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18.09.2011

La santé publique dans tous ses états: questions au Dr Alain Braillon, un expert trop indépendant (I)

J'ai proposé un entretien au Dr Alain Braillon, à la fois pour Pharmacritique et pour la Fondation Alain Braillon désaffecté.jpgSciences Citoyennes, ce qui permet à l'association d'exprimer son soutien et sa solidarité en lui donnant directement la parole. Cette forme permet aussi de tendre un miroir à la santé publique, par des réponses à mes questions ciblées sur des actualités comme sur des problématiques plus globales. Voici la première partie de cet entretien, après une introduction faite par moi. La deuxième partie est ici

Mis sur le banc de touche pour avoir trop bien fait son travail, le Dr Alain Braillon est un témoin privilégié de la démolition de la médecine de santé publique, parente pauvre d’une médecine calquée sur les demandes de l’industrie pharmaceutique, dans un système tout entier conçu pour être pharma-amical, faire non pas de la prévention rationnelle, mais de l’abus de prévention, réduite à son sens pharmacologique, faire de la médicalisation des états physiologiques comme des facteurs de risque, des états d’âme, du mal-être socio-économique… Avec ses conséquences de surmédicalisation, surdiagnostic et surmédicamentation et l’augmentation exponentielle des risques iatrogènes. Ces tares structurelles ont été exposées moult fois sur Pharmacritique et illustrées aussi par le « cas » représentatif d’Alain Braillon.

Un article récent épinglait la misère de la médecine de santé publique, première victime de coupes budgétaires et du désinvestissement de l’Etat, qui ne saurait être occultée par quelques vitrines bien lustrées telles que le mastère de santé publique annoncé par le Cnam, l’Institut Pasteur et l’EHESP (Ecole de Hautes Etudes en Santé Publique). Ces institutions devraient donner des garanties de leur indépendance et de la qualité de leur formation, par exemple en ayant recours à des experts indépendants et reconnus au niveau international. Proposer une chaire à Alain Braillon serait un bon début.

En posant un certain nombre de questions, au nom de la Fondation Sciences Citoyennes et de Pharmacritique, j’ai souhaité demander au Dr Alain Braillon de tendre un miroir à cette santé publique qu’il connaît désormais sous toutes les coutures : de l’intérieur, de l’extérieur et même en tant que « dommage collatéral » parmi d’autres induits par la politique du gouvernement actuel. Car c’est en pratique, sur de tels cas précis de démolition d’un service et d’éviction de l’un des rares médecins français à être une référence de niveau international, que l’on peut juger ce qu’il en est des annonces médiatiques et du projet de loi de Xavier Bertrand, présenté comme « radical » et à même d’introduire une coupure nette entre « l’avant et l’après Médiator ».

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16.09.2011

Lettre ouverte à l’ONU et l’OMS : stratégie globale d’approche et de prévention des maladies chroniques (risque environnemental, maladies professionnelles…)

Suite au rapport de l'OMS sur l'"épidémie" de maladies non-transmissibles, intitulé Global Status maladies chroniques fréquence oms,réunion maladies non-transmissibles onu,maladies chroniques facteurs environnementaux,perturbateurs endocriniens prévention,prévention maladies chroniques,prévention cancer environnement,oms cancers maladies chroniques,oms maladies cardiovasculaires,lettre ouverte oms onu maladies chroniques,maladies professionnelles environnement exposition,prévention non médicamenteuse,travail des enfants,grossesse risques environnement,oms maladies non transmissiblesReport on Noncommunicable Diseases 2010 [NCD], le 19 et 20 septembre aura lieu à New York une "Réunion d’experts de haut niveau des Nations Unies sur la Prévention et le contrôle des maladies non-transmissibles à l’échelle globale". Occasion pour une containe de scientifiques de signer une lettre ouverte sur ces questions, demandant aussi si ces experts ont entendu l’appel des Asturies (explicité dans le texte). 

"Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui [13 septembre 2011] à l’initiative du Dr. Annie J Sasco et de André Cicolella, plus d’une centaine de scientifiques, professionnels de santé, représentants de la société civile et autres acteurs, demandent aux Nations Unies et à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de relever le défi des maladies non-transmissibles par une action menée au niveau global, en particulier dans les pays en développement, et des mesures visant les facteurs de risque environnementaux et la prévention des maladies professionnelles. La réunion d’experts de haut niveau sur la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles prévue pendant la prochaine session de l’Assemblée des Nations-Unies à New-York sera un moment déterminant pour les politiques de santé des années à venir."

