21.06.2011
Lovenox de Sanofi-Aventis: Jacques Poirier demande à Xavier Bertrand une enquête sur les héparines frelatées et le rôle de l’AFSSAPS
Jacques POIRIER, vétérinaire, microbiologiste et immunochimiste, ancien directeur général d’Aventis Pharma, firme dans laquelle il était
responsable de la sécurité des matières premières biologiques, a été viré en 2003 par ce laboratoire (absorbé plus tard par Sanofi). Pourquoi ? Parce qu’il se souciait des risques pour la santé des patients traités par énoxaparine (LOVENOX° / CLEXANE°), risques liés à des héparines porcines qui peuvent être frelatées par l’ajout de chondroïtine sulfate (fortement allergisante) ou par l’ajout frauduleux d’héparines extraites de tissus de ruminants, dont l’utilisation est prohibée à cause de la possible contamination par le prion, agent pathogène responsable de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (« vache folle »). (Pour les détails, voir ce dossier scientifique).
Les grandes étapes de ce scandale sont décrites par le Dr Didier Levieux dans son article du 5 février 2011 : « Jacques Poirier et les héparines de Sanofi : "conflit de travail" ou sécurité sanitaire négligée ? »
Le scandale international de 2007 / 2008 a montré que les craintes de Jacques Poirier étaient fondées. Et pourtant, rien n’a changé, ni pour lui ni pour les risques que Sanofi-Aventis fait courir aux patients traités par Lovenox°. Ses diverses démarches auprès des autorités sanitaires et politiques (voir les documents publiés sur Pharmacritique à la catégorie « Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine ») sont restées sans suite. En sera-t-il de même avec la lettre que je reproduis ci-après, adressée au ministre de la Santé, Xavier Bertrand, et à la secrétaire d’Etat, Nora Berra ? Je ne manquerai pas d'informer sur les suites. Après tout, c'est ainsi que l'on peut voir si les grands discours sur les intentions de Xavier Bertrand de réformer le système en vue d'une meilleure transparence et sécurité des patients sont suivis d'effets ou s'il ne s'agit là, comme on peut le craindre, que d'effets d'annonce...
Pour ce qui est du rôle et des conflits d’intérêts du Pr Philippe LECHAT, mentionnés dans le courrier, je renvoie à l’excellent article d’Anne-Sophie MERCIER : « Héparines : du côté des conflits d’intérêts », mais aussi à la lettre très détaillée que lui a adressée Jacques Poirier. Ces conflits d’intérêts ont été épinglés par le sénateur François AUTAIN, qui a auditionné Philippe Lechat dans le cadre de la mission sénatoriale d’information sur le Médiator, mais aussi Jacques Poirier (voir cette page).
Quant aux essais de Sanofi-Aventis pour dissuader les media de faire des investigations approfondies sur les héparines, j'ai en ma possession un document édifiant, que je publierai le moment venu.
Je ne reviens pas ici sur tous les détails de cette affaire, que les lecteurs qui souhaitent approfondir la question peuvent trouver dans le dossier déjà existant sur Pharmacritique (les articles sont accessibles en descendant sur cette page, du plus récent au plus ancien), ainsi que sur le site de la Fondation Sciences Citoyennes, qui a lancé une campagne de soutien à Jacques Poirier et élaboré une proposition de loi sur la déontologie de l'expertise, le rôle et la protection des lanceurs d'alerte.
Elena Pasca
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28.05.2011
Héparines et sécurité sanitaire: Familles de France répond à DG SANCO sur les "irrégularités" de l’AFSSAPS
Je remercie l’association Familles de France de m’avoir fait parvenir cette lettre et m’autoriser à la publier. Ce document fait suite à une
autre lettre, publiée le 21 mars 2011 sur Pharmacritique sous le titre « Héparines: Familles de France saisit la DG SANCO pour dénoncer la complaisance de l’AFSSAPS à l’égard des laboratoires français ». (DG SANCO est la Direction générale Santé et Protection des consommateurs, dans le cadre de la Commission Européenne).
