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01/06/2014

Science et éthique au quotidien; atelier-débat lors de la "Semaine de l'éthique" de l'Université de Fribourg

J'aurai le plaisir de participer, au nom de Sciences Citoyennes, à la semaine de l'éthique organisée par la professeure Vivianne Châtel dans le cadre du Master Ethique, responsabilité et développement, formation dispensée par le Département de Sociologie, Politiques sociales et Travail social de l'Université de Fribourg (Suisse). La semaine de l'éthique commence le 2 juin par un débat sur l'éthique dans les sciences. Voici l'affiche, suivie de la présentation telle qu'elle figure dans le programme. L'exposition a été organisée par les étudiants du Master. Merci à Mme Vivianne Châtel et à Mme Séverine Moll-Lauper pour l'organisation d'ensemble et pour l'invitation.

 

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"L'éthique au quotidien" annonce l'ambition interactive de cette manifestation inscrite dans la mouvance qui relocalise les débats dans des lieux interactifs, des lieux de passage quotidien pour les citoyens, espérant les arrêter dans leur course prédéterminée (et même au sens propre du terme: dans leurs courses), pour les faire réfléchir à des trajectoires citoyennes qu'ils peuvent emprunter dès lors qu'ils s'approprient toutes les dimensions de la vie de la cité et se donnent les moyens de quitter le statut d'ignorance confortable de réceptacles passifs de décisions et d'expertises qui les concernent tous, dans la mesure où elles changent leur mode de vie, y compris dans les actes quotidiens - quitter la passivité pour devenir des citoyens au sens plein du terme: acteurs actifs transcrivant en pratique les droits de participation, l'autonomie publique théoriquement garantie par nos démocraties. Celle-ci est rarement mise en pratique, faute d'engagement, de participation et de réflexion globales, dépassant les questions particularistes et les intérêts privés. Or c'est à ce type de participation que de tels débats incitent les citoyens: faire un usage public de leur raison, afin de s'inscrire dans le débat public politique qui permet, par abstraction successives, de dégager des intérêts universalisables (pour paraphraser Jürgen Habermas). [Elena Pasca]

 

Voici la présentation et les intervenants, selon le programme:

La semaine de l’éthique

L’ÉTHIQUE AU QUOTIDIEN

Journée du lundi 2 juin 2014 : La science

Lieu : Fribourg centre, Mall central (en face de la Fnac), de 14:00 à 16:00
***
Intervenants lors de cet atelier-discussion:

  • Bernard VERMEULEN, Directeur médical et directeur général suppléant, Hôpital cantonal,
  • Mr Marc-Henry SOULET, Professeur ordinaire de Sociologie, Doyen de la Faculté des Lettres, Université de Fribourg,
    Vincent  BOURQUIN,  Professeur,  responsable  de  l’Institut  SeSi  (Sustainable
      Engineering Systems Institute), École d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg,
    Marlise COLLOUD, Enseignante, École d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg,
    Elena PASCA, Philosophe, Fondation Sciences citoyennes,
  • Gilbert CASASUS, Professeur, Etudes européennes, Université de Fribourg

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06/03/2013

Etude Séralini sur la toxicité du maïs OGM et du Roundup: réflexion sur les technosciences et les cobayes humains

Gilles-Eric Séralini, André Cicolella et moi sommes intervenus de concert lors de la table ronde sur les gilles-eric séralini,ogm rats tumeurs,florence poirier,toxicité roundup,ogm risques santé,pesticides risques santé,monsanto séralini,monsanto lobbying ogm,lobby agroalimentaire monsanto,scientisme technosciences,pétition séralini,séralini réponse critiques,maïs ogm roundup toxicité,séralini méthodologie étude ogm,séralini financement ogm,criigen ogm roundup,afbv conflits d'intérêts,séralini conflits d'intérêts,ethique expertise scientifique,reposabilité chercheurproblèmes majeurs du système de santé en France, lors du colloque Ecomédecine qui a eu lieu les 26 et 27 octobre 2012 à Paris. Dans son exposé, Gilles-Eric Séralini a largement répondu aux critiques reprises en choeur par les media. Peu de journalistes se sont intéressés aux faits, et très rares sont ceux qui sont allés lire par eux-mêmes l'étude [1] en entier - ce qui permet de voir immédiatement  la faiblesse conceptuelle de ces critiques... Heureusement, des scientifiques se sont mobilisés pour le défendre, en lançant une pétition et en intervenant dans tous les media qui ont bien voulu être un peu plus ouverts, de même que pour démonter, avec l'aide de militants écologistes, certaines rumeurs lancées pour tenter de discréditer Gilles-Eric Séralini (il n'aurait pas eu de bonnes évaluations par ses pairs, il aurait eu des intérêts personnels dans ce qui serait une bonne "affaire" pour les enseignes de grande distribution qui ont co-financé l'étude, etc.)

Je n'ai pas eu le temps de faire un article au moment de la réponse de Gilles-Eric Séralini, mais ai contribué à diffuser ses arguments en faisant suivre des documents aux personnes et aux organisations que je connais. Je profite de la reconstruction de la première partie de cette page pour reprendre ses arguments dès que possible. En attendant de reprendre ces documents-là, des réponses sont disponibles sur le site du CRIIGEN (voir plus bas).

La deuxième partie de la page reste telle quelle, avec mes commentaires.

Le monde selon les technosciences: des cobayes de laboratoire aux cobayes humains

Au cours de son exposé lors du colloque Ecomédecine (26 et 27 octobre 2012 à Paris), présentant les OGM sous l’angle de l’impact potentiel sur la santé publique, Gilles-Eric Séralini a formulé des réponses claires et détaillées aux critiques portant sur les supposées faiblesses méthodologiques de son étude. Ces réponses étant donc formalisées et disponibles, il m’a paru essentiel qu’elles soient diffusées et évoquées lorsque le sujet est abordé, pour ne pas donner l’impression d’une défense qui ne serait pas basée sur les faits, mais serait partiale, car faite par des scientifiques ou des militants ayant les mêmes positions quant aux OGM.

