, en l’an 2000, les activités de la firme Warner-Lambert. C’est dans ce cadre que la firme Pfizer a été condamnée, en 2004, pour avoir enfreint la réglementation fédérale lors de la promotion de la gabapentine. Ce médicament avait été enregistré, jusqu’en 2002, uniquement dans l’indication de traitement adjuvant en cas d’épilepsie. Pfizer a dû cependant admettre que la firme Warner-Lambert avait promotionné ce médicament dans d’autres indications : douleur, troubles psychiatriques, migraine et autres indications non étayées. La condamnation a suivi : 430 millions de dollars.

Une transgression de la réglementation étatsunienne ou autre lors de la promotion d’un médicament est monnaie courante2,3. Ce qui nous paraît surtout intéressant dans cette affaire, c’est de découvrir la stratégie, bien élaborée, qui a permis d’influencer pendant plusieurs années le jugement et les stratégies de prescription des médecins. Pour la promotion de la gabapentine, la firme a constitué des commissions d’avis, a organisé des réunions de consultants et des séances de formation médicale continue avec l’aide de tiers rémunérés. Cette stratégie s’appuyait sur des promoteurs locaux avec la collaboration de leaders d’opinion devant communiquer des messages favorables pour la gabapentine à leurs confrères. La recherche et des bourses d’étude étaient également utilisées pour le marketing, en encourageant les prescripteurs cibles à participer à cette recherche, dans le cadre d’une grande étude ciblant des indications fort larges. Le but final était l’obtention d’une part de marché importante. Des sociétés de communication médicale étaient sollicitées pour élaborer et publier des articles concernant la gabapentine dans les revues médicales, mais aussi pour faire disparaître les études non favorables au médicament.

Ces révélations sont perturbantes ; comment une telle situation a-t-elle pu voir le jour ? Il faut, en premier lieu, se rendre compte qu’un médicament a pu être promotionné pendant des années en dehors des indications officielles (reconnues par la FDA dans ce cas). Ce phénomène suscite l’étonnement, l’incompréhension mais aussi un sentiment d’insécurité. En Belgique, les indications d’un médicament sont déterminées avec précision par la Commission des Médicaments. Faire la promotion, hors indication, d’un médicament, expose, dans la réglementation de la nouvelle Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, à de lourdes amendes. Le praticien qui établit une prescription médicamenteuse hors indication (« off label ») le fait à ses propres risques.

Cet exemple illustre également à la perfection l’adage « Medical education drives this market »2, manipulation de la formation médicale continue guidée par une motivation exclusivement économique. Ces constatations sont très inquiétantes pour l’évaluation de la qualité de la formation médicale continue. Comme les auteurs de cet article, nous y voyons une préoccupation essentielle. D’une part, de nombreux médecins et collaborateurs revendiquent et construisent une information indépendante ; les recommandations de bonne pratique, le CBIP [bulletin de pharmacovigilance] et Minerva en sont des exemples. Cette information indépendante critique est cependant dépendante des études publiées, largement sponsorisées dans la plupart des cas². Face à cette démarche, les stratégies de marketing, avec leur confusion orchestrée entre résultats d’études, formation continue et promotion2,3.

Avec tous les professionnels de la santé et avec les autres personnes réclamant une information indépendante à propos des médicaments, Minerva plaide pour l’élaboration d’un code rigoureux. Les conflits d’intérêt éventuels des médecins, des chercheurs, des auteurs, des sociétés scientifiques, des revues, des associations de patients, des organisateurs et orateurs de formation médicale continue doivent être mentionnés dans la transparence. Cette condition remplie, les professionnels de la santé pourront ainsi se forger un avis de la validité de l’information reçue. Cette préoccupation dépasse largement nos frontières4. En Belgique, force est de constater le peu de réponse à l’appel lancé par l’Académie Royale de Médecine à ce propos5.

Pierre Chevalier, Marc De Meyere

Références

  • 1.       Steinman MA, Bero LA, Chren MM, Landefeld CS. Narrative review: the promotion of gabapentin: an analysis of internal industry documents. Ann Intern Med 2006;145:284-93.
  • 2.       Angell M. Is academic medicine for sale? N Engl J Med 2000;342:516-8.
  • 3.       De Meyere M. Manipulations insidieuses : Minerva pas assez critique ? MinervaF 2004;3(3):36-7.
  • 4.       Brennan T, Rothman D, Blank L, et al. Health industry practices that create conflicts of interest. JAMA 2006;295:429-33.
  • 5.       Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België. De relatie tussen artsen en de farmaceutische bedrijven. Tijdschr Geneeskd 2002;58:1617-9. »

Notre remarque: les recommandations de bonne pratique sont faites par des experts, ayant très souvent eux-mêmes des conflits d'intérêts. Pareil pour ceux qui sont chargés de pharmacovigilance, surtout au niveau national. On ne peut pas penser d'emblée, comme le fait Minerva, qu'ils sont blancs comme neige... Les revues médicales qui acceptent la publicité des laboratoires non plus, d'ailleurs. 

