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20/06/2012

Héparines: Lettre de Jacques Poirier à la ministre de la Santé, Marisol Touraine

Texte retiré le 27 novembre 2012.

J'ai décidé de mettre un terme à toute relation avec Jacques Poirier, mettre fin à ce que Jacques Poirier qualifie de "soutien indéfectible" de ma part, un engagement qui lui a été "précieux". Il m'a pris tout le temps et l'énergie que j'avais depuis plusieurs années, et ce

  • dans le cadre de Sciences Citoyennes (j'ai servi d'intermédiaire, mis en place la campagne de soutien, lu et relu les textes et dossiers, fait une bonne partie de tout ce qu'il y avait à faire, etc.),
  • sur Pharmacritique (mes propres textes, relecture d'autres textes, recherche d'informations, etc.)
  • avec les journalistes (que j'ai informés en détail, étant "contact presse" à ce sujet depuis le début); aussi avec toute personne demandant des informations
  • et tout simplement humainement, ce qui veut dire soutenir, être à l'écoute (généralement plusieurs fois par semaine, par mail et au téléphone), encaisser et essayer de garder le cap en cas d'engagements non tenus ou modifiés en cours de route, en cas de changements d'attitude de sa part (surtout suite à des critiques et des questions); tenter de le ramener à la raison lorsqu'il interprétait un fait anodin ou incertain comme une preuve de la validité de ses théories; chercher, envoyer et commenter des informations, relire et corriger ses textes, etc.)

Je mets un terme à tout cela parce qu'il s'avère que Jacques Poirier et moi n'avons pas les mêmes valeurs, ni les mêmes méthodes, ni la même acception de ce qui est acceptable, éthique, etc. Je suis loin de la sphère idéologique et des convictions qui sont les siennes et pourraient guider une partie de sa façon d'agir et d'interagir. Pendant longtemps, je pensais, en cas de discordances, que c'est moi qui ne comprenais pas et n'avais pas assez d'éléments, donc ne pouvais pas contredire Jacques Poirier. Puis peu à peu, le doute s'est installé et j'ai posé et reposé des questions, cherché des réponses ailleurs; j'ai aussi essayé de tempérer la tendance à interpréter certains faits selon un prisme déformant qui validerait ses convictions de départ, malgré l'absence de preuves. J'aurais dû mettre un terme à tout cela il y a longtemps, mais c'est difficile lorsqu'on pense être face à un ami à qui l'on aimerait offrir jusqu'au bout une aide illimitée.

Sauf que, pour moi, la fin ne justifie pas les moyens (et nous n'avons pas la même acception de la fin, d'ailleurs). 

De façon générale, je m'engage à 100% et peux tout donner dans l'engagement pour une cause, mais il faut qu'elle soit entièrement défendable. Car je ne peux pas fermer les yeux sur des questions d'éthique, de validité scientifique, etc. L'éthique ne se divise pas; les allégations non valides sur une partie du dossier entâchent l'ensemble du dossier et montrent une façon de faire, une méthode, montrent jusqu'où quelqu'un est capable d'aller. Et je n'accepte pas que l'on me "guide", que l'on se serve de moi puis de Pharmacritique comme d'un outil de provocation, comme une "arme", comme un moyen de diffuser des thèses incorrectes, des accusations injustifiées; je n'accepte pas non plus que moi ou quiconque soyons "encouragés" à prendre des risques pour quelqu'un d'autre qui reste dans l'ombre.

Etc.

Quant à Jacques Poirier, je lui ai posé plusieurs fois des questions et demandé des preuves sur la validité de certaines accusations à propos de l'AFSSAPS (formulées par diverses voies de communication, dont les deux articles de Jean Lefebvre sur Pharmacritique et ceux où il est question de l'association Familles de France), questions restées sans réponse digne de ce nom.

Le texte réglementaire de l'AFSSAPS dit la même chose que les textes réglementaires européens quant aux éventuelles dérogations qui pourraient intervenir en cas de force majeure (rupture d'approvisionnement en intestins de porc et le recours à des intestins de ruminants pour la fabrication d'héparines); il n'y a donc là aucune irrégularité, aucun dysfonctionnement par rapport à l'Europe, aucune "distorsion de concurrence" que l'AFSSAPS aurait délibérément faite afin de favoriser Sanofi et qui mettrait en danger les usagers français d'énoxaparine (Lovenox) plus que d'autres Européens. 

L'absence de preuves aurait dû empêcher la diffusion de telles allégations d'"irrégularités graves commises par l'AFSSAPS". On ne crée pas une vérité en diffusant des allégations par divers moyens de communication qui vont se citer l'un l'autre et vont créer le buzz jusqu'à ce que ces allégations seront reprises partout, seront la référence générale, donc deviendront "vraies".

J'ai longtemps voulu me persuader que tel ou tel incident (de divers ordre, que je ne vais pas déballer ici) relevait d'un enthousiasme trop fervent pour la cause et ai fermé les yeux sur les discordances, sur les méthodes et façons de faire.

La Fondation Sciences Citoyennes (FSC) soutient Jacques Poirier à propos de son licenciement, dont tout porte à croire qu'il a été abusif, Sanofi-Aventis voulant mettre un terme à un combat juste pour le contrôle de la sécurité des héparines chinoises. Mais si l'on regarde de près, ni Sciences Citoyennes (et à ma connaissance) ni Didier Levieux n'ont jamais relayé les allégations concernant l'AFSSAPS.  C'est moi qui ai demandé à Sciences Citoyennes de ne pas suivre toutes les propositions de Jacques Poirier, par exemple de ne pas se lancer dans une action hasardeuse contre l'AFSSAPS au Conseil d'Etat, puisqu'il n'y avait aucune preuve. Heureusement, le conseil d'administration a été d'accord avec moi. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé autrement, le risque pris par FSC sur tous les plans (moral, financier...) 

Je souhaite à Jacques Poirier de gagner son procès à propos de son licenciement et de ce qui s'est passé au moment où il a été liciencié - et de réfléchir sur le reste, en particulier sur ce qu'il demande aux autres de faire pour lui et à sa place. Peut-être pense-t-il que faire le buzz à travers des allégations spectaculaires l'aide pour son procès, quitte à risquer de créer une psychose chez des usagers français de l'énoxaparine.

Ce sera sans moi. 

Jacques Poirier et moi n'avons rien en commun. Je ne vais pas entrer dans les détails (je les ai, ayant gardé l'ensemble des mails échangés depuis le début) et n'ai mentionné que le minimum, afin que les lecteurs sachent que les thèses à propos de l'AFSSAPS diffusées dans les articles de Jean Lefebvre et dans les articles parlant de Familles de France sont des hypothèses non fondées. J'en parle aussi pour que personne ne s'imagine que je laisse tomber pour je ne sais quelle raison occulte. D'autre part, je me devais d'en parler afin de présenter mes excuses aux lecteurs pour toutes les allégations non fondées. J'ai été de bonne foi, j'y croyais, faisant confiance à la source, c'est-à-dire à Jacques Poirier.  

Je ne laisse sur le blog que le dossier scientifique par Didier Levieux et le texte sur les conflits d'intérêt par Anne-Sophie Versier, qui ne portent pas sur Jacques Poirier.

Désolée pour ce billet d'humeur, ces phrases spontanées; c'est une grande déception, à la mesure de mon engagement intensif. Je ne l'ai même pas relu.


13/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements". L’atelier N° 1 : "La surmédicalisation, mythe ou réalité"

Le programme du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à la Faculté de médecine de Bobigny, est sur cette page. La présentation détaillée est sur celle-ci, avec une introduction globale sur les enjeux et l’urgence d’une prise de conscience par l’ensemble des citoyens, car la critique de la surmédicalisation n’est pas l’apanage des professionnels de santé.

Traduction pratique de la logique mercantile néolibérale dans le domaine d’une santé marchandisée, rendue possible par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, la (médicalisation et) surmédicalisation déforme toutes les pratiques et tous les actes médicaux, comme nous (les organisateurs) l’avons dit dans le communiqué de presse. Tous les citoyens sont concernés, et ils doivent en être conscients et contrecarrer ce phénomène, à titre individuel comme collectif, car ce sont eux qui paient, dans tous les sens du terme. Espérons que des alertes répétées mèneront enfin à la création d’un mouvement d’idées citoyen que j’ai appelé de mes vœux. Ce qui veut dire que l’on sortirait de l’entre-soi de quelques convaincus prêchant aux convaincus, de ce cercle restreint de « sachants ». Et que ce mouvement ne risquerait pas d'être orienté, dirigé et/ou limité par des professionnels de santé selon leurs intérêts plus ou moins directs, plus ou moins conscients, et selon leur degré de prise de conscience. Ce degré est limité parce qu’ils participent de ce système, en vivent, contribuent à le reproduire et à fournir les justifications et légitimations. Sans oublier qu'ils ont généralement du mal à reconnaître leur propre rôle dans la surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements.

La publication des actes du colloque a commencé par les comptes-rendus des ateliers du colloque, faits par leurs modérateurs. Voici les interventions composant l'atelier N° 1 (présentations powerpoint ou textes complets, selon ce que les auteurs ont transmis), suivies par le compte-rendu. 

Mise à jour: Sont accessibles les actes de l'atelier N° 2 (Causes et sources de la surmédicalisation), de l'atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements) et des ateliers N° 4, 5 et 6.

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08/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements": les comptes-rendus des ateliers (causes, formes, enjeux, médicaments essentiels…)

Les 27 et 28 avril 2012 a eu lieu à la Faculté de médecine de Bobigny le colloque surmédicalisation,colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,disease mongering surmédicalisation,surconsommation médicaments médicalisation,cancer surdiagnostic dépistage,médicalisation surmédicalisation,sécurité sociale impact surmédicalisation,sous-médicalisation accès aux soins,psychiatrie médicalisation dsm,groupe princeps,elena pasca,surmédicalisation causes formes risque,néolibéralisme médecine contrôle social,biopolitique biopouvoir médecine,médicaments essentiels,médicalisation sciences sociales« Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », co-organisé par le Groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), le Département de Médecine générale de la Faculté de Bobigny et la SFTG (voir le programme).

Conceptualiser pour faire comprendre les enjeux pour tous les citoyens

A ceux qui n’en ont pas encore eu connaissance, je conseille de commencer par cette page de présentation du colloque et des ateliers, avec mon introduction détaillée sur les enjeux et l’importance d’une prise de conscience globale, par l’ensemble des citoyens, de l’omniprésence de la surmédicalisation, de ses causes, formes et conséquences, de ses risques pour notre santé individuelle et publique, tout comme pour le système public solidaire de santé et de soins. Cette compréhension est d’autant plus urgente que nous n’en avons pas conscience, parce que la surmédicalisation n’est pas un bloc ; son aspect systémique résulte d’une convergence de pratiques et d’intérêts d’acteurs divers, dans tous les champs du soin, acteurs qui lui donnent des justifications de santé publique (prévention…) et même des légitimations d'apparence éthique. Tous ces dérapages sont rendus possibles par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine – thème de mon intervention -, et ils sont non seulement socialement acceptés, mais socialement valorisés… Parmi les distinctions que j’ai faites pour mieux expliquer le phénomène et ses justifications – car la conceptualisation et catégorisation est indispensable si l’on veut comprendre, expliquer et inciter à agir - figure celle entre médecine préventive, médecine prédictive et médecine prescriptive (au sens éthique du terme, illégitime).

Notre communiqué de presse, « La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins », contient certaines formulations concises de nature à éveiller l’esprit critique sur l’étendue quantitative et les dégâts qualitatifs de la surmédicalisation et sur le fait que la médicalisation inutile (et les cercles vicieux qu’elle induit) ont pour contraire dialectique la sous-médicalisation. La tendance est à l’augmentation des deux, si cette thématique ne fait pas son chemin dans l’espace public, dans un débat public mené par l’ensemble des citoyens, car il concerne les choix de principe et les décisions à prendre sur nos modes de vie et sur le type de société dans laquelle nous imaginons notre avenir.

Sortir de l’entre-soi corporatiste pour un débat et des décisions citoyennes

Ce débat doit impérativement être soustrait aux corporatismes, et ce d’autant plus que les professionnels de santé se sont toujours trompés ou ont échoué, parce qu’ils n’ont pas su (ou voulu) sortir de l’entre-soi, ni aborder lucidement leur propre rôle et celui de leurs organisations (ordre des médecins, syndicats, associations, sociétés savantes…) dans la légitimation, la reproduction et même l’aggravation des structures systémiques qui ont pour résultat quasi automatique la surmédicalisation.

J’ai essayé de porter, parmi les organisateurs du colloque, ces idées et surtout la nécessaire sortie de l’entre-soi corporatiste, comme la sortie du petit cercle des convaincus. J’ai exprimé cela aussi lors du colloque et après, appelant à faire sauter les barrières (et les querelles de clocher) entre spécialités et entre professionnels de santé et usagers, à renoncer aux habitudes de décision et d’action exclusivement de médecins à médecins (et organisations médicales), à ne pas prendre des décisions autoritaires à la place des usagers, ni dans un sens ni dans l’autre, mais à leur apporter des catégories explicatives, des concepts et des exemples utiles et facilitant leur compréhension, les aidant à construire et exprimer leur esprit critique, leur subjectivité réflexive et délibérative, à faire un usage public de la raison, notamment dans les décisions qui leur reviennent de droit, de par les capacités juridiques qui sont leur apanage en République.

Ce danger d’entraver la création et l’essaimage d’un mouvement d’idées à cause des vieux réflexes corporatistes et de l’entre-soi médical est toujours présent. Je n’ai jamais agi dans un esprit opportuniste et cela ne changera pas. Je ne me limiterai pas à un rôle de perroquet et de panneau publicitaire et ne cautionnerai aucun acte qui risquerait d’entraver le mouvement citoyen et de limiter l’information et la possibilité d’appropriation de ces sujets par l’ensemble des citoyens. Eux seuls – et non pas quelques médecins et organisations bienveillants mais illégitimes s’ils veulent parler au nom de la majorité - peuvent mettre un terme à des pratiques aussi répandues et aussi fortement enracinées ; eux seuls peuvent y voir plus clair, car l’immense majorité n’a aucun intérêt à la reproduction de ce système et n’en vit pas. 

Les lecteurs de Pharmacritique ne seront pas dépaysés, puisqu’il s’agit de thèmes et d’éléments déjà abordés largement sur ce blog, dans les articles des catégories « surmédicalisation », « prévention, abus de prévention », « disease mongering » et ailleurs. Car toutes les structures de notre pseudo-système de santé, et même la moindre forme de désinformation médicale, le moindre biais et le moindre conflit d’intérêt – tout cela a pour conséquence l’augmentation du nombre de bien-portants devenus malades consommateurs de médicaments, sous prétexte de prévention, dépistages, bilans réguliers…

Un mot sur l’atelier N° 2

J’ai parlé plus longuement que les autres contributeurs, car outre l’introduction à l’atelier (la catégorisation des causes exposées lors de la présentation du colloque) et la modération, j’ai aussi fait une contribution (comme les autres contributeurs).

C’est après lecture des résumés qui nous ont été envoyés que j’ai décidé d’en faire une, afin que des causes majeures de la surmédicalisation (thème de cet atelier) soient évoquées au moins une fois : des explications prenant en compte le contexte global, des hypothèses plus osées, très critiques, donc risquant la controverse, mais argumentées. Plusieurs personnes m’ont dit avoir eu un véritable « déclic », avoir compris comment tout s’est mis en place aussi du point de vue socio-économique, historique et idéologique, et avec quelles conséquences essentielles pour la santé, mais aussi pour le modèle actuel de société, avec la médecine comme outil de contrôle social exerçant une correction en vue de la mise au pas et de l'extirpation de la différence. Alors je me dis que le risque – me voir reprocher moult fois la longueur – valait la peine. Selon les retours que j’ai eus, cette interprétation fait sens et contribue à la construction d'une explication théorique plus globale, un cadre logique de pensée dans lequel viennent s’inscrire les informations et les exemples concrets. 

Elena Pasca

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COMPTES-RENDUS DES SIX ATELIERS (par leurs modérateurs)

Atelier N°1: 27 avril matin : SURMEDICALISATION, MYTHE OU REALITE

Animation et compte-rendu par Jean-Claude SALOMON

Introduction - Jean-Claude SALOMON

Quelles hypothèses peuvent être explorées :

  • - La surmédicalisation est une tendance lourde associée au mouvement médical.
  • - La surmédicalisation fait progressivement obstacle au progrès médical et entrave le fonctionnement de l’action sanitaire et médicale.
  • - La surmédicalisation résulte de l’obligation de moyens plutôt que de l’obligation de résultats . Elle détourne les moyens de leurs fins.
  • - La surmédicalisation coexiste avec la sous-médicalisation et avec les inégalités de santé, sans parvenir à les réduire.

