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12/05/2017

Critique du dépistage organisé du cancer du sein par mammographie: vidéo et texte du collectif Cancer-Rose et d'autres liens

Le collectif Cancer-Rose (dont le nom renvoie à "octobre rose", mois pendant lequel la propagande atteint des sommets) a un site riche en informations sur le dépistage du cancer du sein. Après cancer rose.pngquelques liens vers des articles qui détaillent les aspects essentiels de ce sujet et permettront de mieux comprendre la vidéo, je reprends une vidéo de 8 minutes dont la réalisation a été co-ordonnée par la Dr Cécile Bour.

A noter aussi l'article écrit par la Dr Annette Lexa le 1er mai 2017, dont je reprends des extraits après la vidéo, puisqu'il réagit aux façons dont tous ceux qui sont intéressés à la perpétuation du statu quo actuel ont essayé de minimiser la vidéo et les arguments qu'elle contient.

La vidéo présente le dépistage comme une loterie, avec très peu de gagnantes pour beaucoup de perdantes... Comme l'avaient fait le Pr Pierre Biron et le Pr Fernand Turcotte dans l'un des articles parus sur Pharmacritique à ce sujet depuis 2008. Celui-ci date du 6 avril 2012: Le glas aurait-il sonné pour la mammographie de dépistage du cancer du sein?

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22/04/2014

Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements: programme du 3ème colloque de Bobigny (25 et 26 avril 2014)

Quelques remarques avant de poster le programme

J'ai été absente au moment de la répartition des ateliers et des premières discussions, y compris sur le choix des personnalités invitées à donner des conférences introductives. Tout le monde connaît mes positions quant à l'existence même des ordres professionnels, donc de l'ordre des médecins et du conseil d l'ordre (CNOM), qui prétend auto-réguler la médecine. Aussi, je n'aurais pas invité le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l'Ordre des médecins. Et encore moins le président de la Haute Autorité de Santé, le Pr Jean-Luc Harousseau, au vu de mon article sur ses conflits d'intérêt, et plus particulièrement les plus de 200.000 euros perçus à titre d'honoraires personnels dans les trois ans précédant sa nomination (et non déclarés dans sa première déclaration d'intérêts). J'essaierai d'évoquer cet aspect lors du colloque.

Inviter les piliers du pseudo-système actuel me semble être une façon d'être récupéré, en tous cas, c'est faire un grand écart entre la théorie et la pratique.  

Cette année je ne (co)animerai pas d'atelier, d'une part parce que j'ai été absente et ne veux pas me greffer tardivement sur le travail de quelqu'un d'autre, ni créer des complications en cas de divergences d'opinion, d'autre part parce que je n'assume pas tous les aspects organisationnels. Mon absence lors de l'édition 2013 était aussi une façon de marquer une distance. Je m'y suis investie, malgré certains problèmes. Mais au final, pourquoi faire l'effort d'y aller alors que mes collègues du groupe Princeps ont invité une plagiaire à faire une contribution, malgré les objections que j'ai soulevées dès que son nom a été prononcé ? J'ai dit alors que ce serait elle ou moi, ce qu'ils n'ont pas pris au sérieux, et j'ai agi en conformité avec mes principes.

Il y a trop de différences entre la théorie et la pratique dans ce groupe, trop de désaccords, d'où ma distance progressive. J'envisage de partir et continuer à travailler sur ces questions comme je le faisais auparavant, en toute liberté. 

J'irai au colloque pour faire deux communications, en particulier celle sur la maltraitance, sujet majeur sur lequel je voudrais sensibiliser. Le titre est "La "maltraitance ordinaire": tare systémique en santé, source de sous-médicalisation et de surmédicalisation", dans le cadre de l'atelier sur la sous-médicalisation. J'aurais voulu faire l'autre communication sur l'approche et le traitement de l'endométriose, qui illustrent toutes les tares du système de santé français, y compris la surmédicalisation (et aussi la sous-médicalisation, du fait du diagnostic très tardif, etc.). Mais les autres membres du groupe Princeps ont refusé. Alors l'autre communication sera faite dans l'atelier sur "la surmédicalisation hier et ailleurs": Causes et formes de surmédicalisation et de sous-médicalisation dans le système allemand de santé. Un exemple à suivre, vraiment ?

La "maltraitance ordinaire" par les professionnels de santé est l'un des sujets sur lesquels j'ai travaillé pendant tous ces mois de silence, accumulant des faits, des preuves et des témoignages qui seront exposés dans des articles à venir. Il fallait lancer le sujet aussi dans le contexte de la discussion sur la surmédicalisation et la sous-médicalisation, d'autant que je m'intéresse depuis longtemps aux causes de ces phénomènes (cf. par exemple ma contribution à l'édition 2012 du colloque sur la surmédicalisation). La maltraitance en fait partie, et elle dépasse très largement la relation soignant-soigné à laquelle on la cantonne, ce qui est l'une des façons de la minimiser.

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02/05/2013

Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics et surtraitements - programme du colloque 3 et 4 mai à Bobigny

Le groupe Princeps organise, en coopération (pour la logistique) avec le Département de Médecine Générale de la Faculté de médecine de Bobigny et la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste

Le 2ème colloque de Bobigny: "Sur- et sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements", qui aura lieu le vendredi 3 mai de 9h à 17h et le samedi 4 mai de 9h à 13h, à la Faculté de Médecine de Bobigny, UFR Santé Médecine Biologie Humaine, 74 rue Marcel Cachin 93000 Bobigny. (Entrée du parking-et des piétons- avenue de la Convention)

PROGRAMME

Vendredi 3 mai 8h30 – 9h

Accueil café

Vendredi 3 mai – 9 heures

  • Introduction par le Doyen de la faculté de médecine de Bobigny (ou son représentant)
  • Présentation introductive du Pr Didier Sicard : "Autour du dépistage"

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Vendredi 3 mai – 9h30 – 11h30

Atelier N° 1 (modérateurs Jean-Claude Salomon et Omar Brixi):

Approche théorique : Comment se construit la médicalisation, ses excès, ses carences.

Intervenants:

  • E. Galam : Surmédicalisation, croyances et transmission
  • Florence Amrouche : La progression de la pauvreté et ses effets sur la santé
  • Marc Jamoulle : La prévention quaternaire
  • Michèle Le Barzic : Obésité : surmédicalisation ou médicalisation abusive ?

 

Atelier N° 2 (modérateurs François Pesty et A. Siary):

Surmédicalisation: État des réflexions et des actions dans différents pays.

Intervenants par vidéo :

  • S. Woolf : The US disadvantage: Shorter lives, poorer health
  • M. Kale : Trends in overuse, underuse and misuse
  • A. Elshaug : The Value of Low-value lists
  • Ch. Cassel : The Choosing Wisely campaign
  • H. Krumholz : Shared decision making
  • T. Quill & J. Temel : Early Palliative Care
  • J. Avorn : Academic detailing
  • S. Svensson : Surrogate End Points in clinical trials
  • L. Bero : Management of conflicts of interest

 

Vendredi 3 mai – 11h30 – 11h45

Pause café

Vendredi 3 mai – 11h45 – 12h 45

Séance plénière, Modérateur : M. Doré

Vendredi 3 mai – 12h45 – 14h

Déjeuner de travail sur place

 

Vendredi 3 mai – 14h – 16h

Atelier N° 3 (modérateurs Elena Pasca et Michel Thomas):

Le disease mongering (façonnage de maladies): formes méthodes et conséquences

  • Elena Pasca: Méthodes de disease mongering et leurs conséquences concrètes
  • Jean-Claude St Onge: Médicalisation de la détresse psychologique. Surdiagnostic et surtraitement
  • A. Giami: La médicalisation de la sexualité: un exemple paradigmatique
  • Xavier Briffault : Le rôle de l’évaluation par les échelles dans la sur-prescription des psychotropes
  • Rachel Campergue : Comment les techniques classiques de marketing sont utilisées dans la campagne de dépistage du cancer du sein

 

Atelier N° 4 (modérateurs Omar Brixi et Michel Doré):

Le dépistage en cause ? La prévention : une cause.

  • C. Vassy : Le dépistage de la trisomie 21 en France : une surmédicalisation ?
  • A. Siary : Cancer du sein et iatrogénèse
  •  E. Pasca : Le dépistage du cancer du sein : une construction sociale érigée en science
  • G. Delépine : Dépistage des cancers de la prostate par le PSA : scandale financier, gâchis humain
  • M. Yver : Surdiagnostic du cancer de la prostate : rôle de l’anapath

Vendredi 3 mai – 16h – 17h

Séance plénière, Modérateur : J.C. Salomon

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Samedi 4 mai  8h 30 :

Accueil café

Samedi 4 mai 9h – 11h

Atelier N° 5 (modérateurs A. Siary et Maïlys Michot-Casbas):

Pour une meilleure efficience: Actions et évaluations

  •  Sylvain Duval : Meilleure efficience dans la prescription de 2 anti-cholestérol
  •  François Pesty : Efficience des médicaments de l’hypertension
  •  E. Foisset : Influence de la visite médicale
  •  (...)

 

Atelier N° 6 (modérateurs M. Doré et M. Thomas):

Pour une meilleure efficience: Les médicaments essentiels

  •  J.C. Salomon : Médicaments essentiels : pourquoi une liste courte
  •  J. Doucet, E Boisdin, O. Nicol et coll : Etude des déterminants de la dé-prescription des médicaments en médecine générale
  • Cam Anh Khau, H. Vaillant, M. Doré : Génèse d’une liste de 100 médicaments essentiels des généralistes
  • Michel Thomas : Les 151 médicaments essentiels

 

Samedi 4 mai – 11h – 11h 15 :

Pause café

Samedi 4 mai 11h 15-12h 15

Séance plénière, Modérateur : O. Brixi

Samedi 4 mai 12h-12h15

Conclusions générales

Samedi 4 mai 12h15

Fin du colloque

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27/03/2013

2ème colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements". Ateliers et appel à contributions (3 et 4 mai 2013 à Bobigny)

Le groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas) organise les 3 et 4 mai 2013 le deuxième colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », à la Faculté de Médecine de Bobigny. Pour la logistique, le groupe Princeps collabore avec le Département de Médecine générale de la Faculté de Médecine de Bobigny et avec la SFTG.

A partir de cette page, vous pouvez accéder aux actes du colloque – textes complets, powerpoints, comptes-rendus, graphiques… - et à toutes les informations concernant le premier colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à Bobigny, avec les mêmes organisateurs. Les introductions détaillées que j’ai faites sur plusieurs pages, portant sur la médicalisation et la surmédicalisation, restent toujours d’actualité, tout comme le communiqué de presse et les autres documents collectifs. 

Les thèmes proposés pour la deuxième édition – 3 et 4 mai 2013 - sont exposés en détail après mes remarques préliminaires, dans des textes introductifs faits par les modérateurs de chaque atelier. Ces textes présentent le cadre de référence thématique ; ils ne sont pas exhaustifs. Le programme final sera établi par le comité d’organisation en fonction des contributions proposées et acceptées.

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09/03/2013

Trente ans de dépistage du cancer du sein : bonne intention et obstination dans l’erreur pour un résultat monstrueux

Par le Dr Bernard DUPERRAY 2ème colloque de bobigny surmédicalisation

(DPI / présentation de l’auteur en fin d’article)

 

Le cancer du sein fait l’objet depuis plus de vingt ans d’un dépistage mammographique individuel ou de masse organisé, associé à une énorme propagande purement démagogique, qui vante ses effets bénéfiques et occulte ses effets délétères.

Le cancer du sein reste encore en 2012 un problème majeur de santé publique, le cancer le plus meurtrier chez les femmes.

Il n’a pas été observé de baisse significative de la mortalité par cancer du sein. Là où cette baisse s’amorce, elle est retrouvée de façon identique chez les femmes dépistées et non dépistées. (1)

La France, où l’on fait proportionnellement 4 fois plus de mammographies qu’en Angleterre, obtient un résultat sur la baisse de mortalité par cancer du sein bien moins bon et l’un des plus mauvais avec la Suède en Europe occidentale.

Le recul de la mortalité par cancer du sein est beaucoup moins marqué que le recul global de mortalité toutes causes confondues dans la population générale, en dépit du fait qu’on en a fait une priorité avec le dépistage et qu’on lui a consacré plus de moyens qu’à d’autres pathologies. (2)

Il est par ailleurs remarquable que, même dans les pays où le dépistage est réalisé depuis longtemps, on n’observe pas de recul des formes avancées de cancer du sein. (3) Contrairement à ce qui est souvent affirmé, le nombre de mastectomies totales continue d’augmenter, et plus encore chez les femmes dépistées. (4-6)

Un bref rappel historique montre que l’on n’a pas tiré les leçons des erreurs pourtant patentes :

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19/10/2012

Dépistage du cancer du sein par mammographie: une construction sociale érigée en science, un marché infini. Et texte du Nordic Cochrane Centre

Le texte a été très largement complété jusqu'à la fin octobre.

En 2008, lorsque j’ai posté quelques petits articles critiques sur les dépistages réguliers du cancer surmédicalisation,surdiagnostic cancer du sein,dépistage cancer du sein,mammographie dépistage critique,peter gotzsche,h gilbert welch,gilbert welch dépistage cancer,mammographie faux positif,cancer du sein surtraitement,surmédicalisation surdiagnostic surtraitement,octobre rose conflits d'intérêt,ruban rose désinformation,désinformation cancer du sein,nordic cochrane centre cancer du sein,paternalisme cancer du sein,misogynie médecine cancer,médicalisation femmes,que choisir cancer du seinde la prostate par dosage du PSA et du cancer du sein par mammographies régulières, il n’y avait pas grand monde à en parler en public, références à l’appui, à l'intention de tout le monde, et d'abord des femmes et des hommes concernés.

(Je ne compte pas les quelques exposés faits lors de colloques scientifiques, ma bonne dame, dans l'entre-soi de quelques professionnels convaincus, qui allaient définir ce qu'il fallait dire et demander aux femmes de faire. Comme si tout ce qu'on attendait d'elles, c'est qu'elles s'adaptent encore et toujours, en substituant les anciens maîtres à penser par des nouveaux, qu'elles changent de nuances de rose, sans chercher à comprendre des choses qui dépassent les bécassines, par définition. D'ailleurs, n'est-ce pas ce qu'on attend des patient(e)s en général, en France?).

Les notions de médicalisation des (corps des) femmes, avec tout l'éventail du disease mongering, les notions de surmédicalisation, surdépistage, surdiagnostic, surtraitement… n’étaient pas encore à la mode dans le débat public, et personne ne parlait des effets indésirables graves des hormonothérapies de type analogues agonistes GnRH (Enantone/Lupron, Décapeptyl, Zoladex…) dans les cancers de la prostate et les cancers du sein hormondépendants. Cela a changé, une ammorce de débat sur le surdiagnostic existe, surtout concernant le cancer de la prostate, et c'est tant mieux. Cela dit, les effets indésirables graves de la classe de médicaments évoquée ne sont toujours pas débattus, même pas dans les colloques scientifiques fermés aux principales personnes concernées... Je les évoque plus bas et donne des liens pour en savoir plus, là-dessus et sur d'autres aspects.