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09.07.2011

Surdiagnostic des cancers: entre dépistage obligatoire en Pologne et surdépistage imposé en douce en France sous pressions diverses

J’ai déjà évoqué dans ces pages la surmédicalisation – cette médicalisation infinie de la vie dont parlait Foucault en tant que forme de dépistage cancers Turcotte Welch.jpgbiopouvoir et moyen de contrôle social, en abordant certaines de ses formes, dont l’abus de prévention. Le surdépistage des cancers en est une facette particulièrement grave, compte tenu des conséquences extrêmes qu’elle peut induire (procédures inutiles et risquées, médicamentation très lourde qui peut être mortelle (un analogue agoniste GnRH (Enantone/Eligard/Viadur, Décapeptyl, Zoladex…) chez un homme de plus de 70 ans ayant des facteurs de risque cardiovasculaires risque beaucoup plus de le tuer qu’un cancer de la prostate - avant ou après lui avoir rendue la vie très pénible).

Certes, le dépistage d’une dysplasie de haut grade par un frottis cervico-vaginal n’entre pas dans la même catégorie, puisqu’il n’a pas le même risque qu’une biopsie de la prostate ou que des mammographies cumulées. Mais d’ici à le rendre obligatoire…

Je voudrais signaler cette nouvelle inquiétante venue de Pologne, tout en rappelant que la situation n’est pas meilleure en France et ailleurs. Chez nous, c’est peut-être plus grave, parce que l’obligation n’est pas perceptible comme telle. L’industrie pharmaceutique et les autres industriels qui ont intérêt à développer ces pratiques de surmédicalisation, de concert avec les médecins qui se prêtent au jeu, du fait des conflits d’intérêts ou de la désinformation – amènent les usagers à se soumettre librement. C’est une façon beaucoup plus efficace, parce que ces derniers pensent que c’est dans l’intérêt de leur santé de se soumettre à ces dépistages, voir même que c’est leur liberté de les demander et de les avoir.

Je rappelle plus bas qu’il y certains décideurs politiques, certains médecins et réseaux de médecins qui s’opposent à cela – et peuvent le payer très cher. Enfin, j’évoque la manipulation par la peur et divers moyens de pression qui interviennent dans l’autorisation des médicaments et procédures ayant trait de près ou de loin aux cancers, dans les extensions d’indication, dans le refus d’évaluation ou réévaluation de moyens thérapeutiques d’efficacité douteuse, etc.

Je donne un certain nombre de liens et de références d'articles et livres sur les dangers et les conséquences du dépistage organisé (surdépistage) et du surdiagnostic qui en résulte et mène à des traitements inutiles et risqués.

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14.05.2009

Conflits d’intérêts et financement industriel influencent les résultats de la recherche sur le cancer, selon une analyse de 1.534 essais cliniques

Les résultats des études et essais cliniques sur les divers traitements du cancer sont directement dépendants des conflits d’intéCorruption conflits d'intérêts Vienna;at.jpgrêts des chercheurs (liens financiers personnels ou institutionnels) et/ou du financement des recherches par les laboratoires qui produisent les médicaments testés dans ces essais. Les études biaisées par les conflits d’intérêts ont au moins deux fois plus de résultats plus favorables aux médicaments et autres procédures testés que celles indépendantes. Le taux de survie attribué aux mêmes "interventions" - terme utilisé dans le texte original - serait significativement exagéré par les auteurs ayant des conflits d’intérêts, par rapport aux indépendants.

Ce qui veut dire en pratique que des médicaments estimés efficaces et censés réduire nettement le taux de mortalité ont en fait un bénéfice largement surévalué. Donc un nombre potentiellement important de patients sont traités par des moyens qui ne sont pas plus efficaces que l’absence de traitement ou les méthodes moins invasives. C’est ce que montre une analyse de 1.534 essais cliniques publiés en 2006 dans 8 grandes revues internationales (voir plus bas). Analyse faite par Reshma Jagsi et al. de l’université du Michigan et parue le 11 mai sur le site de la revue Cancer, sous le titre "Frequency, nature, effects, and correlates of conflicts of interest in published clinical cancer research" (Fréquence, nature, effets et corrélations des conflits d’intérêts présents dans la recherche sur le cancer ayant fait l’objet de publications. Cancer 2009; DOI: 10.1002/cncr.24315).