Quelles questions peuvent avoir des réponses :

  • - Quel rapport y a-t-il entre la surmédicalisation et la marchandisation de la santé?
  • - La démarcation entre le normal et le pathologique s’est-elle déplacée?
  • - La médicalisation des problèmes sociaux est-elle extensive ?
  • - Comment la surmédicalisation est-elle ressentie par les citoyens (bien portants ou malades), par les institutions, par les professionnels ?
  • - Quels dysfonctionnements provoque-t-elle ?
  • - Que peut-on mesurer avec méthode et rigueur?
  • - Quelles catégories professionnelles sont concernées : épidémiologistes, économistes, démographes, géographes etc. (IRDES, DRESS) ?
  • - Situation comparée entre pays et entre régions.
  • - La surmédicalisation est-elle un dysfonctionnement du système de santé ? Dans l’affirmative est-ce un dysfonctionnement systémique ?
  • - La surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements sont-ils seulement l’expression du consumérisme ordinaire commun à tous les pays industrialisés?
  • - Surmédicalisation et sous médicalisation : 2 faces de la même médaille ou expression des inégalités de santé ?

 

Sylvie FAINZANG - La surmédicalisation, entre médecins et malades : en mettant la surmédicalisation en perspective avec les réactions de résistance qu'elle engendre chez les patients et les diagnostics auxquels ces derniers se livrent dans le cadre de l'automédication, on montre que les individus ne sont pas les simples objets, passifs, de la surmédicalisation puisqu'ils peuvent y être réfractaires, ou au contraire en être les auteurs. Dans ces deux cas, la surmédicalisation va de pair avec une sous-médicalisation, par un effet de sélection des symptômes médicalisés.

Jacques BIRGE - La non prescription en médecine générale : enquête de pratiques chez les maîtres de stage et stagiaires Stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) lorrains

Hypothèse : Il existe une dispersion de pratiques en terme de prescription ou de non-prescription. Un nombre non négligeable de médecins s’abstienne de prescrire, quand cela ne met pas en cause la qualité des soins.

Méthode : Enquête de pratiques, prospective.

Résultats : Dispersion de non-prescription : 0 à 34 %.

Conclusion : Hypothèse validée, La non-prescription est une pratique réalisable et acceptée que l’ont peut promouvoir en France. Ceci vaut aussi bien pour les médicaments que pour les examens complémentaires.

Bernard DUPERRAY et Bernard JUNOD - Dépistage du cancer : le modèle de prévention contredit par les faits

La justification du dépistage procède d’un mythe : le modèle linéaire de l’histoire naturelle du cancer. La confiance des médecins dans la valeur pronostique de l’examen au microscope d’un prélèvement de lésions suspectes a renforcé la perception d’efficacité de la destruction des cancers diagnostiqués tôt. Morbidité et mortalité consécutives au dépistage de masse prouvent aujourd’hui que le surdiagnostic – confusion entre maladie cancéreuse et « cancer » qui n’aurait pas eu de conséquence sur la santé – a illusionné soignants et patients. Contrairement aux espoirs suscités par l’extension du dépistage organisé, l’incidence des cancers avancés ne recule pas. La frontière entre le normal et le pathologique est un thème de recherche beaucoup trop négligé en cancérologie mammaire.

Etienne ANTOINE - Surmédicalisation ou contre-productivité : un regard contemporain sur Ivan Illich

Ivan Illich commençait Némésis médicale, l’expropriation de la santé, par ces mots: «L’entreprise médicale menace la santé.»

Il analysait l’effet paradoxal de cette médecine en plein essor, qu’il divisait en trois formes de iatrogénèse: clinique, structurelle et sociale.

Nous nous demanderons si ce livre polémique publié en 1976 reste d’actualité. La surmédicalisation n’étant actuellement envisagée que sous son aspect de iatrogénèse clinique, il nous faudra donc nous interroger sur ses aspects structuraux et sociaux.

 Débat et synthèse de l’atelier

Il est clair que les hypothèses et les questions formulées en introduction n’ont pas de réponse après la présentation des communications. Elles ne pouvaient en avoir, sinon de façon partielle. En partant des expériences et des observations rapportées, il n’est possible par induction de parvenir à la vision générale de la surmédicalisation que de façon progressive, par accumulation de résultats. Cet atelier ne pouvait prétendre à plus. Toutefois il est important que l’exploration de ce phénomène ait été amorcée. En ce sens le but recherché a été atteint. Il semble vain de dénoncer le consumérisme des patients ou les prescriptions abusives des médecins si on n’est pas capable de mesurer ce que l’on explore. L’économie et la politique de santé ne peuvent être évacuées ou être fondées sur des affirmations ou sur de simples intuitions. Alors que la médecine tente de se rebâtir sur des preuves scientifiques (Evidence Based Medicine – EBM), l’économie et la politique de santé doivent se construire sur des preuves d’une autre nature, mais aussi rigoureuses, pour enlever la conviction et aider à prendre des décisions (Evidence Based Policy – EBP).

On conçoit que cette démarche soit entourée d’un bruit de fond qu’il faut méthodiquement atténué.

Bien d’autres questions devront être l’objet des études pour les années à venir.

  • - La surmédicalisation peut elle être une réponse adaptative ?
  • - La prévention quaternaire permet-elle de réduire la surmédicalisation ?
  • - L’orientation vers les actes, les examens et les produits essentiels est-elle illusoire ?
  • - quels sont les avantages et les inconvénients des normes de médicalisation et de bonnes pratiques
  • - La «règle ou la norme» doivent-elles résulter de démarches simultanées  du terrain vers la conceptualisation (bottom up) et l’inverse (top down).
  • - Si la surmédicalisation est bien réelle; ses déterminants peuvent-ils être mieux analysés ?
  • - Dans l’affirmative sont-ils accessibles à l’action sanitaire et sociale?

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Atelier 2 : CAUSES ET SOURCES DE SURMEDICALISATION, vendredi 27 avril 2012, (9H30- 12H00), avec une cinquantaine de participants

Modération et compte-rendu: Elena Pasca

Contributions (par ordre de prise de parole) :

  • Elena PASCA : La surmédicalisation, conséquence du dévoiement de la fonction sociale de la médecine
  • Pierre-Guillaume PARIS: La santé, catégorie normative qui façonne les subjectivités
  • Luc PERINO : Surmédicalisation : un dysfonctionnement systémique habilement exploité
  • Laurent LETRILLIART, Denis POUCHAIN: Troubles cognitifs légers: une zone grise à risque de surmédicalisation
  • Monique DEBAUCHE: Les médicaments psychiatriques : modes et tendances
  • Edwige LE MOUEL, Olivier DECAUX, Antoinette PERLAT, Patrick JEGO, Bernard  GROSBOIS: Incidentalomes biologiques : étude prospective en consultation de médecine interne

Dans l’introduction, Elena PASCA (philosophe) a insisté sur la nécessité d’une catégorisation et d’une analyse globale du contexte, des causes, des formes et des conséquences de la surmédicalisation. Elle a exposé et exemplifié quelques catégories.

Dans son intervention sur le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, elle a évoqué certains apports des sciences sociales permettant de comprendre les changements à tous les niveaux – droit, idéologie, économie, psychologie sociale et mentalités… - qui sont soit les prémisses, soit les conséquences de la surmédicalisation.

Ces changements systémiques ou ponctuels ont permis la reproduction du complexe médico-industriel au prix d’adaptations minimes ; ils ont rendu possible l’instrumentalisation de la médecine, puis le dévoiement de sa fonction sociale vers des rôles illégitimes où elle transforme des bien-portants en malades pour élargir le marché de l’industrie pharmaceutique, à l’aide de techniques de persuasion, de marketing et de disease mongering, sous des prétextes paraissant scientifiquement fondés tels que la prévention, réduite à la médicamentation. Cette médecine préventive se double d’une médecine prédictive aux fondements douteux (le tout génétique…) et d’une médecine prescriptive (au sens prétendument éthique : le médecin édicte des préceptes comportementaux pour des individus et des populations, à travers des politiques hygiénistes et des normes médicales qui deviennent des normes sociales de mise au pas).

Il y a danger d’une dérive irréversible vers une médecine outil de contrôle social imperceptible mais omniprésent, une médecine gardienne de l’ordre établi (voir la réforme de la psychiatrie...) et instrument d’ingénierie sociale aux mains d’une biopolitique qui uniformise les individus, les normalise selon des standards arbitraires et extirpe la différence. Les auteurs de l’Ecole de Francfort – largement cités – ont mis en garde contre ce nivellement et contre l’exclusion des différents (ceux qui n’acceptent pas la « correction » par le « traitement » médico-pharmacologique). Il est socialement valorisé de se dire malade – dépressif, bipolaire, hyperactif… -, mais disqualification et stigmatisation sociales guettent si l’on ne s’ajuste pas aux rôles socio-économiques, si l’on est différent, critique, marginal, inadapté au système et à son marché du travail. C’est soit l’identification à une case selon les normes néolibérales, soit un diagnostic de « trouble » selon le DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux). La diversité humaine (psychodiversité…) risque de disparaître au profit d’individus devenus permutables, interchangeables, façonnés selon les mêmes standards biologiques, morphologiques et psychiques.

Sous l’influence d’un marketing pharmaceutique décuplé depuis l’avènement de la psychopharmacologie et de l’individualisme néolibéral qui accentue les droits subjectifs et défensifs, les individus revendiquent un droit à la santé conçue comme un vague bien-être (cf. définition de l'OMS). La « correction » médico-pharmaceutique qu’ils reçoivent annihile le potentiel de subjectivité réflexive et délibérative qui nous sortirait du cercle vicieux entre notre consumérisme et l’offre médicale qui crée la demande.

Il faut rendre cela conscient à l’aide de concepts critiques et porter le débat dans l’espace public politique, afin qu’un mouvement citoyen empêche le complexe médico-industriel d’achever la mutation anthropologique (K. Applbaum) et l’état de biopouvoir quasi-totalitaire anticipé par Foucault et d’autres.

Si la médecine peut jouer un tel rôle, c’est que la santé est une catégorie normative en fonction de laquelle se construit la subjectivité et le rapport à soi. Pierre-Guillaume PARIS, philosophe de la santé, l’a montré par des exemples tirés du domaine des cancers – publicités et préceptes édictés à diverses époques -, qui illustrent l’évolution des représentations de la relation médecin/patient et des façons de concevoir la médecine. L’on comprend comment se forment historiquement les attentes des médecins, et notamment l’homo medicus : un patient idéal, qui serait capable d’objectivation et surtout de compliance, donc d’observance non critique des prescriptions. L’on comprend aussi comment se construisent les représentations de soi des usagers en tant que patients et au-delà, dans leur subjectivité, puisque le savoir médical joue un rôle de médiation dans cette construction. Le corps du patient tend à devenir un objet de la médecine, son autocompréhension et ses conduites étant en rapport avec les attentes des médecins et les médiations de ce type.

Cette construction est déterminée par le contexte économique et historique : celui d’une gouvernementalité et d’une rationalité libérales, avec toutes les conséquences sociales, sociétales et idéologiques. La médecine, qui paraît être transparente et dire la réalité telle qu’elle est, est un outil parfait. Ces dehors scientifiques appuient la demande implicite faite aux patients : entrer dans le monde tel qu’il est circonscrit par la médecine, regarder leurs corps comme des objets cliniques, se battre et « positiver », agir en « entrepreneur de soi », bref, se soumettre aux exigences et aux outils d’une médecine entrée en hybridation avec le management, la psychologie, la publicité, comme on peut le voir avec la psycho-neuro-immunologie, par exemple…

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05/06/2012

"Santé, jusqu’où irons-nous?" Entrevue virtuelle avec Oscar Grosjean

NdlR : Pierre BIRON est professeur honoraire de pharmacologie à l’Université de Oscar Grosjean,pierre biron,surmédicalisation disease mongering,dépistage cancer surmédicalisation,prévention abus de prévention dépistage,sécurité sociale danger privatisation,disease mongering cholestérol ostéoporose hypertension,médecine générale rémunération qualité,elena pasca surmédicalisation,aide à l'observance,influence pharmaceutique médicalisation,surmédicalisation soins inutiles,sous-médicalisation pauvreté accès aux soins,acharnement thérapeutique,procréation médicalement assistée risquesMontréal, auteur et co-auteur de nombreux articles et d’un Alterdictionnaire médico-pharmaceutique anglais-français, critique et évolutif. J’ai fait une présentation détaillée de l’auteur, qui a publié plusieurs articles sur Pharmacritique, à la fin de son texte sur la « complicité médico-pharmaceutique [qui] dévoie le savoir médical ».

Ici, Pierre Biron nous présente le livre d’Oscar GROSJEAN, Santé, jusqu’où irons-nous? Fabriquer des patients pour tuer la Sécu. Charleroi, Couleur livres, 2005, 120 pages, 13 euros.

Selon la présentation de l’éditeur, Oscar Grosjean est « chirurgien, maître de stage et diplômé en criminologie. Collaborateur de l’Université de Liège, il a poursuivi des travaux de recherche particulièrement en transplantation. Responsable du service de chirurgie à la Faculté de médecine du Rwanda de 68 à 71, il a aussi effectué une dizaine de missions chirurgicales en Afrique et au Proche-Orient ». L’introduction au livre, faite par l’éditeur, est sur cette page du site qui contient aussi les illustrations. [Elena Pasca]

 

« Santé, jusqu’où irons-nous? » Entrevue virtuelle avec Oscar Grosjean 

Par le Pr Pierre BIRON

Un ouvrage décapant qui décrit les choses telles qu’elles sont devenues en matière de santé et de médecine. Un ouvrage sur la médecine d’aujourd’hui, « débordant de constatations surprenantes et de questions impertinentes », comme de savoir si les examens et soins proposés aujourd’hui, de plus en plus nombreux et coûteux, sont utiles à notre santé. Son regard critique nous rappelle celui des Américains Nortin Hadler (Malades d’inquiétude ?) et Gilbert Welch (Dois-je me faire tester pour le cancer ?), tous deux traduits par Fernand Turcotte, aux Presses de l’Université Laval (Québec, CA).

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21/05/2012

La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins. Communiqué de presse

Voici le communiqué de presse des organisateurs du colloque « Surmédicalisation, colloque surmédicalisation logo.jpgsurdiagnostics, surtraitements » (présentation et programme détaillé sur cette page), à savoir

  • le groupe d’études Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas),
  • la SFTG (Société de Formation Thérapeutique du Généraliste) et
  • le Département de Médecine générale de la Faculté de médecine de Bobigny

Nous avons préféré envoyer ce communiqué après l’élection présidentielle qui a focalisé toute l’attention.

Evidemment, la richesse des échanges durant ces deux journées et les nombreuses idées pour les suites à donner ne sauraient être évoquées dans une forme aussi succincte… Nous restons à la disposition de tous ceux qui souhaitent en savoir plus et de tous ceux, que nous espérons de plus en plus nombreux, qui souhaitent se joindre au « mouvement d’idées » qui résulte de ce colloque. Mouvement auquel nous allons donner une traduction pratique dans les semaines et les mois à venir, afin de contribuer à une prise de conscience des professionnels de santé, des media, ainsi que de l’ensemble des citoyens quant aux causes, aux formes et aux conséquences d’une surmédicalisation omniprésente et la plupart du temps inconsciente; surtout les risques ne sont pas perçus comme tels, puisqu'elle se présente sous les dehors respectables de la prévention, comme le reflet d'une politique de santé publique mise en place - pensent les citoyens - selon des critères rigoureux et évalués...

Les citoyens doivent avoir les outils théoriques nécessaires pour comprendre ce qu'ils risquent - car toute prescription inutile induit un risque inutile -, ce pour quoi ils paient, dans tous les sens du terme, pour savoir qu'ils n'ont pas toute l'information ou sont désinformés sur l'intérêt pour leur santé de ces bilans annuels - qui trouvent des anomalies (incidentalomes) sans aucune signification pathologique - et de ces dépistages organisés de tel ou tel cancer... 

Les citoyens doivent comprendre quels sont les rouages systémiques qui empêchent le changement et assurent la reproduction d'un système qui ne profite pas à la santé individuelle et publique, mais aux intérêts de ceux qui vivent de cette surmédicalisation, de la mise en place des dépistages qui, tels des loteries, mènent aux cercles vicieux de surdiagnostics et de surtraitements, où les rares "gagnants" ne doivent pas faire oublier que l'immense majorité perd au change. Combien de centaines et de milliers de "dégâts collatéraux" (pensons au number needed to harm...) sont "acceptables" pour qu'une seule femme en tire un bénéfice? Une seule sur les 2.000 subissant des mammographies régulières de dépistage pendant 10 ans...