Après des remarques critiques sur « octobre rose » et toute la campagne de communication, de manipulation et d’influence, avec un arrière-plan commercial de pink-washing, que nous subissons et qui entraîne une désinformation inacceptable des femmes ciblées par le programme de dépistage, je rappelle certains auteurs critiques, proteste contre le dérapage de Marisol Touraine et reviens sur les composantes de cette construction sociale qu'est le dépistage du cancer du sein tel qu'il est présenté dans les campagnes promotionnelles actuelles. C'est un complexe formé d'éléments très hétéroclites: représentations individuelles et collectives (sur la santé, le cancer, les femmes, la solution médicale...), affects contradictoires, intérêts commerciaux et idéologiques, illusions, sophismes, incantations, raisonnements fallacieux... Des croyances, opinions et demandes fabriquées jouant sur des leviers efficaces depuis la nuit des temps sont projetées sur l'"opinion publique", comme si c'est elle qui les avaient fabriquées, comme si ces demandes venaient des citoyens qui voudraient exercer leurs droits à travers le dépistage présenté unilatéralement comme une chance.

En attendant un texte détaillé et approfondi dans lequel j’exposerai les informations accumulées depuis plusieurs années et traduirai les conclusions de la dernière synthèse publiée par la revue Arznei-Telegramm en mars 2012, je voulais signaler - justement pendant « octobre rose » - un document en français. Il est très accessible et tout le monde devrait lire avant de s’engager dans cette démarche arbitraire qu’est le dépistage organisé du cancer du sein. Ce document aidera à ne pas se laisser culpabiliser et manipuler par la machinerie promotionnelle omniprésente. Il date de 2012 et a été rédigé par le NORDIC COCHRANE CENTRE, avec Peter GOTZSCHE comme auteur principal. Celui-ci est l'auteur du livre paru en janvier 2012 sous le titre Mammography Screening: Truth, Lies and Controversy [1] (Dépistage par mammographie: vérités, mensonges et controverses), distingué par la revue Prescrire et évoqué dans mon introduction, avec des liens vers son intervention lors de la remise du prix.

Le document du Nordic Cochrane Centre s’intitule « Dépistage du cancer du sein par la mammographie ». Je donne quelques-uns des extraits les plus édifiants. Merci de les lire et d’en parler autour de vous. Même chose pour le numéro d'octobre de Que Choisir Santé. L'UFC Que Choisir s'intéresse aux "épines d'"octobre rose", épines qui parsèment l'information autour du cancer du sein et de son dépistage par mammographies régulières.  

Le premier livre qui m’a fait prendre conscience de l’étendue du problème du surdiagnostic et de la surmédicalisation,surdiagnostic cancer du sein,dépistage cancer du sein,mammographie dépistage critique,peter gotzsche,h gilbert welch,gilbert welch dépistage cancer,mammographie faux positif,cancer du sein surtraitement,surmédicalisation surdiagnostic surtraitement,octobre rose conflits d'intérêt,ruban rose désinformation,désinformation cancer du sein,nordic cochrane centre cancer du sein,paternalisme cancer du sein,misogynie médecine cancer,médicalisation femmes,que choisir cancer du seinmanière dont notre système de soins surmédicalisé transforme des bien-portants en malades est celui de H. Gilbert WELCH, « Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi » [2], que je recommande à tous ceux – hommes ou femmes - qui envisagent d’entrer dans le cercle vicieux qu’induisent les campagnes de sensibilisation (« disease awareness »), dont le bénéfice n’est démontré que pour ceux qui vivent de l’industrie du cancer… Puis il y a eu les livres de Jörg BLECH (évoquant aussi les dépistages) et le livre de Nortin M. HADLER "The Last Well Person. How to Stay Well Despite the Health Care System" [3] (Le dernier bien-portant. Comment rester en bonne santé malgré le système de soins). Ce dernier explique particulièrement bien les coulisses et les étapes de ce dépistage organisé qui n'a plus rien de scientifique: il est devenu une construction sociale. Cette explication fait sens, en particulier lorsqu'on a des notions de sciences sociales. Je donne progressivement des éléments qui permettent de comprendre de quoi il s’agit, puis fais une synthèse à la fin de mon texte introductif. 

Il y a aussi les autres auteurs que j’ai mentionnés au fil des articles, qui ont écrit bien plus entre-temps sur les diverses dimensions du surdépistage, surdiagnostic et conséquences: Per-Henrik ZAHL, Peter GOTZSCHE, Ole OLSEN, William BLACK, Nortin HADLER, Samuel EPSTEIN, Robert KAPLAN, Philippe AUTIER, Alan CASSELS, Ray MOYNIHAN, Barbara EHRENREICH, Laura ESSERMAN, Ian THOMSON et d’autres. En France, en 2008, quand j’ai commencé, j’ai beaucoup apprécié le questionnement formulé par Dominique GROS.

Techniques et leviers de fabrique de l'opinion et du consentement, techniques de manipulation individuelle et collective, techniques de communication et de marketing

Il faut lire tous les ouvrages de ces auteurs traduits en français, pour pouvoir prendre une décision en connaissance de cause et ne pas suivre aveuglement les sirènes publicitaires d’une campagne qui relève du disease mongering (façonnage de maladies, redéfinition de maladies…) par certains aspects et dont les coulisses sont marchandes. Il faut décortiquer - par le recours aux outils développés par la psychologie sociale - les mécanismes à travers lesquels se fait la manipulation de toutes les parties prenantes de cette industrie du cancer, depuis les techniques de manipulation (convaincre, persuader, canaliser et orienter les opinions dans un certain sens, etc.) à proprement parler jusqu'aux préjugés qui font que la société encourage, accepte et valorise socialement toutes les étapes, toutes les opérations théoriques et pratiques par lesquelles cette construction sociale est mise en place, en passant par les méthodes de marketing, de communication et de publicité qui contribuent à l'acceptation et à la valorisation sociales, donc à la pression sociale qui pèse sur chacun des acteurs, notamment sur les professionnels de santé (pour prescrire, "vendre", banaliser, justifier et légitimer la mammographie en usant de leur position d'autorité, qui rend difficile toute critique, surtout faite par des "amateurs"). Sans oublier la pression sur les femmes, pour participer à ce système, avec plus ou moins de conviction.

Outre les techniques et combines de manipulation et de publicité / communication - qui sont en grande partie les mêmes quel que soit le domaine, puisque ce sont les outils habituels du lobbying / marketing -, il existe toute une symbolique spécifique qui habille ces techniques et permet de les occulter ou de ne pas les identifier comme telles. Je le dirai en détail en parlant des leviers qui sont utilisés à la fois pour fabriquer, obtenir et maintenir la participation et l'adhésion au dépistage régulier et à tout ce que ce système impose et entraîne comme conséquences. Le même registre de leviers - à peine habillés différemment car appliqués en fonction de l'objectif - permet de museler la critique de façon indirecte, par une "violence douce", puisque ce n'est pas une censure directe. Non, elle se fait à travers la pression sociale exercée sur les discours non conformes, et elle prend souvent la forme d'une autocensure, pour éviter la vindicte sociale et les reproches. Dans l'optique déformée induite par les manipulateurs d'opinion chez M et Mme Toutlemonde, les critiques apparaîtront comme des gens sans coeur, insensibles aux souffrances, manquant de solidarité, continuant l'oppression des femmes, cherchant à imposer des raisonnements économiques dans une perspective de quantification. Par exemple, les critiques du rapport coût/efficacité des anticorps monoclonaux partiraient d'une quantification inacceptable du prix d'une vie humaine.

Ces leviers sont définis par les stratèges publicitaires - les communicants et chargés de marketing - qui les intègrent aux applications des méthodes classiques de lobbying et de manipulation de l'opinion, elles-mêmes issues de la connaissance des mécanismes psychiques et psycho-sociaux. Car il faut savoir ce à quoi les gens sont sensibles pour que les messages publicitaires appuient là-dessus et utilisent des stimuli dont il est prévisible qu'ils seront captés et interprétés de la façon voulue et auront donc l'efficacité voulue, notamment en induisant des comportements et des attitudes conformes; il s'agit, en l'occurrence, d'attitudes d'adhésion, de consentement et de militantisme plus ou moins direct pour l'industrie de dépistage organisé telle qu'elle est aujourd'hui.

Pour obtenir ces attitudes conformes, lobbyistes, communicateurs et autres commerciaux se servent d'analyses très poussées, basées sur les connaissances en psychologie, sociologie et psychologie sociale. Ils savent comment l'esprit humain fonctionne en général, comment il se conforme aux normes, donc à des systèmes de préceptes dont l'origine est arbitraire mais qui sont devenus des règles intériorisées, internalisées, de nature à déterminer le comportement. Ils savent comment les hommes de certains groupes sociaux, de certaines catégories socio-professionnelles - dont on connaît le fonctionnement et les références déterminantes - réagissent à ce qui est socialement imposé. Ils réagissent à travers des préjugés - qui sont des automatismes facilitant l'appréhension et l'évaluation d'une situation et d'un contexte, puis aident à l'orientation et la décision. Les préjugés sont insérés dans des schémas de comportement, eux aussi prévisibles.

Les communicants ciblent les subterfuges de communication en fonction de ce qu'ils veulent créer sur chaque aspect du dépistage organisé, sur chaque rouage qui viendra s'emboîter dans l'ensemble, de façon à ce que tous les aspects soient "couverts" par une interprétation conforme et ne laissent aucune brèche pour l'exercice d'une interprétation libre, non contrôlée, non induite.

Bref, les leviers utilisés dans le marketing et dans la communication en général le sont en fonction de ce que les stratèges savent sur ces schémas et ces préjugés communs à une culture et à des groupes bien définis, de ce qu'ils savent sur les réactions et les motivations dans telle ou telle situation, sur le comportement prévisible face à une demande socialement valorisée, car conforme aux normes et valeurs groupales. Le principal levier, utilisé avec succès depuis la nuit des temps s'agissant des femmes, éduquées pour être particulièrement sensibles à cela et donc manipulables par ce biais, est la culpabilisation. La psychologie sociale a montré que la solidarité de genre - entre femmes, en l'occurrence, est plus forte que celle de classe, par exemple. Cette solidarité s'origine pour partie dans l'histoire commune d'oppression que partagent les femmes. Il est facile d'exploiter cette capacité-là dans le marketing du dépistage (comme ailleurs), en appelant les femmes à une fausse solidarité, au sacrifice de la majorité pour le bien de quelques-unes, bref, à l'abnégation - sacrifice de soi, et surtout de la subjectivité critique - qu'elles ont toujours dû pratiquer depuis des siècles... Dans le consentement à participer au dépistage organisé, l'on exploite délibérément les capacités nobles des femmes dans un contexte marchand où tous les principes et les valeurs invoqués pour culpabiliser et induire le comportement voulu sont déformés, faussés.

Les connaissances sur les rôles et la dynamique des groupes sont exploitées pour en tirer des applications allant dans le même sens. Il s'agit de ce que la psychologie sociale nous a appris sur la façon de créer et de tenir un groupe, de le maintenir sous emprise, de créer le consentement aux normes groupales. Tout cela est appliqué dans la conception des associations de militants, dans la création des associations de malades et des listes et groupes de discussion. Car la psychologie sociale permet de savoir d'avance quelles seront les réactions lors de la création d'un groupe, et comment elles évalueront, en fonction d'un certain nombre (limité) de rôles qui s'établissent à l'intérieur du groupe, rôles qui iront de pair avec des étiquettes qui identifieront telle personne à tel rôle dans le groupe.

 

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27/07/2012

Résumé des interventions lors du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements" (hors contributions)

Pour compléter les actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » (27-28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny), dont la publication commence sur cette page, voici le résumé des principales interventions faites pendant les ateliers (lors de la discussion succédant aux contributions) et pendant les trois assemblées plénières.

Merci à François PESTY d’avoir pris des notes et de les avoir transcrites. J’ai rajouté quelques paragraphes. Une version moins complète de ce texte a été diffusée sous le titre « Verbatim des interventions ». Si d’autres intervenants souhaitent compléter ce texte, merci de m’adresser le résumé de leurs interventions lors des débats et plénières à pharmacritique@voila.fr.

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07/07/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements". Ateliers 4, 5 et 6

Le colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » qui a eu lieu le 27 et le 28 avril à la surdépistage cancer,surmédicalisation surtraitement,médicalisation anticipation maladie,anne vega,anne pellissier fall,sous-médicalisation accès aux soins,pauvreté santé inégalités,surmédicalisation marché néolibéralisme,médicaments essentiels,maurice rapin médicaments essentiels,liste médicaments essentiels,mucoviscidose dépistage,evidence-based medicine surmédicalisationFaculté de médecine de Bobigny a été présenté plusieurs fois, en particulier dans les notes contenant l’introduction détaillée et le programme. Les enjeux et les possibles suites à donner – j’imaginais un mouvement citoyen d’idées - ont été évoqués dans le communiqué de presse des organisateurs.

Quant aux actes (powerpoint et textes transmis par les intervenants et les modérateurs) : sur Pharmacritique ont déjà été publiés les actes de l’atelier N° 1 (Surmédicalisation, mythe ou réalité), de l’atelier N° 2 (Causes et sources de surmédicalisation), de l’atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements), de même que les comptes-rendus des ateliers faits par les modérateurs respectifs. Des liens insérés au début de chaque page permettent d’accéder à tout ce qui a été publié là-dessus sur ce blog.

Voici les contributions aux ateliers N° 4, 5 et 6 (et quelques liens et fichiers complémentaires, envoyés par les contributeurs).

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02/07/2012

Atelier N° 3 : "Surdiagnostics sources de surtraitements" (suite des actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements" 2012)

Pour la continuité et une vue d’ensemble, vous pouvez lire les principaux documents déjà postés sur Pharmacritique à propos du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à la Faculté de médecine de Bobigny.

  • Le programme et l’introduction détaillée;
  • Le communiqué de presse des organisateurs (« La surmédicalisation, un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins »);
  • Les comptes-rendus des six ateliers, faits par leurs modérateurs respectifs ;
  • Les interventions lors de l’atelier N°1 (Surmédicalisation, mythe ou réalité) ;
  • Les interventions lors de l’atelier N°2 (Causes et sources de surmédicalisation).

Et voici l’introduction et les interventions - powerpoint ou texte, selon ce que les auteurs m'ont envoyé - lors de l’atelier N°3. Merci à tous ! J'ajoute trois liens reçus d'Alain Braillon, vers des textes critiques du surdépistage et surdiagnostic du cancer de la prostate.

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13/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements". L’atelier N° 1 : "La surmédicalisation, mythe ou réalité"

Le programme du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à la Faculté de médecine de Bobigny, est sur cette page. La présentation détaillée est sur celle-ci, avec une introduction globale sur les enjeux et l’urgence d’une prise de conscience par l’ensemble des citoyens, car la critique de la surmédicalisation n’est pas l’apanage des professionnels de santé.

Traduction pratique de la logique mercantile néolibérale dans le domaine d’une santé marchandisée, rendue possible par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, la (médicalisation et) surmédicalisation déforme toutes les pratiques et tous les actes médicaux, comme nous (les organisateurs) l’avons dit dans le communiqué de presse. Tous les citoyens sont concernés, et ils doivent en être conscients et contrecarrer ce phénomène, à titre individuel comme collectif, car ce sont eux qui paient, dans tous les sens du terme. Espérons que des alertes répétées mèneront enfin à la création d’un mouvement d’idées citoyen que j’ai appelé de mes vœux. Ce qui veut dire que l’on sortirait de l’entre-soi de quelques convaincus prêchant aux convaincus, de ce cercle restreint de « sachants ». Et que ce mouvement ne risquerait pas d'être orienté, dirigé et/ou limité par des professionnels de santé selon leurs intérêts plus ou moins directs, plus ou moins conscients, et selon leur degré de prise de conscience. Ce degré est limité parce qu’ils participent de ce système, en vivent, contribuent à le reproduire et à fournir les justifications et légitimations. Sans oublier qu'ils ont généralement du mal à reconnaître leur propre rôle dans la surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements.