Pour les lecteurs qui n’ont pas suivi : les auteurs invités et moi-même avons publié sur ce blog un dossier fait d’articles et de documents portant sur le scandale des héparines chinoises, la sécurité sanitaire des médicaments anticoagulants issus d’héparines de bas poids moléculaire, les conflits d’intérêts dans cette affaire, le positionnements de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) et du laboratoire SANOFI-AVENTIS, le combat du lanceur d’alerte Jacques POIRIER et la campagne de soutien de la Fondation Sciences Citoyennes (que j’ai en grande partie coordonnée au nom de l’association). Tous les textes sont réunis sous la catégorie « Héparines chinoises, prion, Lovenox, chondroïtine » (il faut descendre sur la page pour accéder à tous les articles, du plus récent au plus ancien).
Le vétérinaire et microbiologiste Jacques Poirier, viré par Aventis en 2003 pour avoir refusé de cautionner certaines pratiques douteuses en matière de sécurité sanitaire des héparines, sera auditionné le 1er juin 2011, tout comme le Dr Didier LEVIEUX, vétérinaire et immunochimiste auteur d'un excellent article ainsi que du dossier scientifique sur les héparines, publiés sur Pharmacritique.
Leur audition aura lieu dans le cadre de la mission d’information sénatoriale sur le Médiator, présidée par le sénateur François AUTAIN. Occasion de saluer l’excellence du travail de François AUTAIN en matière de santé, de médicaments, de conflits d’intérêts, etc., de même que l’excellence du travail de son attachée parlementaire, Hélène VAN WEEL.
Elena Pasca
05:29 Publié dans Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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21.03.2011
Héparines: Familles de France saisit la DG SANCO pour dénoncer la complaisance de l’AFSSAPS à l’égard des laboratoires français
Cet article complète le dossier déjà existant sur Pharmacritique au sujet des héparines et du combat du lanceur d’alerte Jacques POIRIER,
accessible en descendant sur cette page.
Par une lettre recommandée avec accusé de réception en date du 18 octobre 2010, l’association familiale et de consommateurs Familles de France a saisi Madame Paola TESTORI-COGGI, Directrice Générale de la DG SANCO (Santé et Protection du consommateur) de la Commission européenne. Dans ce courrier signé de Thierry VIDOR, Directeur Général de Familles de France, l’AFSSAPS est accusée de certaines irrégularités, notamment celle d’avoir modifié la réglementation européenne au profit des firmes pharmaceutiques opérant sur le marché français, et en particulier de Sanofi-Aventis.
Cette action auprès des instances européennes est intervenue suite à des échanges de courriers entre Familles de France et l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé).
Lisez la suite pour prendre connaissance de la lettre, publiée avec l’aimable autorisation de Familles de France. Le texte est précédé par une chronologie des événements et un fragment du compte-rendu de l’audition du Pr Philippe Lechat par la mission sénatoriale sur le Médiator, au cours de laquelle le sénateur François Autain a épinglé ses conflits d’intérêts et l’absence de transparence dans au moins une partie du dossier des héparines.
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05.03.2011
Philippe Lechat et les héparines de Sanofi-Aventis : les intérêts du labo avant la santé publique? (documents II)
Dans la note précédente, j’ai fait une petite introduction avec les liens nécessaires pour la compréhension du contexte dans lequel j’ai
commencé la publication de certains documents importants dans le dossier des héparines et le litige opposant le lanceur d’alerte Jacques POIRIER à SANOFI-AVENTIS. Ancien responsable de la sécurité des matériaux biologiques chez Aventis Pharma, le vétérinaire et microbiologiste Jacques Poirier a été licencié en 2003 parce qu’il refusait de cautionner certaines pratiques douteuses d’Aventis sur le contrôle des héparines en provenance de Chine, utilisées pour la fabrication de l’anticoagulant énoxaparine (LOVENOX ® / CLEXANE ®).
Après les trois lettres / plaintes publiées dans cette première partie, voici maintenant une lettre encore plus édifiante et très détaillée, envoyée en juin 2008 par Jacques Poirier à la personne qui tient le rôle clé dans les questions de sécurité des médicaments. Il s’agit du Pr Philippe LECHAT, directeur de l’évaluation des médicaments et des produits biologiques auprès de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé), critiquée depuis longtemps pour sa complaisance envers les laboratoires pharmaceutiques. (Par ses moyens modestes, Pharmacritique a contribué à ces critiques dans les articles réunis sous la catégorie « Autorités d’insécurité sanitaire »).