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20/05/2012

"La médicalisation de la santé et du mal-être" (III): "Les malades sans maladie". Par le Pr Claude Béraud

NdR : La première partie du texte de Claude Béraud est sur cette page, avec une introduction dans laquelle j’ai présenté l’auteur en donnant des liens pour approfondir et ai fait une présentation d’ensemble de ce texte de 60 pages et de sa structure. La deuxième partie, contenant une analyse critique de la médecine préventive et des exemples, est sur cette page.

Voici la troisième (et dernière) partie du texte de Claude Béraud, à lire en continuité avec les deux autres, sans oublier les notes et références, qui contiennent des apports explicatifs utiles. Je suis contente que ce texte sur la médicalisation de la vie – et sur la surmédicalisation – paraisse sur Pharmacritique et ai fait la relecture et l’édition avec plaisir.

Parce que, outre l’estime que j’ai pour le Pr Claude Béraud, devenu une figure surmoïque pour moi, la présence d’un tel texte sur le blog d’un citoyen lambda est exemplaire (de même que la présence des textes des autres auteurs invités). 

Il est crucial de sortir de l’entre-soi des « sachants » et des revues médicales réservées aux abonnés ; il est essentiel que professionnels de santé et usagers se parlent, se respectent, s’entraident, participent à la relecture réciproque, se « mélangent » sur divers supports où l’information est en libre accès. La santé ne doit plus être la chasse gardée des professionnels ; en République, il n’existe aucune forteresse (ordres, corporations...) qui échapperait aux capacités décisionnaires des citoyens, capacités juridiques potentielles qui doivent s’exercer en pratique, mais en connaissance de cause. Il faut donc apporter des informations et des catégories explicatives grâce auxquelles les citoyens comprennent ce qu’ils risquent et ce pour quoi ils paient – dans tous les sens du terme. Cela leur permettrait de ne plus faire le jeu de ceux qui ont intérêt à ce que la logique marchande du système actuel se reproduise et finisse par démolir notre système solidaire de soins à cause de l’excès d’actes médicaux inutiles – et donc dangereux, puisque toute prescription inutile expose à des risques inutiles. Les citoyens doivent se faire entendre pour remettre en question toutes les conventions – en médecine libérale ou ailleurs -, tous les ordres et les pratiques déraisonnables ; ils doivent exiger que les prescriptions et les actes médicaux soient évalués en fonction de leur pertinence et de la qualité des résultats, en fonction des critères d’une médecine raisonnée et d’un usage rationnel des moyens (médicamenteux et autres). Les premiers de ces critères sont le rapport bénéfice/risques, le rapport coût/efficacité, l’efficience

Cette sortie de l’entre-soi de quelques convaincus, l’urgence à casser le monopole de l’information médicale, à comprendre les causes, les formes et les conséquences de la surmédicalisation, à porter l’information dans l’espace public pour trouver les façons de contrecarrer ces manifestations à tous les niveaux du système de recherche, de formation et d’information médicales comme au niveau de la pratique médicale et des mentalités et demandes des patients – tout cela fait partie des messages que j’ai essayé de faire passer lors du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny (introduction, détails et programme sur cette page).

Lors de la dernière plénière, j’ai rappelé par ailleurs que bon nombre des constats faits par les contributeurs et par les intervenants avaient déjà été faits par le Pr Claude Béraud dès les années 1970 (et que les représailles ont été très dures, surtout de la part des syndicats des médecins…) Je pense à ses livres, à la série d’articles parus dans Le Monde à partir de janvier 1970, au « Rapport Béraud : La non qualité médicale et économique du système de soins » de 1992, etc. (voir la présentation dans cette note et sur son blog).

Alors je repose la question: pourquoi le système ne change pas, malgré les alertes répétées ? Quels sont les blocages systémiques ? Et je suis entièrement d’accord avec les réponses apportées par le Pr Béraud – comme avec tous ses constats, dont beaucoup ont été déjà évoqués dans ces pages et lors du colloque. Faisons tous en sorte que ce ce début de convergence de multiples voix critiques - que nous espérons traduire dans un mouvement lancé à la suite du colloque – ait une audience de plus en plus large et contribue à une prise de conscience sans laquelle il ne peut y avoir de changement profond des pratiques, des mentalités et des structures systémiques. Le texte de Claude Béraud peut être lu comme une contribution au mouvement d'idées autour de ce colloque.

Elena Pasca

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La médicalisation de la santé et du mal-être [suite et fin]

Par le Pr Claude BERAUD

 

LES MALADES SANS MALADIE

 

Ces sujets  souffrent d’un ou de plusieurs symptômes dont les caractéristiques et l’évolution n’évoquent pas pour leurs médecins une pathologie à laquelle ils pourraient donner un nom.  Les troubles digestifs, respiratoires, cardiaques, neurologiques, articulaires, sexuels que décrivent ces malades ne ressemblent pas à ceux décrits dans les maladies classiques qui sont en rapport avec une lésion corporelle ou une maladie psychiatrique. Ces malaises  peuvent être liés à des dysfonctionnements des systèmes physiologiques et sont en relation de cause à effet  avec les difficultés, les contraintes, les stress de la vie quotidienne. [50]

Si les  médecins  ne donnent pas suffisamment la parole à ces patients et ne prennent pas le temps d’entendre leurs souffrances, qu’ils expriment parfois avec embarras et toujours avec discrétion, ils ne peuvent prendre conscience de leurs difficultés sociales, économiques, familiales, affectives ou professionnelles. Les malades inquiétés par des symptômes dont ils ignorent la cause (car ils ne rattachent habituellement pas leurs troubles somatiques à leurs difficultés existentielles) consultent, soit spontanément, soit à la demande de leur entourage, afin qu’un médecin pose un diagnostic et découvre une maladie qui donnerait un sens, une signification, à leurs malaises et permettrait un traitement.

 

Les réponses  de la majorité des médecins et des professionnels des soins

Trois stratégies sont disponibles pour répondre à la demande de ces malades sans maladie évidente ; toutes ont le même objectif final : nommer une maladie.

1° Rechercher avec obstination une maladie pour proposer à un malade un diagnostic et un traitement ;

2° Inventer une nouvelle maladie ;

3° Modifier la définition d’une maladie connue afin de réduire le nombre de ceux qui n’ont pas de maladie en multipliant le nombre des malades. 

La première est une règle des pratiques médicales, enseignée dans toutes les universités et que les médecins mettent en œuvre chacun à sa manière ; les deux suivantes, nées d’une étroite collaboration entre les universitaires et les industriels, permettent aux médecins de répondre aux questions des patients concernant l’origine ou la cause de leurs  malaises.

 

Première stratégie : La recherche d’une maladie

Devant des symptômes qui n’évoquent pas une maladie, les professionnels des soins ont appris,  durant leurs études hospitalières et universitaires, que leur fonction première était de rechercher une pathologie cachée, en prescrivant des examens biologiques et d’imagerie médicale qui, de plus en plus souvent, en raison de leur sensibilité constamment améliorée, c'est-à-dire de leur capacité à découvrir des anomalies dans une population, fournissent des chiffres et des images  de plus en plus difficiles à  interpréter et dont on ne peut dire s’ils sont ou non pathologiques. Cette incertitude conduit à la répétition de ces examens et à la multiplication des consultations auprès des spécialistes.

Utiliser tous les moyens disponibles pour poser un diagnostic est à la fois : une coutume enseignée dans les universités médicales et un souhait formulé par les patients qui ne refusent qu’exceptionnellement  les explorations biologiques ou radiologiques proposées - et parfois  les réclament. Ces pratiques peuvent aussi entrer dans le cadre d’un mode d’exercice appelé « médecine défensive », [51] définie comme un moyen pour les médecins d’éviter une plainte des patients dans le cas où se développerait ultérieurement une pathologie qui n’aurait pas été détectée en raison de l’absence d’examens complémentaires. Cette pratique qui devient fréquente explique la croissance alarmante des irradiations subies par les malades en raison d’une multiplication des examens radiologiques sans rapport avec l’état de santé de la population. [52]

A la fin de ce long parcours, deux situations peuvent être observées : tantôt les médecins ne trouvent aucune lésion, aucune anomalie et renvoient chez eux, avec quelques médicaments,  ces patients qui, selon eux, n’ont rien, mais qui souffrent et feront plus ou moins rapidement appel à d’autres spécialistes ou aux médecines alternatives.

Cette première situation devient moins fréquente qu’autrefois, car en raison des progrès réalisés dans le domaine de l’imagerie médicale, une pathologie qui n’est pas responsable des symptômes dont se plaignait le patient - et qui ont d’ailleurs disparu parfois au fil des jours - est décelée. Une fois découverte, cette pathologie sera traitée aussi souvent que possible: toujours par des médicaments et parfois chirurgicalement. En l’absence d’un traitement permettant la guérison, une surveillance régulière sera proposée.

Médecins et malades se réjouiront de la découverte, à grands frais et à force d’obstination, d’une maladie à laquelle ils peuvent donner un nom, mais qui est fréquemment sans relation avec les symptômes qui ont conduit à sa découverte.

Un exemple de cette démarche chez un patient se plaignant de troubles digestifs est la réalisation, sans indication scientifiquement justifiée, d’une échographie abdominale qui révèle une lithiase biliaire (présence de calculs dans la vésicule biliaire) parfaitement silencieuse, mais qui sera considérée comme la cause des troubles digestifs dont se plaint le patient.

Cette découverte conduit souvent à une exérèse de la vésicule biliaire (cholécystectomie). En réalité, cette lithiase n’est pas la cause des symptômes ressentis par le patient ; mais le simple fait d’avoir attribué une cause aux symptômes les améliore ou les fait disparaître. Après une cholécystectomie, l’effet placebo, ou plus simplement la disparition des causes inconnues qui pouvaient expliquer les troubles digestifs initiaux, rendent compte de l’amélioration temporaire habituellement constatée.

Très souvent, les mêmes causes (psychologiques, sociales, économiques, familiales) et les mêmes stress reproduisant les mêmes effets, les symptômes réapparaîtront, une nouvelle recherche diagnostique sera entreprise et, après de nombreux examens, une autre maladie sans lien évident avec les plaintes du sujet sera découverte et traitée. [53]


Une conséquence de cette stratégie : l’effet « Cascade » [54]

Pour la majorité des professionnels des soins, les nouvelles technologies constituent toujours un progrès. Elles sont adoptées avant même d’avoir démontré leur efficacité et fait la preuve de leur utilité. Les industriels qui ont obtenu facilement une autorisation de les commercialiser vantent leurs qualités et les améliorations qu’elles apportent aux diagnostics et aux traitements.

L’une des conséquences de ces croyances médicales et des pressions exercées par les fabricants sur les acheteurs - médecins libéraux, directeurs d’établissements hospitaliers… - est la banalisation de ces techniques, la multiplication des examens et la plus grande fréquence de l’effet « cascade ».

Un médecin inquiet ou cédant à la demande d’un patient prescrit une série d’examens et soit  découvre des « incidentalomes », c'est-à-dire des petites  tumeurs souvent d’origine endocrinienne, qui n’entraînent et n’entraîneront jamais le moindre trouble ; soit est abusé par des examens faussement positifs, c'est-à-dire des examens dont les résultats sont erronés. Pour  confirmer ou infirmer ces anomalies, d’autres examens complémentaires sont demandés, des traitements proposés, pour traiter les bizarreries découvertes par ces examens.

La fréquence de ces faits est très élevée pour des raisons mathématiques.

Statistiquement, 5% des résultats biologiques sont anormaux. Comme habituellement, notamment lors des bilans de santé, plusieurs examens sont demandés simultanément, il devient statistiquement fréquent que l’un d’eux soit «anormal ». Pour un dosage biologique,  cette probabilité est de 5 %, pour 6 de 26%, et pour 12 de 46%. 

Le risque de faux positifs lors des dépistages des cancers est très élevé. Après 14 dépistages de 4 cancers (soit 8 années, si les dépistages ont lieu tous les deux ans), le pourcentage cumulé de faux positifs est de 68% chez les hommes et de 40% chez les femmes. [55] Les risques de ces examens pour 29% hommes et 22% des femmes sont la prescription d’examens invasifs, par exemple, des biopsies ou des interventions chirurgicales. Les autres effets « cascade » de la réalisation de ces examens inutiles sont les accidents dont ils sont responsables et les coûts financiers.

La confiance et la foi de la population et des médecins dans les nouvelles technologies expliquent la multiplication des effets indésirables liés à la réalisation d’examens inutiles.

Deux exemples peuvent être cités : la réalisation pour des douleurs dorsales ou lombaires d’examens radiologique, notamment de scanners ou d’imagerie en résonance magnétique (IRM), qui avec une très grande fréquence révèlent diverses anomalies vertébrales et conduisent souvent à des interventions chirurgicales plus dangereuses qu’utiles [56] ; la prescription chez des coronariens asymptomatiques et en bonne santé subjective, avec un traitement médical bien conduit, d’une coronarographie dont les résultats conduiront à des interventions comportant des risques immédiats non négligeables, sans garantir l’avenir. [57]

Pour éviter ces risques de l’effet cascade, deux conditions sont requises.

La continuité des soins : Si un malade change souvent de médecins, et notamment de spécialistes, il est, en l’absence d’un dossier médical partagé, inévitable que soient dupliqués des examens avec tous les risques liés à leur réalisation.

Les risques seraient également réduits si les médecins disposaient du temps nécessaire pour prendre soin des malades et les informer sur les bénéfices et les  risques des explorations qu’ils demandent et si les nouvelles techniques étaient mieux évaluées.

 

Seconde stratégie : L’invention d’une maladie.

Dans le domaine des affections digestives, l’invention d’une maladie fut d’une incroyable fréquence dans les décennies 60-70, durant lesquelles on comptait par exemple chaque année en France plus de 200.000 interventions chirurgicales pour « appendicite chronique ».

Des douleurs abdominales passagères qui duraient quelques heures, sans fièvre ni vomissements, mais qui réapparaissaient plusieurs fois par ans chez des enfants ou des adolescents, souvent à l’occasion d’un examen ou d’un contrôle scolaire, caractérisaient cette pathologie. L’intervention pour cette affection chronique était  effectuée ‘à froid’, de préférence durant les vacances, afin d’éviter une interruption scolaire. Personne n’a jamais fait la preuve de la réalité de cette maladie, qui était à l’origine des trois quarts des appendicectomies. A cette époque, on comptait en France 250.000 appendicectomies par an, alors qu’en Grande Bretagne, 60.000 étaient réalisées pour une appendicite aigue. Les suites chirurgicales  étaient habituellement favorables. Durant quelques mois ou années les douleurs disparaissaient, mais réapparaissaient plus tard. On parlait alors volontiers de « colite spasmodique » ou de « côlon irritable », autres maladies inventées par les  spécialistes des maladies digestives.

Rappelons-nous aussi « les crises de foie », la petite insuffisance hépatique et les cholécystites chroniques pour le traitement desquelles des dizaines de médicaments sans aucune efficacité démontrée furent commercialisées, prescrits pour une maladie fictive et longtemps remboursés par l’assurance maladie. Pour tous ces troubles digestifs, des dizaines de milliers de Français suivirent et suivent encore, durant des années, des cures thermales. Ainsi, l’invention de ces maladies du foie contribua au développement du thermalisme, dont l’efficacité psychologique était d’autant plus remarquable que  les cures dans des villes agréables étaient partiellement prises en charge par l’assurance maladie.  

C’est dans la France des années 70 que fut inventée la spasmophilie. Cette maladie atteignit des centaines de milliers de jeunes femmes, fut traitée par des millions de prescriptions de sels de magnésium, suscita la rédaction de dizaines de livres et de milliers d’articles dans les magazines. Inventée par des universitaires pour expliquer une multitude de troubles considérés au début du siècle comme de nature hystérique, elle a disparu depuis une dizaine d’années.

Aujourd’hui, c’est dans le domaine psychiatrique que sont inventées des maladies, à la fois pour mettre un nom sur des symptômes et pour faciliter la vente de nombreux médicaments.

La tristesse était un sentiment répandu qui a disparu, car il a été remplacé par le diagnostic d’état dépressif, qui justifie durant des semaines ou des mois la prescription de médicaments antidépresseurs, dont on sait pourtant par de multiples expérimentations qu’ils n’ont aucun effet pharmacologique favorable chez ces sujets qui sont tristes parce qu’atteints par les vicissitudes de la vie. Au contraire, ces médicaments les exposent probablement à des risques de suicide, non pour des raisons pharmacologiques, mais parce qu’en remplaçant par des médicaments le soutien humain - seule thérapeutique efficace -, en complément du temps dont ils ont besoin pour surmonter les aléas de la vie, ces prescriptions aggravent la souffrance de ces patients.

Eprouver une difficulté à partager une activité communautaire ou familiale pouvait passer autrefois pour de la timidité ; aujourd‘hui, le diagnostic est celui d’anxiété sociale, nouvelle affection inscrite au catalogue des maladies, qui conduit naturellement à la prescription d’anxiolytiques.

