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17/12/2013

Colloque "Alerte, expertise et démocratie", le 17 décembre au Sénat

J'aurai le plaisir d'intervenir lors de ce colloque dont voici l'annonce et le programme détaillé. Mon exposé portera sur les législations et réglementations étrangères (dispositifs juridiques et lois, mais aussi les débats en vue de les changer) en matière d'encadrement de l'expertise, autrement dit, sur les réglementations qui servent de garde-fous, permettent de réprimer les abus et de dissuader les dérapages, qu'il s'agisse de fraudes manifestes, de conflits d'intérêts et leurs conséquences, de corruption sous ses divers aspects, etc.

Il y a beaucoup de modèles juridiques et administratifs dont la France pourrait s'inspirer pour faire évoluer sa législation, sa réglementation et les mentalités archaïques qui perdurent dans notre pays toujours "gouverné" par les corporations (ordres professionnels, syndicats et autres organisations professionnelles, ...) et leurs multiples réseaux de lobbying, d'influence et de manipulation. Une manipulation qui vise tout autant les décideurs politiques et administratifs que les citoyens, notamment à travers les techniques communicationnelles, de marketing, de désinformation, de persuasion, de manipulation, bref, toutes les techniques qui fabriquent l'opinion et assurent ainsi le maintien du statu quo.

L'absence de législation, la désinformation, l'instrumentalisation d'un système sclérosé et verrouillé permettent la reproduction du système établi, au prix de quelques ajustements de surface, qui ne sont que des trompe l'oeil. Comme la loi de décembre 2011 sur la sécurité de la chaîne du médicament, comme les accords sur les dépassements d'honoraires et toutes les pseudo-avancées en matière de santé individuelle et publique, etc. Par exemple, rien n'a changé sur l'auto-régulation (sic) des professions de santé (l'ordre des médecins, l'ordre des pharmaciens, etc.) qui fournissent l'expertise d'apparence neutre, car traduite en langage scientifique (cf. cet article pour l'explication), sur laquelle se basent les décisions de santé publique. Dans les faits, cette expertise n'est toujours pas encadrée, elle est toujours aussi arbitraire, régie par des conflits d'intérêts, par des idéologies, et non pas par des cadres scientifiques éprouvés. Ces ordres professionnels échappent toujours à la loi républicaine, alors que leurs activités et exigences sont de plus en plus anachroniques, car contradictoires avec les besoins des citoyens, avec les exigences de raison d'une économie de santé publique. Et les citoyens sont toujours exclus de la décision, toujours condamnés à être les objets passifs des soins - et à payer pour toutes les conséquences pratiques des désordres professionnels et de notre propre inertie. Le changement ne viendra pas des corporations et des ordres qui vivent du système de surmédicalisation sans frein juridique efficace, ni de leurs satellites qui en profitent eux aussi.

Voici l'annonce, le programme et les informations pratiques.

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26/03/2013

A qui appartient la santé des Français ? Scandales sanitaires, recherche en panne… Débat le 28 mars à Tours (Sciences en Bobines)

Le festival Sciences en bobines, organisé chaque année par la Fondation Sciences Citoyennes, en est à sa 8ème édition, qui a lieu dans 13 villes. La dernière séance aura lieu le 28 mars à Tours ; elle s’inscrit dans les « jeudis du CNP », puisqu’elle est co-organisé par Sciences Citoyennes et le Cinéma National Populaire. Le CNP est une associatiation (voir son site) qui se veut « un lieu de remise en question citoyenne, d'explication et de décryptage d'une société aux enjeux multiples » ; les événements qu’il organise visent à « mettre à jour l'idéologie qui sous-tend les discours et les actes politiques, économiques, sociaux, culturels du pouvoir ».

Date et lieu : 28 mars à 20 h 00 au cinéma Les Studios, situé au 2, rue des Ursulines à Tours.

  • 20 h00 : projection du documentaire de Stéphane HOREL, « Les Médicamenteurs »
  • 21 h 00 : débat avec Elena PASCA, philosophe, membre du CA de Sciences Citoyennes, administratrice du blog Pharmacritique.

Elena Pasca fera d’abord une introduction complétant et actualisant les thématiques abordées dans le documentaire « Les Médicamenteurs ». Cette introduction sera suivie d’un débat avec la salle, au cours duquel Elena Pasca répondra aux questions et développera certains points. 

Sur cette page, vous trouverez des informations pratiques (plan d’accès au cinéma Les Studios…). Une participation aux frais de 4 euros est demandée par le co-organisateur, Le Cinéma National Populaire.

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Voici un court texte introductif que j'ai fait en reprenant certains leitmotivs de mes articles et interventions lors de débats et auditions ainsi que dans les media.

Je poserai les jalons de la discussion avec le public en identifiant les problèmes majeurs du système de santé et de soins, à commencer par la médicalisation (des émotions, des états physiologiques, des étapes de la vie), surmédicalisation, conflits d’intérêts, disease mongering/façonnage de maladies, rhétorique de la prévention…).

Puis je parlerai des spécificités de l'oligopole que forment les multinationales pharmaceutiques et esquisserai le contexte socio-historique et idéologique (surtout le néolibéralisme...) qui a rendu possible l'avènement d'un système déformé de part en part par la surmédicalisation. S'agissant plus spécifiquement de l'influence de l'industrie pharmaceutique - qui a atteint un degré tel que l'on parle désormais de "ghost management" (gestion invisible, mais omniprésente) du système de formation, de recherche et d'information médicale -, je reviendrai sur les changements structurels induits par l'évolution du marché: la panne de l'innovation et l'absence de progrès thérapeutique (exemples à l'appui pour ces dernières années), expiration des brevets de nombreux blockbusters, nécessité de s'adapter à l'explosion du nombre de maladies chroniques et de maladies neurodégénératives, nécessité de trouver d'autres façons de garantir les profits, d'où la prédominance du marketing et l'inversion entre marketing et recherche et développement. D'où aussi la publicité faite pour des médicaments et des actes médicaux sans utilité médicale, mais désormais acceptés socialement (médicaments de confort / lifestyle drugs), interventions de confort, médecine et chirurgie esthétique, interventions visant à booster/renforcer la performance, voire le corps tout entier, alors que la société est de plus en plus perméable à des thèses telles que celles des transhumanistes...

Nous sommes tous co-responsables de laisser se reproduire - au prix d'actualisations minimes, de surface, ce système qui traduit la logique mercantile et les dogmes de l'individualisme néolibéral, y compris dans ce segment de marché qu'est la santé marchandisée. Nous sommes tous responsables de nous conformer en acceptant la médicalisation de notre existence, en acceptant la "correction médico-pharmaceutique" qui nous uniformise, nous met au pas, nous normalise et extirpe la différence.

Passés par l'interventionnisme médical omniprésent, les individus - qui pensent, qui plus est, que la médicalisation est l'expression d'un droit et de la démocratisation de l'accès égalitaire aux soins, finissent potentiellement interchangeables; ils sont uniformisés en tant que force de travail dont la maintenance est assurée par la médecine, comme ils sont uniformisés par d'autres segments du marché néolibéral, qui les gardent et entretient leur force de travail (entertainment, Unterhaltung...) dans l'enclos de l'industrie des loisirs, elle aussi passive et ne demandant que de s'y conformer sans penser, sans exercer l'esprit critique qui pourrait permettre une distance critique par rapport au système. De fausses solutions sont créées par le système lui-même, comme les médecines alternatives (médecines douces, etc.), qui donnent l'impression d'être hors système, voire contre le système, alors qu'elles reposent sur la même logique de médicalisation (tout problème relève de la médecine (ou d'un substitut) et a donc une solution médicale (ou homéopathique, etc.).

Je donnerai quelques pistes pour indiquer des solutions possibles.

J'insisterai particulièrement sur les dispositifs étrangers peu connus, voire inconnus en France (lois, réglementations et dispositifs permettant de réprimer et de dissuader la fraude, la corruption, les conflits d’intérêts, mais aussi d'autres lois protégeant les lanceurs d'alerte et servant de garde-fous pour garantir un minimum d'indépendance de l'expertise en médecine et en santé publique).

Puis je parlerai des médicaments essentiels et donnerai des exemples de campagnes telles que Choosing wisely, Essential Health Benefits, Selling Sickness…), qui tentent de résoudre certaines dimensions de la surmédicalisation et du mésusage (underuse, overuse, misuse…) des médicaments, bref, de tout ce qui s’oppose à un usage rationnel des médicaments et des actes médicaux dans le cadre d’une médecine raisonnée.

Tous ces thèmes sont abordés en détail dans les centaines d’articles que j'ai publiés sur le blog Pharmacritique et ailleurs. Le colloque qui a eu lieu les 27 et 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny, "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements", a été consacré à certaines de ces thématiques. La deuxième édiction aura lieu les 3 et 4 mai sous le même titre, organisé toujours par le groupe Princeps, dont je fais partie. J'aurai le plaisir d'animer un atelier sur le disease mongering/façonnage de maladies et d'y faire un exposé. Retenez la date. Je donnerai plus de détails sur les ateliers dans l'appel à contribution, posté bientôt.

Elena Pasca

03/02/2013

Expertise et conflits d’intérêts: les deux bouts de la même lorgnette? (Débat le 4 février)

Dans le programme de l’Association des Amis du Monde diplomatique (voir son site): prochaine amis_md_LOGO.jpgconférence à la scène nationale de la Rose des Vents (Boulevard Van Gogh à Villeneuve d’Ascq, métro Hôtel de ville)

Lundi 4 février à 20h:
Expertise et Conflits d’intérêts : les deux bouts de la même lorgnette ?