Il faut dire d’emblée que les chiffres doivent être relativisés, parce que, comme le précisent les auteurs eux-mêmes dans le texte complet (réservé aux abonnés), ils ne se basent que sur les déclarations de conflits d’intérêts et de financement industriel. Or on sait que ces déclarations sont bien loin d’être complètes. La situation réelle est donc probablement pire que l'image qui se dégage de cette analyse.

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30.01.2009

L'Atlas de la mortalité par cancer: elle est plus importante dans les zones pauvres, au Nord et à la périphérie des grandes villes

"Le cancer connaît des différences selon les régions de France", nous dit Le Point du 28 janvier, dans un compte-rendu de L'Atlas de la mortalité par cancer en France métropolitaine (réalisé par l'Inserm, le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès et l'Institut national du cancer), qui met en évidence les évolutions des différents cancers entre 1970 et 2004 ainsi que les disparités géographiques. A regarder la carte, personne ne sera surpris de voir que la mortalité est plus importante dans les régions pauvres, au nord comme dans les périphéries des grandes villes: "À un grand ensemble nord-ouest de la France caractérisé par des taux de mortalité élevés pour les tumeurs de l'appareil digestif s'oppose un ensemble nord-est marqué par des taux élevés de cancers de l'appareil respiratoire et de la vessie. (...) [L]es écarts grandissants entre les centres urbains et leurs périphéries, ainsi que l'aggravation des disparités intra-urbaines, notamment au sein du bassin parisien, sont particulièrement à suivre dans les années à venir".

Plus de détails sur le site Hôpital.fr. Le texte complet de l'Atlas peut être lu sur cette page. Lire aussi les notes de Pharmacritique rassemblées sous la catégorie "Inégalités sociales en santé".

Elena Pasca

Cancer régionalisé.jpg

02.12.2008

Incertitudes sur l’histoire naturelle du cancer du sein: gare aux traitements inutiles, dit un éditorial qui prend acte des 22% de régression spontanée

J'ai parlé dans cette note de l’étude de Per-Henrik Zahl, H. Gilbert Welch et al. qui estiment à 22% le taux de Cancer sein.jpgrégression spontanée des cancers du sein (et donné d'autres éléments ici). L’étude est accompagnée par un éditorial de Kaplan et Pozsolt, paru dans le même numéro des Archives of Internal Medicine, sous le titre « The Natural History of Breast Cancer » (L’histoire naturelle du cancer du sein; 2008,168(21) :2302–2303). Les auteurs soulignent la valeur incertaine de la mammographie, le peu de connaissances actuelles sur l’évolution naturelle des cancers non traités et, s’agissant du cancer du sein, sur la différence entre les cancers des femmes ménopausées et post-ménopausées, puisqu’ils ne semblent pas évoluer de la même façon.

Si l’on se réfère à l’histoire naturelle des cancers en général, l’exemple du cancer de la prostate est le plus prégnant, puisque beaucoup de tumeurs ne poussent que très lentement, ne mènent pas à des métastases et n’affectent en rien la qualité de vie des patients.

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01.12.2008

Surdépistage du cancer du sein: les femmes otages de l'industrie pharmaceutique du cancer

Voici une caricature de Adams et Berger qui montre à quel point le corps des femmes est devenu objet de commerce, pris en otage par l'industrie du cancer ou "l'économie du cancer" (Barbier/Farrachi), à des fins de profit et à défaut d'une volonté politique forte qui s'attaquerait aux vraies causes - environnementales, chimiques... - du cancer du sein. Les auteurs soulignent eux aussi les dégâts des dépistages trop rapprochés (mammographies, biopsies, procédures invasives dès la moindre anomalie histologique...). La caricature saisit l'essence des notes réunies sous la catégorie "Cancer, prévention, industrie du cancer".