Au milieu de la décennie 1980, des dizaines de milliers de cas d’une affection intitulée « Troubles de la personnalité multiple »  fut inventée par les psychiatres américains pour expliquer les propos de certains patients. En 1994, en raison des doutes sur la véracité des discours des psychiatres et des patients, cette catégorie de troubles fut supprimée du manuel DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Troisième stratégie : Redéfinir une maladie

Aux médecins qui cherchent à répondre à la demande des patients, les experts et les universitaires apportent des solutions en modifiant la définition des maladies.

De nombreuses affections telles que l’hypertension artérielle, le diabète, l’excès de poids, l’hypercholestérolémie… sont définies par des chiffres. Les valeurs de ces chiffres qui permettent de distinguer les sujets dits sains de ceux qui sont considérés comme des malades, justiciables de traitements, sont fixées par des comités d’experts ou par l’OMS et sont périodiquement réévalués. Il suffit de modifier ces valeurs pour augmenter ou diminuer de plusieurs centaines de millions le nombre des malades. En pratique, les valeurs dites normales sont modifiées pour accroître le nombre des malades.

Plusieurs exemples illustrent cette pratique. Abaisser les chiffres normaux de la pression artérielle en inventant la « préhypertension » (120 à 139 mm Hg) accroît de 70 millions le nombre des Américains hypertendus, conduit à multiplier les prescriptions médicamenteuses et leurs risques sans améliorer la santé. [58] La diminution progressive, au fil des décennies, des chiffres normaux de la glycémie et du cholestérol a multiplié le nombre des diabétiques et surtout celui des sujets auxquels sont prescrits des hypolipémiants.

A cette pratique déjà ancienne, des sophistications peuvent être ajoutées ; c’est ainsi que la découverte, grâce à un dosage biologique (CRP : Protéine C Réactive ultra sensible), d’un syndrome inflammatoire totalement asymptomatique chez des sujets dont le cholestérol est dans les limites de la normale conduit à conseiller un traitement par des statines afin de réduire le nombre des accidents cardiovasculaires.

Autre affection inventée récemment, liée à une manipulation des chiffres et de plus en plus fréquente, c’est l’embonpoint, défini par un indice de masse corporelle un peu élevé. Si l’obésité est effectivement un état qui peut être considérée non comme une maladie, mais comme un facteur de risque associé à certaines affections cardiovasculaires ou articulaires, un excès léger de poids ne justifie pas les avertissements sévères des médecins et les régimes conseillés. Le risque lié à un excès modéré de poids varie avec les facteurs associés tel le tabagisme et l’activité physique. [59] Ce risque, s’il existe, est faible. Aucune étude n’a démontré qu’un traitement diététique approprié réduisait la mortalité des sujets. Chez les personnes  âgées de plus de 70 ans, l’embonpoint pourrait d’ailleurs être associé à une réduction de la mortalité. [60]

Au total, ces attitudes médicales conduisent à fabriquer des malades afin de réduire le pourcentage des demandeurs de soin qui, en quittant le cabinet médical n’auraient pas de maladie et donc pas de traitement.


COMMENT EXPLIQUER CES COMPORTEMENTS DES PATIENTS ET DES MEDECINS

Du coté des médecins, trois raisons

Les lacunes évidentes de leur formation

Ces lacunes portent sur l’absence, lors de leur formation initiale puis permanente, d’un enseignement théorique et pratique concernant les problèmes d’efficacité et d’efficience posés par la prévention et la conduite à tenir chez les patients qui  se plaignent de malaises divers mais ne sont pas atteints d’une maladie.

L’approche de ces patients est infiniment plus difficile que celle des sujets atteints d’une maladie caractérisée. Elle est en outre mal connue et n’est pas décrite dans les documents pédagogiques ou les recommandations scientifiques qui sont proposées aux étudiants, pour deux raisons.

  • La première : les universitaires ne sont pas intéressés par ces patients et les étudiants en médecine ne sont pas en contact avec eux. Durant leurs stages hospitaliers, les étudiants en médecine sont en relation avec des patients qui souffrent d’une pathologie grave ou bénigne, aigue ou chronique, mais parfaitement définie. Il est exceptionnel qu’ils rencontrent les malades souffrant de malaises divers mais exempts de maladie, qui plus tard hanteront leur cabinet en médecine libérale ou leurs consultations hospitalières.
  • La seconde : à l’université comme à l’hôpital les enseignants vont durant des années répétant « Des symptômes en apparence banaux peuvent cacher une maladie que vous devez découvrir ». « Vous devez toujours faire un diagnostic de maladie ».

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19/05/2012

La médicalisation de la santé et du mal-être (II). Par le Pr Claude Béraud

NdR : La première partie de ce texte est parue sur cette page, qui contient aussi une introduction présentant l’auteur et l’ensemble du texte. Merci de la lire d’abord, car ceci est la suite. Merci de lire attentivement les notes et références, car beaucoup d’entre elles contiennent des explications détaillées des aspects abordés dans le texte. La troisième (et dernière) partie du texte est sur cette page.

 

La médicalisation de la santé et du mal-être [Suite]

Par le Pr Claude Béraud

 

L’utilité de la prévention médicale justifie une analyse critique

Lorsqu’un sujet de plus de cinquante ans - en parfaite santé apparente, dont l’alimentation est équilibrée, qui ne fume pas, boit modérément de l’alcool (donc réduit de 30% le risque de mourir d’une pathologie cardiaque sans accroître les risques de mourir d’une autre cause) et exerce régulièrement une activité physique - entre dans le système de soins, le risque d’en sortir  malade est probablement supérieur aux bénéfices qu’il escompte de sa démarche.

Les risques des examens systématiques

Les examens qui ne sont pas décidés sur des critères cliniques et sur la connaissance de l’histoire du sujet n’apportent qu’exceptionnellement des informations utiles à la conduite diagnostique ou thérapeutique.

 

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18/05/2012

La médicalisation de la santé et du mal-être (I). Par le Pr Claude Béraud

Contact: beraud-claude@wanadoo.fr

NdR: Voici la première partie de ce texte qui fait 60 pages en tout. La deuxième partie est sur cette page; la troisième est sur celle-ci.

Ce texte à la fois synthétique et détaillé traduit une réflexion critique sans aucun compromis, sans aucune faiblesse corporatiste ou autre, car le Pr Claude BERAUD a toujours agi et écrit en fonction de principes moraux qui n'admettent aucune concession issue de considérations et/ou de motivations empiriques. A noter aussi une richesse bibliographique rare, et j'invite les lecteurs à lire très attentivement les notes et références, tout aussi importantes que ce qui les précède. 

Le texte est structuré en deux parties: une première est consacrée aux "sujets en bonne santé", c'est-à-dire à la médicalisation des bien-portants (et surmédicalisation, puisque ce sont des actes inutiles). Le consumérisme des patients et l'offre médicale qui crée la demande sont les deux versants du même phénomène, qui se nourrissent l'un l'autre, dans un cercle vicieux infini. Cette surmédicalisation n'est pas perçue comme telle, parce qu'elle se fait sous prétexte de prévention: dépistages organisés de cancers, certaines vaccinations inutiles, bilans réguliers qui trouveront souvent des incidentalomes, donc des anomalies sans aucune traduction clinique... Mais le terme "prévention" a une signification déformée, conséquence du dévoiement de la fonction sociale de la médecine que j'ai souvent dénoncé sur Pharmacritique et ailleurs.

La deuxième partie est consacrée à la médicalisation et surmédicalisation des "malades sans maladie", ceux sui souffrent tout en étant "objectivement" en bonne santé, du moins selon les critères et les connaissances actuelles de la médecine et son domaine de compétences. On a là l'expression du même dévoiement de la fonction sociale de la médecine, dont l'intervention n'est pas légitime dans de tels cas non plus. Car les maux et les souffrances de ces personnes - que Claude Béraud ne veut aucunement nier - ne devraient pas relever de la médecine. Mais ces personnes sont quasiment toujours "médicalisées", d'une part à cause de la façon des médecins de concevoir la médecine, d'autre part parce qu'elles constituent un réservoir supplémentaire de consommateurs, permettant d'étendre de plus en plus le marché médico-pharmaceutique. 

Je conseille vivement les autres textes de Claude Béraud parus sur Pharmacritique, en particulier "Qualité de la relation médecin/patient et décision médicale" et "Menaces sur l'assurance-maladie : entre fictions et réalités". Une présentation détaillée de l'auteur - ses combats et alertes à propos des diverses formes de surmédicalisation et des défauts de notre pseudo-système de santé - figure au début de son article sur le ghostwriting. Je conseille vivement ses livres: "Le Foie des Français" (1983), "Petite encyclopédie critique du médicament" (2002), "Les Médicament sans tabou. Pièges, mensonges et vérités" (2005). Parmi ses nombreux autres écrits, je conseille d'abord le rapport qu'il a rédigé en sa qualité de médecin conseil national de la Sécurité sociale, paru en 1992 dans le Concours médical sous le titre "Le Rapport Béraud. La non qualité médicale et économique du système de soins". Il lui a valu des dizaines de plaintes et quatre procès de la part des syndicats médicaux...

Une autre introduction, qui revient sur certaines de ses nombreuses fonctions et activités, figure sur son blog, qui contient des articles toujours actuels.

Le format blog ne permettant pas les textes longs, je dois couper le texte en trois parties et trouver les moyens d'éclater les cadres techniques; chaque partie sera publiée avec ses notes, refaites manuellement, et avec les liens vers les autres parties. 

Elena Pasca

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La médicalisation de la santé et du mal-être (I)

Par le Pr Claude BERAUD


Pour conserver, entretenir, développer leur capital santé, des centaines de milliers de Français   consultent chaque jour des médecins dans le secteur libéral ou à l’hôpital. [1] Les uns sont en parfaite santé, d’autres éprouvent des symptômes banaux.

Les sujets en bonne santé

De nombreuses personnes, qui ne se plaignent d’aucun symptôme, entreprennent de leur propre chef, ou sur les conseils de leur entourage, des médias, des professionnels des soins, des autorités politiques, de consulter des médecins, une ou plusieurs fois chaque année. 

Beaucoup pensent que dépister une maladie, présente mais silencieuse, est une démarche utile et nécessaire, pour retarder l’apparition de symptômes, éviter ou réduire les risques d’une évolution grave. Ces sujets, à la fois inquiets et prudents, estiment qu’effectuer régulièrement  un bilan médical et biologique est une sage précaution.

D’autres, convertis à l’idéologie médicale, convaincus de l’omnipotence des médecins,  cherchent à se maintenir en bonne santé par des prescriptions médicales.

L’utilité réelle de ces démarches, encouragées par les responsables médicaux et politiques, est  mal connue du grand public. Contrairement à l’opinion générale, elle est souvent faible ou nulle  et comporte des risques non négligeables. La plupart des citoyens pensent que les procédures recommandées par l’État dans le domaine de la prévention sont saines et efficaces. Ils se trompent. Obtenir des prescriptions médicales - des médicaments, des prises de sang, des examens radiologiques - dans le but de rester en bonne santé est un moyen sûr pour devenir malade.

Pourquoi aller voir un médecin régulièrement lorsque l’on est en bonne santé ?

Des hommes et des femmes en excellente santé, ne se plaignant d’aucun symptôme, consultent, inutilement, leur médecin pour divers motifs.

Pour faire un bilan.

Une majorité des Français, en excellente santé, estime qu’il est raisonnable de demander à son médecin, au moins une fois par an, un bilan comportant divers examens biologiques.

Cette habitude est née en 1945, avec l’assurance maladie, qui invitait dans ses centres d’examens de santé  la population salariée, une fois par an, à faire un bilan. De nombreux Français, en bonne santé, entrent encore aujourd’hui dans ces centres dont le fonctionnement consomme chaque année le tiers du FNPEIS (Fonds National de Prévention, d’Education et d’Information Sanitaire (soit 152,5 millions d’euros sur un total de 461,2 en 2009).

Durant les décennies qui suivirent, l’habitude fut vite prise de demander des bilans, ou « check-up », aux médecins libéraux, d’autant que les non salariés étaient exclus des bilans de la sécurité sociale, mais remboursés des prescriptions faites en médecine libérale.

Depuis la fin des années 80, l’inutilité des 600.000 bilans qui étaient alors réalisés dans les centres d’examen de santé, sans compter ceux réalisés en médecine libérale et à l’hôpital (où des « automates » réalisaient 12 dosages chez tous les patients hospitalisés (soit un minimum de 200 millions de dosages), était évidente pour deux raisons. D’une part, l’état de santé des Français à la fin du 20° siècle ne pouvait être comparé à celui observé à la fin de la guerre et d’une longue période de privation. D’autre part, durant les trente glorieuses, multiplier les visites chez un médecin était devenue une coutume, répandue dans les plus petits villages de France, qui faisait double emploi avec les bilans de la sécurité sociale. La fermeture de ces centres aurait été une solution raisonnable, mais les administrateurs des caisses primaires s’opposèrent à l’abandon d’une « conquête sociale ». Les centres orientèrent alors progressivement leur recrutement vers des populations précaires qui, pour des raisons économiques, sociales ou administratives, n’avaient pas accès aux soins.

Tout au long des soixante dernières années, les parlementaires proposèrent et firent voter des lois destinées à protéger la santé des Français au moyen de bilans médicaux. Actuellement en France, l’Etat propose [2] 53 examens tout au long de la vie : examens prénatals, postnatals, examens obligatoires des enfants de moins de 6 ans, bilan de santé pour les enfants âgés de trois à quatre ans, visites médicales des sixième, neuvième, douzième et quinzième année, entretien personnalisé en classe de cinquième, examen bucco-dentaire de prévention, consultations annuelles des jeunes de 16 à 25 ans, certificat médical pour la journée d’appel et de préparation à la défense, examen préventif médical, social et psychologique des étudiants des universités, consultations prénuptiales, consultations de prévention pour les personnes de plus de 70 ans, etc. Ces bilans, trop nombreux pour être tous réalisés, ne sont jamais évalués. A l’évidence, leur utilité est aléatoire, comme le signale la Haut Conseil de la Santé Publique. [3]

Dans un système de soins correctement organisé, une grande partie de ces bilans disparaîtrait ; les quelques-uns qui resteraient, notamment chez les enfants et les adolescents, seraient assurés dans les cabinets de soins primaires, par les médecins généralistes et leurs collaborateurs, seuls capables d’assurer un suivi des soins.

Aux Etats-Unis, les citoyens cèdent parfois aux publicités des sociétés privées qui proposent des bilans incluant des techniques d’imagerie : scanners, IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), diverses radiographies, mais aussi des prises de sang, une échocardiographie, une ostéodensitométrie et une multiplicité d’examens qui inventorient le fonctionnement des systèmes physiologiques et précisent la morphologie des organes (foie, cœur, poumon, côlon, rein). Toutes les institutions scientifiques et gouvernementales déconseillent ces bilans qui n’ont aucune utilité pour les clients de ces sociétés, lesquels acceptent de payer des sommes élevées pour réaliser ces examens qui, pensent-ils, les mettront à l’abri de toutes les maladies graves, et surtout des cancers.

Ces bilans exposent à trois sortes de risques : celui, individuellement faible mais indiscutable, de cancer lié aux radiations ; celui d’une multiplication des examens en raison de la découverte d’une image considérée comme anormale ; celui d’inquiéter les sujets en raison de la découverte d’un cancer qui en réalité n’existe pas. [4]

Pour doser, comme chaque année, mon cholestérol

Doser régulièrement les diverses variétés du cholestérol sanguin, même lorsqu’un premier résultat n’a montré aucune anomalie, est un comportement banal. (En médecine libérale, hors médecine hospitalière, 19. 992.000 bilans lipidiques ont été remboursés par la sécurité sociale en 2009).

En prévention primaire, chez des sujets en bonne santé, indemnes de diabète, qui n’ont jamais souffert d’un trouble cardiovasculaire, cette demande n’est ni rationnelle ni utile, [5] car la prescription des statines, aujourd’hui devenue la conséquence automatique d’une hypercholestérolémie, même modérée, est parfois responsable d’effets secondaires (douleurs musculaires, affaiblissement cognitif (perte de mémoire) [6] …). Elle favorise l’apparition d’un diabète chez 9% des patients [7] et ne diminue pas leur mortalité. [8] 

Pour rechercher une ostéoporose

Après la ménopause, très nombreuses sont les femmes en excellente santé qui, sous la pression des médias, entreprennent un dépistage de l’ostéoporose en demandant à leur médecin la prescription d’une ostéodensitométrie. Cet examen mesure la densité minérale osseuse. Lorsque cette densité s’écarte d’une certaine valeur, des données moyennes observées chez les adultes jeunes, le médecin dit  à la patiente « Vous êtes atteinte d’ostéoporose ».