Avec

  • Elena PASCA, philosophe, administratrice à la Fondation Sciences Citoyennes, animatrice du blog « Pharmacritique »
  • Renaud LAMBERT, journaliste, rédacteur en chef adjoint au Monde diplomatique, membre de l’observatoire des médias ACRIMED

« La presse se targue d’inviter les meilleurs experts pour parler de l’actualité. Nos élus font de même avant d’imposer une décision forcément éclairée. C’est aussi le cas de nos grands entrepreneurs pour ouvrir de nouveaux marchés. Ces experts occupent aujourd’hui des positions stratégiques. Les conflits d’intérêts ne sont pas loin lorsque qu’un économiste universitaire, membre d’un conseil d’administration d’une institution financière, peut servir la même soupe aux trois secteurs précédents. Que dire aussi de médecins affiliés à de grandes entreprises pharmaceutiques, qui se trouvent en même temps dans des organismes de veille sanitaire ou du médicament. Parfois, le réseau d’influences est tellement étendu qu’on parle de « ghost management » : une gestion invisible mais omniprésente. Ce réseau s’exerce de la conception à la réalisation de recherches, jusqu’aux applications techniques et à l’information du public comme des professionnels.
Pour avoir des expertises indépendantes, et donc une réduction des risques, ne faut-il pas mettre en œuvre une déontologie de l’expertise ? Les citoyens ne doivent-ils pas exiger un cadre législatif et juridique qui protège leurs intérêts et leur assure une information transparente et complète sur les conflits d’intérêts ? »

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Merci à Bertrand Bocquet et à toute l'équipe Lille et Nord de l'Association des Amis du Monde Diplomatique chargée de l'organisation, de l'accueil, du programme de débats, etc. 

21/08/2012

Lois et moyens de répression et de prévention des conflits d’intérêts : audition par le comité de déontologie de l’Anses

Le 23 mai et le 20 juin, j’ai été auditionnée, au nom de Sciences Citoyennes et pour mes autres comité de déontologie anses,anses conflits d'intérêt,conflits d'intérêts lois,lois etats-unis industrie pharmaceutique,false claims act,elena pasca,corruption médecine lois,procès états-unis industrie pharmaceutique,lanceurs d'alerte lois,poursuite bâillon slapp,biais médecine,experts indépendants,expertise santé conflits d'intérêt,audition conflits d'intérêt,expertise citoyenne médecine,loi sécurité médicamentactivités, par le Comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Le Comité est présidé par le philosophe Pierre Le Coz, par ailleurs vice-président du Conseil national consultatif d’éthique ; parmi ses membres, détaillés sur cette page, figure l’excellente juriste Marie-Angèle Hermitte, co-auteure de la proposition de loi sur la déontologie de l’expertise et la protection des lanceurs d’alerte (sur cette page du site de Sciences Citoyennes). Je salue l’ouverture de l’Anses au dialogue avec la société civile et à l’expertise citoyenne.

Au total, il y a eu à peu près quatre heures et demi d’audition : exposés suivis de réponses aux questions et de débats avec les membres du comité. Le sujet que j’ai abordé in extenso concerne les dispositifs législatifs et administratifs en vigueur à l’étranger – en particulier aux Etats-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne et les débats en Allemagne -, qui permettent de réprimer les abus de l’industrie pharmaceutique et les conséquences des conflits d’intérêts, de la désinformation, etc. Base juridique des divers types de procès intentés aux Etats-Unis - grâce auxquels nous obtenons des informations jusque-là confidentielles -, ils servent aussi de moyens de dissuasion.

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15/05/2012

Proposition de loi Ecolo Groen : dispositifs de régulation des conflits d’intérêts et déontologie de l’expertise (registre national de l’expertise, Conseil supérieur de l’expertise…)

Ecolo Groen ecologie politique rencontres.jpg

Le 20 janvier 2012, j’ai participé, au nom de la Fondation Sciences Citoyennes (FSC) à une journée de débats sur les moyens de renforcer l’expertise indépendante, organisée au Parlement fédéral belge par les députés Thérèse SNOY (voir son site) et Jacques MOREL. (Le programme est accessible sur cette page, avec la liste des intervenants de la matinée. L’introduction et les diaporamas des intervenants sont sur le site d’Ecolo Groen).

Après les interventions du matin, l’après-midi a eu lieu une table ronde avec des représentants des institutions belges intervenant en santé publique, avec une responsable d’une fédération belge de consommateurs et avec Leo NEELS, le patron du syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique belge Pharma.be (homologue de Christian Lajoux, du LEEM français). 

Les discussions ont porté surtout sur les conflits d'intérêts et les procédures institutionnelles de leur "gestion" - terme qui ne veut rien dire -, dans un esprit d'autocongratulation que l'on connaît en France aussi: dès qu'il y a un embryon de déclaration des liens d'intérêts, les représentants des institutions interrogées considèrent que le système fonctionne très bien, que le problème des conséquences des conflits d'intérêts a été réglé... Or, comme je l'ai dit souvent, lors de divers débats, sur Pharmacritique, mais aussi à travers des communiqués de Sciences Citoyennes sur le double tranchant de la transparence, celle-ci ne résout rien, mais contribue au contraire à légitimer et banaliser les conflits d'intérêts et les jeux d'influences et groupes de pression, comme s'ils étaient une composante inéluctable et indépassable du jeu démocratique et des pratiques scientifiques... Bref, "la déontologie de l'expertise ne se limite pas à la déclaration des conflits d'intérêts" (communiqué de presse de la FSC du 5.01.2010).

Rappelons que, à l’aide d’un groupe d’experts multidisciplinaires, Sciences Citoyennes a rédigé une proposition FSC logo.jpgde loi sur la déontologie de l’expertise et la protection de l’alerte, prévoyant la création d’une Haute autorité de l’expertise et de l’alerte, aux prérogatives décrites dans le texte. Ces prérogatives recoupent en partie celles que les députés écologistes belges (Ecolo Groen) attribuent au Conseil supérieur de l’expertise dont ils demandent la création.

Leurs propositions sur la déontologie de l’expertise vont dans le même sens que celles de Sciences Citoyennes. Espérons qu’en France aussi, des hommes politiques donneront plus de place à l’expression non tronquée de l’« expertise citoyenne », créeront des formes de démocratie participative telles que les conventions de citoyens – autre proposition phare de la FSC – pour permettre une décision citoyenne éclairée, en connaissance de cause, sur tous les enjeux scientifiques et technologiques. 

Voici le communiqué de presse très détaillé des députés Ecolo Groen à l’origine de la proposition de loi :


« Ecolo-Groen dépose une proposition pour veiller à l’indépendance de l’expertise scientifique dans les matières de santé publique et d’environnement »

L’objectif : Rendre de la légitimité à nos institutions de santé publique en évitant les conflits d’intérêts de nos scientifiques 


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23/04/2012

"Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical", par Pierre Biron

Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie [1] le savoir médical Pierre Biron,conflits d'intérêts médecine pharmaceutique,corruption médecine pharmaceutique,surmédicalisation surmédicamentation,industrie pharmaceutique influence critiques,expertise médicale indépendance influence,leader d'opinion médecine industrie pharmaceutique,Pierre Biron conflits d'intérêt médecine,pierre biron pharmas-co-dépendance,façonnage de maladies disease mongering,maladies inventées vendeurs de maladies

 

Par le Pr Pierre BIRON *

 

À l’époque de Louis XIV, le roi prenait comme maîtresses et honorait des faveurs de la cour les filles de grandes familles puissantes qui auraient pu faire ombrage à son pouvoir quasi absolu ou le contester; ainsi, toute cette famille était pour ainsi dire neutralisée[2].

Aujourd’hui, l’industrie des produits médicaux accorde ses faveurs et appuie l’ambition professionnelle d’une poignée de leaders d’opinion de spécialités médicales au grand pouvoir de prescrire; ainsi, toute la spécialité est pour ainsi dire neutralisée. De la cardiologie à l’oncologie et la diabétologie en passant par la psychiatrie, la pédiatrie, la gériatrie et la médecine générale, tout dépend des profits escomptés. Ainsi, les infectiologues sont peu courtisés, car l’industrie délaisse la recherche en antibiothérapie; ce n’est pas assez payant, les patients guérissent souvent et après quelques années de commercialisation, la résistance bactérienne s’installe.

Les experts qui cèdent à la tentation de devenir des leaders d’opinion – de méchantes langues les surnomment dealers d’opinion – peuvent acquérir une grande renommée, exercer beaucoup d’influence sur leurs pairs, siéger sur des comités qui rédigent les recommandations cliniques (clinical guidelines) aux prescripteurs, arrondir leurs fins de mois, conseiller les assureurs publics, paraître comme auteurs d’articles pas toujours écrits par eux-mêmes. Et mener à des dépenses inutiles sans pour autant améliorer tangiblement la santé.

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19/03/2012

"Santé: moraliser la politique du médicament". Conférence de presse d’Eva Joly. Commentaires sur le complexe médico-industriel, politique et médiatique

En raison des dramatiques événements de Toulouse (et Montauban), la conférence de presse est reportée. Je vous informerai le moment venu.


J’ai été sollicitée par trois femmes, Eva JOLY, Michèle RIVASI et Aline ARCHIMBAUD, dont j’admire eva joly santé médicament,michèle rivasi santé médicament pharmaceutique,europe écologie les verts santé médicament,elena pasca,conflits d'intérêts médecine médicament loi,prix médicaments france europe,progrès thérapeutique autorisation de mise sur le marché,lobbying politique industrie pharmaceutique les verts,accès aux soins programme politique,coûtefficacité médicament,médecine prédictive médecine préventive,prévention dépistages cancer critique,media lobbying influence,experts conflits d'intérêt biais médecine,leo neels,écologie politique santé médecine médicament,prix médicament coût recherche développementl’intégrité et l’engagement, pour apporter une dimension d’ « expertise citoyenne » et de voix de la société civile lors d’une conférence de presse le mercredi 21 mars (détails à la fin) sur les moyens de « moraliser la politique du médicament », c'est-à-dire dans un domaine où la société civile et le débat citoyen sont marginalisés, voire exclus.