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28/09/2012

Un lien entre les risques des OGM, le blasphème et la liberté d’expression sur les religions…

Olivier Ranson est journaliste et dessinateur au journal Le Parisien. Cet article et cette page nous le présentent plus en détail ; son site nous donne un petit aperçu de son talent, et ce diaporama du Parisien nous montre l’actualité vue par Ranson quasiment tous les jours.

L’un des plus grands mérites d’Olivier Ranson – comme de chaque dessinateur et caricaturiste de talent -, c’est de ne pas se limiter à l’illustration de l’actualité, mais d’interroger notre façon de la percevoir, nos préjugés, clichés et stéréotypes, nos peurs et nos blocages.

Le point de départ de cette caricature, ce sont deux informations qui dominent l’actualité :

  • les risques des OGM évoqués dans les media, suite à la dernière étude menée par le Pr Gilles-Eric Séralini, sur des rats nourris aux aliments OGM qui ont développé des tumeurs ;
  •  les questionnements, amalgames, peurs et autres réactions de toute sorte, suite à un film états-unien dénoncé comme insultant pour l’islam, puis aux caricatures parues dans Charlie Hebdo.

Mais pas besoin de faire couler encore plus d’encre sur ces sujets. La caricature d’Olivier Ranson en parle bien mieux que toutes les analyses des réactions, contre-réactions et surréactions... J’ajoute quand même ma réaction :

Vive le blasphème ! Qu’il porte sur les prophètes et les convictions religieuses de tout poil ou sur les certitudes scientifiques, à une époque où le scientisme et les technosciences servent d’ersatz laïque de religion et où Monsanto s’est acheté un monopole digne d’un monothéisme qui demande obéissance aveugle...

Charlie Hebdo et Gilles-Eric Séralini blasphèment chacun à sa façon contre les vérités révélées de chacune de ces religions et nous libèrent de toute contrainte à croire aveuglement aux prophètes, au point de ne plus pouvoir les critiquer, les défier, les soumettre à l’analyse et s’en défaire par le rire ou par l’étude. Et Olivier Ranson exerce son « droit d’afficher sa mauvaise foi ». Faisons tous en sorte que cette « mauvaise » foi puisse continuer à s’exprimer et que nous puissions continuer à blasphémer contre toutes les vérités révélées, tous les prophètes et tous les idola fori.

OGM Ranson.jpg


20/05/2012

"La médicalisation de la santé et du mal-être" (III): "Les malades sans maladie". Par le Pr Claude Béraud

NdR : La première partie du texte de Claude Béraud est sur cette page, avec une introduction dans laquelle j’ai présenté l’auteur en donnant des liens pour approfondir et ai fait une présentation d’ensemble de ce texte de 60 pages et de sa structure. La deuxième partie, contenant une analyse critique de la médecine préventive et des exemples, est sur cette page.

Voici la troisième (et dernière) partie du texte de Claude Béraud, à lire en continuité avec les deux autres, sans oublier les notes et références, qui contiennent des apports explicatifs utiles. Je suis contente que ce texte sur la médicalisation de la vie – et sur la surmédicalisation – paraisse sur Pharmacritique et ai fait la relecture et l’édition avec plaisir.

Parce que, outre l’estime que j’ai pour le Pr Claude Béraud, devenu une figure surmoïque pour moi, la présence d’un tel texte sur le blog d’un citoyen lambda est exemplaire (de même que la présence des textes des autres auteurs invités). 

Il est crucial de sortir de l’entre-soi des « sachants » et des revues médicales réservées aux abonnés ; il est essentiel que professionnels de santé et usagers se parlent, se respectent, s’entraident, participent à la relecture réciproque, se « mélangent » sur divers supports où l’information est en libre accès. La santé ne doit plus être la chasse gardée des professionnels ; en République, il n’existe aucune forteresse (ordres, corporations...) qui échapperait aux capacités décisionnaires des citoyens, capacités juridiques potentielles qui doivent s’exercer en pratique, mais en connaissance de cause. Il faut donc apporter des informations et des catégories explicatives grâce auxquelles les citoyens comprennent ce qu’ils risquent et ce pour quoi ils paient – dans tous les sens du terme. Cela leur permettrait de ne plus faire le jeu de ceux qui ont intérêt à ce que la logique marchande du système actuel se reproduise et finisse par démolir notre système solidaire de soins à cause de l’excès d’actes médicaux inutiles – et donc dangereux, puisque toute prescription inutile expose à des risques inutiles. Les citoyens doivent se faire entendre pour remettre en question toutes les conventions – en médecine libérale ou ailleurs -, tous les ordres et les pratiques déraisonnables ; ils doivent exiger que les prescriptions et les actes médicaux soient évalués en fonction de leur pertinence et de la qualité des résultats, en fonction des critères d’une médecine raisonnée et d’un usage rationnel des moyens (médicamenteux et autres). Les premiers de ces critères sont le rapport bénéfice/risques, le rapport coût/efficacité, l’efficience

Cette sortie de l’entre-soi de quelques convaincus, l’urgence à casser le monopole de l’information médicale, à comprendre les causes, les formes et les conséquences de la surmédicalisation, à porter l’information dans l’espace public pour trouver les façons de contrecarrer ces manifestations à tous les niveaux du système de recherche, de formation et d’information médicales comme au niveau de la pratique médicale et des mentalités et demandes des patients – tout cela fait partie des messages que j’ai essayé de faire passer lors du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny (introduction, détails et programme sur cette page).

Lors de la dernière plénière, j’ai rappelé par ailleurs que bon nombre des constats faits par les contributeurs et par les intervenants avaient déjà été faits par le Pr Claude Béraud dès les années 1970 (et que les représailles ont été très dures, surtout de la part des syndicats des médecins…) Je pense à ses livres, à la série d’articles parus dans Le Monde à partir de janvier 1970, au « Rapport Béraud : La non qualité médicale et économique du système de soins » de 1992, etc. (voir la présentation dans cette note et sur son blog).