La raréfaction osseuse  est un phénomène physiologique observé lors du vieillissement. Cette évolution osseuse observée chez tous les sujets, et plus particulièrement chez les femmes, est devenue une maladie lorsque l’ostéodensitométrie a permis de la quantifier. Curieusement, cette maladie fut inventée et identifiée par l’OMS, alors que les laboratoires pharmaceutiques commercialisaient des médicaments pour lutter contre la déminéralisation osseuse. Aujourd’hui, en raison de la multiplication des articles sur cette maladie dans la presse féminine et la profusion des traitements médicamenteux disponibles pour réduire la perte osseuse, la plupart des femmes en bonne santé, mais récemment ménopausées courent chez leur médecin, pour dépister ce facteur de risque de fracture, puis consommer des médicaments qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité pour éviter une première fracture. Ce faisant, elles courent d’autres risques : celui  d’une fracture atypique du fémur, d’une nécrose du maxillaire inférieur et de lésions œsophagiennes. Même s’ils améliorent discrètement la densité osseuse, ces médicaments ont peu d’effets sur la fréquence des fractures des membres qui ne sont pas spontanées et toujours la conséquence d’un traumatisme, notamment d’une chute banale. Prévenir les chutes chez les personnes âgées est une attitude plus raisonnable et plus efficace, mais elle exige une participation des patients à un programme de prévention moins facile à mettre en œuvre que la prescription d’un médicament. [9]

Pour se faire vacciner

Certaines vaccinations sont conseillées par les responsables politiques et de la santé publique,  font l’objet d’une demande de la population, alors que leur utilité est soit discutable, soit nulle.

Vaccination antigrippale

La vaccination contre la grippe saisonnière repose sur des études dont la qualité est  contestée par de nombreux épidémiologistes. [10] Recommandée aux personnes âgées, cette vaccination ne semble pas avoir des effets secondaires graves. Il est possible qu’elle réduise la fréquence des infections grippales banales, mais elle est sans influence sur l’apparition de complications et ne réduit pas la mortalité, d’ailleurs très faible, de cette infection virale. La réduction des cas de grippe serait de 50%, mais cette expression d’un résultat en valeur relative cache la réalité des faits. Si sur 100 sujets vaccinés on observe un cas de grippe et sur 100 sujets non vaccinés deux cas, la réduction est bien de 50%, mais l’utilité faible. Faut-il vacciner 100 personnes pour éviter un cas de grippe, sachant que cette vaccination est sans effet sur la fréquence des complications et sur la mortalité ? On peut en douter. Cette vaccination est conseillée chez les personnes âgées, alors qu’aucune étude n’a démontré son efficacité sur cette population. Cette recommandation officielle est liée au fait que la mortalité de la grippe concerne presque exclusivement les personnes de plus de 65 ans, et surtout celles de plus de 90 ans qui constituent près de la moitié (43%) des cas graves par leurs complications.

Cette maladie bénigne est, pour les laboratoires, davantage qu’un marché : « une bulle marketing », entretenue par les politiques apeurés en raison des prédictions alarmantes de leurs collaborateurs, des médecins experts sous l’influence des industriels qui terrorisent la population, comme on a pu le vérifier lors de l’épidémie inventée de toutes pièces par les experts de l’OMS en 2009, [11] dont  le coût en France atteignit 662,6 millions d’euros, [12] sans compter les dépenses pharmaceutiques, notamment celles liée à un médicament, l’oseltamivir, dont l’efficacité reste à démontrer. [13]

Vaccination contre le cancer du col utérin

La vaccination contre le développement des cancers du col utérin est, aujourd’hui, une imposture, car son efficacité est hypothétique et les risques indirects plus élevés que les industriels veulent bien le reconnaître. On peut craindre en effet une augmentation du nombre de ces cancers dans les années à venir, car il est possible, et même probable, que les jeunes femmes vaccinées ne seront pas, tout au long de leur vie jusqu'à 64 ans, aussi attentives à la réalisation périodique (tous les trois ans, de 25 à 64 ans, après deux frottis normaux à un an d’intervalle) d’un frottis cervico-utérin, seule technique ayant largement prouvé son efficacité préventive.

Il importe en effet de ne pas oublier que les vaccins proposés (Gardasil, Cervarix) n’ont toujours pas démontré plusieurs années après leur mise sur le marché qu’ils étaient capables de réduire l’incidence dans la population vaccinée des dysplasies sévères ou graves qui peuvent évoluer vers un cancer. [14] Il est possible que cette démonstration soit faite dans les prochaines années, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. [15] C’est la raison pour laquelle vacciner une jeune fille, avant le début de son activité sexuelle, est une décision qui doit être prise par la patiente après un entretien avec un médecin, conduit hors de la présence de sa mère qui, affolée par la publicité des laboratoires pharmaceutiques, veut souvent imposer cette vaccination à sa fille, dont elle ne connaît pas toujours la vie sexuelle.  Au cours de cette consultation, cette jeune fille sera informée de la nécessité d’un suivi régulier par un frottis cervico-utérin, sachant que cette vaccination n’a pas démontré son utilité pour éviter le développement d’un cancer.

Pour dépister un cancer

D’autres actions de prévention visent le dépistage des cancers.

L’une concerne le cancer de la prostate. Elle est déconseillée par les autorités médicales, mais recommandée par des médecins spécialisés qui interviennent des milliers de fois chaque année pour enlever une prostate cancéreuse. D’autres sont, en partie, organisées par le gouvernement et les organismes de sécurité sociale, sans que les informations indispensables à une prise de décision par les patients soient largement diffusées à la population. C’est le cas du dépistage du cancer du sein et du cancer colorectal.

Pour rechercher un cancer de la prostate

Dépister chez tous les hommes à partir de 50 ans un cancer de la prostate, en l’absence d’un symptôme permettant d’évoquer ce diagnostic, est une attitude que conseillent les urologues français, en dépit de toutes les recommandations internationales.

Ce dépistage est simple : une prise de sang mesure le taux des antigènes spécifiques de la prostate (PSA). Si ce taux est supérieur à la normale, divers examens radiologiques et des biopsies seront réalisés.

Si l’existence d’un cancer est prouvée, des traitements seront proposés, pharmacologiques, chirurgicaux ou radiothérapiques, dont il n’est pas démontré qu’ils prolongent la vie des malades, [16] mais dont on sait qu’ils sont à l’origine d’une fréquence élevée de troubles sexuels et urinaires ou digestifs (dans le cas d’une radiothérapie) qui diminuent beaucoup la qualité de vie.  La probabilité de ces risques est passée sous silence par les médecins. Plus récemment a été observé une augmentation des taux de suicide et d’accidents cardio-vasculaires dans les semaines qui ont suivi  le diagnostic. [17]

Si l’existence d’un cancer n’est pas prouvée par une biopsie, le patient sera convoqué régulièrement, une fois par an, et de nouveaux dosages, de nouvelles biopsies seront réalisés ;  ces dernières lui feront courir le risque d’une complication infectieuse. A la longue, sachant que la majorité des hommes de plus de 60 ans et les trois quarts des sujets âgés de plus de 75 ans ont des cellules cancéreuses dans la prostate, et ce cancer finira souvent par être découvert, puis après de nouveaux examens radiologiques, traité médicalement et surveillé ou  opéré ou irradié. [18] 

Pour dépister un cancer du sein

Les évaluations de ce dépistage ont concerné 600.000 femmes et suscité plus d’une dizaine d’essais cliniques. De nombreuses études épidémiologiques ont été publiées dans la presse scientifique depuis 2001. Leurs résultats commencent à peine à être divulgués dans les médias, mais ne le sont pas encore par les institutions médicales et par le gouvernement, chargés de promouvoir ce dépistage auprès de toutes les femmes âgées de 50 ans à 74 ans, qui sont invitées à réaliser une mammographie dans le cadre du dépistage organisé, ou à se présenter chez leur médecin pour réaliser cet examen.

L’efficacité du dépistage est incertaine. Sur 2.000 femmes qui  participent à un dépistage, une ou deux pourront en en bénéficier, car leur vie sera prolongée, mais en raison d’un nombre très élevé de résultats anormaux (plusieurs centaines), de nombreuses biopsies seront réalisées et plusieurs femmes subiront un traitement chirurgical pour un cancer du sein qui n’aurait pas évolué et dont elles n’auraient jamais eu connaissance.

Tout se passe comme si participer à ce dépistage était une loterie offerte aux femmes à partir de 50 ans avec trois possibilités dans les années à venir: 

  • dans un pourcentage élevé allant de 20 à 40% des patientes, être inquiétées à tort par la découverte d’une lésion qui, en définitive après de nouveaux examens et parfois une biopsie, se révélera être non cancéreuse ;
  • après 10 ans de dépistage et la réalisation de milliers de mammographies, éviter, pour une femme sur 2.500, de mourir d’un cancer d’un sein ;
  • enfin, sur 2.500 femmes ayant acceptées le dépistage, 5 à 15 seront traitées chirurgicalement en raison de la découverte d’un cancer qui serait resté silencieux jusqu'à la fin de leur vie. [19] 

Ces faits permettent de penser que si le cancer du sein est un problème de santé publique, en raison de sa fréquence - une incidence de 53.000 cas - et de sa gravité - une mortalité de 11.350 cas en 2011 -, le dépistage qui, en raison de ses risques et de sa faible efficacité ne peut  améliorer la santé de la population (et qui d’ailleurs ne réduit pas la mortalité globale, toutes causes inclues), n’est pas une action de santé publique. Participer à un dépistage est une décision individuelle qui exige une information claire et complète rarement donnée aux patientes. Le conseil de l’ordre des médecins, [20] le gouvernement, les conseils généraux  continuent d’inciter les femmes à réaliser une mammographie sans donner la moindre information sur les risques de ce dépistage. Les syndicats médicaux également, puisque le paiement à la performance, récemment adopté dans le cadre d’une convention avec la CNAM, récompensera financièrement les médecins qui prescriront des mammographies à 80% des femmes qui les consulteront. [21] Il n’est donc pas étonnant que les trois quarts des médecins soient très favorables à ce dépistage et le fassent savoir à leurs patientes.

Ce comportement paternaliste et intéressé est contraire à l’éthique médicale. Les médecins ne doivent pas avoir un discours qui reflète leurs opinions. Leur rôle est d’informer le plus précisément possible leurs patientes, puis mettre en œuvre les décisions qu’elles auront prises. [22]

En 1995, M Baum, un médecin hospitalier londonien, publiait dans The Lancet [23] une longue lettre intitulée : Screening for breast cancer, time to think and stop?, soulignant qu’il était « intellectuellement malhonnête » de rapporter au dépistage la baisse de la mortalité. Dix-sept   ans plus tard, nos connaissances  sur ce dépistage ont progressé, les bénéfices et surtout les risques sont mieux connus, mais il semble que les responsables - administratifs, médicaux et politiques - qui gèrent son organisation refusent de se poser la question de l’efficacité et de l’utilité des programmes financés par la collectivité et recherchent seulement le développement des institutions qu’ils dirigent. Dans une démocratie, ces comportements ne sont pas admissibles. Oui, il est temps de réfléchir.

Pour dépister un cancer colorectal

Un autre dépistage conseillé par les médecins et les autorités sanitaires, celui du cancer du côlon et du rectum, pose un vrai problème rarement abordé dans les médias et les revues médicales : celui du critère choisi pour évaluer son utilité. En effet, le dépistage de ce cancer réduit probablement de 10 à 15% la mortalité par cancer du côlon mais ne modifie pas la mortalité de la population et n’accroît pas son espérance de vie. Pour une raison simple : les essais réalisés pour évaluer l’efficacité de ce dépistage fournissent des résultats après une dizaine d’années. Les sujets qui, en raison du dépistage, évitent de mourir d’un cancer du côlon  meurent, après quelques années pour la plupart, d’une autre maladie. Au total, le bénéfice populationnel (le nombre des survivants) après un dépistage ayant duré 10 ans dans une population dépistée comparativement à une population non dépistée est nul ou réduit et n’a pas de signification statistique.

Pour comprendre ce fait, imaginons un sujet qui décide à 45 ans de ne plus jamais monter dans une voiture pour éviter de mourir d’un accident de la route. Sa vie sera-t-elle prolongée ? Rien n’est moins certain car le risque de mourir, chaque année, d’un accident de la route qu’il évite en partie seulement (car il pourrait être l’un des piétons victimes d’un conducteur imprudent ou encore être tué par une voiture en traversant imprudemment la route à la sortie d’un repas bien arrosé), ce risque est  de 1,793 sur 1.000 décès en 2010.  Ce qui lui  laisse 998,2/1.000 risques de mourir d’une autre cause. Cette probabilité peut aussi être exprimée sous une forme plus parlante. En 2010, 36 hommes de plus de 45 ans sur un million ont été tués dans un accident d’automobile et 20.310 sur un million sont morts d’une autre cause. Le risque mortel accidentel est réel, mais la probabilité de mourir d’une autre cause est beaucoup plus élevée. [24]

Ce dépistage, au même titre que de nombreuse action de santé publique, pose la question : Quel critère d’efficacité un décideur politique doit-il choisir ?

Si le critère choisi pour évaluer l’efficacité  de cette action de prévention est la mortalité spécifique par cancer du côlon, le dépistage peut être proposé (sachant qu’il ne sera d’aucune utilité pour 85% des citoyens qui accepteront de le réaliser). [25] Si le critère choisi est la mortalité globale, ce dépistage qui n’est pas sans risque (accidents de la coloscopie [examen le plus conseillé pour faire un diagnostic de polype ou de cancer colorectal], mortalité post opératoire) est inutile. Bien évidemment, les médecins, les institutions médicales, les responsables politiques, plus ou moins consciemment (car : soit leur information est incomplète ; soit résister à la pression des partisans du dépistage généralisé leur est impossible pour des raisons politiques), proposent à toute la population ce dépistage en n’explicitant jamais cette différence entre  mortalité globale et mortalité spécifique liée à une maladie.

Les résultats d‘une des 3 enquêtes randomisées concernant le dépistage du cancer colorectal compare deux groupes d’égale importance et dont l’état de santé est similaire. Chaque groupe est constitué de plus de 30.000 personnes. Toutes sont suivies durant 13 ans. Chez un groupe (30.967 sujets), un dépistage est réalisé tous les deux ans. L’autre groupe, non dépisté, sert de témoin (30.966 sujets). Le nombre des décès toutes causes est de 8.732 dans le groupe dépisté et de 8.724 dans le groupe non dépisté (groupe témoin). Le nombre des décès par cancer du côlon est plus élevé dans le groupe contrôle (341) que dans le groupe dépisté (292). Mais celui des décès d’une cause autre que le cancer colorectal est plus élevé dans le groupe dépisté (8.440 contre 8.383). Il faut bien mourir un jour, et si le dépistage peut nous éviter la mort par cancer du côlon, une autre cause nous emportera tôt ou tard. [26]

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16/05/2012

Héparines sous le règne du Profit : du "conflit de travail" aux conflits d’intérêts et aux risques sanitaires

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

 

15/05/2012

Proposition de loi Ecolo Groen : dispositifs de régulation des conflits d’intérêts et déontologie de l’expertise (registre national de l’expertise, Conseil supérieur de l’expertise…)

Ecolo Groen ecologie politique rencontres.jpg

Le 20 janvier 2012, j’ai participé, au nom de la Fondation Sciences Citoyennes (FSC) à une journée de débats sur les moyens de renforcer l’expertise indépendante, organisée au Parlement fédéral belge par les députés Thérèse SNOY (voir son site) et Jacques MOREL. (Le programme est accessible sur cette page, avec la liste des intervenants de la matinée. L’introduction et les diaporamas des intervenants sont sur le site d’Ecolo Groen).

Après les interventions du matin, l’après-midi a eu lieu une table ronde avec des représentants des institutions belges intervenant en santé publique, avec une responsable d’une fédération belge de consommateurs et avec Leo NEELS, le patron du syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique belge Pharma.be (homologue de Christian Lajoux, du LEEM français). 

Les discussions ont porté surtout sur les conflits d'intérêts et les procédures institutionnelles de leur "gestion" - terme qui ne veut rien dire -, dans un esprit d'autocongratulation que l'on connaît en France aussi: dès qu'il y a un embryon de déclaration des liens d'intérêts, les représentants des institutions interrogées considèrent que le système fonctionne très bien, que le problème des conséquences des conflits d'intérêts a été réglé... Or, comme je l'ai dit souvent, lors de divers débats, sur Pharmacritique, mais aussi à travers des communiqués de Sciences Citoyennes sur le double tranchant de la transparence, celle-ci ne résout rien, mais contribue au contraire à légitimer et banaliser les conflits d'intérêts et les jeux d'influences et groupes de pression, comme s'ils étaient une composante inéluctable et indépassable du jeu démocratique et des pratiques scientifiques... Bref, "la déontologie de l'expertise ne se limite pas à la déclaration des conflits d'intérêts" (communiqué de presse de la FSC du 5.01.2010).