Habituellement, les professionnels de santé considèrent la santé – et surtout le médicament – comme une chasse gardée, réservée aux « techniciens » et aux « industries » de la santé. (Le terme même, appliqué à la santé, devrait choquer et interpeller...) Et les hommes politiques basent leurs décisions sur des expertises exclusivement techniciennes… Il faut ajouter à cela les agences de communication et les media. Ceux-ci n’ont pas fait leur travail d’investigation sur les médicaments et les abus des industriels et des leaders d'opinion (professionnels ou associatifs), mais ont toujours excellé dans la présentation des « découvertes » scientifiques et médicales, divinisées comme si toute nouveauté technoscientifique était un progrès thérapeutique et un progrès humain. Maintenant, ces mêmes media chassent le scoop, faisant la une dès qu’on parle d’un effet secondaire, comme si c’était une découverte qu'un médicament - le tramadol ou un autre - était à prescrire avec prudence, par exemple… Ces mêmes media n’ont pas changé dans leur rôle de courroie de transmission au service des intérêts productivistes des lobbies qui les possèdent en majorité…

Prenez les hommes politiques avec leurs conflits d’intérêts (sur tous ces sujets, voir les articles à partir de la liste alphabétique à gauche), les chercheurs et médecins avec les leurs, les media oscillant entre ignorance et vulgarisation toujours irréfléchies, et placez-les dans un système structurellement construit de façon à profiter aux industriels, où l’industrie pharmaceutique exerce un ghost management sans faille (voir cet article et celui-ci), c’est-à-dire une gestion invisible, mais omniprésente de tous les aspects et à tous les niveaux du système de recherche, de formation et d’information médicales – et vous aurez les principaux acteurs du microcosme de marionnettes de l’industrie qui est responsable du marasme actuel des choses. C’est un état dont on commence à peine à deviner l’étendue (des dégâts), que j’essaie d’esquisser et de dénoncer depuis que Pharmacritique existe.

Cette sollicitation d'une expertise citoyenne de l'extérieur d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), sans instrumentalisation politique ou autre, car totalement désintéressée, rompt avec les « traditions » du petit cercle exclusif des décideurs politico-sanitaires, avec leurs communicants et leurs conseillers plus ou moins intéressés, qui se fréquentent, fomentent des plans de carrière et forment des chapelles. C’est pour cela que j’ai accepté, alors que je ne fais pas partie d’Europe Ecologie les Verts (et d’aucun parti politique, d’ailleurs).

 

Au fil des ans et de mes participations régulières à des débats et colloques – cinq ces mois-ci, que je n’ai pas eu le temps d’annoncer -, et sans parler des discussions sous une autre forme et des sollicitations auxquelles je n’ai pas pu donner suite, j’ai remarqué toutefois que les écologistes sont plus ouverts au débat. Je pense surtout à la dimension de démocratie participative, avec le débat citoyen, avec cette ouverture à l’« expertise citoyenne » et à une « science citoyenne » qui irritent les professionnels, prompts à les déclarer illégitimes…

Pourtant, je ne cesse de rappeler, dans une terminologie qui paraît surannée, qu'en République, c’est le débat citoyen dans l’espace public politique qui permet, par abstraction successives des particularismes (de type appartenance à un parti politique, etc.) de dégager des intérêts universalisables, donc des intérêts qui dépassent tout corporatisme. Aucun corps intermédiaire – de type « ordre » (des médecins, etc.) ou corporation… - ne doit confisquer ce débat et la décision, ni ne peut prétendre représenter les citoyens. Je l’ai dit et redit dans ces pages.

Certes, on ne fera pas les prescriptions à la place des médecins, ni les recherches à la place des chercheurs. L’expertise citoyenne, ce n’est pas cela, n’en déplaise à ceux qui sèment la confusion pour la discréditer et tenter de s’en débarrasser pour garder l’exclusivité des cercles « sachants » traditionnels, sans droit de regard des citoyens, réduits au rôle de cobayes pour les produits des éprouvettes des divers industriels, fabriqués selon les cahier de charges de ces derniers: brevets et profits immédiats, avec l’impératif de soigner la santé financière des multinationales.

Ce type de discours rejetant l’expertise citoyenne revient régulièrement, et je l’ai entendu, avec des arguments qui paraissent solides à première vue, aussi dans l’exposé de Denis ZMIROU-NAVIER, professeur de santé publique à la Haute Ecole de Santé publique de Nancy. Nous étions les deux seuls Français participant au colloque sur les moyens de renforcer l’indépendance de l’expertise en santé publique, organisé par les députés écologistes belges Thérèse SNOY et Jacques MOREL le 20 janvier au Parlement fédéral belge (voir le programme détaillé). J’y reviendrai en détail, car il est révélateur de voir comment son raisonnement arrive, de proche en proche, à banaliser les conflits d’intérêts, définis de façon très large, ce qui lui permet de dire que nous aurions tous des liens, des dépendances, des intérêts, des conflits d’intérêts, y compris par la simple adhésion à une association… On voit que le rejet de l’expertise citoyenne a des raisons autres que celles qui paraissent évidentes, ainsi que des conséquences. Lorsqu’on assimile et qu’on met sur le même niveau l’engagement bénévole et désintéressé, sans conflit d’intérêts, d’un citoyen au sein d’une association indépendante et le « lien » d’un expert payé par des industriels pour faire passer leurs intérêts avant ceux de la santé publique, cela revient à neutraliser le danger et les conséquences des conflits d’intérêts, à les banaliser et les légitimer, à assimiler lobbying et plaidoyer citoyen…

J’ai répondu à cela, non pas par des discours théoriques, mais par des faits et des arguments chiffrés. Je pense avoir montré qu’un citoyen de base peut parler médicament. Une fois dans mon exposé de la matinée, portant sur des lois étrangères – surtout aux Etats-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne - permettant de réprimer et de dissuader les abus des industriels en matière de corruption, de conflits d’intérêts et de leurs conséquences, en matière de produits défectueux, mais aussi à d’autres niveaux tels que l’accès à l’information, le recours des victimes, etc. L’exposé portait aussi sur certains dispositifs juridiques et institutionnels pouvant servir d’exemple pour améliorer plusieurs niveaux dans la chaîne du médicament. Puis en répondant à des questions, mais surtout dans mon intervention de l’après-midi, lorsque j’ai interpellé de façon argumentée Leo NEELS, dirigeant du syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique belge (Pharma.be), l’homologue de Christian LAJOUX, patron du LEEM français (Les Entreprises du médicament) et PDG de Sanofi France. Je raconterai les détails, ils sont édifiants.

 

L’expertise citoyenne sur les médicaments ne consiste pas à vouloir en prescrire, ni mélanger les éprouvettes et se substituer aux experts, comme dans les cauchemars des scientifiques et des médecins grevés de conflits d’intérêts et craignant qu’on vienne leur demander des comptes, ou même dans les cauchemars de ceux qui n’ont pas de conflits d’intérêts, mais ont besoin d’invariants, d’un ordre bien défini, d’une hiérarchie et de cases que le « forum hybride citoyen » viendrait bouleverser comme l’entropie en thermodynamique…

Le citoyen de base peut – et doit – débattre et décider s’agissant du rôle du médicament et des industries de santé, s’agissant de tout ce qui biaise la chaîne du médicament (discours marketing sur le médicament, entre autres, qui pousse à la surmédicalisation et à la surconsommation), s’agissant de tout ce qui induit des conflits d’intérêts, des biais et des influences sur le comportement des prescripteurs et des patients…

Les sujets ne manquent pas, et nous ne devons pas rester dans le rôle de cobayes, subissant ce que d’autres ont décidé de nous faire consommer. Nous pouvons agir déjà par un bulletin de vote, par le soutien aux sources d’information indépendantes, par une autoréflexion et en développant notre esprit critique – ce qui nous sera utile au-delà de la préservation de notre santé face à toute cette « prévention » médicamenteuse et à une médecine dévoyée de son rôle et devenue de plus en plus, avec notre complicité tacite :

- prescriptive : au sens prétendument éthique, comme lorsqu’elle normalise les être humains, uniformise et standardise, extirpe la différence dans les comportements (la psychodiversité…), devient un moyen de contrôle social et un gardien de l’ordre, en utilisant divers moyens qui vont des camisoles chimiques aux préceptes comportementaux déplacés ;

- préventive : en particulier par la prévention réduite au médicament (donc dans l’intérêt des industriels), ainsi qu’à des dépistages réguliers dont bon nombre n’ont pas lieu d’être (cancer du sein, cancer de la prostate…) et font plus de mal que de bien. La médecine devrait soigner lorsqu’il y a maladie, pas imposer la consommation de médicaments au cas où, sait-on jamais, il y aurait maladie à l’avenir… Et la prévention devrait être limité au seul domaine où elle est efficace : éducation, information sur les comportements à risque, sur les modes de vie et les modifications à apporter en cas de problème, sur les expositions professionnelles ou autres à des produits dangereux, etc. Mais ici, on touche aussi aux inégalités socio-économiques en santé, car la vraie prévention devrait passer par là : l’amélioration des conditions de vie, d’habitat, d’alimentation, de travail… Et même l’accès égalitaire aux soins ne réglera pas ces problèmes-là. Et il est plus facile – et en plus rentable pour les industriels et moins coûteux pour l’Etat, mais seulement à première vue – de prescrire des médicaments que de résoudre les problèmes induits par la pauvreté…

- prédictive (au moyen du « tout génétique », par exemple, comme au moyen de divers marqueurs pour dépister des maladies de plus en plus tôt, même s’il n’y a pas de thérapeutique. Comme dans la maladie d’Alzheimer, où savoir à 20 ans que l’on souffrira (peut-être) plus tard de cette maladie ne peut qu’induire une énorme souffrance psychologique, voire détruire une vie… Bonne élève du marketing pharmaceutique et intéressée à l’être, la médecine a développé beaucoup de moyens de médicaliser des bien-portants et pousser à la consommation de médicaments aussi en jouant à Madame Soleil (puisque les moyens utilisés sont tout aussi scientifiquement fondés que le tarot de cette dernière, qui avait de plus l’avantage d’être plus poétique…).