La publication des actes du colloque a commencé par les comptes-rendus des ateliers du colloque, faits par leurs modérateurs. Voici les interventions composant l'atelier N° 1 (présentations powerpoint ou textes complets, selon ce que les auteurs ont transmis), suivies par le compte-rendu. 

Mise à jour: Sont accessibles les actes de l'atelier N° 2 (Causes et sources de la surmédicalisation), de l'atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements) et des ateliers N° 4, 5 et 6.

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08/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements": les comptes-rendus des ateliers (causes, formes, enjeux, médicaments essentiels…)

Les 27 et 28 avril 2012 a eu lieu à la Faculté de médecine de Bobigny le colloque surmédicalisation,colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,disease mongering surmédicalisation,surconsommation médicaments médicalisation,cancer surdiagnostic dépistage,médicalisation surmédicalisation,sécurité sociale impact surmédicalisation,sous-médicalisation accès aux soins,psychiatrie médicalisation dsm,groupe princeps,elena pasca,surmédicalisation causes formes risque,néolibéralisme médecine contrôle social,biopolitique biopouvoir médecine,médicaments essentiels,médicalisation sciences sociales« Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », co-organisé par le Groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), le Département de Médecine générale de la Faculté de Bobigny et la SFTG (voir le programme).

Conceptualiser pour faire comprendre les enjeux pour tous les citoyens

A ceux qui n’en ont pas encore eu connaissance, je conseille de commencer par cette page de présentation du colloque et des ateliers, avec mon introduction détaillée sur les enjeux et l’importance d’une prise de conscience globale, par l’ensemble des citoyens, de l’omniprésence de la surmédicalisation, de ses causes, formes et conséquences, de ses risques pour notre santé individuelle et publique, tout comme pour le système public solidaire de santé et de soins. Cette compréhension est d’autant plus urgente que nous n’en avons pas conscience, parce que la surmédicalisation n’est pas un bloc ; son aspect systémique résulte d’une convergence de pratiques et d’intérêts d’acteurs divers, dans tous les champs du soin, acteurs qui lui donnent des justifications de santé publique (prévention…) et même des légitimations d'apparence éthique. Tous ces dérapages sont rendus possibles par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine – thème de mon intervention -, et ils sont non seulement socialement acceptés, mais socialement valorisés… Parmi les distinctions que j’ai faites pour mieux expliquer le phénomène et ses justifications – car la conceptualisation et catégorisation est indispensable si l’on veut comprendre, expliquer et inciter à agir - figure celle entre médecine préventive, médecine prédictive et médecine prescriptive (au sens éthique du terme, illégitime).

Notre communiqué de presse, « La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins », contient certaines formulations concises de nature à éveiller l’esprit critique sur l’étendue quantitative et les dégâts qualitatifs de la surmédicalisation et sur le fait que la médicalisation inutile (et les cercles vicieux qu’elle induit) ont pour contraire dialectique la sous-médicalisation. La tendance est à l’augmentation des deux, si cette thématique ne fait pas son chemin dans l’espace public, dans un débat public mené par l’ensemble des citoyens, car il concerne les choix de principe et les décisions à prendre sur nos modes de vie et sur le type de société dans laquelle nous imaginons notre avenir.

Sortir de l’entre-soi corporatiste pour un débat et des décisions citoyennes

Ce débat doit impérativement être soustrait aux corporatismes, et ce d’autant plus que les professionnels de santé se sont toujours trompés ou ont échoué, parce qu’ils n’ont pas su (ou voulu) sortir de l’entre-soi, ni aborder lucidement leur propre rôle et celui de leurs organisations (ordre des médecins, syndicats, associations, sociétés savantes…) dans la légitimation, la reproduction et même l’aggravation des structures systémiques qui ont pour résultat quasi automatique la surmédicalisation.

J’ai essayé de porter, parmi les organisateurs du colloque, ces idées et surtout la nécessaire sortie de l’entre-soi corporatiste, comme la sortie du petit cercle des convaincus. J’ai exprimé cela aussi lors du colloque et après, appelant à faire sauter les barrières (et les querelles de clocher) entre spécialités et entre professionnels de santé et usagers, à renoncer aux habitudes de décision et d’action exclusivement de médecins à médecins (et organisations médicales), à ne pas prendre des décisions autoritaires à la place des usagers, ni dans un sens ni dans l’autre, mais à leur apporter des catégories explicatives, des concepts et des exemples utiles et facilitant leur compréhension, les aidant à construire et exprimer leur esprit critique, leur subjectivité réflexive et délibérative, à faire un usage public de la raison, notamment dans les décisions qui leur reviennent de droit, de par les capacités juridiques qui sont leur apanage en République.

Ce danger d’entraver la création et l’essaimage d’un mouvement d’idées à cause des vieux réflexes corporatistes et de l’entre-soi médical est toujours présent. Je n’ai jamais agi dans un esprit opportuniste et cela ne changera pas. Je ne me limiterai pas à un rôle de perroquet et de panneau publicitaire et ne cautionnerai aucun acte qui risquerait d’entraver le mouvement citoyen et de limiter l’information et la possibilité d’appropriation de ces sujets par l’ensemble des citoyens. Eux seuls – et non pas quelques médecins et organisations bienveillants mais illégitimes s’ils veulent parler au nom de la majorité - peuvent mettre un terme à des pratiques aussi répandues et aussi fortement enracinées ; eux seuls peuvent y voir plus clair, car l’immense majorité n’a aucun intérêt à la reproduction de ce système et n’en vit pas. 

Les lecteurs de Pharmacritique ne seront pas dépaysés, puisqu’il s’agit de thèmes et d’éléments déjà abordés largement sur ce blog, dans les articles des catégories « surmédicalisation », « prévention, abus de prévention », « disease mongering » et ailleurs. Car toutes les structures de notre pseudo-système de santé, et même la moindre forme de désinformation médicale, le moindre biais et le moindre conflit d’intérêt – tout cela a pour conséquence l’augmentation du nombre de bien-portants devenus malades consommateurs de médicaments, sous prétexte de prévention, dépistages, bilans réguliers…

Un mot sur l’atelier N° 2

J’ai parlé plus longuement que les autres contributeurs, car outre l’introduction à l’atelier (la catégorisation des causes exposées lors de la présentation du colloque) et la modération, j’ai aussi fait une contribution (comme les autres contributeurs).

C’est après lecture des résumés qui nous ont été envoyés que j’ai décidé d’en faire une, afin que des causes majeures de la surmédicalisation (thème de cet atelier) soient évoquées au moins une fois : des explications prenant en compte le contexte global, des hypothèses plus osées, très critiques, donc risquant la controverse, mais argumentées. Plusieurs personnes m’ont dit avoir eu un véritable « déclic », avoir compris comment tout s’est mis en place aussi du point de vue socio-économique, historique et idéologique, et avec quelles conséquences essentielles pour la santé, mais aussi pour le modèle actuel de société, avec la médecine comme outil de contrôle social exerçant une correction en vue de la mise au pas et de l'extirpation de la différence. Alors je me dis que le risque – me voir reprocher moult fois la longueur – valait la peine. Selon les retours que j’ai eus, cette interprétation fait sens et contribue à la construction d'une explication théorique plus globale, un cadre logique de pensée dans lequel viennent s’inscrire les informations et les exemples concrets. 

Elena Pasca

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COMPTES-RENDUS DES SIX ATELIERS (par leurs modérateurs)

Atelier N°1: 27 avril matin : SURMEDICALISATION, MYTHE OU REALITE

Animation et compte-rendu par Jean-Claude SALOMON

Introduction - Jean-Claude SALOMON

Quelles hypothèses peuvent être explorées :

  • - La surmédicalisation est une tendance lourde associée au mouvement médical.
  • - La surmédicalisation fait progressivement obstacle au progrès médical et entrave le fonctionnement de l’action sanitaire et médicale.
  • - La surmédicalisation résulte de l’obligation de moyens plutôt que de l’obligation de résultats . Elle détourne les moyens de leurs fins.
  • - La surmédicalisation coexiste avec la sous-médicalisation et avec les inégalités de santé, sans parvenir à les réduire.

Quelles questions peuvent avoir des réponses :

  • - Quel rapport y a-t-il entre la surmédicalisation et la marchandisation de la santé?
  • - La démarcation entre le normal et le pathologique s’est-elle déplacée?
  • - La médicalisation des problèmes sociaux est-elle extensive ?
  • - Comment la surmédicalisation est-elle ressentie par les citoyens (bien portants ou malades), par les institutions, par les professionnels ?
  • - Quels dysfonctionnements provoque-t-elle ?
  • - Que peut-on mesurer avec méthode et rigueur?
  • - Quelles catégories professionnelles sont concernées : épidémiologistes, économistes, démographes, géographes etc. (IRDES, DRESS) ?
  • - Situation comparée entre pays et entre régions.
  • - La surmédicalisation est-elle un dysfonctionnement du système de santé ? Dans l’affirmative est-ce un dysfonctionnement systémique ?
  • - La surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements sont-ils seulement l’expression du consumérisme ordinaire commun à tous les pays industrialisés?
  • - Surmédicalisation et sous médicalisation : 2 faces de la même médaille ou expression des inégalités de santé ?

 

Sylvie FAINZANG - La surmédicalisation, entre médecins et malades : en mettant la surmédicalisation en perspective avec les réactions de résistance qu'elle engendre chez les patients et les diagnostics auxquels ces derniers se livrent dans le cadre de l'automédication, on montre que les individus ne sont pas les simples objets, passifs, de la surmédicalisation puisqu'ils peuvent y être réfractaires, ou au contraire en être les auteurs. Dans ces deux cas, la surmédicalisation va de pair avec une sous-médicalisation, par un effet de sélection des symptômes médicalisés.

Jacques BIRGE - La non prescription en médecine générale : enquête de pratiques chez les maîtres de stage et stagiaires Stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) lorrains

Hypothèse : Il existe une dispersion de pratiques en terme de prescription ou de non-prescription. Un nombre non négligeable de médecins s’abstienne de prescrire, quand cela ne met pas en cause la qualité des soins.

Méthode : Enquête de pratiques, prospective.

Résultats : Dispersion de non-prescription : 0 à 34 %.

Conclusion : Hypothèse validée, La non-prescription est une pratique réalisable et acceptée que l’ont peut promouvoir en France. Ceci vaut aussi bien pour les médicaments que pour les examens complémentaires.

Bernard DUPERRAY et Bernard JUNOD - Dépistage du cancer : le modèle de prévention contredit par les faits

La justification du dépistage procède d’un mythe : le modèle linéaire de l’histoire naturelle du cancer. La confiance des médecins dans la valeur pronostique de l’examen au microscope d’un prélèvement de lésions suspectes a renforcé la perception d’efficacité de la destruction des cancers diagnostiqués tôt. Morbidité et mortalité consécutives au dépistage de masse prouvent aujourd’hui que le surdiagnostic – confusion entre maladie cancéreuse et « cancer » qui n’aurait pas eu de conséquence sur la santé – a illusionné soignants et patients. Contrairement aux espoirs suscités par l’extension du dépistage organisé, l’incidence des cancers avancés ne recule pas. La frontière entre le normal et le pathologique est un thème de recherche beaucoup trop négligé en cancérologie mammaire.

Etienne ANTOINE - Surmédicalisation ou contre-productivité : un regard contemporain sur Ivan Illich

Ivan Illich commençait Némésis médicale, l’expropriation de la santé, par ces mots: «L’entreprise médicale menace la santé.»

Il analysait l’effet paradoxal de cette médecine en plein essor, qu’il divisait en trois formes de iatrogénèse: clinique, structurelle et sociale.

Nous nous demanderons si ce livre polémique publié en 1976 reste d’actualité. La surmédicalisation n’étant actuellement envisagée que sous son aspect de iatrogénèse clinique, il nous faudra donc nous interroger sur ses aspects structuraux et sociaux.

 Débat et synthèse de l’atelier

Il est clair que les hypothèses et les questions formulées en introduction n’ont pas de réponse après la présentation des communications. Elles ne pouvaient en avoir, sinon de façon partielle. En partant des expériences et des observations rapportées, il n’est possible par induction de parvenir à la vision générale de la surmédicalisation que de façon progressive, par accumulation de résultats. Cet atelier ne pouvait prétendre à plus. Toutefois il est important que l’exploration de ce phénomène ait été amorcée. En ce sens le but recherché a été atteint. Il semble vain de dénoncer le consumérisme des patients ou les prescriptions abusives des médecins si on n’est pas capable de mesurer ce que l’on explore. L’économie et la politique de santé ne peuvent être évacuées ou être fondées sur des affirmations ou sur de simples intuitions. Alors que la médecine tente de se rebâtir sur des preuves scientifiques (Evidence Based Medicine – EBM), l’économie et la politique de santé doivent se construire sur des preuves d’une autre nature, mais aussi rigoureuses, pour enlever la conviction et aider à prendre des décisions (Evidence Based Policy – EBP).

On conçoit que cette démarche soit entourée d’un bruit de fond qu’il faut méthodiquement atténué.

Bien d’autres questions devront être l’objet des études pour les années à venir.

  • - La surmédicalisation peut elle être une réponse adaptative ?
  • - La prévention quaternaire permet-elle de réduire la surmédicalisation ?
  • - L’orientation vers les actes, les examens et les produits essentiels est-elle illusoire ?
  • - quels sont les avantages et les inconvénients des normes de médicalisation et de bonnes pratiques
  • - La «règle ou la norme» doivent-elles résulter de démarches simultanées  du terrain vers la conceptualisation (bottom up) et l’inverse (top down).
  • - Si la surmédicalisation est bien réelle; ses déterminants peuvent-ils être mieux analysés ?
  • - Dans l’affirmative sont-ils accessibles à l’action sanitaire et sociale?

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Atelier 2 : CAUSES ET SOURCES DE SURMEDICALISATION, vendredi 27 avril 2012, (9H30- 12H00), avec une cinquantaine de participants

Modération et compte-rendu: Elena Pasca

Contributions (par ordre de prise de parole) :

  • Elena PASCA : La surmédicalisation, conséquence du dévoiement de la fonction sociale de la médecine
  • Pierre-Guillaume PARIS: La santé, catégorie normative qui façonne les subjectivités
  • Luc PERINO : Surmédicalisation : un dysfonctionnement systémique habilement exploité
  • Laurent LETRILLIART, Denis POUCHAIN: Troubles cognitifs légers: une zone grise à risque de surmédicalisation
  • Monique DEBAUCHE: Les médicaments psychiatriques : modes et tendances
  • Edwige LE MOUEL, Olivier DECAUX, Antoinette PERLAT, Patrick JEGO, Bernard  GROSBOIS: Incidentalomes biologiques : étude prospective en consultation de médecine interne

Dans l’introduction, Elena PASCA (philosophe) a insisté sur la nécessité d’une catégorisation et d’une analyse globale du contexte, des causes, des formes et des conséquences de la surmédicalisation. Elle a exposé et exemplifié quelques catégories.