Rappelons que, à l’aide d’un groupe d’experts multidisciplinaires, Sciences Citoyennes a rédigé une proposition FSC logo.jpgde loi sur la déontologie de l’expertise et la protection de l’alerte, prévoyant la création d’une Haute autorité de l’expertise et de l’alerte, aux prérogatives décrites dans le texte. Ces prérogatives recoupent en partie celles que les députés écologistes belges (Ecolo Groen) attribuent au Conseil supérieur de l’expertise dont ils demandent la création.

Leurs propositions sur la déontologie de l’expertise vont dans le même sens que celles de Sciences Citoyennes. Espérons qu’en France aussi, des hommes politiques donneront plus de place à l’expression non tronquée de l’« expertise citoyenne », créeront des formes de démocratie participative telles que les conventions de citoyens – autre proposition phare de la FSC – pour permettre une décision citoyenne éclairée, en connaissance de cause, sur tous les enjeux scientifiques et technologiques. 

Voici le communiqué de presse très détaillé des députés Ecolo Groen à l’origine de la proposition de loi :


« Ecolo-Groen dépose une proposition pour veiller à l’indépendance de l’expertise scientifique dans les matières de santé publique et d’environnement »

L’objectif : Rendre de la légitimité à nos institutions de santé publique en évitant les conflits d’intérêts de nos scientifiques 


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11/05/2012

Quid de l’enquête sur la sécurité des héparines/Lovenox°? Rappel des risques (prion...) et lettres de Jacques Poirier à Xavier Bertrand

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

08/05/2012

La médecine générale à l’honneur dans "Profession: médecin de famille", livre de Marc Zaffran présenté par Pierre Biron

NdR : Pour nous immerger dans la réflexion de Martin WINCKLER, nom de plume de Marc médecine générale spécificités caractéristiques,profession médecin de famille zaffran,marc zaffran livres,relation médecin patient martin winckler,pierre biron,médecin de famille difficultés,école des soignants winckler,relation médecin patient écoute erreur médicale,martin winckler romans littérature médicale,médecine de famille québec,médecine générale empathie écouteZAFFRAN, Pierre BIRON utilise une forme plus originale que le compte-rendu classique, qui se révèle aussi plus appropriée : il s’agit d’une interview virtuelle, dont les réponses sont imaginées à partir du livre. Comme il ne s’agit pas de citations exactes, l’interprétation de l’intervieweur et son propre point de vue s’imbriquent avec ceux de Martin Winckler, comme dans une fugue où la deuxième voix non seulement alterne avec la première, mais souligne son sens et permet au lecteur d’accéder à plusieurs strates de signification. Cette forme est plus efficace, car au départ, elle déconcerte le lecteur, qui, intrigué, voudra en savoir plus à la fois sur la réflexion de l’auteur du livre et sur celle de l’auteur de l’entretien, pour mieux distinguer les deux voix. C’est le même procédé qui structure son texte « Entretien virtuel avec Jean Peneff : "La France malade de ses médecins" » (à lire sur cette page).

Lire aussi les commentaires d’Elena Pasca à la fin de cet article, en particulier sur « l'école des soignants ».

 

"Profession : Médecin de famille". Entretien virtuel avec Marc Zaffran

Par le Pr Pierre BIRON

Professeur honoraire de pharmacologie à l’université de Montréal [1]

 

Voici un livre, sorte de causerie au coin du feu qui se lit en moins d’une heure, où un ex-médecin de famille, écrivain par surcroît,  québécois d’adoption, nous livre sa vision de l’essence du bon médecin de famille, du praticien de la médecine à visage humain – alias omnipraticien, généraliste, médecin personnel – une espèce en voie de disparition et dont le Québec en particulier manque cruellement.

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25/04/2012

Programme du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements" (27-28 avril)

Mise à jour à la fin : horaires du collloque et annonce d'une réunion de "debriefing et prospective" le samedi après-midi, après le colloque

Le colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements" aura lieu à la Faculté de médecine de colloque surmédicalisation,surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,surconsommation médicaments médicalisation,elena pasca,groupe princeps surmédicalisation,médicaments essentiels groupe princeps,société de formation thérapeutique du généraliste colloque surmé,médecine préventive abus de prévention,dépistages cancer sein cancer prostate critique,alain siary surmédicalisation,surmédicalisation causes formes,disease mongering façonnage de maladiesBobigny (Bâtiment de l'Illustration) le 27 et le 28 avril 2012. Il est organisé par le groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste (SFTG) et le Département de médecine générale de la Faculté de médecine de Bobigny.

L’introduction, la présentation d’ensemble et toutes les informations pratiques (modalités d'accès, bulletin d'inscription...) sont accessibles sur cette page. Les inscriptions pour assister au colloque sont possibles sur place (frais d’inscription uniquement par chèque à l’ordre de la SFTG).

Programme des six ateliers :

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24/04/2012

"Politique de lutte contre le tabagisme en France: De la guerre au compromis et à la collaboration", par Alain Braillon

 NdR : Une présentation détaillée du Dr Alain Braillon, de sa formation, ses activités et sa situation actuelle figure au début de la longue interview parue sur Pharmacritique sous le titre « La santé publique dans tous ses états ». La politique française de lutte contre le tabagisme faisait partie des sujets abordés dans cet entretien, mais avec ce texte, la méthode et la forme scientifiques viennent étayer les critiques exprimées. L’introduction plus générale est suivie du texte intégral d’un rapport co-écrit par le Dr Alain Braillon, le Dr Anne-Sophie Méreux et le Pr Gérard Dubois, intitulé « Politique de lutte contre le tabagisme en France: De la guerre au compromis et à la collaboration ». [EP]


En France, la politique de lutte contre le tabac est partie en fumée!

Par le Dr Alain BRAILLON

La France est une exception parmi les pays riches, elle est livrée au lobby du tabac.

Ces dernières années la consommation de tabac n’a pas baissé comme ailleurs et elle a même augmenté ! C’est d’autant plus surprenant que notre consommation est déjà élevée, 34 % de fumeurs, contre 21% au Royaume-Uni, 19% en Australie, et 17% au Canada. Pire, les adolescents sont de plus en plus nombreux à fumer comme l’a montré une récente enquête. Le tabac est la cause directe du décès prématuré de 60 000 personnes chaque année en France. C’est la première cause de décès évitable.

Cette situation est d’autant plus incroyable que les mesures pour réduire la consommation de tabac sont connues et efficaces. Elles ont été appliquées avec succès en 1991 (Loi Evin) et 2003 (plan Cancer I). Cela a permis de réduire de moitié la consommation de tabac et la mortalité par cancer du poumon des hommes de 35 à 44 ans. Mais depuis cinq ans, chaque arbitrage demandé au Premier ministre et au président de la République a été tranché en faveur des industriels du tabac ou des buralistes. C’est 12 000 morts qui n’ont pas été évitées.

La France a ratifié en 2004 la Convention-Cadre pour la Lutte Anti-Tabac (Organisation Mondiale de la Santé) mais elle n’applique pas les mesures nécessaires pour faire baisser la consommation. La France est aussi en infraction à l'article 5.3 de cette convention qui impose de protéger les politiques de santé publique de l'influence de l'industrie du tabac.

Le texte que j’ai co-écrit avec Anne Sophie Mereau et le Pr Gérard Dubois, président de la commission addiction à l’Académie Nationale de Médecine, est un rapport détaillé sur les politiques menées pour la santé publique et contre le tabac depuis les années 50. Il démontre comment depuis une demi douzaine d’années ces politiques publiques sont en faveur des industriels du tabac et contre la santé de la population. http://braillon.net/alain/rltabac.pdf

Ce rapport n’est pas isolé.

Le Pr Bertrand Dautzenberg vient aussi de publier un livre qui fait le même constat : La République enfumée, les lobbies du tabac sous Chirac et Sarkozy : du meilleur au pire. http://www.viva.presse.fr/Tabac-le-nombre-de-deces-chez-les_16835.html

Ces faits ont fait l’objet de publications dans les grandes revues médicales nationales et internationales :

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23/04/2012

"Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie le savoir médical", par Pierre Biron

Quand la complicité médico-pharmaceutique dévoie [1] le savoir médical Pierre Biron,conflits d'intérêts médecine pharmaceutique,corruption médecine pharmaceutique,surmédicalisation surmédicamentation,industrie pharmaceutique influence critiques,expertise médicale indépendance influence,leader d'opinion médecine industrie pharmaceutique,Pierre Biron conflits d'intérêt médecine,pierre biron pharmas-co-dépendance,façonnage de maladies disease mongering,maladies inventées vendeurs de maladies

 

Par le Pr Pierre BIRON *

 

À l’époque de Louis XIV, le roi prenait comme maîtresses et honorait des faveurs de la cour les filles de grandes familles puissantes qui auraient pu faire ombrage à son pouvoir quasi absolu ou le contester; ainsi, toute cette famille était pour ainsi dire neutralisée[2].

Aujourd’hui, l’industrie des produits médicaux accorde ses faveurs et appuie l’ambition professionnelle d’une poignée de leaders d’opinion de spécialités médicales au grand pouvoir de prescrire; ainsi, toute la spécialité est pour ainsi dire neutralisée. De la cardiologie à l’oncologie et la diabétologie en passant par la psychiatrie, la pédiatrie, la gériatrie et la médecine générale, tout dépend des profits escomptés. Ainsi, les infectiologues sont peu courtisés, car l’industrie délaisse la recherche en antibiothérapie; ce n’est pas assez payant, les patients guérissent souvent et après quelques années de commercialisation, la résistance bactérienne s’installe.

Les experts qui cèdent à la tentation de devenir des leaders d’opinion – de méchantes langues les surnomment dealers d’opinion – peuvent acquérir une grande renommée, exercer beaucoup d’influence sur leurs pairs, siéger sur des comités qui rédigent les recommandations cliniques (clinical guidelines) aux prescripteurs, arrondir leurs fins de mois, conseiller les assureurs publics, paraître comme auteurs d’articles pas toujours écrits par eux-mêmes. Et mener à des dépenses inutiles sans pour autant améliorer tangiblement la santé.

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06/04/2012

Le glas aurait-il sonné pour la mammographie de dépistage ?

Auteurs:

Pierre BIRON (Professeur honoraire de l’Université de Montréal, Canada) [1] Fernand TURCOTTE (Professeur émérite de l’Université Laval, Canada) [2] (photo)


LE GLAS AURAIT-IL SONNE POUR LA MAMMOGRAPHIE DE DEPISTAGE?

 

Les invitations au dépistage : une forme bien fernand turcotte.jpgparticulière de loterie

Imaginons une boîte contenant 2000 billets. Tirer un billet de cette boîte équivaut à accepter l’invitation de subir une mammographie de dépistage tous les 2 à 3 ans durant 10 ans.

La boîte ne contient qu’un seul billet gagnant, qui fera de cette chanceuse une « grande gagnante » : elle évitera de mourir du cancer du sein grâce aux traitements reçus après un dépistage positif confirmé.

Aucun des 1 999 autres billets n’est un billet gagnant.

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05/04/2012

Sauvons la librairie Lady Long Solo ! Halte à la destruction des librairies indépendantes! Pétition à la Mairie du 11ème

Certes, ce n’est pas le sujet du blog. Mais j’ai toujours aimé les librairies de quartier, qui néolibéralisme culture disparition,lady long solo librairie pétition,librairie indépendante livre néolibéralisme,édiction livre culture capitalisme financier,paris librairies de quartier,accès à la culture prix argent,sauver librairies indépendantes,consommation biens culturels capitalisme,culture consommation loisirs capitalismeont une âme, une vraie individualité, et sont des lieux de rencontre entre amateurs de culture. Ce sont de telles librairies, ainsi que des bibliothèques, qui m’ont donné le goût de la lecture. Et je serai toujours prête pour toute action visant à défendre les bibliothèques publiques et les librairies de quartier.

Si on laisse faire, chaque établissment culturel et tout ce qui a trait à la culture, ainsi que ses médiateurs, disparaîtront peu à peu, chacun de façon isolée, donc moins visible. C'est le sort réservé à la culture par un néolibéralisme qui n'en a que faire, en tout cas de celle qui sort du strict commerce. Pour l'idéologie néolibérale, la culture au sens propre du terme est dangereuse, puisque des individus cultivés, informés et qui agissent donc en connaissance de cause, en citoyens avisés, sont plus difficiles à dompter et à réduire au stade de travailleurs obéissants et de consommateurs de loisirs et de divertissements de type émissions TF1.

J’appelle tous les amateurs de la culture, tous les opposants à la tendance actuelle qui transforme Paris en une juxtaposition de monuments envahis par les touristes, quartiers sans âme, bureaux, boutiques et restaurants et fast-food, où les logements hors de prix ne laissent à terme que les plus fortunés, à signer la pétition demandant une préemption municipale par la mairie du 11ème arrondissement. Il suffit de cet acte pour que la librairie « Lady Long Solo » (38 rue Keller, Paris 75011), lieu de rencontres et d’échanges culturels, continue à faire le bonheur du quartier, par son choix indépendant et éclairé de livres permettant à des petits éditeurs, snobés par les granges enseignes, de se faire connaître et de continuer à publier de la bonne littérature, écrire en dehors du cirque médiatique.

Si nous ne faisons rien, Lady Long Solo, incapable de payer des loyers prohibitifs, tombera dans les mains de promoteurs qui en feront une boutique de fringues, dont le quartier regorge déjà...

Voici le texte de la pétition. Merci de diffuser largement !

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30/03/2012

La collusion de Narcisse et des médias pour la désinformation. Par Jacques Testart

Avant-propos d’Elena Pasca :

"En 2009, lors d’un débat avec la psychanalyste Monette VACQUIN et Jacques TESTART au sujet de la procréation médicalement assistée, j’ai posé plusieurs questions dont celle portant sur le narcissisme de tous les acteurs qui interviennent dans ce processus et de l’impact que cela aura sur le narcissisme et l’image de soi de l’enfant. J’ai pris des notes et ferai un article là-dessus (narcissisme, complexe démiurgique et conséquences, mémoire et histoire, éthique et science…), qui renverra aussi aux textes cités par Jacques Testart, aux rôles respectifs, à ses activités en comparaison avec celles de René Frydman, qui n’a pas entamé le tournant éthique…

Après avoir lu la tribune de Jacques Testart dans Médiapart, je lui ai reposé cette question du narcissisme, du complexe démiurgique (omnipotence...) de René Frydman et de ce que l'industrie lui permet d'en faire pour traduire ses fantasmes en réalité... et suggéré d’autres aspects qui mériteraient d’être évoqués pour compléter cette tribune et placer certains accents différemment. Je suis contente qu’il ait accepté ma proposition. J’ai longuement présenté les activités, les écrits et la démarche réflexive et éthique de Jacques Testart dans l’introduction de son premier texte sur Pharmacritique : "Entre idéologies et industries, quelle place pour la décision citoyenne en bioéthique ?" Son site contient une page biographique et une liste jacques testart bébé éprouvette,rené frydman bébé éprouvette amandine,procréation médicalement assistée histoire,jacques testart technoscience reproduction,rené frydman congélation ovules méthodes procréation,bioéthique procréation reproduction fiv,diagnostic préimplantatoire,diagnostic prénatal embryon séléction,media lobby médical,journalisme médical influence,leaders d'opinion médecine reproduction,media indépendance lobby industrie,narcissisme médical reproduction pma,illusion démiurgique médecine toute-puissance,recherches sur l'embryon projet loibibliographique très détaillées."

 

LA COLLUSION DE NARCISSE ET DES MEDIAS POUR LA DESINFORMATION

Par Jacques TESTART

"Ne prenons pas des airs de demi-dieux, ou même de démiurges, là où nous n’avons été que de petits sorciers" Jean Rostand

En réponse à la monopolisation médiatique organisée autour de René Frydman à l’occasion des 30 ans d’Amandine, premier bébé issu de fivète (fécondation in vitro et transfert d’embryon) français, Médiapart a publié mon texte [1] que la presse écrite avait refusé (« ça n’intéresse pas les gens »…). J’aurais souhaité m’en tenir là tant ma situation de partie prenante s’accorde péniblement avec une critique sereine. Mais plusieurs amis ont souhaité que je développe certains points et Elena Pasca m’a offert l’hospitalité de Pharmacritique pour une analyse plus approfondie d’un aveuglement médiatique qui mène à la désinformation.

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19/03/2012

"Santé: moraliser la politique du médicament". Conférence de presse d’Eva Joly. Commentaires sur le complexe médico-industriel, politique et médiatique

En raison des dramatiques événements de Toulouse (et Montauban), la conférence de presse est reportée. Je vous informerai le moment venu.