 

Et lorsque ni la génétique ni les marqueurs ne permettent de transformer une personne en bonne santé en malade consommateur de médicaments, il y a toujours le disease mongering (façonnage de maladies, invention et redéfinition de maladies, voir les articles) : les médecins en inventent pour tous les goûts, pour tous les modes de vie (lifestyle drugs…, médicaments et actes médicaux de confort…), pour toutes les étapes de la vie (ménopause, baisse de la fonction érectile, vieillissement en général...), pour toutes les demandes sociales (dresser les enfants en les déclarant hyperactifs ou les adolescents en « trouble de désobéissance », camoufler le mal-être socio-économique en le psychologisant en dépression ou d’autres « troubles » mentaux. Le nombre de ces derniers est passé de 106 en 1952, lors de la première édition du DSM, à plus de 350 dans la quatrième édition du DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux)…

La description de David SACKETT de la médecine préventive s’applique parfaitement aussi à son dévoiement en médecine prédictive et prescriptive. Son article paru en 2002 dans le CMAJ (Canadian Medical Association Journal) sous le titre The Arrogance or Preventive Medicine est une lecture fort instructive pour comprendre comment le système pousse structurellement la médecine vers des rôles qui ne sont pas les siens – et que nous ne devons pas accepter. Nous ne devons pas accepter son arrogance, son agir présomptueux et impérieux, les préceptes qu’elle n’a aucune légitimité à formuler, son incapacité à reconnaître ses limites et à accepter la critique, son rôle de rouage dans la machinerie du profit industriel, avec les médecins comme exécutants et victimes consentantes.

Or notre passivité rend possible la reproduction de ce système, avec des adaptations minimes et des mesurettes cosmétiques lorsque cela déborde : ainsi, la loi de Xavier BERTRAND sur le sécurité de la chaîne du médicament apporte quelques mesures dues de longue date, mais sans rien changer à la nature structurellement pharma-amicale de notre système de santé et de soins. Une excellente communication autour de cette loi l’a fait paraître révolutionnaire, alors que seules les apparences changent, comme je l’ai dit dans un communiqué détaillé de la Fondation Sciences Citoyennes, et dans un autre article détaillant les mesures et les sanctions prévues, ainsi que la position ambiguë l’Ordre des médecins. Paul JANIAUD a lui aussi souligné d’autres « oublis inquiétants » dans la loi.

 

Nul besoin d’être professionnel de santé pour parler de cela. Et le citoyen lambda a même l’avantage de ne pas vivre de ce système, de ne pas y contribuer, de n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Elena Pasca

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Voici l’annonce de la conférence de presse, qui aura lieu le mercredi 21 mars de 15 h à 16 h à cette adresse : IREMMO, 5, rue Basse des Carmes, 75005 Paris

 

SANTE : IL FAUT MORALISER LA POLITIQUE DU MEDICAMENT

En présence de :

  • Eva JOLY, candidate Europe Ecologie Les Verts à l'élection présidentielle
  • Michèle RIVASI, députée européenne EELV  
  • Aline ARCHIMBAUD, sénatrice EELV de la Seine-Saint-Denis
  • Elena PASCA, philosophe, créatrice du blog Pharmacritique, membre du CA de Sciences Citoyennes

 

« Les coûts en santé ont explosé ces dernières années. Aujourd'hui, entre 25 et 35% de la population renonce à se soigner, faute de moyens. En cause : dépassement d'honoraires, franchises, tarifications à l'acte... Mais également médicaments de plus en plus chers. Les français dépensent en effet entre 4 et 8 fois plus qu'il y a 25 ans pour leurs médicaments, alors que ces derniers ne sont pas plus efficaces. En effet, le progrès thérapeutique stagne depuis une quinzaine d'années. En l'absence d'une analyse coût/efficacité et d'une autorisation de mise sur le marché exigeant la supériorité des nouveaux médicaments, l'on peut compter sur les doigts d'une main les médicaments vraiment novateurs, parmi les centaines autorisés chaque année en France. Et pourtant, les profits pharmaceutiques augmentent, et les restes à charge des patients, aussi...

Comment en sommes-nous arrivés là? Quel rôle jouent aujourd'hui les industries pharmaceutiques, leur marketing, leur lobbying et leurs stratégies? Pourquoi les citoyens sont-ils les premières victimes de cette politique opaque? Comment réaliser des économies dans ce secteur? En quoi le programme de la candidate écologiste pourra répondre à ces questions?

Réponses le 21 mars prochain. »

04/10/2011

Conflits d’intérêts, marasme éthique, influence pharmaceutique... Menaces sur la médecine (Roy Poses et Health Care Renewal)

Par ses activités, prises de positions et analyses, le Dr Roy Poses est l’une des principales Roy Poses,health Care renewal,conflits d'intérêts médecine industrie pharmaceutique,éthique médicale déontologie professionalisme,médecine conflits d'intérêts profit commerce,leaders d'opinion médecine,recherche médicale manipulation,formation médicale continue influence pharmaceutique,médecine universitaire influence pharmaceutique,facultés de médecine management gestion commerciale,lanceurs d'alerte médecine risques,ghostwriting information médicalefigures de la résistance aux influences et manipulations de l’industrie pharmaceutique. Depuis 1994, il est professeur associé de médecine à l’Université de Brown (Etats-Unis), l’une des plus réputées du pays. Depuis 1999, il est aussi professeur associé de médecine interne à la Virginia Commonwealth University.

Il a fondé et préside la Foundation for Integrity and Responsibility in Medicine (FIRM).

Roy Poses est le fondateur et principal auteur du meilleur blog / site sur le complexe médico-industriel : Health Care Renewal. Parmi les thèmes abordés sur ce blog très documenté figurent : le marasme éthique et moral en médecine ; la perte du professionnalisme (au sens anglo-saxon, qui met l’accent sur la déontologie et sur les modalités d’application d’un savoir technique, dont la simple maîtrise théorique n’est que le degré zéro) ; la dévalorisation des valeurs éthiques en médecine au profit d’un appât du gain croissant ; la dégringolade morale de la médecine universitaire (et pas seulement…); les diverses formes de corruption, conflits d’intérêts et lobbying et leurs conséquences ; les leaders d’opinion et autres formes d’asservissement à l’industrie pharmaceutique ; les influences, manipulations et biais plus ou moins directs de l’industrie pharmaceutique à tous les niveaux (formation initiale et formation médicale continue, presse et information médicale en général, recherche clinique…).

Le blog Health Care Renewal s’est imposé comme LA meilleure référence internationale sur ces sujets, sans aucun équivalent français comparable. Au lieu d’une longue introduction, j’ai choisi de traduire un texte qui illustre le registre très large de sujets abordés sur Health Care Renewal, principalement par Roy Poses.

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30/09/2011

Un système de santé pourri par les conflits d’intérêts et un lobby médico-industriel omniprésent

J’ai évoqué plusieurs fois l’excellent blog Health Care Renewal et aimerais remercier son fondateur et principal auteur, le Dr Roy Poses, d’avoir publié le 14 septembre mon texte « Mediator, symptom of a broken French system » (Médiator, symptôme d'un système français cassé / en faillite/ en ruines...).

Le scandale du Médiator est juste un point de départ, un épiphénomène de défaillances structurelles à tous les niveaux. Quelques jours après l’annonce du projet de loi d u ministre Xavier Bertrand, qui n’apporte aucune réponse structurelle, juridique et législative, donc ne changera rien à un système intégralement pharma-amical, j’ai voulu faire une description des grandes lignes du système français de santé et de soins. Montrant comment il est pourri entièrement par les conflits d’intérêts, depuis la tête de l’Etat (Nicolas Sarkozy) jusqu’aux acteurs individuels (professionnels de santé disposant d’un lobby très puissant qui influence les décisions, patients suivistes et sans esprit critique…).

Le texte est écrit pour des lecteurs nord-amérciains, en particulier des Etats-Unis, donc à l’aide de certains exemples et comparaisons des deux systèmes, avec aussi quelques exemples européens, surtout sur le plan des dispositifs législatifs et juridiques, qui seraient essentiels pour réprimer et dissuader les abus de toute sorte. Lors de nombreux échanges avec des professionnels de santé étrangers, de plusieurs pays, j’ai constaté à quel point ils se faisaient des illusions sur le système français de santé, tenu par beaucoup pour un modèle de « médecine socialisée ». L’existence d’une couverture-maladie (régime publique de Sécurité sociale et CMU) fait illusion et empêche une analyse approfondie, qui montrerait que la logique néolibérale et ses outils, la logique de compétition et de marché, l’emporte largement. Généralement, on ne la perçoit même pas, peut-être à cause des apparences républicaines et de protection étatique. Ou alors on la nie ou passe sous silence, par intérêt ou par passivité. Alors comment la contrecarrer ?

Or la couverture financière n’est en rien garantie de qualité des soins et de médecine socialisée. Le système français de santé et de soins, sans coordination, sans évaluation de la qualité, avec une influence extrême du lobby médico-industriel, etc. allie le pire de la logique de marché et de la médecine socialisée, sans en avoir les avantages.

En particulier, l’influence de la médecine organisée (ordre des médecins, syndicats…) maintient la désorganisation et organise une corruption quotidienne et banalisée. Elle rend impossible toute évaluation et toute réforme structurelle. La logique de surmédicalisation et de surmédicamentation a des conséquences multiples et est entretenue, dans un cercle vicieux sans issue, par le consumérisme de patients sans éducation à la santé et sans esprit critique.

Forcément, ce système extrêmement coûteux pour des résultats qui ne sont pas à la hauteur, ne peut pas tenir. Les industriels et autres groupes d’intérêts le casseront, en particulier au profit des assurances et autres cliniques et organisations privées, en disant qu’il est bien la preuve que la médecine socialisée ne peut pas fonctionner... Mais un tel terme n’est pas approprié pour définir ce qui se passe en France. Il faudrait des analyses structurelles et dépourvues de complaisance et d’intérêts pour le comprendre ; à quelques exceptions près – et le Pr Claude Béraud en est une –, de telles analyses systémiques ne me semblent pas pouvoir venir des médecins et autres professionnels de santé, trop désinformés, mais aussi intéressés et privilégiés par un système qui n'a de républicain que quelques apparences induisant en erreur. Et encore moins des organisations médicales.