Dans son intervention sur le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, elle a évoqué certains apports des sciences sociales permettant de comprendre les changements à tous les niveaux – droit, idéologie, économie, psychologie sociale et mentalités… - qui sont soit les prémisses, soit les conséquences de la surmédicalisation.

Ces changements systémiques ou ponctuels ont permis la reproduction du complexe médico-industriel au prix d’adaptations minimes ; ils ont rendu possible l’instrumentalisation de la médecine, puis le dévoiement de sa fonction sociale vers des rôles illégitimes où elle transforme des bien-portants en malades pour élargir le marché de l’industrie pharmaceutique, à l’aide de techniques de persuasion, de marketing et de disease mongering, sous des prétextes paraissant scientifiquement fondés tels que la prévention, réduite à la médicamentation. Cette médecine préventive se double d’une médecine prédictive aux fondements douteux (le tout génétique…) et d’une médecine prescriptive (au sens prétendument éthique : le médecin édicte des préceptes comportementaux pour des individus et des populations, à travers des politiques hygiénistes et des normes médicales qui deviennent des normes sociales de mise au pas).

Il y a danger d’une dérive irréversible vers une médecine outil de contrôle social imperceptible mais omniprésent, une médecine gardienne de l’ordre établi (voir la réforme de la psychiatrie...) et instrument d’ingénierie sociale aux mains d’une biopolitique qui uniformise les individus, les normalise selon des standards arbitraires et extirpe la différence. Les auteurs de l’Ecole de Francfort – largement cités – ont mis en garde contre ce nivellement et contre l’exclusion des différents (ceux qui n’acceptent pas la « correction » par le « traitement » médico-pharmacologique). Il est socialement valorisé de se dire malade – dépressif, bipolaire, hyperactif… -, mais disqualification et stigmatisation sociales guettent si l’on ne s’ajuste pas aux rôles socio-économiques, si l’on est différent, critique, marginal, inadapté au système et à son marché du travail. C’est soit l’identification à une case selon les normes néolibérales, soit un diagnostic de « trouble » selon le DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux). La diversité humaine (psychodiversité…) risque de disparaître au profit d’individus devenus permutables, interchangeables, façonnés selon les mêmes standards biologiques, morphologiques et psychiques.

Sous l’influence d’un marketing pharmaceutique décuplé depuis l’avènement de la psychopharmacologie et de l’individualisme néolibéral qui accentue les droits subjectifs et défensifs, les individus revendiquent un droit à la santé conçue comme un vague bien-être (cf. définition de l'OMS). La « correction » médico-pharmaceutique qu’ils reçoivent annihile le potentiel de subjectivité réflexive et délibérative qui nous sortirait du cercle vicieux entre notre consumérisme et l’offre médicale qui crée la demande.

Il faut rendre cela conscient à l’aide de concepts critiques et porter le débat dans l’espace public politique, afin qu’un mouvement citoyen empêche le complexe médico-industriel d’achever la mutation anthropologique (K. Applbaum) et l’état de biopouvoir quasi-totalitaire anticipé par Foucault et d’autres.

Si la médecine peut jouer un tel rôle, c’est que la santé est une catégorie normative en fonction de laquelle se construit la subjectivité et le rapport à soi. Pierre-Guillaume PARIS, philosophe de la santé, l’a montré par des exemples tirés du domaine des cancers – publicités et préceptes édictés à diverses époques -, qui illustrent l’évolution des représentations de la relation médecin/patient et des façons de concevoir la médecine. L’on comprend comment se forment historiquement les attentes des médecins, et notamment l’homo medicus : un patient idéal, qui serait capable d’objectivation et surtout de compliance, donc d’observance non critique des prescriptions. L’on comprend aussi comment se construisent les représentations de soi des usagers en tant que patients et au-delà, dans leur subjectivité, puisque le savoir médical joue un rôle de médiation dans cette construction. Le corps du patient tend à devenir un objet de la médecine, son autocompréhension et ses conduites étant en rapport avec les attentes des médecins et les médiations de ce type.

Cette construction est déterminée par le contexte économique et historique : celui d’une gouvernementalité et d’une rationalité libérales, avec toutes les conséquences sociales, sociétales et idéologiques. La médecine, qui paraît être transparente et dire la réalité telle qu’elle est, est un outil parfait. Ces dehors scientifiques appuient la demande implicite faite aux patients : entrer dans le monde tel qu’il est circonscrit par la médecine, regarder leurs corps comme des objets cliniques, se battre et « positiver », agir en « entrepreneur de soi », bref, se soumettre aux exigences et aux outils d’une médecine entrée en hybridation avec le management, la psychologie, la publicité, comme on peut le voir avec la psycho-neuro-immunologie, par exemple…

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18/05/2012

Claude Béraud: les prétentions éthiques qui cachent la logique comptable et le sexisme

Texte retiré le 7 janvier 2016.

Je posterai le vrai travail du Pr Claude Béraud, sans ma réécriture.

Sur d'autres pages, j'ai posté des réactions spontanées expliquant en grandes lignes comment je me suis fait avoir par Claude Béraud, qui a déployé une stratégie de manipulation bien calculée. Un comportement d'exploitation comme si tout lui était dû, comme si c'était un honneur que d'être au service du grand homme.

Cela me fait penser à un patricien romain qui faisait faire le travail par les esclaves, tout en pérorant sur les principes. Avec des adaptations, certes. Il multipliait les remerciements en privé, mais ne disait rien publiquement. Surtout, il déployait son emprise à partir d'un discours victimaire et jouant sur sa déchéance physique comme sur tous les ressorts qui déclenchent la pitié et la propension à aider... Lâchant quelques excuses de temps à autre, juste ce qu'il faut pour continuer l'emprise. Le grand homme victime d'un système injuste et de son grand âge, qui a besoin de vous pour transmettre son discours à la postérité et vous adresse des "Chère Amie", des remerciements, des appréciations sur la qualité du travail, etc. Avant de demander, avec insistance, pourquoi il n'y a pas plus de commentaires, pourquoi on ne le contacte pas, etc. Vu son âge, j'ai souvent pensé qu'il oubliait, que son âge expliquait les dérapages. Il en jouait, d'ailleurs. Mais il retenait tout ce qui allait dans le sens qu'il voulait donner. 

Je n'ai toutefois pas dépassé les bornes et ai pris le soin de tout documenter. Ma connerie a quand même des limites...

 

 

06/04/2012

Le glas aurait-il sonné pour la mammographie de dépistage du cancer du sein?

Auteurs:

  • Pierre BIRON (Professeur honoraire de l’Université de Montréal, Canada) [1]
  • Fernand TURCOTTE (Professeur émérite de l’Université Laval, Canada) [2] (photo)

 

LE GLAS AURAIT-IL SONNE POUR LA MAMMOGRAPHIE DE DEPISTAGE?

 

Les invitations au dépistage : une forme bien fernand turcotte.jpgparticulière de loterie

Imaginons une boîte contenant 2000 billets. Tirer un billet de cette boîte équivaut à accepter l’invitation de subir une mammographie de dépistage tous les 2 à 3 ans durant 10 ans.

La boîte ne contient qu’un seul billet gagnant, qui fera de cette chanceuse une « grande gagnante » : elle évitera de mourir du cancer du sein grâce aux traitements reçus après un dépistage positif confirmé.

Aucun des 1 999 autres billets n’est un billet gagnant.

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18/09/2011

La santé publique dans tous ses états: questions au Dr Alain Braillon, un expert trop indépendant (I)

J'ai proposé un entretien au Dr Alain Braillon, à la fois pour Pharmacritique et pour la Fondation Alain Braillon désaffecté.jpgSciences Citoyennes, ce qui permet à l'association d'exprimer son soutien et sa solidarité en lui donnant directement la parole. Cette forme permet aussi de tendre un miroir à la santé publique, par des réponses à mes questions ciblées sur des actualités comme sur des problématiques plus globales. Voici la première partie de cet entretien, après une introduction faite par moi. La deuxième partie est ici

Mis sur le banc de touche pour avoir trop bien fait son travail, le Dr Alain Braillon est un témoin privilégié de la démolition de la médecine de santé publique, parente pauvre d’une médecine calquée sur les demandes de l’industrie pharmaceutique, dans un système tout entier conçu pour être pharma-amical, faire non pas de la prévention rationnelle, mais de l’abus de prévention, réduite à son sens pharmacologique, faire de la médicalisation des états physiologiques comme des facteurs de risque, des états d’âme, du mal-être socio-économique… Avec ses conséquences de surmédicalisation, surdiagnostic et surmédicamentation et l’augmentation exponentielle des risques iatrogènes. Ces tares structurelles ont été exposées moult fois sur Pharmacritique et illustrées aussi par le « cas » représentatif d’Alain Braillon.

Un article récent épinglait la misère de la médecine de santé publique, première victime de coupes budgétaires et du désinvestissement de l’Etat, qui ne saurait être occultée par quelques vitrines bien lustrées telles que le mastère de santé publique annoncé par le Cnam, l’Institut Pasteur et l’EHESP (Ecole de Hautes Etudes en Santé Publique). Ces institutions devraient donner des garanties de leur indépendance et de la qualité de leur formation, par exemple en ayant recours à des experts indépendants et reconnus au niveau international. Proposer une chaire à Alain Braillon serait un bon début.

En posant un certain nombre de questions, au nom de la Fondation Sciences Citoyennes et de Pharmacritique, j’ai souhaité demander au Dr Alain Braillon de tendre un miroir à cette santé publique qu’il connaît désormais sous toutes les coutures : de l’intérieur, de l’extérieur et même en tant que « dommage collatéral » parmi d’autres induits par la politique du gouvernement actuel. Car c’est en pratique, sur de tels cas précis de démolition d’un service et d’éviction de l’un des rares médecins français à être une référence de niveau international, que l’on peut juger ce qu’il en est des annonces médiatiques et du projet de loi de Xavier Bertrand, présenté comme « radical » et à même d’introduire une coupure nette entre « l’avant et l’après Médiator ».

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16/09/2011

Lettre ouverte à l’ONU et l’OMS : stratégie globale d’approche et de prévention des maladies chroniques (risque environnemental, maladies professionnelles…)

Suite au rapport de l'OMS sur l'"épidémie" de maladies non-transmissibles, intitulé Global Status maladies chroniques fréquence oms,réunion maladies non-transmissibles onu,maladies chroniques facteurs environnementaux,perturbateurs endocriniens prévention,prévention maladies chroniques,prévention cancer environnement,oms cancers maladies chroniques,oms maladies cardiovasculaires,lettre ouverte oms onu maladies chroniques,maladies professionnelles environnement exposition,prévention non médicamenteuse,travail des enfants,grossesse risques environnement,oms maladies non transmissiblesReport on Noncommunicable Diseases 2010 [NCD], le 19 et 20 septembre aura lieu à New York une "Réunion d’experts de haut niveau des Nations Unies sur la Prévention et le contrôle des maladies non-transmissibles à l’échelle globale". Occasion pour une containe de scientifiques de signer une lettre ouverte sur ces questions, demandant aussi si ces experts ont entendu l’appel des Asturies (explicité dans le texte). 

"Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui [13 septembre 2011] à l’initiative du Dr. Annie J Sasco et de André Cicolella, plus d’une centaine de scientifiques, professionnels de santé, représentants de la société civile et autres acteurs, demandent aux Nations Unies et à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de relever le défi des maladies non-transmissibles par une action menée au niveau global, en particulier dans les pays en développement, et des mesures visant les facteurs de risque environnementaux et la prévention des maladies professionnelles. La réunion d’experts de haut niveau sur la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles prévue pendant la prochaine session de l’Assemblée des Nations-Unies à New-York sera un moment déterminant pour les politiques de santé des années à venir."

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09/07/2011

Surdiagnostic des cancers: entre dépistage obligatoire en Pologne et surdépistage imposé en douce en France sous pressions diverses

J’ai déjà évoqué dans ces pages la surmédicalisation – cette médicalisation infinie de la vie dont parlait Foucault en tant que forme de dépistage cancers Turcotte Welch.jpgbiopouvoir et moyen de contrôle social, en abordant certaines de ses formes, dont l’abus de prévention. Le surdépistage des cancers en est une facette particulièrement grave, compte tenu des conséquences extrêmes qu’elle peut induire (procédures inutiles et risquées, médicamentation très lourde qui peut être mortelle (un analogue agoniste GnRH (Enantone/Eligard/Viadur, Décapeptyl, Zoladex…) chez un homme de plus de 70 ans ayant des facteurs de risque cardiovasculaires risque beaucoup plus de le tuer qu’un cancer de la prostate - avant ou après lui avoir rendue la vie très pénible).

Certes, le dépistage d’une dysplasie de haut grade par un frottis cervico-vaginal n’entre pas dans la même catégorie, puisqu’il n’a pas le même risque qu’une biopsie de la prostate ou que des mammographies cumulées. Mais d’ici à le rendre obligatoire…

Je voudrais signaler cette nouvelle inquiétante venue de Pologne, tout en rappelant que la situation n’est pas meilleure en France et ailleurs. Chez nous, c’est peut-être plus grave, parce que l’obligation n’est pas perceptible comme telle. L’industrie pharmaceutique et les autres industriels qui ont intérêt à développer ces pratiques de surmédicalisation, de concert avec les médecins qui se prêtent au jeu, du fait des conflits d’intérêts ou de la désinformation – amènent les usagers à se soumettre librement. C’est une façon beaucoup plus efficace, parce que ces derniers pensent que c’est dans l’intérêt de leur santé de se soumettre à ces dépistages, voir même que c’est leur liberté de les demander et de les avoir.

Je rappelle plus bas qu’il y certains décideurs politiques, certains médecins et réseaux de médecins qui s’opposent à cela – et peuvent le payer très cher. Enfin, j’évoque la manipulation par la peur et divers moyens de pression qui interviennent dans l’autorisation des médicaments et procédures ayant trait de près ou de loin aux cancers, dans les extensions d’indication, dans le refus d’évaluation ou réévaluation de moyens thérapeutiques d’efficacité douteuse, etc.

Je donne un certain nombre de liens et de références d'articles et livres sur les dangers et les conséquences du dépistage organisé (surdépistage) et du surdiagnostic qui en résulte et mène à des traitements inutiles et risqués.

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14/05/2009

Conflits d’intérêts et financement industriel influencent les résultats de la recherche sur le cancer, selon une analyse de 1.534 essais cliniques

Les résultats des études et essais cliniques sur les divers traitements du cancer sont directement dépendants des conflits d’intéCorruption conflits d'intérêts Vienna;at.jpgrêts des chercheurs (liens financiers personnels ou institutionnels) et/ou du financement des recherches par les laboratoires qui produisent les médicaments testés dans ces essais. Les études biaisées par les conflits d’intérêts ont au moins deux fois plus de résultats plus favorables aux médicaments et autres procédures testés que celles indépendantes. Le taux de survie attribué aux mêmes "interventions" - terme utilisé dans le texte original - serait significativement exagéré par les auteurs ayant des conflits d’intérêts, par rapport aux indépendants.