Complaisance, servilité et laxisme visibles aussi dans l’affaire du Médiator (benfluorex ; voir cet article et celui-ci pour quelques éléments d’information), où seuls les efforts publics de la Dre Irène FRACHON, qui a donné l’alerte et se bat depuis des années, ont fini par sortir un peu l’opinion publique de son sommeil un peu trop confortable…
A noter que la lettre au Pr Lechat a été précédé par des courriels envoyés au printemps 2008, au moment même où le scandale international battait son plein, puisque des morts étaient enregistrés en Allemagne et aux Etats-Unis : des décès dus à des lots d’héparines chinoises frelatées par la chondroïtine persulfatée dont les risques allergiques sont bien connus. Onze lots frelatés ont été découverts et retirés en France, qui n’a pas été épargnée comme du temps de Tchernobyl…
On pourrait s’attendre à ce que Philippe Lechat déclenche l’alarme dans son institution et à tous les niveaux de décision politico-sanitaire, en recevant un tel courrier de Jacques Poirier. Or il n’y a eu aucune réaction digne de ce nom. Ce qui prouve encore une fois comment sont traitées les alertes dans notre pays... Philippe Lechat ne voulait-il pas se tourner contre le laboratoire avec lequel il a des conflits d'intérêts? Car ses liens d’intérêts avec Sanofi-Aventis – et il est hélas loin d’être le seul dans cette situation - sont patents, comme vous pouvez le constater dans l’article d'Anne-Sophie Mercier paru récemment sur Pharmacritique : « Héparines : du côté des conflits d’intérêts ».
Curieusement, la présentation sur le site de l’AFSSAPS de ce leader d’opinion, bien placé à toutes les articulations stratégiques du système, ne dit pas un seul mot de ces liens avec Sanofi-Aventis.
Mais il s’agit là de notre firme nationale… Et l’argument « patriotique » ( !) joue à fond lorsqu’un médicament / produit de Sanofi est mis en cause : ce seraient ses concurrents étrangers qui voudraient prendre sa part de marché respective… Argument invoqué pour "justifier" le refus d'homologation d'Acomplia (rimonabant) par l'agence états-unienne du médicament (FDA), par exemple. Aucun obstacle ne devrait être mis sur la voie (des profits de ce) fleuron de l’industrie française, dont l’un des leaders se permet de rappeler lors de la convention de l'UMP en 2006 au futur président Nicolas SARKOZY qu’il attend ce qui ressemble à des renvois d’ascenseur… J’ai fait une investigation fort détaillée sur les multiples conflits d’intérêts des frères Sarkozy, et force et de constater que Sanofi-Aventis est omniprésent, à tous les rouges du système, depuis le sommet de l'Etat jusqu’à bon nombre d'associations de patients anonymes.
Elena Pasca
03:36 Publié dans Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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03.03.2011
L’alerte de Jacques Poirier sur les dangers des héparines d’Aventis a été ignorée par les instances sanitaires et la justice (documents I)
Les multiples dimensions et les implications de l’affaire des héparines (droit d’alerte ; conflits d’intérêts AFSSAPS – Sanofi ; héparines
chinoises, donc à risque de contamination par la chondroïtine persulfatée (voire même par le prion) ; campagne par laquelle la Fondation Sciences Citoyennes soutient Jacques Poirier ; litige avec Sanofi-Aventis aux prud’hommes ; témoignage de Didier Levieux ; dossier scientifique sur les héparines; distorsion de concurrence ; laxisme des autorités sanitaires françaises par apport à la réglementation internationale sur les matériaux à risque, etc.) ont déjà été largement abordés sur Pharmacritique. Les articles sont réunis sous la catégorie « Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine persulfatée » (descendre sur la page pour accéder aux articles, du plus récent au plus ancien).