Comme le disait le Dr Roy Poses dans son introduction, on voit que la problématique est globale, à quelques différences spécifiques près. Les solutions ne peuvent être que globales, et il me semble que la démystification des illusions et l’incitation à une réflexion sans complaisance, à une exterritorialisation et à un recul critique pour porter un jugement (ce qui est d’ailleurs le sens du mot « critique »), devrait être parmi les premiers pas à faire en ce sens. Je n'ai pas de telles prétentions, loin de là. Mais peut-être que l'exterritorialisation, la connaissance d'autres structures, les échanges internationaux, l'absence de conflits d'intérêts et de corporatisme et... les principes républicains m'ont permis d'avoir un regard un peu différent sur les (auto)mystifications des médecins comme des patients. Et les réactions majoritaires des médecins français, sous des prétextes détournés, me font penser que je vise plutôt dans la bonne direction.

Le texte, long, détaillé et avec des liens, parle de lui-même. Merci au Dr Roy Poses pour sa relecture. (Je présenterai en détail son blog et ses activités ; c’est au programme depuis longtemps).

Elena Pasca

28/09/2011

Surmédicalisation et conséquences: surprescription, surmédicamentation, surtraitement, iatrogénie, déficit de la Sécurité sociale…

L’émission C dans l’air du 22 septembre s’intitulait « Sécu : faut-il tout revoir ? » Mais le titre ne médecine libérale médicalisation surmédicalisation,paiement à l'acte médicalisation médicamentation,prévention abus de prévention dépistages cancer,surmédicalisation surmédicamentation surdiagnostic,iatrogénie surprescription surconsommation médicaments,médecine commerce profit,conflits d'intérêts médecine industrie pharmaceutique,etienne caniard surmédicamentation,déficit sécurité sociale cause surprescription médicaments,disease mongering façonnage de maladies surmédicamentation,corporatisme médical ordre des médecins,lobby médical influence conséquencesrésume pas la richesse des interventions, qui ont porté sur les logiques systémiques qui mettent en danger les comptes de la Sécurité sociale, et notamment la médicalisation abusive, cette logique du « tout curatif » et du « tout médicament », comme si tout problème avait une solution médicale – et surtout médicamenteuse et interventionniste.

Surmédicalisation, surdépistages, surdiagnostic, surprescription, surtraitement, surconsommation, abus de prévention… – ce qui les rend possibles, ce qui va avec et leurs conséquences, voilà le sujet de l’émission. Ce sont des sujets maintes fois abordés sur Pharmacritique.

Après les deux vidéos reproduisant l’intégralité de l’émission, je résume les grandes lignes des interventions, en intercalant des citations des intervenants, mais aussi des commentaires de mon cru, avec des informations et des liens permettant de compléter et d’approfondir.

Ce qui frappe dans cette émission – et j’insiste là-dessus parce que cela confirme mon point  de vue, pour lequel des médecins m’ont rudoyée plus d’une fois –, c’est que l’on aborde enfin le rôle crucial des médecins dans ce système perverti. Un système où ce ne sont pas les besoins réels des usagers qui créent la demande, mais l’offre médicale conçue comme un commerce et manquant totalement d’évaluation en terme de qualité et de pertinence des actes. Il n’y a ni rationalité, ni coordination, ni coût/efficacité. Juste un commerce qui s’entretient et se reproduit en actualisant son discours marketing. 

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26/09/2011

Combattre corruption et fraude en santé: le réseau européen anticorruption EHFCN et sa conférence 2011 à Cracovie

Du 6 au 7 octobre inclus aura lieu à Cracovie la conférence annuelle 2011 de l’EHFCN (European EHFCN logo complet.jpgHealthcare Fraud & Corruption Network), sous le titre « Fighting fraud in healthcare and social security: How to maximise resources?” (Combattre la fraude dans les soins de santé et à la sécurité sociale: comment maximiser les ressources?).

Le European Healthcare Fraud & Corruption Network (Réseau européen de lutte contre la fraude et la corruption en santé), basé à Bruxelles, est la seule organisation européenne entièrement dédiée à la lutte contre toutes les formes de corruption et de fraude dans tous les secteurs relevant de la santé, partout en Europe. Parmi ses objectifs, détaillés aussi dans la vidéo reprise plus bas, on note la création d’une culture transnationale anticorruption, pour la transparence et le coût/efficacité, ainsi que le développement de moyens éducatifs et informatifs pour y parvenir.

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20/09/2011

Lobbying, conflits d'intérêts, corruption: La France sous influences (revue Territoires)

La revue Territoires, qui dispose aussi d'un blog, est "un mensuel de 50 pages pour plonger toujours Territoires revue.jpgplus au coeur des initiatives citoyennes, être au fait de l'actualité de la démocratie locale en France et dans le monde, et avoir un autre regard sur les enjeux politiques et sociaux. Sans oublier, chaque mois, au centre du numéro, un dossier alliant pédagogie et présentation de multiples expériences de terrain qui permet d'approfondir une des multiples facettes de la démocratie locale."

La revue est co-éditée par ADELS (Association pour la démocratie et l'éducation locale et sociale).

Je voudrais signaler le numéro 513 (décembre 2010) de la revue Territoires, et notamment le dossier "Lobbying, conflits d'intérêts, corruption. La France sous influences", qui n'a rien perdu de son actualité. En voici le sommaire, suivi par un rappel de quelques-unes des activités de Sciences Citoyennes à ce sujet:

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09/09/2011

"Menace sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson et ceux qui en profitent". Livre de Roger Lenglet et Marie Grosman (vidéo)

Le 7 septembre est sorti à Actes Sud le livre Menaces sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson et ceux qui en profitent…, par Marie Grosman, spécialisée en épidémiologie et santé environnementale, et Roger Lenglet, philosophe et journaliste d'investigation indépendant.

C’est une investigation sur tous les niveaux qui concourent à la « production » et au maintien d’une « société neurotoxique ». Elle se focalise sur l’accumulation des métaux lourds et leur impact sur la santé et l’environnement, en dévoilant tout un système qui favorise les intérêts économiques des lobbies et groupes de pression et bloque l’information transparente, la remise en cause de tout un système verrouillé et instrumentalisé, le questionnement citoyen et la reconnaissance des droits des victimes. Le rôle des métaux lourds, en synergie avec d’autres produits toxiques (pesticides, perturbateurs endocriniens…), est questionné dans l’apparition et la multiplication de maladies neurologiques telles que Alzheimer et Parkinson, les troubles neurocomportementaux et autres affections.  

Je n’ai pas encore lu le livre, mais connaissant le sérieux de Roger Lenglet, auteur de nombreux livres fort bien documentés et qui ont permis des avancées dans la prise de conscience sur de nombreux problèmes de santé publique et de dénaturation de la démocratie par les lobbies et les conflits d’intérêts, je pense que Menaces sur nos neurones fera date. Dans un débat qui doit être mené en toute transparence, quelle qu'en soit la conclusion, afin d'éviter des extrêmes et des polarisations généralement délétères: soit le rejet en bloc des causes environnementales, soit l'attribution d'une causalité globale, exclusive et prise au sens strict du terme. 

Voici une courte présentation vidéo faite par les deux auteurs. Des informations complémentaires (introduction, sommaire…) sont disponibles sur cette page de l’éditeur Actes Sud.

Je rappele mon investigation, parue le 5 mars 2009 sur Pharmacritique, sur les conflits d’intérêts autour de l’Alzheimer, à commencer par ceux de Nicolas Sarkozy et ses frères, dans l’intérêt des assureurs et de l’industrie pharmaceutique, sur le pourquoi des franchises médicales, l’inutilité des médicaments anticholinestérasiques et de la mémantine, etc. : « Conflits d’intérêts des frères Sarkozy, plan Alzheimer et mutuelle obligatoire, pour le profit de Sanofi et des assurances ». [Elena Pasca]


29/08/2011

La santé sous contrôle pharmaceutique... Comment combattre influences et conflits d'intérêts ? (Débat François Autain, Yves Gimbert, Elena Pasca)

Le samedi 3 septembre aura lieu un débat lors duquel j’aurai le plaisir de retrouver un excellent Espace nature isère.jpginterlocuteur:

François AUTAIN, sénateur, médecin de formation, auteur et co-auteur de nombreuses initiatives, rapports et projets de loi pour limiter conflits d’intérêts et influence de l’industrie pharmaceutique sur la médecine et le système de santé, président des missions sénatoriales d’information sur la campagne de vaccination contre la grippe AH1N1 et sur le Médiator. 

Espace Nature Isère organise à partir du vendredi 2 septembre la 15ème édition du Festival de l’Avenir au Naturel, avec le soutien du conseil général de l’Isère, du conseil général de Rhône-Alpes et de nombreuses communes et organisations. La devise est « On ne subit pas l’avenir, on le fait » (Georges Bernanos). Lieu : L’Albenc en Isère (38470), tél. 04 76 36 50 10

Toutes les informations sur le Festival de l’Avenir au Naturel sont accessibles à partir de cette page ; le programme complet est ici

Le samedi 3 septembre à 19h00 aura lieu un débat intitulé « La santé sous contrôle pharmaceutique... Comment combattre influences et conflits d'intérêts ? »

« A la suite du scandale du Mediator, les pratiques et agissements de l'industrie pharmaceutique sont sous les feux médiatiques : conflits d'intérêts dans le domaine de l'expertise scientifique, positions de force et moyens de pression exercés sur les institutions pour imposer des "nouveaux médicaments" d'une efficacité contestable.

Le sénateur de Loire Atlantique François AUTAIN, Président de la mission d’information sur le Médiator et Elena PASCA, philosophe et responsable du site internet "Pharmacritique" (une référence dans le domaine de l'information sur les rapports entre industrie pharmaceutique, médecine et usagers), feront un état des lieux sur la faillite du système de recherche, de formation et d'information médicales. Quelles solutions peut-on envisager pour diminuer l'influence de l'industrie et l'impact des conflits d'intérêts ? Vers quoi peut évoluer l'industrie pharmaceutique en plein déclin d'inventivité depuis bientôt 30 ans ? »

Le débat sera animé par Yves GIMBERT, directeur de recherches au CNRS / Département de Chimie moléculaire de l'Université Joseph Fourier de Grenoble, administrateur de la Fondation Sciences Citoyennes, bon connaisseur des risques technologiques.

Pour ma part, j'aborderai certains des aspects qui étaient au programme de mon audition (au nom de Sciences Citoyennes) par la mission d'information sur le Médiator de l'Assemblée nationale, fin avril, audition que j'ai dû annuler au dernier moment, pour des raisons de santé. 