Alors je repose la question: pourquoi le système ne change pas, malgré les alertes répétées ? Quels sont les blocages systémiques ? Et je suis entièrement d’accord avec les réponses apportées par le Pr Béraud – comme avec tous ses constats, dont beaucoup ont été déjà évoqués dans ces pages et lors du colloque. Faisons tous en sorte que ce ce début de convergence de multiples voix critiques - que nous espérons traduire dans un mouvement lancé à la suite du colloque – ait une audience de plus en plus large et contribue à une prise de conscience sans laquelle il ne peut y avoir de changement profond des pratiques, des mentalités et des structures systémiques. Le texte de Claude Béraud peut être lu comme une contribution au mouvement d'idées autour de ce colloque.

Elena Pasca

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La médicalisation de la santé et du mal-être [suite et fin]

Par le Pr Claude BERAUD

 

LES MALADES SANS MALADIE

 

Ces sujets  souffrent d’un ou de plusieurs symptômes dont les caractéristiques et l’évolution n’évoquent pas pour leurs médecins une pathologie à laquelle ils pourraient donner un nom.  Les troubles digestifs, respiratoires, cardiaques, neurologiques, articulaires, sexuels que décrivent ces malades ne ressemblent pas à ceux décrits dans les maladies classiques qui sont en rapport avec une lésion corporelle ou une maladie psychiatrique. Ces malaises  peuvent être liés à des dysfonctionnements des systèmes physiologiques et sont en relation de cause à effet  avec les difficultés, les contraintes, les stress de la vie quotidienne. [50]

Si les  médecins  ne donnent pas suffisamment la parole à ces patients et ne prennent pas le temps d’entendre leurs souffrances, qu’ils expriment parfois avec embarras et toujours avec discrétion, ils ne peuvent prendre conscience de leurs difficultés sociales, économiques, familiales, affectives ou professionnelles. Les malades inquiétés par des symptômes dont ils ignorent la cause (car ils ne rattachent habituellement pas leurs troubles somatiques à leurs difficultés existentielles) consultent, soit spontanément, soit à la demande de leur entourage, afin qu’un médecin pose un diagnostic et découvre une maladie qui donnerait un sens, une signification, à leurs malaises et permettrait un traitement.

 

Les réponses  de la majorité des médecins et des professionnels des soins

Trois stratégies sont disponibles pour répondre à la demande de ces malades sans maladie évidente ; toutes ont le même objectif final : nommer une maladie.

1° Rechercher avec obstination une maladie pour proposer à un malade un diagnostic et un traitement ;

2° Inventer une nouvelle maladie ;

3° Modifier la définition d’une maladie connue afin de réduire le nombre de ceux qui n’ont pas de maladie en multipliant le nombre des malades. 

La première est une règle des pratiques médicales, enseignée dans toutes les universités et que les médecins mettent en œuvre chacun à sa manière ; les deux suivantes, nées d’une étroite collaboration entre les universitaires et les industriels, permettent aux médecins de répondre aux questions des patients concernant l’origine ou la cause de leurs  malaises.

 

Première stratégie : La recherche d’une maladie

Devant des symptômes qui n’évoquent pas une maladie, les professionnels des soins ont appris,  durant leurs études hospitalières et universitaires, que leur fonction première était de rechercher une pathologie cachée, en prescrivant des examens biologiques et d’imagerie médicale qui, de plus en plus souvent, en raison de leur sensibilité constamment améliorée, c'est-à-dire de leur capacité à découvrir des anomalies dans une population, fournissent des chiffres et des images  de plus en plus difficiles à  interpréter et dont on ne peut dire s’ils sont ou non pathologiques. Cette incertitude conduit à la répétition de ces examens et à la multiplication des consultations auprès des spécialistes.

Utiliser tous les moyens disponibles pour poser un diagnostic est à la fois : une coutume enseignée dans les universités médicales et un souhait formulé par les patients qui ne refusent qu’exceptionnellement  les explorations biologiques ou radiologiques proposées - et parfois  les réclament. Ces pratiques peuvent aussi entrer dans le cadre d’un mode d’exercice appelé « médecine défensive », [51] définie comme un moyen pour les médecins d’éviter une plainte des patients dans le cas où se développerait ultérieurement une pathologie qui n’aurait pas été détectée en raison de l’absence d’examens complémentaires. Cette pratique qui devient fréquente explique la croissance alarmante des irradiations subies par les malades en raison d’une multiplication des examens radiologiques sans rapport avec l’état de santé de la population. [52]

A la fin de ce long parcours, deux situations peuvent être observées : tantôt les médecins ne trouvent aucune lésion, aucune anomalie et renvoient chez eux, avec quelques médicaments,  ces patients qui, selon eux, n’ont rien, mais qui souffrent et feront plus ou moins rapidement appel à d’autres spécialistes ou aux médecines alternatives.

Cette première situation devient moins fréquente qu’autrefois, car en raison des progrès réalisés dans le domaine de l’imagerie médicale, une pathologie qui n’est pas responsable des symptômes dont se plaignait le patient - et qui ont d’ailleurs disparu parfois au fil des jours - est décelée. Une fois découverte, cette pathologie sera traitée aussi souvent que possible: toujours par des médicaments et parfois chirurgicalement. En l’absence d’un traitement permettant la guérison, une surveillance régulière sera proposée.

Médecins et malades se réjouiront de la découverte, à grands frais et à force d’obstination, d’une maladie à laquelle ils peuvent donner un nom, mais qui est fréquemment sans relation avec les symptômes qui ont conduit à sa découverte.

Un exemple de cette démarche chez un patient se plaignant de troubles digestifs est la réalisation, sans indication scientifiquement justifiée, d’une échographie abdominale qui révèle une lithiase biliaire (présence de calculs dans la vésicule biliaire) parfaitement silencieuse, mais qui sera considérée comme la cause des troubles digestifs dont se plaint le patient.