J’ai été sollicitée par trois femmes, Eva JOLY, Michèle RIVASI et Aline ARCHIMBAUD, dont j’admire eva joly santé médicament,michèle rivasi santé médicament pharmaceutique,europe écologie les verts santé médicament,elena pasca,conflits d'intérêts médecine médicament loi,prix médicaments france europe,progrès thérapeutique autorisation de mise sur le marché,lobbying politique industrie pharmaceutique les verts,accès aux soins programme politique,coûtefficacité médicament,médecine prédictive médecine préventive,prévention dépistages cancer critique,media lobbying influence,experts conflits d'intérêt biais médecine,leo neels,écologie politique santé médecine médicament,prix médicament coût recherche développementl’intégrité et l’engagement, pour apporter une dimension d’ « expertise citoyenne » et de voix de la société civile lors d’une conférence de presse le mercredi 21 mars (détails à la fin) sur les moyens de « moraliser la politique du médicament », c'est-à-dire dans un domaine où la société civile et le débat citoyen sont marginalisés, voire exclus.

Habituellement, les professionnels de santé considèrent la santé – et surtout le médicament – comme une chasse gardée, réservée aux « techniciens » et aux « industries » de la santé. (Le terme même, appliqué à la santé, devrait choquer et interpeller...) Et les hommes politiques basent leurs décisions sur des expertises exclusivement techniciennes… Il faut ajouter à cela les agences de communication et les media. Ceux-ci n’ont pas fait leur travail d’investigation sur les médicaments et les abus des industriels et des leaders d'opinion (professionnels ou associatifs), mais ont toujours excellé dans la présentation des « découvertes » scientifiques et médicales, divinisées comme si toute nouveauté technoscientifique était un progrès thérapeutique et un progrès humain. Maintenant, ces mêmes media chassent le scoop, faisant la une dès qu’on parle d’un effet secondaire, comme si c’était une découverte qu'un médicament - le tramadol ou un autre - était à prescrire avec prudence, par exemple… Ces mêmes media n’ont pas changé dans leur rôle de courroie de transmission au service des intérêts productivistes des lobbies qui les possèdent en majorité…

Prenez les hommes politiques avec leurs conflits d’intérêts (sur tous ces sujets, voir les articles à partir de la liste alphabétique à gauche), les chercheurs et médecins avec les leurs, les media oscillant entre ignorance et vulgarisation toujours irréfléchies, et placez-les dans un système structurellement construit de façon à profiter aux industriels, où l’industrie pharmaceutique exerce un ghost management sans faille (voir cet article et celui-ci), c’est-à-dire une gestion invisible, mais omniprésente de tous les aspects et à tous les niveaux du système de recherche, de formation et d’information médicales – et vous aurez les principaux acteurs du microcosme de marionnettes de l’industrie qui est responsable du marasme actuel des choses. C’est un état dont on commence à peine à deviner l’étendue (des dégâts), que j’essaie d’esquisser et de dénoncer depuis que Pharmacritique existe.

Cette sollicitation d'une expertise citoyenne de l'extérieur d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), sans instrumentalisation politique ou autre, car totalement désintéressée, rompt avec les « traditions » du petit cercle exclusif des décideurs politico-sanitaires, avec leurs communicants et leurs conseillers plus ou moins intéressés, qui se fréquentent, fomentent des plans de carrière et forment des chapelles. C’est pour cela que j’ai accepté, alors que je ne fais pas partie d’Europe Ecologie les Verts (et d’aucun parti politique, d’ailleurs).

 

Au fil des ans et de mes participations régulières à des débats et colloques – cinq ces mois-ci, que je n’ai pas eu le temps d’annoncer -, et sans parler des discussions sous une autre forme et des sollicitations auxquelles je n’ai pas pu donner suite, j’ai remarqué toutefois que les écologistes sont plus ouverts au débat. Je pense surtout à la dimension de démocratie participative, avec le débat citoyen, avec cette ouverture à l’« expertise citoyenne » et à une « science citoyenne » qui irritent les professionnels, prompts à les déclarer illégitimes…

Pourtant, je ne cesse de rappeler, dans une terminologie qui paraît surannée, qu'en République, c’est le débat citoyen dans l’espace public politique qui permet, par abstraction successives des particularismes (de type appartenance à un parti politique, etc.) de dégager des intérêts universalisables, donc des intérêts qui dépassent tout corporatisme. Aucun corps intermédiaire – de type « ordre » (des médecins, etc.) ou corporation… - ne doit confisquer ce débat et la décision, ni ne peut prétendre représenter les citoyens. Je l’ai dit et redit dans ces pages.

Certes, on ne fera pas les prescriptions à la place des médecins, ni les recherches à la place des chercheurs. L’expertise citoyenne, ce n’est pas cela, n’en déplaise à ceux qui sèment la confusion pour la discréditer et tenter de s’en débarrasser pour garder l’exclusivité des cercles « sachants » traditionnels, sans droit de regard des citoyens, réduits au rôle de cobayes pour les produits des éprouvettes des divers industriels, fabriqués selon les cahier de charges de ces derniers: brevets et profits immédiats, avec l’impératif de soigner la santé financière des multinationales.

Ce type de discours rejetant l’expertise citoyenne revient régulièrement, et je l’ai entendu, avec des arguments qui paraissent solides à première vue, aussi dans l’exposé de Denis ZMIROU-NAVIER, professeur de santé publique à la Haute Ecole de Santé publique de Nancy. Nous étions les deux seuls Français participant au colloque sur les moyens de renforcer l’indépendance de l’expertise en santé publique, organisé par les députés écologistes belges Thérèse SNOY et Jacques MOREL le 20 janvier au Parlement fédéral belge (voir le programme détaillé). J’y reviendrai en détail, car il est révélateur de voir comment son raisonnement arrive, de proche en proche, à banaliser les conflits d’intérêts, définis de façon très large, ce qui lui permet de dire que nous aurions tous des liens, des dépendances, des intérêts, des conflits d’intérêts, y compris par la simple adhésion à une association… On voit que le rejet de l’expertise citoyenne a des raisons autres que celles qui paraissent évidentes, ainsi que des conséquences. Lorsqu’on assimile et qu’on met sur le même niveau l’engagement bénévole et désintéressé, sans conflit d’intérêts, d’un citoyen au sein d’une association indépendante et le « lien » d’un expert payé par des industriels pour faire passer leurs intérêts avant ceux de la santé publique, cela revient à neutraliser le danger et les conséquences des conflits d’intérêts, à les banaliser et les légitimer, à assimiler lobbying et plaidoyer citoyen…

J’ai répondu à cela, non pas par des discours théoriques, mais par des faits et des arguments chiffrés. Je pense avoir montré qu’un citoyen de base peut parler médicament. Une fois dans mon exposé de la matinée, portant sur des lois étrangères – surtout aux Etats-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne - permettant de réprimer et de dissuader les abus des industriels en matière de corruption, de conflits d’intérêts et de leurs conséquences, en matière de produits défectueux, mais aussi à d’autres niveaux tels que l’accès à l’information, le recours des victimes, etc. L’exposé portait aussi sur certains dispositifs juridiques et institutionnels pouvant servir d’exemple pour améliorer plusieurs niveaux dans la chaîne du médicament. Puis en répondant à des questions, mais surtout dans mon intervention de l’après-midi, lorsque j’ai interpellé de façon argumentée Leo NEELS, dirigeant du syndicat patronal de l’industrie pharmaceutique belge (Pharma.be), l’homologue de Christian LAJOUX, patron du LEEM français (Les Entreprises du médicament) et PDG de Sanofi France. Je raconterai les détails, ils sont édifiants.

 

L’expertise citoyenne sur les médicaments ne consiste pas à vouloir en prescrire, ni mélanger les éprouvettes et se substituer aux experts, comme dans les cauchemars des scientifiques et des médecins grevés de conflits d’intérêts et craignant qu’on vienne leur demander des comptes, ou même dans les cauchemars de ceux qui n’ont pas de conflits d’intérêts, mais ont besoin d’invariants, d’un ordre bien défini, d’une hiérarchie et de cases que le « forum hybride citoyen » viendrait bouleverser comme l’entropie en thermodynamique…

Le citoyen de base peut – et doit – débattre et décider s’agissant du rôle du médicament et des industries de santé, s’agissant de tout ce qui biaise la chaîne du médicament (discours marketing sur le médicament, entre autres, qui pousse à la surmédicalisation et à la surconsommation), s’agissant de tout ce qui induit des conflits d’intérêts, des biais et des influences sur le comportement des prescripteurs et des patients…

Les sujets ne manquent pas, et nous ne devons pas rester dans le rôle de cobayes, subissant ce que d’autres ont décidé de nous faire consommer. Nous pouvons agir déjà par un bulletin de vote, par le soutien aux sources d’information indépendantes, par une autoréflexion et en développant notre esprit critique – ce qui nous sera utile au-delà de la préservation de notre santé face à toute cette « prévention » médicamenteuse et à une médecine dévoyée de son rôle et devenue de plus en plus, avec notre complicité tacite :

- prescriptive : au sens prétendument éthique, comme lorsqu’elle normalise les être humains, uniformise et standardise, extirpe la différence dans les comportements (la psychodiversité…), devient un moyen de contrôle social et un gardien de l’ordre, en utilisant divers moyens qui vont des camisoles chimiques aux préceptes comportementaux déplacés ;

- préventive : en particulier par la prévention réduite au médicament (donc dans l’intérêt des industriels), ainsi qu’à des dépistages réguliers dont bon nombre n’ont pas lieu d’être (cancer du sein, cancer de la prostate…) et font plus de mal que de bien. La médecine devrait soigner lorsqu’il y a maladie, pas imposer la consommation de médicaments au cas où, sait-on jamais, il y aurait maladie à l’avenir… Et la prévention devrait être limité au seul domaine où elle est efficace : éducation, information sur les comportements à risque, sur les modes de vie et les modifications à apporter en cas de problème, sur les expositions professionnelles ou autres à des produits dangereux, etc. Mais ici, on touche aussi aux inégalités socio-économiques en santé, car la vraie prévention devrait passer par là : l’amélioration des conditions de vie, d’habitat, d’alimentation, de travail… Et même l’accès égalitaire aux soins ne réglera pas ces problèmes-là. Et il est plus facile – et en plus rentable pour les industriels et moins coûteux pour l’Etat, mais seulement à première vue – de prescrire des médicaments que de résoudre les problèmes induits par la pauvreté…

- prédictive (au moyen du « tout génétique », par exemple, comme au moyen de divers marqueurs pour dépister des maladies de plus en plus tôt, même s’il n’y a pas de thérapeutique. Comme dans la maladie d’Alzheimer, où savoir à 20 ans que l’on souffrira (peut-être) plus tard de cette maladie ne peut qu’induire une énorme souffrance psychologique, voire détruire une vie… Bonne élève du marketing pharmaceutique et intéressée à l’être, la médecine a développé beaucoup de moyens de médicaliser des bien-portants et pousser à la consommation de médicaments aussi en jouant à Madame Soleil (puisque les moyens utilisés sont tout aussi scientifiquement fondés que le tarot de cette dernière, qui avait de plus l’avantage d’être plus poétique…).

 

Et lorsque ni la génétique ni les marqueurs ne permettent de transformer une personne en bonne santé en malade consommateur de médicaments, il y a toujours le disease mongering (façonnage de maladies, invention et redéfinition de maladies, voir les articles) : les médecins en inventent pour tous les goûts, pour tous les modes de vie (lifestyle drugs…, médicaments et actes médicaux de confort…), pour toutes les étapes de la vie (ménopause, baisse de la fonction érectile, vieillissement en général...), pour toutes les demandes sociales (dresser les enfants en les déclarant hyperactifs ou les adolescents en « trouble de désobéissance », camoufler le mal-être socio-économique en le psychologisant en dépression ou d’autres « troubles » mentaux. Le nombre de ces derniers est passé de 106 en 1952, lors de la première édition du DSM, à plus de 350 dans la quatrième édition du DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux)…

La description de David SACKETT de la médecine préventive s’applique parfaitement aussi à son dévoiement en médecine prédictive et prescriptive. Son article paru en 2002 dans le CMAJ (Canadian Medical Association Journal) sous le titre The Arrogance or Preventive Medicine est une lecture fort instructive pour comprendre comment le système pousse structurellement la médecine vers des rôles qui ne sont pas les siens – et que nous ne devons pas accepter. Nous ne devons pas accepter son arrogance, son agir présomptueux et impérieux, les préceptes qu’elle n’a aucune légitimité à formuler, son incapacité à reconnaître ses limites et à accepter la critique, son rôle de rouage dans la machinerie du profit industriel, avec les médecins comme exécutants et victimes consentantes.

Or notre passivité rend possible la reproduction de ce système, avec des adaptations minimes et des mesurettes cosmétiques lorsque cela déborde : ainsi, la loi de Xavier BERTRAND sur le sécurité de la chaîne du médicament apporte quelques mesures dues de longue date, mais sans rien changer à la nature structurellement pharma-amicale de notre système de santé et de soins. Une excellente communication autour de cette loi l’a fait paraître révolutionnaire, alors que seules les apparences changent, comme je l’ai dit dans un communiqué détaillé de la Fondation Sciences Citoyennes, et dans un autre article détaillant les mesures et les sanctions prévues, ainsi que la position ambiguë l’Ordre des médecins. Paul JANIAUD a lui aussi souligné d’autres « oublis inquiétants » dans la loi.

 

Nul besoin d’être professionnel de santé pour parler de cela. Et le citoyen lambda a même l’avantage de ne pas vivre de ce système, de ne pas y contribuer, de n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Elena Pasca

***

Voici l’annonce de la conférence de presse, qui aura lieu le mercredi 21 mars de 15 h à 16 h à cette adresse : IREMMO, 5, rue Basse des Carmes, 75005 Paris

 

SANTE : IL FAUT MORALISER LA POLITIQUE DU MEDICAMENT

En présence de :

  • Eva JOLY, candidate Europe Ecologie Les Verts à l'élection présidentielle
  • Michèle RIVASI, députée européenne EELV  
  • Aline ARCHIMBAUD, sénatrice EELV de la Seine-Saint-Denis
  • Elena PASCA, philosophe, créatrice du blog Pharmacritique, membre du CA de Sciences Citoyennes

 

« Les coûts en santé ont explosé ces dernières années. Aujourd'hui, entre 25 et 35% de la population renonce à se soigner, faute de moyens. En cause : dépassement d'honoraires, franchises, tarifications à l'acte... Mais également médicaments de plus en plus chers. Les français dépensent en effet entre 4 et 8 fois plus qu'il y a 25 ans pour leurs médicaments, alors que ces derniers ne sont pas plus efficaces. En effet, le progrès thérapeutique stagne depuis une quinzaine d'années. En l'absence d'une analyse coût/efficacité et d'une autorisation de mise sur le marché exigeant la supériorité des nouveaux médicaments, l'on peut compter sur les doigts d'une main les médicaments vraiment novateurs, parmi les centaines autorisés chaque année en France. Et pourtant, les profits pharmaceutiques augmentent, et les restes à charge des patients, aussi...

Comment en sommes-nous arrivés là? Quel rôle jouent aujourd'hui les industries pharmaceutiques, leur marketing, leur lobbying et leurs stratégies? Pourquoi les citoyens sont-ils les premières victimes de cette politique opaque? Comment réaliser des économies dans ce secteur? En quoi le programme de la candidate écologiste pourra répondre à ces questions?

Réponses le 21 mars prochain. »

09/03/2012

"Sarkozy, bilan de la casse". "L’abécédaire des maux du sarkozysme". Constats et propositions de la Fondation Copernic

Les éditions Syllepse viennent de publier (en février 2012) l’ouvrage « Sarkozy : bilan de la casse », nicolas sarkozy bilan réformes,sarkozy bilan de la casse,abécédaire des maux du sarkozysme,néolibéralisme communication image politique,campagne éléctorale nicolas sarkozy programme,économie réformes protection sociale,fondation copernic nicolas sarkozy propositions,nicolas sarkozy chômage santé pouvoir d'achat,media lobbying communication influencedans la collection « Les notes et documents de la Fondation Copernic » (144 pages, 7 euros) ; le même texte est disponible aussi sous forme de hors série de l’Humanité sous le titre « L’abécédaire des maux du sarkozysme ».

C'est un ouvrage à lire impérativement, afin de voter en connaissance de cause et de ne pas (ou ne plus) se laisser endormir par les berceuses d’une équipe à laquelle il faut reconnaître un grand mérite : elle est inégalée en communication. Cette communication se fait grâce à l’emprise sur des media serviles - soit par conflits d’intérêts, soit par autocensure -, où le journalisme d’investigation n’existe plus. Ces media nous désinforment en habillant (à peine) les communiqués de presse reçus des lobbyistes et autres agences de communication travaillant pour les industriels et autres « acteurs de la vie économique », acteurs de ce monde des affaires - dans tous les sens du terme - que Nicolas Sarkozy voulait promouvoir en allégeant le droit des affaires, par exemple pour ne plus embêter des entrepreneurs aussi exemplaires que les laboratoires Servier par des lourdeurs administratives et autres contrôles.  