Pour une meilleure compréhension des documents publiés dans cette note, les lecteurs qui ne connaissent pas encore ce dossier devraient commencer par lire les articles introductifs ou exposant de la façon la plus générale les enjeux de santé individuelle et publique et autres: ce sont celui-ci, celui-ci et surtout celui signé par le Dr Didier LEVIEUX, témoin direct depuis 1996 : « Jacques Poirier et les héparines : "conflit de travail" ou sécurité sanitaire négligée ? ».
J’avais annoncé la publication progressive de documents qui détaillent cette affaire et prouvent, entre autres, les efforts faits par Jacques POIRIER pendant des années pour avertir les instances sanitaires et de contrôle, tout comme les plus hautes instances judiciaires des dangers et risques qui pèsent sur notre santé du fait d’un contrôle largement insuffisant par SANOFI-AVENTIS de la qualité et de la pureté des héparines qui servent à la production de l’anticoagulant énoxaparine (LOVENOX ® / CLEXANE ®). Et du fait d’un laxisme inacceptable de l’agence du médicament (AFSSAPS) envers l’utilisation, dans la production d'héparines, de "matériaux à risque spécifié" de contamination par l'agent de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et autres encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), matériaux pourtant prohibés par la réglementation internationale.
Voici trois lettres / plaintes adressées par Jacques Poirier : en mai 2006, une plainte adressé à la brigade de police judiciaire de Créteil spécialisée dans les plaintes médicales, pour « mise en danger d’autrui et tromperie sur l’origine et la qualité de la marchandise » ; en avril 2008, une plainte adressée au Parquet de Paris, qui expose fort bien les grandes lignes de l’affaire ; en juillet 2008, une lettre, elle aussi fort édifiante, au directeur général de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes)… Aucune réaction digne de ce nom (convocations et réponses du genre "affaire classée sans suite", ce qui ne veut d'ailleurs pas dire que J. Poirier aurait eu tort...). Pourtant, le scandale a été mondial en 2007, et l'histoire a donc largement prouvé que les inquiétudes de Jacques Poirier depuis 1996 jusqu'en 2003 (date de son licenciement) étaient fondées.
Dans la note suivante, je publierai la lettre encore plus détaillée, qui doit être lue par toute personne s’intéressant à ce dossier, adressée par Jacques Poirier au Pr Philippe LECHAT, directeur de l’évaluation des médicaments et des produits biologiques de l’AFSSAPS. Celui-là même dont les liens et conflits d’intérêts avec Sanofi-Aventis (sur les héparines directement) ont été dévoilés et attestés dans l’article « Héparines : du côté des conflits d’intérêts ».
03:54 Publié dans Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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20.02.2011
Héparines : production, commercialisation, sécurité des héparines chinoises et risque d’encéphalopathie spongiforme bovine (deuxième partie)
[Note d'Elena Pasca: Voici la deuxième partie de l’exposé du Dr Didier Levieux, à lire en continuité avec la première, parue sur cette page, et avec les autres articles consacrés à divers aspects de l’affaire des héparines chinoises (conflits d’intérêts des experts des autorités sanitaires avec Sanofi-Aventis, au sujet des héparines (Lovenox : énoxaparine) ; le cas du lanceur d’alerte Jacques Poirier ; la pétition et la campagne de soutien organisée par la Fondation Sciences Citoyennes ; une bibliographie très riche pour ceux qui veulent en savoir plus, etc. Retour au texte de Didier Levieux :]
10.3.2 Contrôle de l'héparine en cours de purification (héparine "brute")
Deux types de contaminants sont recherchés :
1) des contaminants (ADN, protéines) pouvant servir à caractériser l'espèce animale à l'origine de l'héparine
2) le dermatan sulfate et de la chondroïtine persulfatée.
10.3.2.1 Détection de contaminants spécifiques d'espèce :
10.3.2.1.1 Recherche de fragments d'ADN spécifiques d'espèce
Cette recherche s'effectue par PCR (Polymerase Chain Reaction), c'est-à-dire par amplification de séquences d'ADN cibles présentes à l'état de trace. Leur "photocopie" répétée, grâce à des "amorces" et à un système enzymatique (Taq polymérase), multiplie le nombre d'exemplaire jusqu'à ce qu'elles puissent être mises en évidence par migration électrophorétique.