Cette découverte conduit souvent à une exérèse de la vésicule biliaire (cholécystectomie). En réalité, cette lithiase n’est pas la cause des symptômes ressentis par le patient ; mais le simple fait d’avoir attribué une cause aux symptômes les améliore ou les fait disparaître. Après une cholécystectomie, l’effet placebo, ou plus simplement la disparition des causes inconnues qui pouvaient expliquer les troubles digestifs initiaux, rendent compte de l’amélioration temporaire habituellement constatée.

Très souvent, les mêmes causes (psychologiques, sociales, économiques, familiales) et les mêmes stress reproduisant les mêmes effets, les symptômes réapparaîtront, une nouvelle recherche diagnostique sera entreprise et, après de nombreux examens, une autre maladie sans lien évident avec les plaintes du sujet sera découverte et traitée. [53]


Une conséquence de cette stratégie : l’effet « Cascade » [54]

Pour la majorité des professionnels des soins, les nouvelles technologies constituent toujours un progrès. Elles sont adoptées avant même d’avoir démontré leur efficacité et fait la preuve de leur utilité. Les industriels qui ont obtenu facilement une autorisation de les commercialiser vantent leurs qualités et les améliorations qu’elles apportent aux diagnostics et aux traitements.

L’une des conséquences de ces croyances médicales et des pressions exercées par les fabricants sur les acheteurs - médecins libéraux, directeurs d’établissements hospitaliers… - est la banalisation de ces techniques, la multiplication des examens et la plus grande fréquence de l’effet « cascade ».

Un médecin inquiet ou cédant à la demande d’un patient prescrit une série d’examens et soit  découvre des « incidentalomes », c'est-à-dire des petites  tumeurs souvent d’origine endocrinienne, qui n’entraînent et n’entraîneront jamais le moindre trouble ; soit est abusé par des examens faussement positifs, c'est-à-dire des examens dont les résultats sont erronés. Pour  confirmer ou infirmer ces anomalies, d’autres examens complémentaires sont demandés, des traitements proposés, pour traiter les bizarreries découvertes par ces examens.

La fréquence de ces faits est très élevée pour des raisons mathématiques.

Statistiquement, 5% des résultats biologiques sont anormaux. Comme habituellement, notamment lors des bilans de santé, plusieurs examens sont demandés simultanément, il devient statistiquement fréquent que l’un d’eux soit «anormal ». Pour un dosage biologique,  cette probabilité est de 5 %, pour 6 de 26%, et pour 12 de 46%. 

Le risque de faux positifs lors des dépistages des cancers est très élevé. Après 14 dépistages de 4 cancers (soit 8 années, si les dépistages ont lieu tous les deux ans), le pourcentage cumulé de faux positifs est de 68% chez les hommes et de 40% chez les femmes. [55] Les risques de ces examens pour 29% hommes et 22% des femmes sont la prescription d’examens invasifs, par exemple, des biopsies ou des interventions chirurgicales. Les autres effets « cascade » de la réalisation de ces examens inutiles sont les accidents dont ils sont responsables et les coûts financiers.

La confiance et la foi de la population et des médecins dans les nouvelles technologies expliquent la multiplication des effets indésirables liés à la réalisation d’examens inutiles.

Deux exemples peuvent être cités : la réalisation pour des douleurs dorsales ou lombaires d’examens radiologique, notamment de scanners ou d’imagerie en résonance magnétique (IRM), qui avec une très grande fréquence révèlent diverses anomalies vertébrales et conduisent souvent à des interventions chirurgicales plus dangereuses qu’utiles [56] ; la prescription chez des coronariens asymptomatiques et en bonne santé subjective, avec un traitement médical bien conduit, d’une coronarographie dont les résultats conduiront à des interventions comportant des risques immédiats non négligeables, sans garantir l’avenir. [57]

Pour éviter ces risques de l’effet cascade, deux conditions sont requises.

La continuité des soins : Si un malade change souvent de médecins, et notamment de spécialistes, il est, en l’absence d’un dossier médical partagé, inévitable que soient dupliqués des examens avec tous les risques liés à leur réalisation.

Les risques seraient également réduits si les médecins disposaient du temps nécessaire pour prendre soin des malades et les informer sur les bénéfices et les  risques des explorations qu’ils demandent et si les nouvelles techniques étaient mieux évaluées.

 

Seconde stratégie : L’invention d’une maladie.

Dans le domaine des affections digestives, l’invention d’une maladie fut d’une incroyable fréquence dans les décennies 60-70, durant lesquelles on comptait par exemple chaque année en France plus de 200.000 interventions chirurgicales pour « appendicite chronique ».

Des douleurs abdominales passagères qui duraient quelques heures, sans fièvre ni vomissements, mais qui réapparaissaient plusieurs fois par ans chez des enfants ou des adolescents, souvent à l’occasion d’un examen ou d’un contrôle scolaire, caractérisaient cette pathologie. L’intervention pour cette affection chronique était  effectuée ‘à froid’, de préférence durant les vacances, afin d’éviter une interruption scolaire. Personne n’a jamais fait la preuve de la réalité de cette maladie, qui était à l’origine des trois quarts des appendicectomies. A cette époque, on comptait en France 250.000 appendicectomies par an, alors qu’en Grande Bretagne, 60.000 étaient réalisées pour une appendicite aigue. Les suites chirurgicales  étaient habituellement favorables. Durant quelques mois ou années les douleurs disparaissaient, mais réapparaissaient plus tard. On parlait alors volontiers de « colite spasmodique » ou de « côlon irritable », autres maladies inventées par les  spécialistes des maladies digestives.

Rappelons-nous aussi « les crises de foie », la petite insuffisance hépatique et les cholécystites chroniques pour le traitement desquelles des dizaines de médicaments sans aucune efficacité démontrée furent commercialisées, prescrits pour une maladie fictive et longtemps remboursés par l’assurance maladie. Pour tous ces troubles digestifs, des dizaines de milliers de Français suivirent et suivent encore, durant des années, des cures thermales. Ainsi, l’invention de ces maladies du foie contribua au développement du thermalisme, dont l’efficacité psychologique était d’autant plus remarquable que  les cures dans des villes agréables étaient partiellement prises en charge par l’assurance maladie.  