cancer Mike Adams.jpg

26.11.2008

Contre le surdépistage et le surdiagnostic des cancers, H. Gilbert Welch nous enseigne les effets bénéfiques du scepticisme sur la santé

Nous parlions dans cette note de l’étude de Per-Henrik Zahl, H. Gilbert Welch et al qui mettent en évidence la Cancer dépistage.jpgrégression spontanée de 22% des cancers du sein et reposent avec éclat la question du surdépistage et du surdiagnostic de certains cancers qu’il aurait mieux valu ignorer, et ce pour que les personnes en question restent en bonne santé…

H. Gilbert Welch est professeur de médecine interne et familiale à la faculté de médecine de Dartmouth et dirige un département du ministère des anciens combattants (Veteran Affairs) dans l’Etat du Vermont.

Son livre Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi (PU Laval, 2005) fait une irruption rafraîchissante dans le monde sclérosé d’une médecine qui se comprend de plus en plus comme une application standardisée, réflexe et non réfléchie des acquis technologiques à l’ensemble de la population, et peu importe qu’il y ait des bénéfices réels ou pas. Or un dépistage généralisé ne tient pas lieu de politique de santé publique !

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Taux élevé de régression spontanée en cancer du sein, selon une étude. Occasion de rappeler les effets néfastes du surdépistage : faux positifs, cancers radio-induits…

22% des cancers du sein régresseraient tout seuls - c’est l'estimation à laquelle arrive une étude publiée le 24 novembre dans la revue Archives of Internal Medicine : "The Natural History of Invasive Breast Cancers Detected by Screening Mammography" (L’histoire naturelle des cancers invasifs du sein détectés lors des mammographies de dépistage).

Les auteurs, Per-Henrik Zahl, Gilbert Welch et al, Américains et Norvégiens travaillant sur des données norvégiennes, concluent que "certains cancers du sein [qu’ils estiment à 22%, chiffre qui inclut certains cancers invasifs] détectés par des mammographies répétées régresseraient au point de ne plus être détectables si on faisait une seule mammographie au bout de 6 ans. Il est possible que l’évolution naturelle de certains cancers invasifs soit de régresser spontanément", sans aucun traitement qui, en l’occurrence, ferait plus de mal que de bien. La question centrale est celle du surdiagnostic résultant du surdépistage.

 

Un article paru hier dans le New York Times – "Study Suggests Some Cancers May Go Away" (Une étude suggère que certains cancers pourraient disparaître tout seuls) - rend compte de l’étude et des réactions mitigées provoquées par ses résultats.

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19.11.2008

La société cancérigène: le productivisme et la pollution généralisée entretiennent une très profitable industrie du cancer

L’ouvrage La société cancérigène: Lutte-t-on vraiment contre le cancer ? par Geneviève Barbier et Cancer livre Barbier.jpgArmand Farrachi, paru en 2004, n’a rien perdu de son actualité. Si vous ne l'avez pas encore lu, c'est le moment! Il est parfaitement documenté et n’a rien d’une litanie passéiste coupée de la réalité.

Il faut qu’on s’habitue à ce terme – industrie du cancer - aussi difficile à accepter soit-il, parce qu’il désigne une réalité : ce cercle vicieux entre pollutions de toute sorte (substances toxiques dans l’environnement, dans l’alimentation et le cadre de vie et de travail en général, effets délétères des médicaments, etc.) et le choix collectif consistant à sacrifier des centaines de milliers d’individus plutôt que de remettre en question la moindre parcelle de nos activités industrielles, agro-chimiques et autres et d’écorner ainsi les profits des lobbies qui s’enrichissent sur la souffrance des gens.

Barbier et Farrachi parlent à juste titre d’un "crabe aux pinces d’or", et la moitié du livre décrit très bien les mécanismes régissant "l’économie du cancer" : un réseau de secteurs d’activité qui font système et sont soumis à des "jeux d’influence et de lobbying".

(Pharmacritique reviendra sur cet aspect, puisque c’est ce système d’intérêts économiques et de conflits d'intérêts qui est la raison première du désastre civilisationnel dont le cancer est l’un des symptômes les plus évidents : l’autodestruction de l’humanité (et de la nature) au moyen de ses propres produits technoscientifiques non encadrés par des normes morales traduites en règles éthiques).

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