Deux difficultés majeures rendent délicate la PCR dans son application à l'héparine :
- l'ADN est fortement dégradé durant le procédé de purification de l'héparine et cette dégradation dépend du procédé utilisé. La technique a donc été progressivement améliorée chez Sanofi-Aventis par l'amplification de séquences relativement courtes (amplicons de 90 paires de bases) et présentes de façon répétées (ADN satellite).
- l'héparine est un inhibiteur très puissant de la PCR. Pour ne conserver que l'ADN contaminant, différents procédés ont été testés, dont l'extraction de l'héparine.Toutefois, l'élimination complète de l'héparine est difficile, et les analystes de Sanofi-Aventis reconnaissent, en 2008 (Houiste et al, 2008) que dans leurs mains il n'a pas été possible d'obtenir un rendement reproductible. Ils utilisent donc maintenant une autre voie d'approche : la digestion enzymatique de l'héparine (incubation pendant 12 heures avec un mélange d'héparinases I et II). Toutefois, ces enzymes peuvent être inhibées par les glycosaminoglycanes persulfatés ou d'autres substances (Anger, 2010).
La recherche d'ADN pour caractériser l'espèce d'origine a par ailleurs de sérieuses limites :
- les amorces permettant la réalisation de la PCR ne sont pas disponibles dans le commerce ; elles sont la propriété de l'industriel et jalousement gardées. La technique utilisée par un industriel ne peut donc être validée par les autorités dans l'un de ses laboratoires ou pratiquée par d'autres industriels.
- l'ADN n'est pas spécifique de tissu ou d'organe : la contamination par un poil ou une squame cutanée de bovin donnera une réponse positive pour un risque sanitaire nul. D'où des risques de fausses contaminations dans les ateliers qui préparent l'héparine brute et la nécessité de faire les analyses dans des laboratoires hautement spécialisés, protégés de toute contamination inter-échantillons, ou amenée par les techniciens.
- surtout, la recherche d'ADN contaminants ne peut détecter de l'héparine bovine ou ovine que s'il reste, justement, des contaminants. Or, le niveau de contaminants est très variable selon les héparines brutes. Par exemple, leur couleur varie du brun chocolat au blanc plâtre, selon le soin apporté au procédé et à la maîtrise des différentes étapes de la purification. Ainsi une héparine bovine "brute" provenant d'Amérique du Sud, par exemple, peut ne contenir aucun fragment d'ADN. Une héparine "brute", "propre" pourra cependant contenir du prion, car celui-ci est beaucoup plus résistant que l'ADN au procédé de fabrication
Pour pallier à cet écueil, l'industriel valide uniquement les lots d'héparine sur lesquels de l'ADN porcin est trouvé, signifiant ainsi que l'héparine est bien "brute". On comprendra aisément qu'il suffit d'ajouter une trace d'ADN porcin (quelques soies de porc...) dans une héparine bovine relativement purifiée pour rendre l'échantillon « conforme » : présence d'ADN de porc, donc héparine "brute" propre à la poursuite des analyses, et absence d'ADN de bovin.
10.3.2.1.2 Recherche de protéines spécifiques d'espèce
Des travaux conduits à l'INRA dans le cadre d'un co-financement par Aventis-Pharma, ont mis en évidence une protéine (aprotinine) qui n'existe que chez les bovins. De plus, cette protéine est synthétisée par les mêmes cellules que celles qui synthétisent l'héparine (mastocytes). Enfin, cette protéine de petite taille et résistante aux traitements thermiques, a une charge électrique très positive. De ce fait, elle est libérée de ces cellules étroitement associée à l'héparine (elle-même chargée très négativement), d'où les difficultés rencontrées par les chercheurs pour la caractériser (Rivera et al, 2002a,b). Ces qualités en font une cible parfaite pour dépister l'héparine bovine, et l'équipe INRA a donc développé une technique ELISA (Enzyme Linked Immunosorbent Assay) pour son dosage (Levieux et al, 2001).