C’est dans la France des années 70 que fut inventée la spasmophilie. Cette maladie atteignit des centaines de milliers de jeunes femmes, fut traitée par des millions de prescriptions de sels de magnésium, suscita la rédaction de dizaines de livres et de milliers d’articles dans les magazines. Inventée par des universitaires pour expliquer une multitude de troubles considérés au début du siècle comme de nature hystérique, elle a disparu depuis une dizaine d’années.

Aujourd’hui, c’est dans le domaine psychiatrique que sont inventées des maladies, à la fois pour mettre un nom sur des symptômes et pour faciliter la vente de nombreux médicaments.

La tristesse était un sentiment répandu qui a disparu, car il a été remplacé par le diagnostic d’état dépressif, qui justifie durant des semaines ou des mois la prescription de médicaments antidépresseurs, dont on sait pourtant par de multiples expérimentations qu’ils n’ont aucun effet pharmacologique favorable chez ces sujets qui sont tristes parce qu’atteints par les vicissitudes de la vie. Au contraire, ces médicaments les exposent probablement à des risques de suicide, non pour des raisons pharmacologiques, mais parce qu’en remplaçant par des médicaments le soutien humain - seule thérapeutique efficace -, en complément du temps dont ils ont besoin pour surmonter les aléas de la vie, ces prescriptions aggravent la souffrance de ces patients.

Eprouver une difficulté à partager une activité communautaire ou familiale pouvait passer autrefois pour de la timidité ; aujourd‘hui, le diagnostic est celui d’anxiété sociale, nouvelle affection inscrite au catalogue des maladies, qui conduit naturellement à la prescription d’anxiolytiques.

Au milieu de la décennie 1980, des dizaines de milliers de cas d’une affection intitulée « Troubles de la personnalité multiple »  fut inventée par les psychiatres américains pour expliquer les propos de certains patients. En 1994, en raison des doutes sur la véracité des discours des psychiatres et des patients, cette catégorie de troubles fut supprimée du manuel DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Troisième stratégie : Redéfinir une maladie

Aux médecins qui cherchent à répondre à la demande des patients, les experts et les universitaires apportent des solutions en modifiant la définition des maladies.

De nombreuses affections telles que l’hypertension artérielle, le diabète, l’excès de poids, l’hypercholestérolémie… sont définies par des chiffres. Les valeurs de ces chiffres qui permettent de distinguer les sujets dits sains de ceux qui sont considérés comme des malades, justiciables de traitements, sont fixées par des comités d’experts ou par l’OMS et sont périodiquement réévalués. Il suffit de modifier ces valeurs pour augmenter ou diminuer de plusieurs centaines de millions le nombre des malades. En pratique, les valeurs dites normales sont modifiées pour accroître le nombre des malades.

Plusieurs exemples illustrent cette pratique. Abaisser les chiffres normaux de la pression artérielle en inventant la « préhypertension » (120 à 139 mm Hg) accroît de 70 millions le nombre des Américains hypertendus, conduit à multiplier les prescriptions médicamenteuses et leurs risques sans améliorer la santé. [58] La diminution progressive, au fil des décennies, des chiffres normaux de la glycémie et du cholestérol a multiplié le nombre des diabétiques et surtout celui des sujets auxquels sont prescrits des hypolipémiants.

A cette pratique déjà ancienne, des sophistications peuvent être ajoutées ; c’est ainsi que la découverte, grâce à un dosage biologique (CRP : Protéine C Réactive ultra sensible), d’un syndrome inflammatoire totalement asymptomatique chez des sujets dont le cholestérol est dans les limites de la normale conduit à conseiller un traitement par des statines afin de réduire le nombre des accidents cardiovasculaires.

Autre affection inventée récemment, liée à une manipulation des chiffres et de plus en plus fréquente, c’est l’embonpoint, défini par un indice de masse corporelle un peu élevé. Si l’obésité est effectivement un état qui peut être considérée non comme une maladie, mais comme un facteur de risque associé à certaines affections cardiovasculaires ou articulaires, un excès léger de poids ne justifie pas les avertissements sévères des médecins et les régimes conseillés. Le risque lié à un excès modéré de poids varie avec les facteurs associés tel le tabagisme et l’activité physique. [59] Ce risque, s’il existe, est faible. Aucune étude n’a démontré qu’un traitement diététique approprié réduisait la mortalité des sujets. Chez les personnes  âgées de plus de 70 ans, l’embonpoint pourrait d’ailleurs être associé à une réduction de la mortalité. [60]

Au total, ces attitudes médicales conduisent à fabriquer des malades afin de réduire le pourcentage des demandeurs de soin qui, en quittant le cabinet médical n’auraient pas de maladie et donc pas de traitement.


COMMENT EXPLIQUER CES COMPORTEMENTS DES PATIENTS ET DES MEDECINS

Du coté des médecins, trois raisons

Les lacunes évidentes de leur formation

Ces lacunes portent sur l’absence, lors de leur formation initiale puis permanente, d’un enseignement théorique et pratique concernant les problèmes d’efficacité et d’efficience posés par la prévention et la conduite à tenir chez les patients qui  se plaignent de malaises divers mais ne sont pas atteints d’une maladie.

L’approche de ces patients est infiniment plus difficile que celle des sujets atteints d’une maladie caractérisée. Elle est en outre mal connue et n’est pas décrite dans les documents pédagogiques ou les recommandations scientifiques qui sont proposées aux étudiants, pour deux raisons.

  • La première : les universitaires ne sont pas intéressés par ces patients et les étudiants en médecine ne sont pas en contact avec eux. Durant leurs stages hospitaliers, les étudiants en médecine sont en relation avec des patients qui souffrent d’une pathologie grave ou bénigne, aigue ou chronique, mais parfaitement définie. Il est exceptionnel qu’ils rencontrent les malades souffrant de malaises divers mais exempts de maladie, qui plus tard hanteront leur cabinet en médecine libérale ou leurs consultations hospitalières.
  • La seconde : à l’université comme à l’hôpital les enseignants vont durant des années répétant « Des symptômes en apparence banaux peuvent cacher une maladie que vous devez découvrir ». « Vous devez toujours faire un diagnostic de maladie ».