14/04/2011

Conflits d’intérêts dans les recommandations de bonne pratique en cardiologie. Comment l’influence pharmaceutique dissémine et devient invisible

Une première version moins détaillée de cet article est parue sur le site de la Fondation Sciences Citoyennesrecommandations cardiologie.jpg

Le numéro du 28 mars des Archives of Internal Medicine contient une analyse bien documentée de la déclaration ou non des diverses formes de conflits d’intérêts dans les 17 dernières recommandations de bonne pratique (RBP) élaborées sous l’égide des deux organisations professionnelles majeures dans la cardiologie : l’ACC (American College of Cardiology) et l’AHA (American Heart Association). Il s’agit des dernières 17 RBP parues entre 2004 et 2008.

L’article de Todd MENDELSON et al est paru sous le titre « Conflicts of Interest in Cardiovascular Clinical Practice Guidelines » (Arch Intern Med 2011; 171:577-584, abstract sur cette page). Il est commenté dans un éditorial signé par le cardiologue Steven NISSEN, connu pour son implication dans plusieurs études et démarches visant des médicaments à rapport bénéfice – risques défavorables tels que l’Avandia (rosiglitazone). L’éditorial cinglant de Steven Nissen s’intitule « Can we trust cardiovascular practice guidelines? Comment on "Conflicts of interest in cardiovascular clinical practice guidelines" » (Peut-on faire confiance aux recommandations de bonne pratique clinique cardiovasculaire ? Arch Intern Med 2011; 171:584-585, début sur cette page).

651 « épisodes » de conflits d’intérêts ont été dénombrés, pour 56% des 498 personnes impliquées dans la rédaction de ces 17 recommandations de bonne pratique (RBP).

Je voudrais insister particulièrement sur le rôle des avis d’expert et des recommandations de bonne pratique, parce que c’est l’une des articulations stratégiques du système de désinformation et de ghost management mis en place par les laboratoires pharmaceutiques, aux Etats-Unis comme partout ailleurs. A travers elles, des connaissances médicales déformées et biaisées par les conflits d’intérêts de la recherche et des experts apparaissent comme légitimes, comme étant de la science et non une traduction des intérêts privés de l’industrie pharmaceutique; elles sont formalisées et établies comme des modèles à suivre à tous les niveaux de la pratique médicale.

Cette formalisation permet d’occulter les biais initiaux et de disséminer partout les conflits d’intérêts, tout en les rendant illisibles et invisibles. C’est toute l’influence pharmaceutique qui devient ainsi invisible, sous l’apparence d’un discours scientifique qui paraît neutre et objectif. Ce qui vaut pour les Etats-Unis, vaut encore plus pour la France, où les laboratoires n’ont quasiment pas de contraintes et où nous avons un retard d’au moins 20 ans sur ces questions…

Se pose à nouveau la question de la transparence et de l’illusion de « gestion » des conflits d’intérêts par les déclarations publiques, dont je rappelle à nouveau l’insuffisance, m’appuyant sur les positions de la Fondation Sciences Citoyennes et  des articles plus anciens de Pharmacritique.

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01/04/2011

Conflits d’intérêts rarement déclarés dans les méta-analyses d’essais cliniques (JAMA)

Le JAMA (Journal of the American Medical Association) publie dans son numéro du 9 mars 2011 une étude faite par des investigateurs du JAMA logo.jpgCanada, des Etats-Unis et des Pays-Bas, dirigée par Michelle Roseman (Université McGill, Montréal): "Reporting of conflicts of interest in meta-analyses of trials of pharmacological treatments". JAMA. 2011;305(10):1008-17 » (Déclaration des conflits d’intérêts dans les méta-analyses d’essais cliniques de traitements pharmacologiques).

29 méta-analyses se référant à 509 essais cliniques contrôlés randomisés (RCT : randomized controlled trials) ont été retenues. Quant aux journaux, ont été retenus ceux ayant un facteur d’impact élevé : Annals of Internal Medicine, British Medical Journal, JAMA, Lancet, NEJM, PLoS Medicine ; s’y ajoute la Cochrane Collaboration (pour les revues systématiques) et plusieurs journaux de 5 spécialités différentes. Sur ces 29 méta-analyses, onze sont parues dans le JAMA, le Lancet, le BMJ et les Annals of Internal Medicine.

Seules 2 méta-analyses sur les 29 (soit 7%) comportent des déclarations d’intérêt relatives au financement des essais RCT, mais ces indications sont placées à des endroits peu visibles (notes de bas de page, tableaux…). Aucune méta-analyse ne comporte de déclaration d’intérêts des investigateurs et auteurs des essais. 318 RCT sur 509 (soit 62,5 %) déclarent les sources de financement. Il s’agit de l'industrie pharmaceutique pour 219 d’entre eux (68,9 %), partiellement ou totalement ; et de sources autres pour 30,5%. Un peu moins d’un pour cent n’ont pas de financement. Un quart des essais RCT (132 sur les 509) incluent des déclarations d’intérêts des auteurs. Sur ces 132 essais contenant des "disclosures", 41 (soit 68,9%) ont au moins un auteur en situation de conflits d’intérêts avec les pharmas.

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22/03/2011

Assises du médicament: "Un front commun d’action pour des contre-Assises du médicament indépendantes!" (Fondation Sciences Citoyennes)

Voici un communiqué de presse fait pour la Fondation Sciences Citoyennes (FSC). Je devais représenter l'association aux Assises du Fondation Sciences citoyennes logo.gifmédicament, si le ministère ne nous avait pas refusé l'inscription, comme à d'autres participants indépendants... De toute façon, j'étais mandatée pour faire un rapide constat critique, donner les références de nos contributions, et en particulier de la proposition de loi sur la déontologie de l'expertise et la protection des lanceurs d'alerte (sur cette page), et claquer la porte très vite, si possible en concertation avec d'autres participants indépendants.

La meilleure attitude nous semble être celle consistant à ne pas se laisser instrumentaliser dans cette mascarade contrôlée par l'industrie et mise en place pour que rien ne change en profondeur. Il faudrait construire un front commun d'action et de proposition, pour que les indépendants soutiennent mutuellement leurs propositions dans le domaine de la santé, de l'expertise et de l'alerte en général, et puissent élaborer des positions communes. Ce qui permettrait aussi de mettre en place des contre - Assises du médicament indépendantes, transparentes et pluralistes. Une vraie évaluation, c’est-à-dire de vraies assises (voir ci-après).

Le communiqué existe en deux versions: une version courte (une page et demi) envoyée le 21 mars aux media, et une version longue et référencée postée sur cette page du site de la Fondation. C'est la version détaillée que je reproduis ci-après:

Elena Pasca (Fondation Sciences Citoyennes et Pharmacritique)


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15/01/2011

Le Médiator et les autres: faut-il avoir peur des médicaments ? 15 pages d'informations et liens utiles

Le lundi 10 janvier 2011 à 19 : 00, j'ai participé à un débat sur la LCP (La chaîne parlementaire - Assemblée nationale), intitulé "Médiator: faut-il avoir peur des médicaments?" Il s'agissait de situer le Médiator dans le contexte, de comprendre comment ce "drame" - que le patron de l'industrie pharmaceutique Christian Lajoux" désignait comme un "accident" - a pu se produire et si d'autres catastrophes sanitaires sont actuellement en cours ou à venir.

Les participants étaient: Gérard Bapt (député PS, cardiologue de formation), José Duquesnoy (président de l'association des victimes du Médiator ADVM, de la région du Nord), Christian Lajoux (président directeur général de Sanofi-Aventis France et patron du L€€M (syndicat patronal des 300 laboratoires pharma actifs en France) et moi-même (Elena Pasca, philosophe, administratrice de la Fondation Sciences Citoyennes et "auteure" de Pharmacritique). Le débat était animé par le présentateur de l’émission « Ca vous regarde », Arnaud Ardoin.

Cliquez sur « Lire la suite » pour accéder aux commentaires, informations, liens, explications… qui dépassent très largement les thèmes abordés lors du débat. J’essaie d’aborder plusieurs dimensions illustrant le contrôle total de l’industrie pharmaceutique sur la filière du médicament et sur toute l’information qui s’y rattache.

Entre autres: nouvelles tendances: marketing relationnel vs R&D; données socio-économiques des pharmas; conflits d'intérêts des associations; leaders d'opinion (médecins et leaders associatifs) qui verrouillent le système de santé et de soins; industrie du cancer, irrationalité de la pensée s'agissant de certains médicaments; absence d'analyse coût - efficacité; formation médicale continue et presse médicale dans les mains des pharmas; certains propos de Christian Lajoux; l'hypocrisie générale des autorités sanitaires et des médecins quant aux conflits d'intérêts; l'ineptie des codes volontaires de déontologie, etc., etc. Tout cela avec des liens pour approfondir.

La vidéo de l'émission (48 minutes) et l'annonce par la LCP se trouvent dans cet article. Ici, je souhaite rappeler - sur une quinzaine de pages - certaines problématiques essentielles, en donnant des liens pour approfondir. Bref, ce que j'aurais voulu dire dans l'émission si j'avais eu le temps...

Une image très négative de l’industrie pharmaceutique, d’où l'urgence d'une communication très soignée…

Dans des pays où l’opinion publique a pris conscience de la gravité de la situation, suite à des scandales révélés par des media qui font leur travail au quotidien - et non pas une fois par décennie, comme chez nous pour le Médiator -, l’image des laboratoires pharmaceutiques est très détériorée.

Un sondage commandité en 2005 par la Kaiser Family Foundation confirmait l’effondrement de l’image de l’industrie pharmaceutique, et ce malgré les mécénats et autres œuvres de charité pour lesquelles elle dépense plus que d’autres industries aux Etats-Unis.

Seules l’industrie pétrolière et celle du tabac faisait pire. Pour 70% des personnes interrogées, c’est l’industrie pharmaceutique qui est la plus avide de profits et, pour ce faire, met le profit avant les êtres humains, profite de leur malheur.