Les dosages de type ELISA sont couramment utilisés dans tous les laboratoires d'analyses, en médecine humaine ou vétérinaire. Ils permettent de détecter des anticorps contre divers agents pathogènes ou les agents pathogènes eux-mêmes (bactéries, virus, prion...) ; ils sont également utilisés pour doser des marqueurs biologiques, des hormones, des pesticides, etc. La technique publiée par l'INRA (Levieux et al, 2001a) permet de détecter 5 parties d'intestin de bovin dans 1.000.000 de parties d'intestin de porc.
Les essais comparatifs effectués en 1999 lors de sa mise au point ont montré que cet ELISA était 30 à 300 fois plus sensible que la PCR (selon le type d'amorce utilisé pour la PCR par Aventis-Pharma). La technique est infiniment plus simple que la PCR et non sujette à des contaminations autres que par des cellules mastocytaires de bovins, cellules que l'on trouve majoritairement dans les tissus d'où on extrait l'héparine : intestin et poumon. Elle est donc plus fiable. Aventis-Pharma a néanmoins préféré développer sa PCR en interne, et la technique ELISA n'a donc pas été commercialisée. Elle est quand même appliquée actuellement par la Société IDBiotech sur simple demande de la part des industriels ou des autorités sanitaires.
Dans la même démarche, l'INRA a développé parallèlement des tests ELISA pour détecter les contaminants porcins, ovins et caprins (Levieux et al, 2001b).
Bien entendu, comme pour la recherche d'ADN, la sensibilité de la détection de ces tests ELISA est très dépendante du niveau de purification de l'héparine, et la technique ne pourra jamais déceler une héparine bovine relativement purifiée.
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Héparines : production, commercialisation, sécurité des héparines chinoises et risque d’encéphalopathie spongiforme bovine (exposé scientifique I)
[Note d’Elena Pasca: cette présentation et explication scientifique richement documentée et référencée, daté du 20 octobre 2010, fait partie des documents rassemblés sur le site de la Fondation Sciences Citoyennes, qui a mené une campagne de soutien (coordonnée par moi, Elena Pasca) au lanceur d’alerte Jacques Poirier. Puisque les documents sont dans un grand fichier PDF téléchargeable, donc plus difficiles d’accès, Didier Levieux m’a demandé de reprendre cette présentation sur Pharmacritique, afin de compléter, par cet exposé scientifique, les articles déjà parus sur le blog, dans la catégorie « Héparines chinoises, Lovenox°, prion, chondroïtine », et accessibles à partir de cette page. A noter que le Dr Levieux a déjà publié sur Pharmacritique un article édifiant intitulé « Jacques Poirier et les héparines de Sanofi : "conflit de travail" ou sécurité sanitaire négligée ? »]
Par le Dr Didier Levieux
Directeur de recherches honoraires à l’INRA
1. L'héparine : indications, mode d'action, structure
2. La production d’héparine
3. La commercialisation de l'héparine en France
4. L'importance économique de l'héparine pour Sanofi-Aventis
5. L'importance économique des héparines chinoises
6. Le problème de la sécurité des matières premières d'origine chinoise
7. Les conséquences de l'encéphalite spongiforme bovine (ESB)
8. Le risque d'encéphalopathie spongiforme transmissible (EST)
9. Les "Matériaux à Risque Spécifié", la liste actuelle
10. Les possibilités de sécurisation de l’héparine
10.1 Qualité des sources de matières premières et leur traçabilité
10.2 Capacité du procédé de fabrication à inactiver le prion
10.3 Contrôles analytiques
10.3.1. Contrôle de la matière première princeps : la muqueuse intestinale
10.3.2 Contrôle de l'héparine en cours de purification (héparine "brute")
10.3.2.1. Détection des contaminants spécifiques d'espèce
10.3.2.1.1. Recherche de fragments d'ADN spécifiques d'espèce
10.3.2.1.2. Recherche de protéines spécifiques
10.3.2.2. Recherche de contaminants polysaccharidiques
10.3.3 Contrôle de l'héparine pure
11. La contamination de l'héparine par la chondroïtine persulfatée
11.1 Les accidents mortels aux Etat-Unis
11.2 Chondroïtine sulfate, chondroïtine persulfatée ?
11.3 L'origine de la contamination : la filière chinoise
11.4 La toxicité de la chondroïtine persulfatée
12. Aux Etats-Unis, le Congrès s'inquiète
13. Où en est-on aujourd'hui? Une évolution inquiétante de la Pharmacopée européenne et française
05:23 Publié dans Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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05.02.2011
Jacques Poirier et les héparines : "conflit de travail" ou sécurité sanitaire négligée ?