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20/02/2012

Repenser les rapports Recherche / Société : initiative française 2012 dans le cadre du Forum Mondial Sciences et Démocratie

FMSD mars 2012 logo.jpg

La Fondation Sciences Citoyennes, et en particulier son coordinateur, Fabien Piasecki, est la cheville ouvrière du Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD). Je reprends la plaquette de présentation de l'Initiative française 2012 du FMSD. Ce forum pour repenser les rapports Recherche / Société, ouvert à tous et gratuit dans la limite des places disponibles, se tiendra le 24 mars 2012 de 9h à 19h à la Halle aux farines (Université Paris-Diderot).

Les inscriptions préalables ne sont pas nécessaires, mais il est préférable d’informer les organisateurs de votre venue. Merci de diffuser l'information le plus largement possible dans vos réseaux.

« Les 4 et 5 février 2011 s’est tenu à Dakar le 2e Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD) qui a réuni plus de 130 universités, ONGs, institutions scientifiques et gouvernements des cinq continents dans le cadre d’un dialogue politique visant à questionner le rapport de nos sociétés à leurs institutions de recherche et d’enseignement supérieur, au nord comme au sud. Le succès de cette entreprise, lancée en 2007, nous amène à proposer de décliner ces débats aux niveaux régionaux et nationaux. L’initiative Un forum pour repenser les rapports Recherche / Société concerne le contexte français et, indirectement, la situation à l’échelle européenne voire mondiale.

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08/09/2011

LA technologie révolutionnaire et sans risque pour la santé et l’environnement

Je fais délibérément de la publicité pour un produit dernier cri : le BOOK, "nouveau dispositif bio-optique d'enregistrement des connaissances". C'est une révolution technologique sans précédent et indépassable, à faire connaître en particulier aux jeunes générations, et sans s'arrêter au prévisible rejet initial.

Une présentation sobre, à la Steve Jobs, allant de pair avec le design austère et fonctionnel, nous apprend le mode de fonctionnement, l’utilité et les qualités de ce support d’information et nouveau mode de divertissement formateur, compact et portable, sans besoin de réinitialisation ou de formatage et personnalisation… De plus, il n'y a aucun risque de tumeurs, d’hypersensibilité, d’explosion du support, d’addiction, de mauvais usage, de pollution environnementale, d'ondes électromagnétiques… Pas de consommation d'électricité, donc pas de quoi justifier la dépendance au nucléaire...

Souhaitons-lui longue vie et merci à R. de m'en avoir parlé!

23/07/2011

Scientisme et irrationalisme, dogmes symétriques délétères pour la médecine. Question de Res Publica

J’ai répondu à la question de Nicolas Pomiès, rédacteur de gauche républicaine.jpgResPublica, revue internet du réseau de la Gauche républicaine, portant sur « la tentation d’abandon de la science », de plus en plus manifeste du fait des scandales sanitaires et technologiques qui se multiplient. La réponse est parue le 19 mai 2011 sur cette page, sous le titre « Une question à Elena Pasca pour une appropriation citoyenne de la techno-science ».

Pour ne pas rester dans le discours abstrait, j’ai préféré prendre l’exemple concret de la santé et de la médecine, sous l’angle des déformations induites par le ghost management (Sergio Sismondo), les conflits d’intérêts, les financements industriels et le marketing qui désinforme professionnels de santé et usagers. Sans oublier les médecines douces (homéopathie et autres alternatives) et les questions soulevées par certaines modalités de leur exercice et de la communication qui les entoure, avec le problème d'un dogme inversé qui tend à instaurer une censure dans l'expression et l'exercice d'un scepticisme sain, propre à l'exercice public de la raison.

Comme je l’ai dit surtout dans cet article, puis dans celui-ci, à travers l’exemple du courant antivaccin consirationniste qui rejette tous les vaccins en bloc, scientisme et irrationalisme sont en rapport de symétrie inversée, formant une dialectique des contraires qui dépendent l’un de l’autre, se médiatisent (au sens philosophique de la médiation : Vermittlung) et se nourrissent l’un l’autre. Les deux semblent incapables d’autoréflexion critique, les deux sont des usages illégitimes de la raison comme de la science. Scientisme et irrationalisme (antiscience, pseudo-sciences…) appliqués à la santé et aux soins ont pour effet la délégitimation de la médecine et de la science, pour des raisons certes différentes, mais dont les conséquences sont comparables. Cela mériterait une réflexion approfondie.

Pour la réflexion sur les technosciences et la nécessité de l'encadrement éthique des sciences, la Fondation Sciences Citoyennes est une référence. Et je renvoie, outre le site de l'association, à l'excellent livre de Jacques Testart, Catherine Bourgain et Agnès Sinaï, « Labo-Planète ou comment 2030 se prépare sans les citoyens » (Mille et une nuit 2011). Dans cet article qui était au départ un compte-rendu détaillé de « Labo-Planète », j'ai donné d'autres références, notamment philosophiques, évoquant des penseurs qui ont contribué à poser les termes de ce questionnement, par exemple par une analyse de la rationalité instrumentale (dite aussi raison subjective), l'un des rejetons de la raison qui s'hypertrophie au point de risquer d'en annihiler les principes.

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11/04/2011

"Labo-Planète ou Comment 2030 se prépare sans les citoyens", par Jacques Testart, Catherine Bourgain et Agnès Sinaï (compte-rendu détaillé)

Jacques Testart, Agnès Sinaï, Catherine Bourgain: « Labo-Planète ou Comment 2030 se prépare sans les citoyens ». Mille et une nuit 2010, 175 Labo Planète couverture.jpgpages, 10 euros. (Avec Mémoire des luttes et la Fondation Sciences Citoyennes).