Ce qui veut dire en pratique que des médicaments estimés efficaces et censés réduire nettement le taux de mortalité ont en fait un bénéfice largement surévalué. Donc un nombre potentiellement important de patients sont traités par des moyens qui ne sont pas plus efficaces que l’absence de traitement ou les méthodes moins invasives. C’est ce que montre une analyse de 1.534 essais cliniques publiés en 2006 dans 8 grandes revues internationales (voir plus bas). Analyse faite par Reshma Jagsi et al. de l’université du Michigan et parue le 11 mai sur le site de la revue Cancer, sous le titre "Frequency, nature, effects, and correlates of conflicts of interest in published clinical cancer research" (Fréquence, nature, effets et corrélations des conflits d’intérêts présents dans la recherche sur le cancer ayant fait l’objet de publications. Cancer 2009; DOI: 10.1002/cncr.24315).

Il faut dire d’emblée que les chiffres doivent être relativisés, parce que, comme le précisent les auteurs eux-mêmes dans le texte complet (réservé aux abonnés), ils ne se basent que sur les déclarations de conflits d’intérêts et de financement industriel. Or on sait que ces déclarations sont bien loin d’être complètes. La situation réelle est donc probablement pire que l'image qui se dégage de cette analyse.

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30/01/2009

L'Atlas de la mortalité par cancer: elle est plus importante dans les zones pauvres, au Nord et à la périphérie des grandes villes

"Le cancer connaît des différences selon les régions de France", nous dit Le Point du 28 janvier, dans un compte-rendu de L'Atlas de la mortalité par cancer en France métropolitaine (réalisé par l'Inserm, le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès et l'Institut national du cancer), qui met en évidence les évolutions des différents cancers entre 1970 et 2004 ainsi que les disparités géographiques. A regarder la carte, personne ne sera surpris de voir que la mortalité est plus importante dans les régions pauvres, au nord comme dans les périphéries des grandes villes: "À un grand ensemble nord-ouest de la France caractérisé par des taux de mortalité élevés pour les tumeurs de l'appareil digestif s'oppose un ensemble nord-est marqué par des taux élevés de cancers de l'appareil respiratoire et de la vessie. (...) [L]es écarts grandissants entre les centres urbains et leurs périphéries, ainsi que l'aggravation des disparités intra-urbaines, notamment au sein du bassin parisien, sont particulièrement à suivre dans les années à venir".

Plus de détails sur le site Hôpital.fr. Le texte complet de l'Atlas peut être lu sur cette page. Lire aussi les notes de Pharmacritique rassemblées sous la catégorie "Inégalités sociales en santé".

Elena Pasca

Cancer régionalisé.jpg

02/12/2008

Incertitudes sur l’histoire naturelle du cancer du sein: gare aux traitements inutiles, dit un éditorial qui prend acte des 22% de régression spontanée

J'ai parlé dans cette note de l’étude de Per-Henrik Zahl, H. Gilbert Welch et al. qui estiment à 22% le taux de Cancer sein.jpgrégression spontanée des cancers du sein (et donné d'autres éléments ici). L’étude est accompagnée par un éditorial de Kaplan et Pozsolt, paru dans le même numéro des Archives of Internal Medicine, sous le titre « The Natural History of Breast Cancer » (L’histoire naturelle du cancer du sein; 2008,168(21) :2302–2303). Les auteurs soulignent la valeur incertaine de la mammographie, le peu de connaissances actuelles sur l’évolution naturelle des cancers non traités et, s’agissant du cancer du sein, sur la différence entre les cancers des femmes ménopausées et post-ménopausées, puisqu’ils ne semblent pas évoluer de la même façon.

Si l’on se réfère à l’histoire naturelle des cancers en général, l’exemple du cancer de la prostate est le plus prégnant, puisque beaucoup de tumeurs ne poussent que très lentement, ne mènent pas à des métastases et n’affectent en rien la qualité de vie des patients.

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01/12/2008

De l'industrie du cancer du sein au business de l'endométriose chronicisée. Yellow-washing médico-industriel, naturo-psycho-holistique, communicationnel...

Pour commencer, voici une caricature de Adams et Berger qui montre à quel point le corps des femmes est devenu objet de commerce, marchandisé et pris en otage par ce que l'on peut appeler "l'industrie du cancer" ou "l'économie du cancer", entretenue par la globalisation d'une économie productiviste et par la pollution généralisée qu'elle engendre. A des fins de profit et à défaut d'une volonté politique forte qui s'attaquerait aux vraies causes - environnementales, chimiques... - du cancer du sein. Ce sont les termes de Geneviève Barbier et Armand Farrachi, dans leur livre La Société cancérigène. Lutte-t-on vraiment contre le cancer? (La Martinière 2007), présenté dans mon article du 19 novembre 2008, avec des extraits. Les auteurs soulignent eux aussi, les dégâts des dépistages trop rapprochés (mammographies, biopsies, procédures invasives dès la moindre anomalie histologique...). 

La caricature saisit l'essence des notes réunies sous la catégorie "Cancer, prévention, industrie du cancer". Car cette "industrie du cancer" ne pourrait pas atteindre les proportions actuelles s'il n'y avait pas ce que j'appelle "abus de prévention", à partir de la critique par David Sackett de la médecine préventive qu'il qualifie d'agressive, présomptueuse, paternaliste et autoritaire. (Voir David L Sackett. The Arrogance of Preventive Medicine. CMAJ. 2002 Aug 20;167(4):363-4).

cancer Mike Adams.jpg
Diverses stratégies de désinformations et d'invention ou réinvention de maladies afin d'élargir le marché
 
Nombreux sont les auteurs anglo-saxons à avoir décrit les dérives de la médecine, qui, de moyen de soigner les malades (traiter les maladies), cherche à s'ériger en moyen de prévention, surtout pharmacologique, de maladies qui n'existent pas encore, quitte à nous pousser à vider les pharmacies... L'utilisation de plus en plus fréquente du préfixe "pré" est significative à ce titre: l'on parle de pré-ostéoporose, pré-hypertention, pré-diabète, pré-obésité et d'autres, sur la base de marqueurs biologiques dont les valeurs dites normales ont été baissées entre les années 90 et les années 2010 par consensus d'experts, c'est-à-dire par des médecins leaders d'opinion (key opinion leaders, appelés aussi dealers d'opinion). Ceux-ci sont placés dans les positions clé du système et pouvant le verrouiller et le faire fonctionner dans l'intérêt des acteurs économico-financiers qui paient les formations médicales continues, les recherches, les congrès,... Bref, ils sont en position de contrôle de l'ensemble des branches du système de formation, d'information et de recherche médicale. Ce sont eux qui vont aussi dans les media pour donner LA bonne approche de telle maladie, les bons traitements, sans déclarer leurs conflits d'intérêt.
 
Il est étonnant que l'on ne se préoccupe pas, en France, de tous ces aspects, que l'on ne s'interroge pas sur les leaders d'opinion, sur les conflits d'intérêts, sur les biais qu'engendrent les financements industriels, et pas non plus sur les stratégies de désinformation sur les maladies, qu'il s'agisse de ce que l'on appelle le disease mongering (façonnage, invention de maladie, réécriture de maladies, cf. les notes en descendant sur cette page), des méthodes de publicité indirecte (puisque la DTCA: direct-to-consumer advertising est interdite en France), des financements industriels de diverses sociétés savantes mais aussi d'associations de patients, ou encore de la mise en place de campagnes de communication sur des maladies, qui sont en fait tout autant de campagnes publicitaires...
 
Les mêmes auteurs anglo-saxons ont épinglé depuis longtemps le disease awareness campaign comme stratégie de médiatisation afin - non pas de sensibiliser à une maladie pour le bien des patients - mais d'élargir le marché et surtout de faire parler de la maladie en question sous l'angle des médicaments ou autres moyens thérapeutiques vendus par les laboratoires pharmaceutiques qui financent la campagne publicitaire. Et c'est cela qui peut échapper à l'interdiction des publicités. Des spots audiovisuels peuvent sensibiliser aux soi-disant dangers du cholestérol, dont la forme LDL est diabolisée, comme je l'ai montré dans les articles en descendant sur cette page, et rendue responsable de tous les maux, y compris sur des chaînes de radio et de télévision publiques, tout en disant: "Des solutions existent. Consultez votre médecin". Ces campagnes attrape-nigauds amènent les gens sur internet, sur les sites présentés comme des sources d'information, mis en place par les industriels pharmaceutiques qui vendent les médicaments anticholestérol. Les mêmes qui fabriquent les dépliants d'information que vous trouvez dans la salle d'attente de votre médecin...
 
J'ai épinglé les incitations au dépistage organisé du cancer du sein par mammographie dans plusieurs notes, en citant des auteurs tels que Peter Gotzsche, Gilbert Welch, Per-Henrik Zahl, Fernand Turcotte, le Nordic Cochrane Center, Nortin M Hadler (The Last Well Person. How To Stay Well Despite the Health Care System, John Hopkins UP 2007) et d'autres.
 
Ces auteurs mettent en évidence la désinformation en direction des femmes, passant la plupart du temps par des associations et des réseaux, qui bénéficient souvent de financements industriels, y compris pour leurs sites, leurs campagnes d'information, leurs réseaux et listes de discussion de "sororité" entre femmes survivantes et celles à la recherche d'informations supposées désintéressées, car émanant de militantes associatives à l'image de bénévolat et d'engagement par philanthropie.
 
Médicalisation des femmes
       
Les femmes sont les premières cibles de la médicalisation et de la marchandisation en général, pour des raisons exposées de façon disparate dans plusieurs articles. On voit les stratégies de marchandisation s'exercer y compris dans l'industrie de la communication et dans l'industrie de la culture et de la conscience (selon les termes de la Théorie critique), qui recoupent la "culture psy" issue d'un croisement de l'individualisme néolibéral et de la psychanalyse  et se servant de l'ensemble de "l'empire de la psychanalyse" (selon les termes du lacanien Gérard Pommier). Entre ce complexe, puis les complexe médico-industriel et celui naturo-psycho-holistique, les femmes n'ont aucun moyen d'échapper à ce qui les englue comme dans une toile d'araignée qui se tisse autour d'elles. Tout est fait pour qu'elles ne sortent jamais de là et continuent à ne se mouvoir qu'à l'intérieur de cette toile, ou de ce cercle vicieux, qu'elle consomment des médicaments ou alors des remèdes vendus par des naturopathes et des coachings vendus par des guides spirituels et autres personnes de guidance. Et sans oublier les innombrables thérapeutes du psychisme (aussi sous l'angle soutien affectif, gestion du stress,...), les psycholibérateurs et autres détenteurs de LA Vérité du psychisme, en fonction des correspondances et des clés donnés par leur chapelle psy respective pour interpréter les émotions des femmes et les épingler en fonction des catégorisations psychiques présentes dans toutes les approches naturo-psyhco-holistiques (névrose/ psychose, tempérament, constitution, humeur, etc.)...
 
Je reviendrai sur ces questions, à partir de plusieurs sources telles que Barbara Mintzes et Janet Curie, pour ce qui est de la marchandisation de la dépression chez les femmes, David Healy, Christopher Lasch, Ray Moynihan, Alan Cassels, Leonore Tiefer, Steven Woloshin, Jean-Claude St Onge et d'autres, pour la médicalisation des émotions (timidité, instabilité d'humeur, etc.) et les formes de disease mongering, mais aussi la revue Arznei-Telegramm, Jörg Blech, Peter Weiss, Peter Conrad (The Medicalisation of Society. On the Transformation of Human Conditions into Treatable Disorders, John Hopkins UP 2007). 
 
Et je reposterai une version élargie de ma critique du livre de l'historien républicain  Guy Bechtel, Les quatre femmes de Dieu : La putain, la sorcière, la sainte et Bécassine, pour montrer les sources religieuses de la misogynie et gynophobie, ainsi que l'alliance objective qui se crée entre les dignitaires religieux à tous les échelons et les praticiens de la médecine naissante. Ils se soutiennent mutuellement et, comme ils ont la même cible principale - la femme, son corps, son âme - et le même objectif - la contrôler et faire en sorte qu'elle se comporte selon leurs prescriptions -, ils s'entendent pour soutenir mutuellement leurs initiatives et les moyens d'influence par lesquels ils formatent les femmes de façon à ce qu'elles pensent faire acte de liberté ( et en conformité avec sa nature profonde, sa destinée et sa raison d'être spirituelle et biologique: la maternité et le rôle de ménagère, de maîtresse de maison ainsi que de première appelée à se sacrifier pour le bien du foyer, de par des qualités particulières qu'elles aurait par nature: dévouement, désintéressement, communication facile, aptitudes pour le travail domestique, abnégation, raisonnement par l'affect, solidarité, etc. Toutes ces supposées valeurs et qualités intrinsèques à la nature féminine, formant "l'éternel féminin", condamnent les femmes à être subordonnée à l'homme, doté, lui, des qualités nécessaires pour l'édification de la culture et le gouvernement de la cité.
 
La psychanalyse: sexisme, misogynie et gynophobie soi-disant scientifique qui renforce le sexisme médical
 
La psychanalyse viendra renforcer encore cette alliance objective qui scelle le sort des femmes et les enferme dans une nature féminine présentée par des couples d'opposées: nuit-jour, affect-raison, émotion-logique, humide-sec, ténébrès-lumières, intérieur-extérieur, maison-cité, intime-public, et ainsi de suite. 
 
La psychanalyse verra dans les femmes un trou - par l'absence d'organes sexuels externes, selon Freud et les autres -, qui, du fait que l'anatomie est le destin, fait des femmes un trou dans la culture soigneusement bâtie exclusivement grâce aux hommes et à leurs mâles qualités de raison, abstraction  et autres capacités proprement humaines que les femmes n'ont pas/ Mais eux les possèdent de par la possession d'un pénis, qui garantit les facultés nécessaires à l'accès à l'ordre symbolique: celui de la Loi. Par ailleurs, le manque de pénis fait aussi que les femmes ne possèdent qu'un surmoi rudimentaire, donc pas de base biologique pour le développement des capacités morales, éthiques, politiques, de gouvernement de la cité et de l'extérieur de la maisonnée...
 
Le féminin étant structuré en fonction des désirs incestueux inconscients pour les pères, cela est l'une des principales sources de l'hystérie des femmes. Entre l'hystérie, la mascarade inévitable -mascarade qui définit l'être des femmes, car "derrière le masque, il n'y a rien"), la biologie insuffisante et la nature défectueuse et perverse, du point de vue spirituel comme psychique, l'on comprend que la sainte alliance curés-médecins-psychanalystes s'entend pour garder les femmes à leur place: la maison, la cuisine, les enfants, l'église. Et l'on repense aux 3K de la culture allemande - Kinder, Küche, Kirche (enfants, cuisine, église) - que les femmes ont le devoir d'intégrer et de pratiquer, aussi pour le bien de la patrie et même de l'humanité. Car celle-ci est en danger permanent à cause de la nature perverse et la chiennerie des femmes, qui ne sont d'ailleurs pas crédibles, au vu de la dénégation... Et d'ailleurs ce mensonge perpétuel et la nature envieuse et perverse se conjuguent pour donner la définition même de la dénégation, à partir de celle de la castration.
 