Par le Dr Didier LEVIEUX, directeur de recherches honoraire à l’INRA
En marge d’un débat du 10 janvier 2011 sur La chaîne parlementaire, le député Gérard BAPT a affirmé en "off" à un journaliste que l'affaire qui oppose actuellement le Dr Jacques POIRIER à SANOFI-AVENTIS serait un simple "conflit de travail" entre employeur et employé, et non un problème de sécurité sanitaire concernant un produit phare de la société: une héparine de bas poids moléculaire (énoxaparine) extraite de l'intestin de porc, commercialisée sous l'appellation Lovenox® ou Clexane®. Le député serait arrivé à cette conclusion après avoir reçu une lettre du Dr Poirier et recoupé les informations qu'elle contenait auprès du directeur scientifique de Sanofi-Aventis.
Décidément, l'histoire se répète : la sécurité sanitaire des produits d'origine biologique n'est toujours pas le principal souci des responsables politiques ou des administrations concernées par les produits pharmaceutiques. Or l'histoire de la sécurité sanitaire de l'héparine est de la même veine que celle de l'hormone de croissance : une matière première en quantité limitante qui pousse l'industriel à compléter ses approvisionnements chez des fournisseurs douteux, faisant courir aux patients le risque de contracter l'agent de maladie de Creutzfeldt-Jakob ("vache folle" chez les bovins).

[L'image illustre un article du Wall Street Journal daté du 21/02/20008: "Making Heparin is a Dirty Job"].
J'avais déjà adressé en 2003 un courrier [1] à Claude SAUNIER, sénateur des Côtes d'Armor, lui résumant mes interventions auprès des experts et autorités compétentes pour les alerter sur les problèmes de sécurisation sanitaire des héparines et leur relative inefficacité. Ce courrier est resté sans réponse, et aujourd'hui, dans un contexte où certaines dérives de l'industrie pharmaceutique apparaissent au grand jour, on voudrait de nouveau jeter un voile pudique sur l'affaire "Poirier" en affirmant tout simplement qu'il s'agit d'un "conflit de travail"…
Il serait préférable pour la sécurité sanitaire des citoyens que cela soit la vérité ; mais, témoin externe de cette affaire - et sans aucun lien d'intérêt - je peux hélas affirmer que le Dr Poirier a simplement payé très cher ses exigences sur la sécurité de l'héparine.
En effet, directeur de recherches dans un organisme de recherche publique, j'ai été amené à développer sur sa demande des méthodes de contrôle de la qualité des matières premières utilisées pour la production de l'énoxaparine en pleine période de "vache folle". Au cours de cette collaboration, j'ai pu observer de près le fonctionnement d'une grande industrie pharmaceutique et découvrir que business et sécurité sanitaire ne font pas toujours bon ménage.
J'ai été également spectateur du rôle ambigu joué par l'expertise du risque infectieux lié à l'énoxaparine, avec un conflit d'intérêt patent qui explique clairement le rôle de représentant de commerce d'un leader d'opinion. J'ai été sidéré de voir une politique de sécurisation menée plus sur des arguments financiers que scientifiques et de voir mis en exergue, comme garantie de sécurité, des éléments qui n'en sont pas : efficacité théorique du procédé à éliminer le prion (résultats considérés comme difficiles à interpréter selon tous les textes officiels publiés par les experts européens), technique de contrôle de l'origine animale de la matière première très sensible selon les chiffres fournis, mais véritable passoire…
Et le dossier n'est pas clos : pour assurer des approvisionnements en quantité suffisante, la possibilité d'utiliser l'intestin de bovin est ouverte, même si en Europe il n'est pas possible d'en acheter un mètre dans les abattoirs pour cause de risque de... prion ! On pourrait en sourire si d'autres pays, comme la Chine qui produit plus de 50% de l'héparine mondiale, n'étaient pas moins regardants et n'avaient une politique sanitaire moins rigoureuse.