J’ai fait le compte-rendu de ce livre, fort instructif et lui-même déjà très bien référencé, à travers quelques-unes de mes propres références philosophiques : la Théorie critique, Jürgen Habermas, Michel Foucault, Michel Freitag, Richard Sennett, Kant… qui permettent au lecteur qui aura lu et l'ouvrage et mes commentaires d’aller encore plus loin dans l’histoire de cette problématique et ses implications.

Bien entendu, tout compte-rendu est imparfait et incomplet. De plus, mes références peuvent orienter la lecture. Je conseille vivement de lire le livre, qui a le mérite d’exposer sans catastrophisme aucun les grandes lignes d’une problématique globale qui devrait devenir prioritaire pour nous tous.

Ceux qui ne s’intéressent qu’à l’industrie pharmaceutique, à la médecine (la médicalisation de l’existence, l’impact des innovations…) et aux conflits d’intérêts en santé / médecine ne seront pas déçus, ni dépaysés, parce que cette dimension est elle aussi présente, soit directement à travers des exemples, soit indirectement à travers la réflexion globale qui permet de mieux placer ce domaine dans son contexte et comprendre les tensions et les jeux d’influence qui le traversent et en déterminent la configuration actuelle.

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17/11/2010

"Technoscience sans conscience": débat du 18 novembre dans le cadre du Festival de cinéma ATTAC "La démesure, jusqu'à quand?"

Festival ATTAC démesure.jpgLe jeudi 18 novembre à 20:00 aura lieu le débat "Technoscience sans conscience", avec Thierry Méot, statisticien, responsable de l'Association Sciences Technologies Société, et moi-même (Elena Pasca, philosophe, administratrice de la Fondation Sciences Citoyennes). Le débat fera suite à la projection du documentaire "Alertes sur la cité", réalisé par Jean Druon.

Il fait partie du 8ème Festival de cinéma d'ATTAC - Images Mouvementées - dont le thème choisi cette année est "La démesure, jusqu'à quand ?" et qui se déroule du du mercredi 17 au mardi 23 novembre 2010 au Centre culturel de la Clef: 34, rue Daubenton Paris 5e,
Métro Censier Daubenton.

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07/05/2010

La Fondation Sciences Citoyennes et ENSSER appellent à soutenir Gilles-Eric Séralini et l'indépendance de l'expertise et de la recherche

Pour le respect de la controverse scientifique et de l’expertise contradictoire - Soutien à Gilles-Eric Séralini et à ses co-auteurs

La Fondation Sciences Citoyennes et le Réseau Européen des Chercheurs pour la Responsabilité Sociale et Environnementale ENSSER (www.ensser.org) viennent de lancer une campagne de soutien au professeur Gilles-Eric Séralini (Université de Caen) et à ses collègues Joël Spiroux de Vendômois et Dominique Cellier. Ces chercheurs sont  actuellement victimes d'attaques et de pressions morales de la part de Monsanto, de l'EFSA (agence européenne de sécurité des aliments), de l'AFBV (Association française des biotechnologies végétales) et d'autres organismes ayant donné des avis favorables à  l'autorisation des OGM. Ces attaques font suite à la publication des résultats des contre-expertises faites par Séralini et al. des études de Monsanto sur trois maïs génétiquement modifiés.

Les recherches et expertises du Gilles-Eric Séralini sur la toxicité des OGM et de pesticides tels le Roundup ont un retentissement international, notamment au Canada, en Europe, aux Etats-Unis, de même qu'en Inde, où elles ont contribué au moratoire sur l'aubergine OGM. Cet écho ne peut que gêner les velléités d'expansion des industriels et mettre dans l'embarras les chercheurs dont les conflits d'intérêts en font les serviles instruments de Monsanto et Cie.

Vous pouvez consulter sur le site de la Fondation la lettre de soutien à Séralini et ses collègues, ainsi que bon nombre de documents qui précisent la problématique. En approfondissant, vous réaliserez qu'il ne s'agit pas du « cas Séralini » en particulier. L'enjeu est beaucoup plus important et plus général: défendre l'indépendance de la recherche et des chercheurs, la possibilité de mener des controverses scientifiques et d'avoir une expertise indépendante, pluraliste et contradictoire qui offre certaines garanties contre l'instrumentalisation des recherches scientifiques par les industriels qui ne peuvent pas être à la fois juge et partie, surtout lorsque des profits énormes sont en jeu.
La version chercheurs : http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1806
La version grand public : http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1807

A partir de cette page, vous pourrez signer la lettre de soutien et accéder à la liste des signataires. En outre, vous remarquerez que la lettre de soutien ne se limite pas à un texte. Au-delà de la position de principe sur l'expertise et le respect du débat scientifique, cet appel au soutien se base sur des faits scientifique que les industriels et leurs valets cherchent à discréditer. Vous êtes invités à les découvrir à partir des travaux de Séralini et al., référencés et partiellement rappelés ici. Depuis la même page, vous pourrez consulter la réponse de Monsanto et Cie, celle des chercheurs et les échanges qui s'en sont suivis. La page renvoie aussi à la version anglaise de la lettre de soutien.
http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1801
Merci de signer cette lettre de soutien et de contribuer à sa diffusion.

07/12/2009

Grippe A H1N1: valse des morts pour attiser les peurs. Dialectique des contraires entre l'apocalypse des scientistes et l'hécatombe des antivaccinalistes

La raison et la science sont les grands perdants dans cette valse des morts revendiqués par les deux extrêmes. Mais au-delà Danse macabre2.jpgdes réactions paranoïdes, comment s'étonner de la méfiance du public envers l'expertise et les autorités sanitaires, lorsqu'on lit certaines estimations apocalyptiques "prévoyant" (sic) 65.000 morts pour la Grande-Bretagne? 30.000 en France, 90.000 aux Etats-Unis. Comment s'étonner de ce rejet lorsqu'on apprend que le CDC (Centers for Disease Control and Prevention des Etats-Unis) a brusquement changé sa façon de compter les morts, ce qui a pratiquement triplé leur nombre?