Les femmes ont toujours des désirs sexuels incestueux envers leurs pères, mais leur nature les pousse à (se) mentir là-dessus, d'où l'arrivée de l'hystérie. Avec le théatre, la théatralisation et mise en scène selon les freudiens, auxquels les psychanalystes lacaniens ajoutent la "mascarade" qui est la femme. Non pas qu'elle se cacherait derrière ce masque. Non, elle est le masque. On voit ici le même degré de consistance ontologique reconnue aux femmes que dans le cas des organes sexuels externes: zéro. Les femmes ne sont qu'absence, et cette absence, cette négativité et manque risque à tout moment d'absorber l'humanité tout entière par le même trou qui a donné la vie. La mère chameau archaïque, la mère crocodile, la mère araignée (selon Lacan et les lacaniens) peut à tout moment fermer son clapet non seulement sur les enfants qu'elle domine et que sa perversion cherche à détruire (si tant est que le foetus ait résisté, grâce au placenta, qui représente le père et la protection qu'il confère à l'enfant contre la destructivité inhérente aux femmes... Cf. Aldo Naouri qui reprend, développe et transpose en pédiatrie les thèses de Freud puis de Lacan). Mais elle peut fermer son clapet sur l'ensemble de la civilisation patiemment forgée par les hommes parce qu'ils ont su maîtriser et dominer les femmes et ainsi éviter que la destructivité et la perversion s'exercent sur toute l'humanité...
 
On l'aura compris: de Freud et Lacan à Aldo Naouri, Gérard Pommier, Gilbert Levet, Jean-Michel Louka, Jean Belaisch et d'autres, il est impératif pour l'humanité que la domination masculine s'exerce et que les femmes adoptent sans rechigner, sans ressentiment, "la position féminine" qui est aussi celle d'"objet a" pour les hommes. Qu'elles se déterminent en tant que sexe et en tant que psychisme seulement par rapport aux hommes et à leurs désirs, donc seulement en tant que sexualité génitale révélée uniquement en tant que réceptacle vaginal, au moment où les hommes en ont besoin et pratiquent la pénétration. Uniquement génitalité, parce que la sexualité clitoridienne est dangereuse, car phallique, donc devant être occultée pour le bien de l'humanité, des désirs mâles et de la reproduction. D'où aussi l'image de trou, de néant sexuel externe. D'où aussi le seul apport des femmes à la culture: le tissage, car elles voulaient tisser quelque chose pour cacher le néant sexuel, donc leur infériorité anatomique base de leur infériorité psychique, morale, existentielle, etc.   
 
La sexualité et la destinée qui se dessine seulement en fonction des désirs des hommes et de leur pénis, cela donne l'oedipe en symétrie inverse par rapport aux garçons, à partir des désirs incestueux pour les pères, donc une structuration névrotique "normale" des filles en tant que hystériques. (A cela s'ajouteront les "ravages" produits par la destructivité et la perversion maternelles sur les filles, autre signe de cette recherche inconsciente de destruction des enfants, par l'exercice aveugle du pouvoir sur plus faible qu'elle).
 
On l'a vu avec le cas Dora: une jeune fille de 13 ans, harcelée et agressée sexuellement par le mari de la maîtresse de son père, et avec la complicité de son père, est décrétée hystérique par Freud parce qu'elle parle de ces agressions, qu'elle en parle avec dégoût et en garde un souvenir difficile au lieu d'en être simplement émoustillée et d'évoquer des souvenirs agréables d'excitation sexuelle... Dora n'a pas été excitée et n'a pas eu du plaisir, bien au contraire, de ces expériences répétées, alors elle est hystérique.
 
Un autre cas d'hystérie diagnostiqué par Freud est celui d'Emma Eckstein. Cette jeune femme a souffert de douleurs pelviennes très fortes ainsi que de règles abondantes. Peut-être avait-elle aussi une endométriose. Quoi qu'il en soit, elle a fait une très longue analyse avec Freud, qui, aussi pour des raisons extérieures à ses conceptions, l'a cataloguée hystérique et l'a amenée à fabriquer des bouts de rêve et de souvenirs dans lesquels il y avait du sang, etc. Tout ce qu'il voulait pour étayer l'hystérie. Freud étant toujours très admiratif de son ami Fliess et des conceptions de celui-ci sur l'hystérie qui serait liée à des détails de la conformation des cornets du nez et curable par une intervention chirurgicale à cet endroit, il a envoyé Emma Eckstein se faire opérer par Fliess, lorsque les douleurs ont augmenté au lieu de diminuer grâce au diagnostic d'hystérie... Mais cela s'est mal passé. Fliess a aussi oublié un très long bout de gaze, qui s'eest infecté... Après des douleurs atroces, une infection et au prix d'un visage défiguré à vie, Emma Eckstein a quand même accepté les interprétations de Freud, qui lui attribuait à elle et à son hystérie la responsabilité de l'échec et des complications de l'opération des cornets du nez par Fliess...
 
Mais, terrassée par les douleurs, Emma Eckstein a quand même décidé de s'adresser à une chirurgienne pour se faire opérer afin de soigner ses douleurs pelviennes et ses règles hémorragiques. On n'a pas tous les détails pour savoir ce que la chirurgienne lui a enlevé. Au moins un volumineux fibrome. En tout cas, elle n'a plus eu de douleurs. Mais Freud n'a pas supporté que son diagnostic soit infirmé et que "sa" patiente guérisse par chirurgie... Il a tout fait pour la récupérer en analyse et la maltraiter, la casser, l'intimider, pour qu'elle ne raconte pas sa malheureuse histoire avec la psychanalyse et sa réussite avec la chirurgie. Il lui a même donné l'impression de la valoriser en lui envoyant des analysants chez lesquels il disait qu'elle allait trouver de l'hystérie... Freud a soufflé chaud et froid jusqu'à l'avoir totalement sous emprise. Et il lui a fait une telle mauvaise réputation, il a lancé de telles rumeurs et histoires sur son compte, qu'il a fini par la casser, au point qu'elle ne sorte plus de la maison. Et Freud a évidemment pris cela pour une confirmation de son diagnostic d'hystérie et s'est même vanté d'avoir eu raison alors que certains aspects semblaient infirmer ce diagnostic...    
 
Voilà un cas paradigmatique de ce que donne la psychanalyse appliquée à l'endométriose...
 
Alors à quoi s'attendre en France, où la psychanalyse lacanienne est omniprésente et toute-puissante, même quand elle ne s'appelle pas comme ça directement, mais "psychosomatique" ou "approche psychodynamique" ou autre?
 
La situation des malades françaises est désastreuse, c'est une maltraitance psychique de tous les points de vue pour celles qui souffrent d'endométriose, en gynécologie comme partout, car toute la "culture psy" est influencée, du coup aussi la pédiatrie, le monde de l'éducation, l'expertise médico-judiciaire, les soins au sens large. La gynécologie française (mais aussi la sexologie, la procréation médicalement assistée et tout ce qui tourne autour) est sous la coupe de la psychanalyse à travers la psychosomatique. Par exemple, la Société française de médecine psychosomatique détient la principale revue, appelée Gynécologie, Obstétrique et Fertilité, dirigée par Patrick Madelenat, qui est aussi directeur de La Lettre du gynécologue. Et le Dr Jean Belaisch fait partie du comité de rédaction. Il est très bien placé dans toutes les structures importantes dans ce domaine. De même que sa fille, Dr Joëlle Belaisch-Allart, et son gendre, Dr Jean-Pierre Allart, avec lequel il a co-signé un texte publié par l'association EndoFrance même s'il est insultant pour les femmes et dit que l'endométriose a une cause psychologique et doit être traitée par psychothérapie et par... des médicaments hormonaux à la longue. Le texte de 2003 s'appelle Endométriose et vécu de l'adolescence
 
Comme Jean-Michel Louka, le psychanalyste auquel il a ouvert toutes les portes et qu'il a présenté à EndoFrance, Jean Belaisch a une idée fixe sur les maladies des femmes: toutes malades psy, toutes à cause de traumatismes psycho-sexuels, d'abandon par les parents ou même (remarquez les contorsions pour trouver quand même quelque chose) une punition physique ou psychique ressentie comme injustifiée. Voilà une fessée comme cause de l'endométriose. Ou un séjour au coin, qu'une fillette de trois ans aurait ressenti comme injuste. A ce rythme-là, la cause psychique se trouve facilement... On voit dans le livre de 2005 co-écrit avec Anne de Kervasdoué, Pourquoi les femmes souffrent-elles plus et vivent-elles plus longtemps, que c'est une véritable idée fixe, obsession, et que Jean Belaisch pousse systématiquement les femmes à chercher dans leur passé un événement psychique qu'elles doivent relier à l'apparition des symptômes, à leur aggravation, etc. 
 
Voilà un exemple de leader d'opinion qui ne déclare pas ses liens d'intérêt... Le Dr Jean Belaisch qui vante les mérites d'un traitement hormonal empirique de l'endométriose depuis un congrès appelé Gynovations, grande sauterie de formation médicale continue financée par des dizaines de laboratoires pharmaceutiques. Lorsque Jean Belaisch a délivré ses préconisations, en 2007, pas moins de 42 firmes de la pharmacie et fabricants de dispositifs médicaux ont sponsorisé le congrès, doté d'un "programme social opulent". Mais vous ne trouverez nulle part une déclaration des conflits d'intérêt. L'association EndoFrance (de lutte contre l'endométriose) s'affiche partout avec Jean Belaisch, et ne déclare pas non plus ses liens d'intérêt. Mais l'on a appris, dans la Gazette, que c'est grâce à l'argent industriel que l'association a organisé des événements au mois de mars 2007, pour faire connaître l'endométriose. Inutile de dire que l'industrie pharmaceutique ne finance pas quelque chose qui affirme l'efficacité de la chirurgie seule, sans médicaments, et encore moins s'agissant d'une ou deux interventions d'exérèse complète / exérèse radicale (excision surgery) telle que la pratique le Dr David Redwine aux Etat-Unis.
 
Je me suis étendue sur ses pratiques sur le forum d'EndoFrance, sur des listes de discussion et sur des forums tels que Doctissimo, pour essayer d'expliquer les risques des médicaments, dire qu'il fallait faire la chirurgie d'exérèse pas d'ablation, la faire sans médicaments (parce que le chirurgie ne voit pas tout sous Enantone ou Decapeptyl), éviter les médicaments aussi à cause de leurs effets indésirables, etc. Et j'ai expliqué aussi les dangers des plantes et essayé de mettre en garde contre tous les marchands de plantes exotiques, contre cet engouement pour la médecine chinoise et d'autres approches qui voient l'endométriose comme... une affection du foie.  
 

Effets indésirables des hormonothérapies: l'exemple des analogues agonistes GnRH

La question des effets indésirables graves, voire mortels des analogues agonistes GnRH (appelés aussi agonistes LHRH) n'est jamais posée dans les campagnes publicitaires. Or ces effets sont tellement dangereux chez les hommes traités pour un cancer de la prostate que la prescription d'Enantone et Cie ne doit être faite qu'en tout dernier recours, si rien d'autre ne marche et si le patient tient absolument à avoir un traitement, en évaluant soigneusement le rapport bénéfices/risques. Des études et des éditoriaux par dizaines appellent à la prudence depuis des années aux Etats-Unis, parce que les médicaments risquent de tuer plus que le cancer...

Mais les médecins français désinforment - et sont eux-mêmes désinformés entre autres à cause de l'absence de littérature médicale présentant cela en français. Les campagnes de l'Association Française d'Urologie et les autres leaders d'opinion faisant des formations médicales continues sur le sujet notent tout au plus des effets secondaires de sévérité légère à moyenne (prise de poids, fonte musculaire, fatigue, troubles gastro-intestinaux...). Ils oublient le diabète, l'infarctus du myocarde et autres affections cardiovasculaires, l'apoplexie hypophysaire ou l'adénome hypophysaire, les troubles neurologiques (neuropathies, paralysies...) et neuromusculaires, la dégradation très importante de la qualité de la vie à cause du déclin cognitif (mémoire, attention, concentration...), à cause de l'impuissance et parfois de l'incontinence, de la féminisation, etc.

Dans cet article abordant divers aspects liés à notre sujet, "Surdiagnostic des cancers: entre dépistage obligatoire en Pologne et surdépistage imposé en douce en France sous pressions diverses", j'ai parlé de l'amende de 875 millions de dollars que le laboratoire Takeda Abbott Pharmaceuticals (TAP, devenue AbbVie) a dû payer en 2001 pour des charges pénales et criminelles, notamment une "conspiration" (terme figurant dans les attendus du jugement) au niveau fédéral afin de mettre en place une campagne nationale de promotion tous azimuts incitant à la prescription de l'acétate de leuproréline (Enantone, appelé Lupron aux Etats-Unis, Lucrin ou Prostap ailleurs). Plusieurs urologues corrompus directement ont eux aussi été condamnés; mais beaucoup d'urologues ont simplement accepté des cadeaux et autres invitations, ou alors se sont laissés désinformer par la littérature médicale biaisée à ce sujet.

Dommage que les effets indésirables de cette classe de médicaments ne soient toujours pas discutés en public, et même pas dans une revue comme Prescrire, qui n'évoque que ceux légers ou moyens. Cela n'a pas changé depuis que je me suis intéressée à la question et ai commencé à en parler sur Pharmacritique, en 2008.

Les femmes aussi subissent des effets indésirables importants lors d'une prise de Decapeptyl de la firme IPSEN (ou Enantone ou Zoladex) pendant des années, sous prétexte - pourtant sans preuves scientifiques solides - que ce traitement antioestrogénique réduirait les récidives ou augmenterait la durée entre deux récidives d'un cancer du sein hormonodépendant. C'est pourtant important que les femmes qui n'ont aucun symptôme mais font une mammographie - pour répondre aux injonctions du complexe médico-politico-industriel bénéficiaire de l'industrie du cancer - sachent qu'elles risquent une ménopause définitive et des effets indésirables sévères avec un tel analogue agoniste GnRH. C'est un comble si une femme surdiagnostiquée, ayant une petite tumeur qui aurait régressé toute seule, etc. se retrouve dans l'engrenage des traitements (chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie pendant des années...) qui la transforme définitivement en malade chronique, à cause des effets indésirables de l'un ou l'autre des médicaments et de leurs effets cumulatifs.

Et si ce business autour du dépistage est si lucratif pour les fabricants de tout le matériel nécessaire, pour les laboratoires fabricant des médicaments très chers, pour les professionnels de santé (depuis les radiologues jusqu'aux cancérologues et aux médecins généralistes avec leur prime s'ils prescrivent le taux voulu de mammographies), c'est précisément à cause de la chronicisation, parce qu'il n'est jamais question d'une fin prévisible. Les surtraitements induisent une cascade de prescription: un effet secondaire est traité par une autre prescription médicamenteuse (ou alors il est pris pour une comorbidité; en tout cas, il y a une nouvelle prescription, un nouveau médicament en plus des anciens et pour traiter leurs effets indésirables). Le deuxième médicament aura lui aussi des effets indésirables qui induiront une nouvelle prescription d'un médicament supplémentaire...

Un sketch du Groland sur le Perfector et la cascade de prescription qu'il induit par ses effets secondaires est édifiant à ce sujet, l'humour permettant d'être plus efficace que des traités savants. le médicament Perfector est fictif, mais le scénario est parfaitement réaliste.