Voir la suite de l'article pour les arguments, les références et le texte intégral de la lettre au sénateur Saunier.
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30.01.2011
Héparines : du côté des conflits d’intérêts
Par Anne-Sophie Mercier
Ingrédient indispensable de tout scandale sanitaire, du sang contaminé à l’hormone de croissance ou au Mediator: les conflits d’intérêts. Il s’agit le plus souvent d’un conflit entre un intérêt économique et la santé publique : des élus défendent la rentabilité d’un laboratoire au nom de la sauvegarde du commerce extérieur ou de l’emploi, et des médecins leaders d’opinion englués dans des liens incestueux avec les laboratoires ne sont plus en mesure de distinguer l’intérêt général de l’intérêt privé.
Dans le cas des héparines dont Pharmacritique a déjà abondamment traité (voir cet article et celui-ci), on retrouve ces mêmes conflits d’intérêts au cœur du système. En voici un exemple parmi bien d’autres, suivi de quelques interrogations.

[NdR: l'image est tirée d'un article du New York Times du 28.02.2008 intitulé "Twists in Chain of Supplies for Blood Drug").
A l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), le groupe de travail chargé des traitements de la thrombose reçoit pour président le Pr Philippe Lechat en janvier 2007. A cette époque, le Pr Lechat mène pourtant l’étude VALIDE pour Sanofi-Aventis, destinée à valider l’usage du Lovenox° (énoxaparine) chez des insuffisants rénaux, ainsi qu’il l’a mentionné dans sa précédente (et dernière) déclaration publique d’intérêts publiée.
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20.01.2011
Affaire des héparines frelatées : scandale de santé publique, lanceur d’alerte viré, discrimination entre patients et distorsion de concurrence
Les héparines fabriquées à partir de tubes digestifs : une affaire qui, pour SANOFI-AVENTIS et pour l’AFSSAPS, sent de plus en plus
mauvais !...
Par Jean Lefebvre
Les héparines biologiques sont largement utilisées comme médicaments anticoagulants et représentent pour la seule société SANOFI-AVENTIS un business de plus de 3 milliards d’Euros de chiffre d’affaires annuel.
Afin d’éviter aux patients (qui reçoivent des injections de l’anticoagulant Lovenox° (énoxaparine)) tout risque de transmission d’une encéphalopathie spongiforme transmissible (EST) mortelle voisine de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, seules les héparines extraites d’intestins de porc sont autorisées, à l’exclusion de toute autre espèce animale (notamment, les ruminants tels que les bovins ou les mouton).
Or, aux dires mêmes de l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), il n’y aurait pas à la surface du globe assez d’intestins de porc collectés dans des conditions d’abattage contrôlés pour répondre à la demande mondiale. Qu’importe !... Depuis avril 2008, l’AFSSAPS rend désormais possible l’utilisation d’intestins de ruminants pour fabriquer des héparines [1]. A noter que cette décision unilatérale a été prise au mépris des réglementations internationales, notamment de la Réglementation européenne.
Vous croyez rêver ?...- Eh bien non !... Vous avez bien lu : par un arrêté en date du 24 juillet 2008, repris par l’arrêté du 20 juillet 2010 (JORF du 28/07/2010) [2], « sur proposition du directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé », le ministre de la Santé et des Sports stipule que « l’héparine sodique peut désormais être préparée, soit à partir de poumons de bœuf, soit à partir de muqueuses intestinales de porc, soit de bœuf, soit de mouton ».
La mention de ces possibilités est d’autant plus surprenante que, même en France, aucune AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) n’est accordée à des médicaments obtenus à partir de tels tissus dont l’utilisation est prohibée par toutes les règlementations internationales et qui doivent être détruits [3].
La question peut alors légitimement se poser : - pourquoi l’AFSSAPS accorde-t-elle aux industries pharmaceutiques du « marché national » (SANOFI-AVENTIS, par exemple ?...) la possibilité de fabriquer des médicaments à partir de matières premières prohibées ?... Lisez la suite…
01:45 Publié dans Héparines chinoises, Lovenox, prion, chondroïtine | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
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