Des 65.000 morts britanniques, il en restait 154 le 10 novembre, alors que l'activité épidémique commençait déjà à baisser. Cette baisse se confirme dans plusieurs pays.

Mais les estimations des décideurs politico-sanitaires conseillés par des experts manifestement plus fortiches en conflits d'intérêts qu'en science sont bien pâles par rapport à celles des complotistes antivaccinalistes, selon lesquels quelques puissants voudraient exterminer jusqu'à un quart de l'humanité - soit par une grippe produite en laboratoire soit par la vaccination... Avec la variante de l'introduction de nanoparticules et / ou puces RFID chez tout le monde, pour un contrôle de la population à distance...

Madame Soleil à l'honneur, en version apocalypse...

Une telle annihilation des capacités critiques de la raison par l'appel aux affects immédiats (sans médiation), aux peurs, aux réflexes des tripes n'est pas nouvelle et doit être située dans un contexte plus large. En réfléchissant au fait que son meilleur terroir nourricier est le scientisme. Je me  demande si l'Ecole de Francfort n'est pas, en fin de compte, la seule dont le "savoir prévisionnel" - à ne pas confondre avec des chiffres, car il concerne les limites morales à imposer aux sciences - risque d'être confirmé par la réalité. Depuis les années 30, les Francfortois et leurs "descendants" renvoient dos à dos l'irrationalisme et le scientisme, comme autant de formes interdépendantes de destruction de la raison.

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23/07/2009

Le documentaire "Sous les pavés, la terre" cherche diffuseur. Des solutions? Prochaine projection le 24 juillet à la Commune libre d’Aligre

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23/04/2009

L’Odyssée du médecin : c’est par où, l’Ethique ?

Par Clarinesse, auteure du blog L'Oeil du vent

 

Johnny s'en va....jpg

 

Comme Ulysse avec Ithaque, l’odyssée qu’est l’exercice de la médecine part de l’éthique, formulée rituellement dans le serment d’Hippocrate, explore toutes les mers des possibles techniques et retrouve à l’arrivée un vestige d’îlot défiguré par les ambitions, délabré par des années de tâtonnements sans gouvernement moral comme Ithaque l’était par les prétendants de Pénélope.

Ou pourquoi science et conscience doivent penser de concert pour ne pas faire boiter l’humanité dans sa marche vers le progrès et lui faire éviter, entre Charybde et Scylla, les écueils qui menacent l’apprenti sorcier.

(Photo extraite du film Johnny s'en va-t-en guerre)

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14/11/2008

Quelques effets de la "la bombe OGM" : des souris nourries au maïs OGM ont une fertilité diminuée (étude autrichienne)

Le blog de Greenpeace rend compte des résultats inquiétants d’une étude faite à l’Université de Vienne sur des souris nourries au maïs OGM Greenpeace.jpgOGM : une baisse de la fertilité ainsi que certaines autres modifications ont été constatées dès la troisième génération : "Une étude fait apparaître une baisse de fertilité des souris alimentées avec du maïs GM".

Cette variété de maïs est autorisée à la consommation humaine et animale en Europe comme en France… Pour des remarques et des liens complémentaires sur ces résultats rendus publics le 11 novembre et sur les conflits d’intérêts de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA ou EFSA en anglais), lisez cet article des Amis de la Terre : Maïs OGM : baisse de la fertilité

 

Pour une vue d’ensemble, lisez le dossier de Greenpeace, La bombe OGM.

Elena Pasca

22/03/2008

Biopiratage et ... le retour de bâton (caricature)

Dans cette caricature de notre ami Mike Adams, à gauche, deux Chinois disent : ils ne s’imaginent même pas qu’on pirate leurs films et qu’on vend les contrefaçons pour des originaux ! A droite, deux Occidentaux disent : ils ne s’imaginent même pas qu’on met leur plantes sous brevets pour le vendre comme médicaments ! [Sous-entendu : auxquels ils n’auront pas ou plus accès ! Qu’il s’agisse de plantes – désormais propriété de l’industrie pharmaceutique - ou de médicaments – trop chers pour les Chinois]. Double exploitation ; nous autres, Occidentaux, ne faisons pas les choses à moitié ! La propriété, chez nous, c’est sacré !!

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18/03/2008

Jacques Testart sur les OGM, les technosciences immorales et leurs dangers

Jacques Testart, "critique de sciences", président de la Fondation Sciences Citoyennes et d'Inf'OGM a beaucoup 1590ce82ce7d6842b3065f05130b042f.jpgécrit sur les dangers d'une agriculture à la Monsanto. Voici un texte tiré du site de Testart et intitulé OGM, santé et démocratie. C'est une contribution à l'ouvrage collectif Santé, droits de l’homme : les nouvelles insécurités. Ed. Méd. et Hygiène (Genève), 73-85, 2006.

Je cite juste un extrait, hautement significatif: "Si les effets de l’économie compétitive ne sont pas tempérés par les intérêts objectifs de l’humanité, à quoi ont donc servi vingt siècles de civilisation ? L’homme est resté un voyou pour l’homme, malgré tous ces temps d’éthique ou de morale. Pire, c’est un voyou ignorant.»

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16/03/2008

Vandana Shiva ou La révolte du Tiers-Monde faite femme.

Voici une bibliographie anglophone de Vandana Shiva, comprenant deux longues conférences filmées, plusieurs 664c08f69ee34b78c6ee74839e881b96.jpgséquences vidéo plus courtes, des articles an anglais (plus une page de liens).

 

Au départ, c'est un enregistrement vidéo d’une conférence donnée par Vandana Shiva en août 2004, à l'University of California, Santa Barbara. Avec des accents poétiques qui montrent que cette femme a décidément du talent dans tout ce qu'elle fait. Dans son habit traditionnel et en toute simplicité, c'est comme si elle incarnait la voix de la terre originaire et nourricière qui nous transmet le devoir d'assurer la continuité de la vie qu'incarnent les semences. Mythe, maternité, légende, poésie, humanité, histoire condensée dans la prière que dit le paysan quand il plante les semences - tout y est.

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