Selon un sondage de Harris de décembre 2010, les trois industries qu’il est le plus urgent et indispensable de contrôler et de réguler sont, dans l’ordre, l’industrie pétrolière, celle pharmaceutique et celle du tabac. Ces trois sont aussi les moins dignes de confiance et les plus susceptibles d’être malhonnêtes. (Je reviendrai sur cette image dégradée des laboratoires, car il est évident qu’elle explique le recours accru à tout ce pourrait la redresser, donc à des lobbyistes et leurs méthodes publicitaires et de relations publiques).

LEEM : la branche française du lobby le plus puissant au monde, celui qui dépense aussi le plus en activités de lobbying / communication / relations publiques…

Je commence par rappeler quelques-unes des notes parues sur Pharmacritique au sujet du L€€M (Les Entreprises du médicament), représenté par Christian Lajoux lors du débat, histoire de mieux faire comprendre de qui il s'agit. Car il y a une grande différence entre l'image et la réalité, entre le discours et les actes, et j'ai rappelé lors du débat que l'industrie pharmaceutique emploie moult cabinets de lobbyistes qui servent à lisser l'image et à maîtriser la communication et les artifices rhétoriques de façon à détourner le débat vers des terrains consensuels ou en tout cas pas minés, pas de nature à éveiller un esprit critique peu aiguisé en France.

Ceux qui ont suivi les deux séminaires d’ETAL (Encadrement et Transparence des Activités de Lobbying) ont pu mieux comprendre à quel point un lobbyiste maîtrise les techniques de persuasion les plus perfectionnées, qui peuvent vous convaincre que 2 + 2 = 5, malgré toutes les preuves contraires.

Les représentants des pharmas se cachent toujours derrière  diverses formes de clichés du genre: l'industrie pharmaceutique crée des emplois, est indispensable à la société sous sa forme actuelle, car c'est elle qui lui permet les investissements et la recherche permettant de soigner et guérir des maladies telles les cancers, le SIDA, etc.

Ce sont des lobbyistes qui élaborent pour leurs clients les réponses et les stratégies rhétoriques, et j'avais fait remarquer aux autres participants, avant l'émission, qu'il ne fallait pas suivre Christian Lajoux sur ce terrain-là, parce que nous ne pouvions pas à la hauteur. Je le sais pour avoir suivi et analysé la nature de ses interventions médiatiques, servi comme il est par des journalistes pour le moins serviables, si ce n’est serviles. Si les interlocuteurs laissent Lajoux poser les termes du débat, c’est fini, c’est lui qui mène la danse, et les autres perdent leur temps de parole à déjouer les pièges et autres artifices rhétoriques, au lieu de discuter de façon argumentée et chiffrée, sans langue de bois.

Mais la structure d'un tel débat - interventions courtes, alors qu'il ne peut y avoir de réponse par oui ou par non à de telles questions - et le temps imparti (48 minutes pour quatre intervenants, plus les questions du journaliste, plus les interventions de deux spectateurs dont l'un était un ancien visiteur médical, habitué de l'émission, venu soutenir ses (anciens?) patrons - ne permet pas d'aller au-delà des généralités.

Voici quelques articles et notes (réunis sous la catégorie « Ethique et pharmas, firmes et LEEM ») qui en disent long sur la situation actuelle, où l’industrie pharmaceutique mène la danse, et pas seulement par la rhétorique: on laisse le L€€M s’autoréguler, émettre un code volontaire de bonne conduite, non contrôlée et une charte de la visite médicale, tout aussi volontaire... Ces deux caricatures (celle-ci et celle-ci) montrent à quoi ces codes de déontologie volontaire (sic) peuvent servir, d’un point de vue pragmatique…

*** Sarkozy et l’industrie pharmaceutique : le poisson pourrit par la tête…

Cette autorégulation bafoue par ailleurs tous les principes, à commencer par le sens du terme « déontologie », qui est tout sauf volontaire, puisqu’elle relève même pas des éthiques relatives, arbitraires, concurrentielles, mais de la morale et de ce qu’elle a de normatif, par-delà les applications éthiques. Tout cela signifie en clair qu’on se fiche des principes et de la morale.

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16/08/2010

Transparence des conflits d'intérêts des médecins: suivons l'exemple d'Obama avec les Physician Payment Sunshine Provisions

Voici un communiqué de presse que j'ai fait il y a plusieurs mois pour la Fondation Sciences Citoyennes. Laissé de côté à cause de multiples sunshine law.jpgautres travaux en cours, il n'est parti que le 22 juillet... Ce n'est pas le meilleur moment pour des communiqués de presse, mais, comme vous pouvez le constater, les convenances ne m'intéressent pas, même pas s'agissant de respecter les conventions quant à la forme d'un tel texte... Je préfère donner plus d'informations, situer la problématique dans le contexte, donner des liens, pour que le lecteur comprenne que, même s'agissant d'une information états-unienne, cela le concerne tout autant, si ce n'est plus, vu l'inexistence d'une telle législation en France et en Europe.

Logo des lois de tranparence (sunshine laws) de l'Etat du Maine. (Elena Pasca)

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23/04/2010

Expertise et conflits d'intérêts - formation de la Fondation Sciences Citoyennes (cycle du 14 avril au 30 juin)

La Fondation Sciences Citoyennes organise, du 14 avril au 30 juin 2010 en Ile-de-France, un cycle de formations sur les différentes logo FSC.jpgthématiques qui sont au coeur de son activité : les conventions de citoyens, le lobbying, l’expertise et les conflits d’intérêts, les lanceurs d’alerte, la solidarité internationale, la santé environnementale, la recherche participative, les liens entre technosciences et économie, etc. Les formations s’adressent à nos adhérents franciliens (pour commencer) et aux adhérents de nos partenaires associatifs. Elles visent entre autres à

  • transmettre à nos membres, et ceux de nos partenaires, les principaux éléments permettant de situer l’action de la Fondation Sciences Citoyennes et de ses partenaires dans le paysage « science et société »
  • renforcer leurs capacités d’analyse sur le sujet
  • favoriser grâce au retours d’expériences le développement de nouvelles actions et de nouveaux projets

La description complète, la liste des sessions suivantes et des intervenants ainsi que le bulletin d’inscription (gratuite) sont accessibles sur cette page. Si vous souhaitez des informations complémentaires, n’hésitez pas à contacter Glen Millot qui coordonne ce cycle de formation et que je remercie pour son excellent travail : contact@sciencescitoyennes.org

Désolée de ne pas avoir pu annoncer ce cycle plus tôt ; la formation animée par Jacques Testart a déjà eu lieu le 14 avril - et a été un franc succès.

FORMATION « EXPERTISE ET CONFLITS  D’INTERETS »

J’aurai le plaisir d’animer cette session le mercredi 28 avril, de 19 h à 21 h 30, à l’adresse suivante : AGECA, 177 rue de Charonne – 75011 Paris. Accès : M° Alexandre Dumas (2) ou Charonne (9). Voir le plan d'accès sur cette page.

Voici le texte introductif de cette session:

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24/06/2009

Baisser la tension artérielle, oui, mais pas trop, selon les recommandations européennes. Les conflits d'intérêts de l'ESH et des cardiologues français ne baissent pas, eux

C'est au mois d'octobre que les recommandations européennes de prise en charge de l'hypertension artérielle seront publiées en hypertension artérielle.jpgintégralité. Cependant, ce qui se dégage déjà des travaux de l'ESH (European Society of Hypertension), réunie à Milan pour les actualiser, c'est qu'il convient de mettre un terme à la recherche forcenée d'une pression artérielle toujours plus basse, parce que des complications cardiovasculaires risquent d'apparaître, sans qu'on comprenne pourquoi. La sagesse populaire savait, elle, que le mieux est l'ennemi du bien... Du moins depuis Voltaire. Cet article du 22 juin du site The Heart nous donne les détails.

Mais c'est aussi l'occasion d'apprendre d'autres choses sur l'impact de la désinformation pratiquée par l'industrie pharmaceutique et sur les conflits d'intérêts de l'ESH et des cardiologues français. Entre les déclarations de la SFC (Société Française de Cardiologie) et la réalité...

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07/02/2009

Le rapport de l'IGAS donne une idée des conflits d'intérêts financiers des médecins travaillant pour l'industrie et des intérêts autres qui biaisent la recherche médicale

La note précédente de Pharmacritique, "Tarifs, revenus et salaires des médecins selon l'IGAS, prime au mérite, dépassements d'honoraires... Conflits d'intérêts Blog bioethics.net.jpgau centre des débats sur la maîtrise comptable", parlait entre autres du rapport de l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) publié en janvier 2009 sous le titre "Enquête sur la rémunération des médecins et chirurgiens hospitaliers". Mais il m'a semblé plus judicieux de faire une note séparée pour mieux souligner quelques pages de ce rapport, portant sur la question centrale de ce blog, à savoir les conflits d'intérêts des médecins payés directement par l'industrie pharmaceutique ou les compagnies d'assurances ("entreprises privées"), ou alors indirectement à travers les sociétés savantes; celles-ci ne sont pour la plupart qu'une vitrine scientifique des laboratoires pharmaceutiques, habillant d'un vernis médical le marketing de ces derniers.

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10/01/2009

Multiples formes de corruption, dont du strip-tease payé par Medtronic à des orthopédistes et des neurochirurgiens américains

"Vantez nos produits, nous nous occupons du reste ! De tout le reste : de votre compte en banque jusqu’à la satisfaction de vos Strip-tease PharmaGossip.jpgfantasmes !" Tel aurait pu être le slogan de Medtronic pendant ces quelques années d’escalade dans la corruption de médecins, escalade démasquée par les lanceurs d’alerte, la presse, les investigations parlementaires, puis la justice des Etats-Unis. Le déballage a commencé en 2002 et n’est toujours pas fini. Il est instructif de voir jusqu’où peuvent aller la corruption des firmes et la cupidité des médecins, surtout quand elles se renforcent mutuellement. Instructif aussi de voir quels peuvent être les résultats d'une telle formation médicale continue (sic) : des dispositifs médicaux non autorisés, tels des matériaux utilisés pour réparer une fracture vertébrale, sont "vendus" aux médecins dans une discussion de très haut niveau scientifique entre un VRP et un chirurgien dans un club de strip-tease, ironise le Pr Roy M. Poses, de l'université de Brown. Cela promet...