Marchandisation et extension du marché des agonistes GnRH. Application du modèle à l'ensemble des médicaments et autres produits grâce à la chronicisation de l'endométriose

Analyser les recettes mises en ouvre par l'industrie du cancer quant au dépistage organisé du cancer du sein par mammographie se révèle important aussi pour décrypter ce qui est un prototype... Au vu du succès des stratégies commerciales, qui incluent l'industrie de la communication et l'industrie de la culture, partie prenante de ce que j'appelle complexe naturo-psycho-communicationnel, les mêmes acteurs commerciaux ont appliqué les mêmes stratégies à d'autres maladies et symptômes. L'endométriose est un exemple fascinant, car c'est une industrie qui se déploie sous nos yeux. Une ascension résistible de tout un marché, à partir de la réécriture de l'endométriose en tant que maladie chronique et de ses traitements chirurgicaux en mesure de guérir ou d'améliorer fortement et à long terme, présentés désormais comme mutilants, donc à revoir par des approches plus légères, mais inefficaces, donc à combiner et à prendre à la longue... 

Avec les analogues agonistes GnRH, l'industrie pharmaceutique a un réservoir inépuisable de profits, puisque ces médicaments très chers dont chaque firme a son me-too (sa variante égale aux autres) seront pris pendant des années, voire des dizaines d'années, même si leur efficacité n'a pas été suffisamment démontrée et si leur rapport bénéfices/risques est clairement défavorable chez les hommes - et pas encore assez évalué chez les femmes. De plus, les producteurs (Takeda Abbott / AbbVie, Ipsen, Pfizer, Astra Zeneca, Sanofi...) ont obtenu des extensions d'indications, et la promotion habituelle fait que les analogues agonistes GnRH sont prescrits larga manu dans des maladies bénignes telles que l'endométriose (ainsi chronicisée, voir cet article et les autres de la même catégorie), les fibromes utérins (léiomyomes, en préopératoire), la puberté précoce centrale, etc. J'ai évoqué les risques dans ces autres indications et les conditions dans lesquelles ce sont faites certaines de ces extensions d'indication (fraude du Dr Andrew Friedmann pour ce qui est de la prescription en endométriose et fibromes,...,) dans plusieurs articles (dont celui-ci et celui-là).

Ce risque et bien d'autres effets indésirables hormonaux, immunitaires, neurologiques, musculo-squelettiques,... sont détaillés dans les monographies anglophones des agonistes (Zoladex, Enantone/Lupron, Décapeptyl, Suprefact, Bigonist...), mais ne figurent pas dans les RCT français [résumé des caractéristiques du produit], et quasiment rien n'est dit dans les notices et dans les "informations" données aux femmes lors de campagnes promotionnelles tels que "octobre rose". Probablement pour ne pas troubler la rositude.

Le Dr Jean Belaisch, qui préconise un traitement hormonal pendant des années, voire des dizaines d'années dans l'endométriose, un traitement qui serait empirique, donc sans diagnostic préalable et sans aucune chance de guérison et d'amélioration durable par la chirurgie, est allée jusqu'à me dire que ce ne serait pas responsable de parler en détail des effets indésirables d'Enantone et autres médicaments utilisés comme traitements hormonaux chez les femmes, et ce non pas parce qu'il nierait les effets indésirables, mais parce que "il y a des femmes qui en ont besoin" (il s'est même permis de m'appeler chez moi pour manifester longuement son mécontentement. Si l'on cherche à comprendre sa logique, cela doit être difficile à comprendre qu'une femme se permette d'informer d'autres femmes et ne laisse pas les hommes médecins leur donner une information sélective, donc épargner ces créatures fragiles à qui la médecine paternaliste doit protection. Cette anecdote est symptomatique: on dit aux femmes ce qu'on pense qu'elles doivent savoir pour qu'elles fassent ce que l'on veut, ce qu'on attend d'elles, ce qu'on pense être le mieux pour elles.L'intention se veut même éthique, protectrice, préventive (prévenir l'inquiétude, l'anxiété qu'induirait la connaissance des risques d'un surtraitement): les désinformer pour leur propre bien-être.

Ce qui veut dire qu'on ne les pense pas capables de penser et de décider par elles-mêmes. C'est ce que j'ai répondu au Dr Jean Belaisch: il faut que toutes les informations soient disponibles à toutes les femmes concernées, pour qu'elles puissent décider en connaissance de cause de la thérapeutique à choisir librement, si elles en veulent une.

Et ce n'est pas un hasard si j'évoque l'endométriose parlant de ruban qui englue dans les conflits d'intérêts, dans tout un monde structuré comme une toile d'araignée autour d'une femme qui a mis un premier pied dans l'engrenage et ne pourra plus sortir, parce que le cercle vicieux se déploie autour d'elle. L'endométriose est elle aussi un business très lucratif, toute une industrie qui se déploie selon les mêmes méthodes que dans la construction sociale qu'est le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie: le ruban jaune remplace le ruban rosele yellowwashing se fait comme le pinkwashing, par les mêmes entreprises et autres commerçants et communicants...

Et voilà l'industrie de la santé marchandisée des femmes - dont toutes les composantes, attitudes, pensées,... sont objet de marchandisation - se mettre en place selon les mêmes rouages. Le storytelling (les histoires diverses) est fait par les mêmes spin doctors et les mêmes communicants, par les mêmes canaux de désinformation, pour obtenir les mêmes types de conditionnements des femmes, par les mêmes méthodes d'influence, de persuasion et de manipulation, qui les amènent à intégrer le modèle d'endométriose réécrit, redéfini pour la marchandiser et pour garantir une expansion illimité du marché et pour une durée illimitéeCela commence par prendre une explication causale (le reflux menstruel) qui, même si elle a été maintes fois invalidée, est toujours mise en avant parce que cette cause de l'endométriose est la seule qui induise une histoire naturelle de la maladie qui la rend chronique et donc justifie une prise chronique de médicaments et d'autres produits et interventions (naturopathie, sophrologie, yoga, reiki, médecines énergétiques, pseudo-médecines douces et alternatives et leurs remèdes, développement personnel, coaching pour intégrer des stratégies de coping / faire face vendus avec leur cortège de produits dérivés).

L'on aura compris que si l'endométriose dépend des règles et que les lésions se reforment avec chaque menstruation (par le reflux menstruel, la régurgitation du sang menstruel par les trompes vers la cavité péritonéale), alors la seule façon de maîtriser cette maladie, c'est de supprimer les règles en prenant des médicaments: soit des contraceptifs oestroprogestatifs cycliques ou continus, soit des progestatifs macrodosés (Lutéran, Lutényl, Surgestone ou d'autres variantes me-too), soit un anti-androgène de type Androcur, soit du diénogest (Visanne, progestatif présenté comme nouveau et révolutionnaire, alors qu'il a été développé dans l'ex-Allemagne de l'Est il y a une trentaine d'années), soit des dispositifs intra-utérins tels que le stérilet Mirena, diffusant le progestatif lévonorgestrel, soit encore un analogue agoniste GnRH tel que la leuproréline Enantone/ Lupron / Lucrin / Prostap/ Gynecrin / Trenantone, ou la triptoréline Decapeptyl (vendue aussi sous d'autres noms tels que Diphereline, Gonapeptyl,...), ou encore le Zoladex, le Synarel ou d'autres. En France, c'est AbbVie (précédemment TAP: Takeda Abbott Pharmaceuticals) qui payait le plus, mais cela a changé. Et comme c'est IPSEN qui paie les médecins, leurs organisations, les formations médicales continues, etc. et finance leurs activités et leurs congrès, sans oublier de sponsoriser la communication sur divers supports en direction du grand public et des associations de malades, eh bien, c'est le Decapeptyl qui est désormais le plus prescrit.

Avec d'autres laboratoires pharmaceutiques et fabricants de dispositifs médicaux, IPSEN finance une nouvelle structure de recherche publique sous contrôle privé appelée G4, composée d'établissements publics et privés de quatre villes: Amiens, Caen, Lille, Rouen et se voulant un "réseau de recherche à vocation industrielle". Il y a une vingtaine de maladies qui sont au programme, parmi lesquelles l'endométriose, sous l'angle de la prise médicamenteuse de longue durée et de chirurgies répétitives et incomplètes. Un certain Pr Horace Roman semble mener les opérations de ce groupe, et les intentions ne présagent rien de bon. 

L'endométriose est refaçonnée selon les méthodes classiques de disease mongering (invention et réinvention de maladies)pour que la cause, l'origine et donc l'histoire naturelle mènent à la chronicisation, donc permette la marchandisation large et durable. Et il y a fort à parier que, si le G4 exploite bien l'argent mis à disposition par tous ces industriels, cette vision chronicisante se traduise dans une attaque contre l'exérèse complète et dans des programmes de traitement qui la remplacent par des interventions moins "mutilantes", voire par une médicamentation exclusive. Et pourquoi pas un traitement hormonal empirique de longue durée (des années, voire des dizaines d'années), tel que préconisé par le Dr Jean Belaisch, à savoir dès qu'il y a des douleurs pelviennes, et sans attendre le diagnostic? Il envisageait aussi un traitement d'épreuve à l'aide de progestatifs et même à l'aide d'agonistes GnRH, dans des textes publiés entre 2002 et 2007 dans la revue Gynécologie, Obstétrique et Fertilité et sur le site de l'association EndoFrance. J'ai critiqué ses préconisations de traitement ainsi que ses vues sur la causalité psychique de l'endométriose (qui serait une maladie psychosomatique, voire une forme d'hystérie telle que décrite par le psychanalyste Jean-Michel Louka, qui cherche à faire parler de lui en réutilisant la même explication d'hystérie partout et décrit le psychisme des femmes souffrant d'endométriose exactement dans les mêmes termes que le psychisme des prostituées, elles aussi forcément victimes d'abus sexuels refoulés qui ont causé l'hystérie... Refoulés, donc inconscients et à découvrir, même lorsque les femmes nient, par une psychanalyse à laquelle toutes ces femmes devraient être soumises. Ce qui n'est qu'une forme de psychothérapie déviante connue sous le nom de (syndrome de) fausse mémoire, syndrome des faux souvenirs, fausse mémoire induite, etc.

Aux Etat-Unis, il y a eu une véritable épidémie de syndromes de fausse mémoire, induits par des psychanalystes qui ont influencé des femmes fragiles, malades, à la recherche d'une explication et d'une cause unique de leurs souffrances, à la recherche aussi d'une illusion d'agir et non plus seulement subir une maladie... La psychanalyse est faite de façon à maximiser l'influence du thérapeute (analyste) sur la personne qui s'adresse à lui parce qu'elle croit à ce qu'elle connaît de la théorie. Elle cherche à faire plaisir, elle sélectionne ce qui va dans le sens des problématiques habituelles de la théorie psychanalytique (sexualité, désirs inconscients pour les parents, faute de la mère, incestualité, oedipe, etc.). La dépendance est majeure, donc la canalisation vers les thématiques voulues aussi, jusqu'à ce que le souvenir apparaisse... Alors lorsqu'une femme entend dès la première séance que son endométriose est due forcément à un abus sexuel, à un traumatisme psychique, et notamment psycho-sexuel, et que si elle retrouve le souvenir, elle ira mieux, voire pourra résoudre ses douleurs, ses autres symptômes et son éventuelle hypofertilité ou infertilité, la tentation est grande d'aller dans ce sens. 

De toute façon, le formatage des femmes est là, les poussant à travers les diverses agences de socialisation, et ce depuis leur naissance, à toujours chercher un lien rétrospectif avec le psychisme, pour chaque phénomène. La psychanalyse est largement responsable de cela, dans le cadre de cette "culture psy" qui traduit à la perfection l'individualisme néolibéral appliqué à une santé marchandisée et à des femmes dont le corps, l'esprit, le psychisme et le moindre comportement sont psychologisés, afin d'exonérer la société et le régime socio-historique de toute responsabilité. Le déterminisme psycho-sexuel prêché par la psychanalyse est absolu. Si l'on rajoute le sexisme, la misogynie et la gynophobie de la psychanalyse (surtout des chapelles se revendiquant de Jacques Lacan) qui donne la faute à Eve pour tout et partout, ainsi que l'obsession pour la sexualité et l'hystérie du "féminin" dans tout ce qui est lié à la sexualité conçue comme dérivant des désirs incestueux inconscients pour le père, alors tout ce que vit une femme est forcément un résultat de son psychisme hystérique. Et rien n'est résultat d'expositions professionnelles et domestiques des femmes pendant leur grossesse, notamment à des perturbateurs endocriniens, responsables (ou du moins co-facteurs de risque ou éléments de causalité multiple) de maladies à composante endocrinienne telles que les cancers du sein hormonodépendants, les ovaires polykystiques, les pubertés précoces centrales ou autres, les déséquilibres hormonaux divers, et évidemment l'endométriose.

Pas de communication sur les vraies causes de l'endométriose, notamment la mulleriose décrite dès 1988 par le Dr David Redwine et évoquée aussi dans le texte de 2003 appelé Redefining Endometriosis in the Modern Era, que j'ai traduit à nouveau en 2011 et posté sur cette page, après une très longue présentation du business de l'endométriose et des multiples mauvais traitements que subissent les femmes, une fois que le paradigme chronicisant est en place: Face à l'endobusiness et au yellow-washing, il est urgent de "Redéfinir l'endométriose à l'âge moderne" avec David Redwine.  

Car la communication, à la fois par le complexe médico-industriel et par le complexe naturo-psycho-holistique va de plus en plus dans le sens d'un discrédit de la chirurgie et d'un pharmacommerce de la peur, pour vendre des médicaments en agitant l'épouvantail d'éventuels dégâts de la chirurgie...

L'endométriose est redéfinie et re-présentée de façon à donner un maximum de possibilités de commerce. Le ruban jaune suit l'exemple du ruban rose, et le plan communicationnel aussi. Aux Etats-Unis, l'on dénonce depuis des années les stratégies commerciales qui se servent du ruban rose pour gagner en termes d'image, faire du commerce, etc. Le terme pink-washing, forgé sur le modèle de green-washing(donner une impression d'approche écologique pour justifier toutes sortes d'activités commerciales, y compris sous l'angle de la communication et des stratégies d'influence), convient parfaitement à décrire ce phénomène, appliqué aux leviers décrits plus bas, utilisés depuis toujours dans la communication en direction des femmes. Car greenwashing est beaucoup plus général.

Or les femmes sont plus efficacement influencées et amenées à l'observance, au conformisme médical et consumériste, si elles ont l'impression que telle initiative est conçue pour elles, en tenant compte de ses spécificités, de ses préférences et désirs. On aura donc tous les codes habituellement associés à la féminité, selon les clichés les plus éculés... Les codes couleur (rose, éventuellement mauve, en tout cas couleurs pastel), les silhouettes féminines et les figurines animales, tout ce qui a une connotation de douceur, de sororité, de partage, de solidarité "entre filles", mais aussi tout ce qui donne l'impression de communication "branchée", moderne, "in". Selon les stéréotypes livrés et entérinés par la presse féminine. Qui veut aussi que la branchitude passe par des mots anglais: l'on est endogirl, endosister, endowarrior, endofighter, endosurvivor, tout comme l'on est survivor et warrior contre le cancer du sein... Et l'on consomme des endodiet, pour prendre soin de son endobody et limiter les endopain, grâce au endosport et endozen, selon les recettes de endocoaching qui nous apprennent les endoregimes, en pensant aussi aux relations avec les endoboys. Et ainsi de suite. Ce qu'on doit épingler en tant que endobusiness n'a pas de fin, tant que la maladie est présentée comme chronique.