Cet article de l’Alliance for Human Research Protection donne une bonne description des multiples conflits d’intérêts et de l’instrumentalisation de la formation médicale continue pour que des médecins achetés par les Pfizer imposent le Neurontin dans toutes sortes de maladies. Il y a d’autres informations et exemples de conflits d’intérêts surtout en psychiatrie. L’agence américaine du médicament est épinglée pour son silence, voire sa servilité envers les firmes. Toute ressemblance avec la situation française n’est pas fortuite…

Ce qui est intéressant lorsqu’une firme pharmaceutique est poursuivie aux Etats-Unis - à part la possibilité même de poursuivre, s'entend! - c’est la transparence de la justice : le jugement est rendu public, accessible sur Internet, tout comme les grandes lignes des obligations de la firme respective envers l’Etat. Elle signe une sorte de contrat de redressement avec les pouvoirs publics, appelé « corporate integrity agreement ». Il s’agit d’une série de contraintes et de dispositifs destinés à ramener Pfizer, en l’occurrence, sur le droit chemin, celui de l’intégrité, et de l’y maintenir. Ce qui n’est pas chose facile, parce que l’industrie pharmaceutique a une tendance naturelle au dévoiement… Ces « accords » sont pour une durée déterminée ; de 2004 à 2009 pour Pfizer. Période pendant laquelle la firme susceptible d’être contrôlée plus souvent par l’Inspection Générale, relevant du Département fédéral de la santé aux Etats-Unis. Les grandes lignes de l’accord sont détaillées sur cette page de l’Inspection Générale.

Quand est-ce qu’on aura en France aussi une loi qui permette d’avoir toute l’information, des lois qui permettent de défendre le bien public et la santé publique, des procureurs qui intentent des procès aux firmes pour corruption et autres fraudes, des jugements publics et des programmes de redressement accessible sur Internet ??

31/01/2008

Avandia: conflits d'intérêts partout. L'Afssaps parle pour ne rien changer

 L’édition d’hier du journal International Herald Tribune annonce une autre facette du scandale Avandia (rosiglitazone), qui confirme, si besoin était, à quel point cette affaire ressemble à celle du Vioxx. En plus des effets secondaires similaires (surtout cardiovasculaire) des deux médicaments et des multiples tentatives pour occulter la vérité, l'affaire Avandia est un autre exemple éclantant du fait que certains médecins n’ont plus ni foi ni loi lorsqu'ils sont achetés par les firmes pharmaceutiques…

D'autre part, notre vénérable Afssaps reste semblable à elle-même, imperturbable même devant tant de crises cardiaques... comme le montre son communiqué du 25 janvier. Elle a le coeur solide, elle...

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24/01/2008

L'industrie pharmaceutique investit dans le marketing, plus profitable que la recherche. Ses intérêts financiers sont contraires à l'intérêt général

Il s'agit d'une étude canadienne de 2002 sur les conséquences de la politique de l'industrie pharmaceutique - le profit avant Argent Pharmalot.jpgtout! - sur l'économie et l'intérêt général canadiens. Voici la présentation qui en est faite sur le site de l'Université du Québec à Montréal:

 

"Le professeur titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM, Léo-Paul Lauzon et le chercheur Marc Hasbani, ont rendu publics les résultats de leur étude intitulée : Analyse socio-économique de l’industrie pharmaceutique brevetée pour la période 1991-2000.

À partir d’une analyse rigoureuse sur une période de 10 ans des états financiers de ces neuf firmes pharmaceutiques majeures : Merck Co., Bristol-Myers Squibb Co., Pfizer Inc., Abbott Laboratories, Warner-Lambert Co., Eli Lilly Co., Schering-Plough Corp., SmithKline Beecham, et GlaxoWellcome, ils ont mis en évidence le rôle joué par ces compagnies sur l’augmentation du prix des médicaments et du coût des soins de santé publique. Voici les constats majeurs de cette étude, dont on pourra retrouver la publication intégrale sur le site de la Chaire.

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