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07/01/2009

Le cartel pharmaceutique: "un réseau de corruption qui recouvre l’Allemagne tout entière"

La deuxième chaîne de télévision publique allemande, ZDF, produit une émission d’investigation intitulée Frontal 21. L’une de ces Corruption Radio.Cz.jpginvestigations, diffusée le 8 décembre 2008, s’intitule "Das Pharma-Kartell. Wie Patienten betrogen werden" (Le cartel pharmaceutique ou comment les patients sont trompés). Les journalistes dévoilent, sans fioritures, l’emprise de l’industrie pharmaceutique sur l’ensemble du système de soins en Allemagne, depuis la formation médicale sponsorisée jusqu’à la corruption manifeste, qu’il s’agisse des conflits d’intérêts des médecins ou des associations de patients.

Ils dénoncent, par le biais de témoignages d’experts ou de cadres de l’industrie, un comportement rapace des firmes, qui, au nom du profit, minimisent ou ignorent souvent délibérément les dangers des médicaments qu’elles mettent sur le marché. Le lobby pharmaceutique est prêt à tout pour promouvoir ses intérêts et rien ni personne ne vient l’inquiéter. Il n’y a jamais eu en Allemagne la moindre condamnation d'une firme pour corruption, et pourtant, les cas ne manquent pas… [Aucune condamnation en France non plus]. Les auteurs soulignent l’absence de dissuasion et de répression, alors que le « réseau de corruption (…) recouvre l’Allemagne tout entière ».

Les journalistes donnent aussi deux exemples concrets de médicaments dont la balance bénéfices – risques est considérée défavorable par beaucoup d’experts, qui font des dégâts et qui restent malgré tout sur le marche : Zoloft° [sertraline] et Strattera° [atomoxétine].

Pharmacritique vous propose une traduction intégrale du texte principal, ainsi qu’un compte-rendu ponctué de citations (traduites) du reportage et des liens qui vont avec.

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24/10/2008

Conflits d’intérêts et surmédicalisation des femmes: le traitement hormonal substitutif, l'AFEM et l'industrie pharmaceutique

Il s’agit d’un montage mettant l’accent sur les conflits d’intérêts. La version intégrale de cette vidéo est ici : Le médecin, les hormones et la ménopause.


L'AFEM, c'est l'Association Française pour l'Etude de la Ménopause, avec le Dr Henri Rozenbaum parmi ses principaux leaders, largement bénéficiaire de l'argent pharmaceutique pour promouvoir le traitement hormonal substitutif et continuer à en vanter les mérites même longtemps après que les résultats tirés de la Women's Health Initiative ont mis en évidence une augmentation du risque de cancer du sein et l'inefficacité de ce traitement hormonal en prévention de désagréments d'une ménopause présentée comme une maladie. Cette étape physiologique normale dans la vie de chaque femme est dramatisée et, une fois passée par les cerveaux des publicitaires de l'industrie pharmaceutique, tout est fait pour qu'elle apparaisse comme une faillite - par rapport aux impératifs commerciaux qui exigent le jeunisme, la performance à tout instant, etc. -, comme une faiblesse et comme une maladie à traiter. 


Car les femmes sont les principales cibles de la surmédicalisation et du disease mongering, incluant toutes les formes de prévention (dépistages...) inutile, mais fort lucrative, comme je l'ai expliqué et documenté en détail dans l'article "Misogynie culturelle et médicale. Le livre de Guy Bechtel, Les quatre femmes de dieu", et des exemples de surmédicalisation des femmes (endométriose, statines, psychotropes...)"


A part pour quelques notes, je n'ai pas traité les femmes à part, mais souligné dans les diverses notes thématiques - par exemple sur l'ostéoporose, sur les antidépresseurs, sur le disease mongering, sur la surmédicalisation et la surconsommation de médicaments, sur la normalité et la culture psy, etc. - qu'elles étaient les plus malmenées, les premières victimes du marketing pharmaceutique et du pharmacommerce de la peur.Celui-ci est entretenu par un corps médical qui est partie prenante dans ce commerce, pour une bonne partie, et désinformé mais ne cherchant que trop peu à remédier à cela, pour une moindre partie. La médecine qui surmédicalise le fait parce que cela lui rapporte, même si ce n'était pas sa raison d'être. Elle est devenue préventive (préventions inutiles jouant sur la peur), prédictive (avec le tout génétique...), prescriptive (au sens éthique du terme, faisant passer ses prescriptions intéressées pour des préceptes éthiques).


Et maintenant que le traitement substitutif de la ménopause est moins prescrit et rapporte donc moins, l'accent s'est déplacé de plus en plus vers d'autres facteurs physiologiques conséquences du vieillissement, tels que l'ostéopénie et l'ostéoporose ou alors vers les états d'âme, médicalisés et présentés comme des troubles à soigner absolument par des médicaments (antidépresseurs, antipsychotiques (oui, eux aussi, car le diagnostic de "trouble bipolaire" a carrément explosé en fréquence) et autres psychotropes, allant des stimulants - il faut bien tenir le coup, pour la double, voire la triple journée de travail et pour être parfaite dans tous les rôles - jusqu'aux somnifères.


Toutes les activités et les réactions des femmes sont quantifiées, mesurées et devraient se passer selon des standards de "normalité" totalement artificiels, définis uniquement dans un but commercial... C'est un parfait exemple de contrôle social, de discipline des corps comme des esprits, à coups de médicaments. Ce n'est plus le corset visible, mais une camisole chimique moins visible, mais non moins présente. Bien au contraire, elle est partout; la surmédicalisation est partout dans la vie des femmes, avec ses diverses traductions: surmédicamentation et recours accru à d'autres techniques médicales, chirurgie esthétique et médecine esthétique, etc.


Elena Pasca

18/09/2008

Marcia Angell dénonce la manipulation de la recherche clinique et le contrôle de l’information médicale par l'industrie pharmaceutique

Cet excellent texte de Marcia Angell porte sur les multiples manipulations et mensonges qui décrédibilisent l’ensemble de la recherche observance Prescrire.jpgmédicale et les publications et pratiques cliniques qui en résultent. Le titre original est Industry-Sponsored Clinical Research. A Broken System (La recherche clinique financée par l’industrie: un système grippé). Ici comme ailleurs, Angell nous oblige à ouvrir les yeux et à nous interroger sur notre propre complicité dans la perpétuation de ce système pourri qui entérine une manipulation par une autre, à l’infini…

Pharmacritique vous propose une traduction de ce texte paru dans le JAMA du 3 septembre, qui contient deux autres commentaires sur plusieurs formes de conflits d’intérêts en médecine. Nous avons traduit l’un d’eux dans la note Arnold Relman s’en prend aux médecins inféodés aux firmes, auxquelles ils abandonnent jusqu'à leur formation médicale continue. Les textes de Relman et d’Angell sont complémentaires.

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29/07/2008

Trois institutions vaccinalistes américaines sur la sellette : elles sont à la solde de Merck, Wyeth et Sanofi

La résistance aux vaccinations augmente aux Etats-Unis. Et l’enquête de la chaîne américaine CBS, reprise le 28 juillet dans l’article du Wall 1782237943.jpgStreet Journal intitulé Vaccine Proponents Not Immunised from Criticism ("Les promoteurs des vaccins ne sont pas immunisés contre la critique"), mettra de l'huile sur le feu… Il y est question d'énormes sommes d'argent payées par les firmes à l’Académie américaine de pédiatrie, à l’association de consommateurs "Every child by two" et au vaccinologue Paul Offit, fervent défenseur de tous les vaccins. Le soupçon touche trois institutions auxquelles le public faisait confiance s'agissant de la sécurité d'emploi des vaccins et de leur nécessité.

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22/07/2008

Les effets de la déclaration des conflits d'intérêts aux patients...

Dans la note Le business de nos médecins nous concerne. Demandons des comptes!, je parlais des nouvelles directives de l'Association américaine d'orthopédie, comprenant une lettre-type adressée à signer par le patient (!), qui détaille les liens financiers et autres... Bien entendu, ce nouveau code de conduite fait suite aux contraintes imposées par la justice, dans un contexte assez particulier... Cette caricature, dont j'ai malheureusement perdu l'origine, nous dit ce que peut ressentir une patiente qui découvre à quel point elle se trompait sur le compte de son médecin. La patiente dit: "je suis pour que vous me disiez pour qui vous travaillez, mais là, je dois dire que ça me donne la nausée..."

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Jerome Kassirer: il faut éliminer les conflits d’intérêts, pas les légitimer par une déclaration d'intérêts

Jerome Kassirer est professeur à la faculté de médecine de la Tufts University et auteur de plusieurs livres et de nombreux articles critiquant 624857823.jpgles méthodes de l'industrie pharmaceutique et la corruption de la médecine par l'argent des firmes. Il a aussi été rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, d’où il a été évincé pour ses vues trop critiques.

Le 8 avril 2008, Kassirer publiait dans le Los Angeles Times un article intitulé Tainted Medicine (« Une médecine corrompue. Des conflits d’intérêts financiers amènent à poser quelques questions fâcheuses sur la confiance qu’on peut encore avoir dans la recherche médicale »). Le texte synthétise les propos tenus un an auparavant lors d’une présentation appelée Financial Conflicts : Consequences, Proposals et dans une courte vidéo.

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21/07/2008

Transparence et information: l'industrie pharmaceutique a beaucoup plus d'obligations aux Etats-Unis qu'en Europe (enquête)

La division Marketing Overdose du chien de garde Consumers International est à l’origine d’une enquête auprès de 12 firmes pharmaceutiques 1767351289.jpgpour savoir quelles sont leurs obligations européennes de déclaration publique (disclosure) des financements, par rapport à celles américaines. Les résultats confirment ce qu’on n’arrête pas de dire dans ces pages. Alors que les Etats-Unis ont déjà certaines dispositions légales contraignantes en matière de gestion des conflits d’intérêts et que les législateurs, les institutions et les sociétés médicales font des efforts, les pays européens laissent les firmes faire pratiquement ce qu’elles veulent.

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