Refaire le marketing de tout ce que l'on connaît déjà, en rajoutant endo-, voilà la définition du yellow-washing. Repositionner quelque chose sur le marché dans une nouvelle indication. Vous avez vendu du gatillier pour des troubles menstruels? Eh bien, ce sera un endoproduct. Vous avez fait du développement personnel chez des personnes stressées, en entreprise, pour leur dire que ce ne sont pas les conditions de travail qui posent problème, mais leur réactivité au stress? Eh bien, vous aurez une nouvelle clientèle, et massive, qui plus est, avec les une femme sur dix qui souffrent d'endométriose en tant que maladie chronique. Et d'ailleurs les propositions de endocoaching n'ont pas manqué, partout dans le monde.    

De plus, le ruban a lui aussi des significations multiples. On l'aura compris, c'est donc le pink-washing, le ruban rose et tout ce que l'on connaît de déploiement industriel, communicationnel, naturopathique, alternatif, qui sert de modèle au déploiement du business de l'endométriose et au yellow-washing (ici dans un sens différent de celui que ce terme a en anglais). Et quasiment toute l'analyse qui vise le business autour du dépistage du cancer du sein et toute l'industrie du cancer /société cancérigène selon Barbier et Farrachi, vaut aussi pour l'endométriose.   

 
 

26/11/2008

Surdépistage et surdiagnostic des cancers. Urgence d'une expertise citoyenne sur la médicalisation, l'abus de prévention, la médecine paternaliste... Livre de Gilbert Welch

Mise à jour du 3 décembre 2012:

Les réflexions sur le dépistage et surdépistage des cancers, sur les surdiagnostics, sur les justifications mises en avant (qui occultent les intérêts en présence), sur la différence entre les découvertes histologiques (cancer histologique) et les symptômes cliniques (cancer maladie), sur le contexte dans lequel se fait ce surdépistage et sur ses conséquences sont abordés de façon disparate sur Pharmacritique, dans des articles et notes rassemblés sous plusieurs catégories, selon l'angle de vue: prévention, surmédicalisation, industrie du cancer, conflits d'intérêts, surmédicalisation du corps des femmes, médicalisation de l'existence, silence de la raison dès que le mot "cancer" est prononcé, vaccins supposés prévenir le cancer du col de l'utérus, disease mongering (façonnage de maladies/ invention de maladies / vendeurs de maladies), actes médicaux comme forme de contrôle social, uniformisation des individus à travers des normes médicales devenues des normes sociales, etc.

 

Ces articles (qui traitent donc tous du dépistage des cancers, en particulier celui du sein et de la prostate) sont acessibles à partir de la liste alphabétique des catégories à gauche du blog (il faut descendre sur la page, pour accéder aux articles, du plus récent au plus ancien). Quelques exemples de catégories: "surmédicalisation, surconsommation", "prévention, abus de prévention, médecine préventive", "disease mongering, invention de maladies, maladies à vendre", etc. 

 

Les actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements", qui a eu lieu à la Faculte de médecine de Bobigny fin avril 2012 à l'initiative du groupe Princeps dont je fais partie (et où il a beaucoup été question du dépistage/surdépistage, du surdiagnostic des cancers et ses conséquences), sont accessibles à partir de cette page, avec un accent mis sur les causes, le contexte global, les formes que prend le surdépistage ainsi que ses conséquences.

 

J'ai essayé d'expliquer comment des éléments très disparates - des intérêts matériels et idéologiques, des représentations sociales, des stéréotypes habilement exploités, une vision déformée du féminisme, des éléments scientistes qui s'imbriquent parfaitement avec des représentations et des clichés irrationnels, etc. - s'amalgament dans le dépistage du cancer du sein tel qu'il nous est présenté aujourd'hui. Après analyse, il se révèle être une construction sociale érigée en science.

 

J'ai essayé, dans cet article détaillé et donnant des liens et références, de montrer dans quel sens devrait aller, à mon avis, une analyse plus efficace du dépistage et d'en poser quelques balises. A mon avis, le débat public indispensable devrait s'appuyer sur une généalogie critique décomposant cette construction sociale dans ses éléments - chacun étudié en synchronie et en diachronie - et analysant comment et pourquoi ils se sont amalgamés pour donner le résultat que l'on connaît aujourd'hui et qui gonfle chaque année avec un "octobre rose" qui, manifestement, déconnecte notre matière grise...

L'article prend en compte aussi d'autres éléments d'actualité (les contradictions de Marisol Touraine, le prix de la revue Prescrire accordé à Peter Gotzsche pour son dernier livre sur le surdépistage et le surdiagnostic des cancers du sein, livre décrit en grandes lignes et avec des liens, etc.). Il s'appelle "Dépistage du cancer du sein par mammographie: une construction sociale érigée en science. Texte du Nordic Cochrane Centre et autres informations". A la fin l'article, j'ai repris des extraits du texte informatif de Cochrane, que tout le monde devrait lire.

 

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J'ai parlé dans cette note de l’étude de Per-Henrik Zahl, H. Gilbert Welch et al qui mettent en évidence la Cancer dépistage.jpgrégression spontanée de 22% des cancers du sein et reposent avec éclat la question du surdépistage et du surdiagnostic de certains cancers qu’il aurait mieux valu ignorer, et ce pour que les personnes en question restent en bonne santé…

 

H. Gilbert Welch est professeur de médecine interne et de famille à la faculté de médecine de Dartmouth et dirige le département des anciens combattants (Veteran Affairs) dans l’Etat du Vermont.

 

Son livre Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi (PU Laval, 2005) fait une irruption rafraîchissante dans le monde sclérosé d’une médecine qui se comprend de plus en plus comme une application standardisée, réflexe et non réfléchie des acquis technologiques à l’ensemble de la population, et peu importe qu’il y ait des bénéfices réels ou pas. Or un dépistage généralisé - même d'affections telles que les cancers - ne tient pas lieu de politique de santé publique.

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Cancer du sein: taux élevé de régression spontanée. Critique du surdépistage: surdiagnostic, faux positifs, cancers radio-induits…

22% des cancers du sein régresseraient tout seuls - c’est l'estimation à laquelle arrive une étude mammographie dépistage critique,industrie du cancer,dépistage cancer du sein mortalité,cancer radio-induit radiations,régression spontanée tumeurs cancéreuses,surdiagnostic cancer du sein,surdépistage surdiagnostic cancer du sein,mammographie surdiagnostic surtraitement,peter gotzsche,per-henrik zahl,gilbert welch,surmédicalisation,cancer prévention abus de prévention,surdépistage cancerpubliée le 24 novembre dans la revue Archives of Internal Medicine : "The Natural History of Invasive Breast Cancers Detected by Screening Mammography" (L’histoire naturelle des cancers invasifs du sein détectés lors des mammographies de dépistage).

 

Les auteurs, Per-Henrik Zahl, Gilbert Welch et al, Américains et Norvégiens travaillant sur des données norvégiennes, concluent que "certains cancers du sein [qu’ils estiment à 22%, chiffre qui inclut certains cancers invasifs] détectés par des mammographies répétées régresseraient au point de ne plus être détectables si on faisait une seule mammographie au bout de 6 ans. Il est possible que l’évolution naturelle de certains cancers invasifs soit de régresser spontanément", sans aucun traitement qui, en l’occurrence, ferait plus de mal que de bien. La question centrale est celle du surdiagnostic des cancers du sein résultant du surdépistage.

 

Un article paru hier dans le New York Times – "Study Suggests Some Cancers May Go Away" (Une étude suggère que certains cancers pourraient disparaître tout seuls) - rend compte de l’étude et des réactions mitigées provoquées par ses résultats.

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19/11/2008

La société cancérigène: le productivisme et la pollution généralisée entretiennent une très profitable industrie du cancer

L’ouvrage La société cancérigène: Lutte-t-on vraiment contre le cancer ? par Geneviève Barbier et Cancer livre Barbier.jpgArmand Farrachi, paru en 2004, n’a rien perdu de son actualité. Si vous ne l'avez pas encore lu, c'est le moment! Il est parfaitement documenté et n’a rien d’une litanie passéiste coupée de la réalité.

Il faut qu’on s’habitue à ce terme – industrie du cancer - aussi difficile à accepter soit-il, parce qu’il désigne une réalité : ce cercle vicieux entre pollutions de toute sorte (substances toxiques dans l’environnement, dans l’alimentation et le cadre de vie et de travail en général, effets délétères des médicaments, etc.) et le choix collectif consistant à sacrifier des centaines de milliers d’individus plutôt que de remettre en question la moindre parcelle de nos activités industrielles, agro-chimiques et autres et d’écorner ainsi les profits des lobbies qui s’enrichissent sur la souffrance des gens.

Barbier et Farrachi parlent à juste titre d’un "crabe aux pinces d’or", et la moitié du livre décrit très bien les mécanismes régissant "l’économie du cancer" : un réseau de secteurs d’activité qui font système et sont soumis à des "jeux d’influence et de lobbying".

(Pharmacritique reviendra sur cet aspect, puisque c’est ce système d’intérêts économiques et de conflits d'intérêts qui est la raison première du désastre civilisationnel dont le cancer est l’un des symptômes les plus évidents : l’autodestruction de l’humanité (et de la nature) au moyen de ses propres produits technoscientifiques non encadrés par des normes morales traduites en règles éthiques).

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16/10/2008

Cancer: seul un essai clinique sur cinq est publié. L’industrie pharmaceutique occulte ses ratages

L’ESMO (Société européenne d’oncologie médicale) rend compte le 9 octobre d’un rapport  de Ramsey et Scoggins publié dans la dernière livraison du journal The Oncologist, qui arrive à la conclusion d'un fort biais de sélection des essais cliniques, qui mène à ne publier en majorité et en intégralité que ceux qui ont des résultats positifs, à savoir en moyenne 1 sur 5. (Le rapport prend PubMed pour source de publications). C'est ce qu'on appelle un "biais de publication", qui induit de la désinformation, parce que l'état des connaissances est déformé si l'on ne connaît pas l'issue de recherches cliniques défavorables (négatifs) pour tel ou tel médicament, mais seulement ceux favorables (ou arrangés pour paraître positifs ou plus positifs qu'ils ne le sont).

 

De tous les essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutique, moins de 6% sont publiés, et sur ces 6%, 75% arrivent à des conclusions favorables pour les médicaments étudiés.

Vu les résultats plus que limités du règlement actuel du registre des essais cliniques, qui exige la publication de tous les résultats, un groupe de travail a proposé à l’Institut National du Cancer états-unien (National Cancer Institute) de mettre en place sa propre base de données des essais cliniques, pour en suivre la progression du début jusqu’à la fin.

 

Il faut avoir accès à ces informations, puisqu'on apprend aussi des erreurs et qu'on évite de refaire les mêmes.

 

D'autre part, ce  nombre très élevé d'essais non concluants montrent bien qu'il faut essayer d'agir non pas toujours dans le sens de ce symbole_toxique.jpgqu'on a appelé "industrie du cancer" - où chaque nouvelle molécule est vendue à prix d'or par les firmes et présentée comme révolutionnaire à des malades désespérés, mais en amont - sur les causes du cancer. Il faut oser s'en prendre aux causes environnementales, chimiques, industrielles, bref, aux agents cancérogènes produits par l'homme et les technosciences qu'il adule.  C'était aussi le sens de ma note "Investissez dans l’industrie du cancer ! Son avenir en bourse s’annonce radieux, note Marianne ."

 

Un autre problème qui se pose est celui de certains dépistages réguliers, par exemple du cancer de la prostate et du cancer du sein, en fait des surdépistages qui participent de la surmédicalisation et surmédicamentation ambiante, avec des conséquences dramatiques (faux diagnostics, biopsies et traitements inutiles et risqués, etc.). Beaucoup de monde vit de l'industrie du cancer...

 

Elena Pasca

 

 

07/08/2008

Dépistage du cancer de la prostate remis en cause par l'USPSTF: pas de bénéfices et risque de surdiagnostics et traitements inutiles

Une dépêche AFP résume les conclusions du groupe de travail chargé de formuler les cancer prostate dépistage,dosage psa dépistage cancer prostate,traitement cancer prostate effets indésirables,espérance de vie cancer prostate,surdépistage surdiagnostic cancers,cancer prostate âge dépistage psa,cancer prostate enantone décapeptyl effets indésirables,cancer prostate traitement hormonal,enantone agonistes gnrh cancer effets indésirables,surdiagnostic cancer prostate,surmédicalisation cancer,cancer dépistage surdiagnostic,disease mongering cancer,cancer du sein surdiagnostic dépistage,cancer prostate recommandations dépistagerecommandations de bonne pratique en matière de dépistage du cancer de la prostate (USPSTF: United States Preventative Services Task Force) : USA: des experts contre des tests anti-cancer de la prostate après 75 ans.

 

Les examens composant le dépistage sont « plus néfastes que bénéfiques » pour la santé de ces hommes. D’autre part,

« Dans la mesure où ce cancer évolue généralement très lentement, dans 29 à 44% des cas chez les hommes les plus âgés, il n'affectera pas leur santé et leur espérance de vie. En revanche un traitement peut affecter leur qualité de vie en les rendant impuissants ou incontinents ». Le même groupe de travail précise même que les preuves actuelles sont insuffisantes pour étayer la nécessité d’un dépistage chez les hommes de moins de 75 ans.

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02/08/2008

Médecines alternatives douteuses et cancer: peines de prison en Allemagne pour le Galavit

Gare à l’arnaque ! 782232595.jpg

Une autre facette de l’industrie du cancer consiste à proposer des remèdes-miracle à des patients désespérés.

La justice allemande vient de condamner un médecin, un homme d’affaires et un journaliste à des peines de plusieurs années de prison ferme (5 ans et 8 mois pour le médecin), pour avoir organisé un réseau de vente d’un complément alimentaire appelé Galavit, censé avoir des effets immunomodulateurs et lutter contre le cancer. Ce pseudo-remède a été vendu 8.500 euros la cure à 150 malades en stade terminal, tous morts par la suite. Il avait bénéficié d’une large couverture sur les sites de médecine alternative et dans la presse populaire. Et ce malgré les mises en garde des autorités sanitaires et des associations médicales, nous dit le British Medical Journal du 26 juillet (BMJ 2008; 337: a875).

 

Elena Pasca

01/08/2008

Investissez dans l’industrie du cancer ! Son avenir en bourse s’annonce radieux, note "Marianne"

L’industrie pharmaceutique est l’une des plus profitables au monde, malgré l’absence presque totale d’innovation, et donc en contradiction 1445056070.jpgavec les postulats du néolibéralisme. Mais passons, puisque celui-ci n’est pas à une contradiction près, ni ne s’effondre à cause de ses contradictions (comme le pensait Marx). Je reprends ce cliché uniquement pour dire qu’il peut être judicieux de suivre la tactique boursière de l’industrie, pour déchiffrer les tendances et voir ce que nous réserve l’avenir...

Et puis, allez savoir, il y a peut-être des investisseurs parmi les lecteurs de Pharmacritique… Ils seront contents d’apprendre que miser sur d’éventuelles techniques de prévention du cancer, qui élimineraient par exemple les causes environnementales de cancers, relève toujours de la perte assurée, alors que l’industrie du cancer, elle, se porte comme un charme. De nos jours, il est beaucoup plus rpfitable d'organiser un surdépistage des cancers, dans ce qu'on peut appeler un "abus de prévention", et de surmédicaliser et surmédicamenter des bien-portants chez lesquels des techniques radiologiques très performantes découvriraient une lésion non problématique, non symptomatique.

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