Cette communication fabrique l’opinion par des méthodes d’influence et de persuasion pourtant bien connues, mais néanmoins toujours aussi efficaces, dans un monde où, justement, c’est l’opinion qui domine, car l’avis en connaissance de cause ne peut plus se former, la citoyenneté ne peut plus se construire et s’exprimer, puisque cette emprise empêche l’espace public politique (la Öffentlichkeit des philosophes) de se construire.

Nous finissons par reprendre, comme si c’était notre avis mûrement réfléchi, l’essentiel de la désinformation que l’on nous sert à toutes les sauces : Nicolas Sarkozy aurait sauvé l’Europe... en cautionnant la pseudo-politique économique qui ne sert que les intérêts de l’Allemagne et finira par mettre l’Europe à genoux ; il aurait « moralis[é] le capitalisme »... d’une façon qui démonétise le mot « morale » tout comme le mot « réforme », jusqu’à les rendre synonymes de régression, d'involution sociale, de collusions, copinages, conflits d'intérêts... Et ainsi de suite.

[Parenthèse sans rapport avec le livre: j'ai essayé de contribuer un peu, sur ce blog et ailleurs, à l'analyse des exploits de Nicolas Sarkozy et de son équipe en matière de conflits d'intérêts, lobbying et collusions avec l'industrie pharmaceutique et les « industries de la santé » (le terme même en dit long...). Pour ce qui est des collusions avec les industriels intervenant dans tous les aspects de la prise en charge des personnes âgées (maladie, assurances et mutuelles, maisons de retraite...), j'ai publié en mars 2009 une longue analyse des relations étroites de Nicolas Sarkozy et de ses frères avec ceux qui font du profit sur le dos de nos grand-parents. L'article, largement repris depuis 2009 par les rares media indépendants, s'appelle "Conflits d'intérêts des frères Sarkozy, plan Alzheimer et mutuelles obligatoires pour le profit de Sanofi et des assurances".

Ce n'est que l'une des mailles du filet, en matière de santé, mais elle est typique et aide à comprendre quelle est la vraie raison de certains choix économiques - franchises médicales et autres ponctions des patients, maladie d'Alzheimer comme priorité de santé publique, partenariats public/privé, restructuration de la recherche publique... - qui favorisent les intérêts privés et les profits des industriels, mais nous sont présentés par la communication comme relevant des meilleures intentions de promouvoir la santé publique et d'un volontarisme politique inégalé. Il en va de même pour la loi de Xavier Bertrand, de réforme de la chaîne du médicament, introduisant certaines mesures cosmétiques dues de longue date, compte tenu du retard français en la matière, mais qui ne changeront en rien la nature structurellement pharma-amicale de notre système de santé et de soins, donc les risques pour la santé publique. (Voir les billets sur tous ces sujets à partir de la liste des catégories à gauche de la page.)]

Nous sommes désinformés en permanence. Aussi, lorsque des analyses indépendantes arrivent à voir le jour, il faut impérativement les lire. Lisons ce bilan de Nicolas Sarkozy, de son gouvernement et son administration, cet ouvrage que l'Humanité présente comme un « manuel de campagne » : « De A à Z, les principales mesures du quinquennat sont décryptées par 64 auteurs réunis par la Fondation Copernic. De AAA à Vidéosurveillance, en passant par Bouclier fiscal, Gandrange, Enseignants, Roms, RGPP ou encore Kadhafi, près de 130 mots sont rassemblés dans ce hors série que l’Humanité publie en partenariat avec la Fondation Copernic. Les auteurs, pour l’essentiel des responsables d’associations, de syndicats, des acteurs et chercheurs du mouvement social, passent au crible le bilan du quinquennat, de A à Z. »

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03/03/2012

Toxicité du maïs OGM de Monsanto MON 810 confirmée. Arrivera-t-il bientôt en France ?

Après l'extrait d'une chronique de Hervé Kempf ("Ubu président") sur la disparition de l'écologie du paysage préélectoral et des commentaires sur la mollassonnerie de la demande française de moratoire sur le maïs transgénique MON 810 de Monsanto, qui pourrait n'être que de pure forme, je reprends un communiqué de presse. Daté du 29 février 2012, il est signé par la Fondation Sciences Citoyennes et le ENSSER logo.gifréseau ENSSER (European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility : Réseau européen des scientifiques pour une responsabilité sociale et environnementale). Plusieurs scientifiques de Sciences Citoyennes participent à ce réseau.

L’on voit à nouveau que les discours marketing de Monsanto sont infirmés jour après jour par les recherches : l’insecticide produit par la variété MON 810 ne tue pas seulement les insectes ciblées, mais aussi d’autres. La toxine Bt constitue un danger aux proportions inconnues, imprévisibles et incontrôlables.

Or la pression des lobbyistes qui promeuvent les intérêts de Monsanto auprès des décisionnaires nationaux et européens et très forte et la clause de sauvegarde française pourrait n’être bientôt qu’un souvenir. Certes, le 20 février, la France a demandé de nouveau à l’Union européenne de suspendre l’autorisation du MON 810 et précisé que le pays pourrait prendre des "mesures conservatoires" d’interdiction temporaire de la culture de ce maïs insecticide Bt.

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01/03/2012

Collectif des 39 en meeting contre l’exclusion de la folie et l’évaluation unilatérale des pratiques psychothérapeutiques (17 mars à Montreuil)

Mise à jour à la fin, datée du 9 mars, avec le nom des intervenants au meeting

Le Collectif des 39 (psychiatres) contre la nuit sécuritaire m’a fait parvenir ce texte, invitant tout le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire,collectif psychiatrie contre LOPPSI,exclusion de la folie,haute autorité de santé psychanalyse,meeting montreuil 17 mars collectif des 39,hospitalité pour la folie,maladie mentale prise en charge stigmatisation,maladie mentale traitement enfermement,soins sous contrainte psychiatres critiquesmonde à participer au meeting qui aura lieu le samedi 17 mars de 9 h à 18h, à Montreuil, à la Parole Errante. Adresse complète : La Maison de l'Arbre, 9 Rue François Debergue, 93100 Montreuil, tél. 01 48 70 00 76.

Outre les messages adressées aux hommes politiques – et notamment aux candidats aux élections présidentielles qui seront présents -, les orateurs rappellerons leurs positions de principe quant à l’hospitalité de la folie, leur rejet des lois promulguées récemment ainsi que des tendances qui se dessinnent à travers les décisions récentes prises par la Haute Autorité de Santé.

Je rappelle qu'il est toujours possible de signer la pétition "Réforme de la psychiatrie - une déraison d'Etat". D'autres billets présentant en détail le Collectif des 39, leur manifeste, leurs actions et revendications, y compris sous forme vidéo, sont accessibles en descendant sur cette page. J'ai largement développé cet aspect ailleurs, mais tenais à redire que, par les temps qui courent, où les divergences corporatistes font de plus en plus exploser la dyade médecin/patient, ces psychiatres donnent l'exemple de ce que devrait être l'engagement pour les patients, dans une convergence des intérêts qui devrait l'emporter sur tout autre type de considérations.

Extraits de deux textes reçus du Collectif des 39:

« A moins de 2 mois d’échéances électorales importantes, nous avons décidé de nous adresser aux candidats à l’élection présidentielle pour leur demander de préciser leur position et de répondre à nos demandes formulées dans notre manifeste. Les représentants du P.S., du Front de Gauche, d’E.E.L.V., du N.P.A., nous ont déjà assurés de leur présence.

 

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25/02/2012

Alter dictionnaire médico-pharmaceutique bilingue de Pierre Biron, par Fernand Turcotte

pierre biron alter dictionnaire logo.jpg

Par le Pr Fernand TURCOTTE


Pierre Biron est professeur honoraire de pharmacologie à l'Université de Montréal. Une présentation plus détaillée de ses activités et de ses engagements est comprise dans l'introduction aux deux articles déjà publiés dans Pharmacritique : « La pharmaco-prévention dans les unités de soin de longue durée : un acharnement à dénoncer » (le 24/08/2011, sur cette page) et « Entrevue virtuelle avec Jean Peneff: "La France malade de ses médecins" » (01/02/2011, sur cette page).


Pierre Biron continue de mettre à jour chaque mois son Alter dictionnaire médico-pharmaceutique bilingue, déjà présenté par Mme Pasca.

Son objectif est que l’analyse critique de l’univers médico-pharmaceutique puisse se répandre en français et contribuer à une métamorphose de notre attitude envers la médecine et le médicament.
Cet ouvrage est évolutif et bilingue, engagé à documenter la surmédicalisation, la surmédicamentation, la corruption du savoir médical, la "pharma-co-dépendance" et les intérêts particuliers.

Il est destiné aux journalistes, enseignants et observateurs bilingues de la scène médico-pharmaceutique, cherchant à comprendre les termes dans leur contexte et interpréter les discours des acteurs du médicament. Un projet sans but lucratif, sciemment biaisé en faveur des patients et de l’intérêt public, contenant 2 250+ articles et 1 400+ références dans la version de février courant (2012).

Son auteur souhaite que vous le partagiez avec les collègues en raison de vos convictions, et la citation de courts extraits est encouragée. Il est mis à jour et enrichi chaque mois, hébergé sur le site de l'Encyclopédie de l'Agora, site piloté par le philosophe québécois Jacques Dufresne.

L'adresse URL est

http://agora-1.org/fichiers/alter_dictionnaire_medico-pha...

et le téléchargement est gratuit.

 

24/02/2012

Colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics et surtraitements" fin avril: présentation détaillée et appel à contributions actualisés

Dans ce billet, je faisais la première annonce du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics et surmédicalisation surmédicamentation surconsommation médicaments,surmédicalisation médicalisation soin excès,normalité pathologie maladie seuil,colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,elena pasca surmédicalisation,disease mongering façonnage de maladies surmédicalisation,surmédicalisation causes formes,surmédicalisation conflits d'intérêts,surmédicalisation paiement à la performance organisation,surmédicalisation relation médecin patient examen clinique,erreur médicale surmédicalisation iatrogénie,groupe princeps colloquesurtraitements », qui aura lieu le 27 et le 28 avril 2012 à la Faculté de médecine de Bobigny, dont le Département de médecine générale est co-organisateur, avec le groupe Princeps et la SFTG (Société de formation thérapeutique du généraliste). Le colloque est organisé en toute indépendance et ne bénéficie d’aucun financement.  

Voici la plaquette définitive du colloque, contenant le bulletin d’inscription, les informations pratiques utiles, ainsi que la présentation détaillée des six ateliers. Les thèmes proposés ne sont que des points de départ, pour baliser un terrain très large et inciter à la réflexion pour les contributions. Le déroulement précis de chaque atelier sera en fonction de la nature et du contenu des communications retenues par le comité d’organisation.

Nous vous invitons à nous soumettre vos propositions de contribution avant le 20 mars 2012: un intitulé et un résumé de 500 caractères (espaces compris), dans un document en format word, attaché en pièce jointe à votre mail. Le comité d'organisation informera rapidement les auteurs des communications retenues et publiera le programme définitif. Chaque auteur devra faire une déclaration d’intérêts. Par souci de simplicité et d’efficacité, nous avons gardé un seul moyen de communication pour tout (envoi des abstracts, commentaires, suggestions…) : l’adresse mail

surmedicalisation@tribunes.com

Merci de diffuser largement cette information dans vos réseaux. Suite à plusieurs remarques et questions, je tiens à souligner que le colloque n’est pas réservé aux professionnels de santé. Nous serions heureux d’avoir des contributions d’horizons très divers, avec des approches différentes. Certains ateliers paraissent très spécialisés, certes. Mais ils ne sont pas exclusifs. Et l’atelier N°2, par exemple, consacré aux causes et sources de surmédicalisation et que j’aurai le plaisir d’animer, est largement ouvert aux approches sociologiques et des sciences humaines et sociales en général, de même qu’à des approches historiques, économiques, etc.

Pas besoin d’être médecin ou pharmacien pour répondre aux questions de principe posées ici; au contraire, un regard socio-historique, socio-économique, critique des idéologies, etc. me semble a priori plus pertinent, s’agissant de l’analyse des causalités, aussi parce que l’analyse globale est souvent plus lucide lorsqu’elle est faite de l’extérieur du système.

Une telle question globale, en filigrane dans les thèmes proposés pour l’atelier sur les causes, est de savoir si la surmédicalisation est un phénomène spécifique au capitalisme, s’il change de forme et s’aggrave avec le néolibéralisme, etc. Est-ce qu’il s’agit de la traduction en médecine de la tendance historique à la technicisation de nos modes de vie, à une autre forme de contrôle social passant par la discipline des corps et des esprits, typique de ce que Michel Foucault appelait « biopolitique » et « médicalisation infinie » ? Est-ce donc une facette de ce phénomène global qu’est l’emprise des technosciences sur tous les aspects de la vie et de la société, avec la tendance à la standardisation, à l’uniformisation et à la normalisation de nos existences, selon des standards artificiels de « normalité » qui ne profitent qu’à ceux qui vivent de ce qu’on appelle désormais clairement « industries de la santé ».

Parlant de causes et de sources de surmédicalisation, la génétique me semble un sujet incontournable. En général, il serait important de voir comment des discours scientistes ont été vulgarisés et sont entrés dans les représentations idéologiques courantes, entraînant plein d'illusions sur la « prévention » et une médicalisation aux conséquences parfois extrêmes. (Pensons à l'ablation des seins en prévention d'un hypothétique cancer du sein, à cause de la présence d'un gène; pensons à ce que Jacques Testart appelle « eugénisme libéral » dans la technologisation de la procréation. Etc.) 

Tout cela parce qu'on nous inonde de discours sur le tout génétique, que les applications technoscientifiques sont présentées toutes comme des espoirs pour arriver un jour à un risque zéro, à la performance et au jeunisme infinis. Les intérêts industriels et les lobbies de toute sorte qui vivent de ces industries de la santé (y compris les organisations professionnelles médicales dans leur inertie) tendent à transformer la médecine non seulement en une technique préventive standardisée, mais carrément en une médecine prédictive - et prescriptive au sens éthique de ce terme.

La description détaillée des thèmes proposés pour chaque atelier vous permettra de voir cette ouverture transdisciplinaire. Nous voulons réfléchir ensemble à ces phénomènes, justement en dépassant une hyperspécialisation qui empêche les citoyens d’appréhender ces phénomènes dans leur globalité et de comprendre à quel point la surmédicalisation, ce n’est pas un débat à porter entre techniciens de la santé, mais quelque chose qui touche chacun(e) d’entre nous dans tous les aspects de nos vies et qui façonne celles-ci de manière insidieuse. La surmédicalisation sous toutes ses formes est tellement omniprésente et banalisée qu’on ne la perçoit plus, car elle est présentée comme résultant de la « science » et étant un « progrès » en elle-même, comme si la technologie était nécessairement éthiquement acceptable, comme si toute nouveauté était un progrès pour l’humain. Ces lignes suffisent à montrer qu’il s’agit d’une problématique globale que nous devons comprendre et nous approprier pour agir.

Autant préciser d'emblée que nous concevons ce colloque dans une approche rationnelle, avec des argumentations faites en raison et des raisonnements scientifiques. Pour ce qui est des questions techniques, nous nous appuyons surl'evidence-based medicine (médecine fondée sur le niveau de preuve). Il faut sortir de la polarisation de plus en plus marquée entre discours scientistes et dogmatiques, d'une part, et approches irrationalistes et rejets en bloc (de la médecine, etc.), d'autre part. Cette polarisation en extrêmes - qui se nourrissent l'un l'autre dans une dialectique des contraires - n'est pas une solution aux conséquences de la surmédicalisation; au contraire, elle empêche une réflexion et une action rationnelles et fait le jeu de tous ceux qui vivent du système actuel (soit parce qu'ils contribuent à ce système de l'intérieur, soit parce que la dénonciation stérile de ce dernier est devenue leur fonds de commerce).

Nous constaterons ensemble, en réfléchissant à partir des contributions de chacun(e), que l’étude de la surmédicalisation, depuis ses causes jusqu’à ses formes et ses conséquences ubiquitaires, nous donnera un cadre global de réflexion nous permettant de structurer et de comprendre beaucoup d’informations isolées que nous recevons tous les jours. Nous verrons si on peut remédier à l’omniprésence de la surmédicalisation dans tous les champs de la santé, des soins, de l’information santé… autrement que par une refonte globale du système de santé et de soins, allant de pair avec une éducation critique des usagers.

Elena Pasca

Voici la plaquette avec le bulletin d’inscription, suivie par la présentation détaillée des ateliers :

 

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22/02/2012

Toxiques environnementaux, fertilité et maladies de l’appareil reproducteur: analyse de l’Institut de Veille sanitaire

L’Institut de Veille sanitaire (InVS) a publié le 21 février 2012 un numéro thématique de son Bulletin santé environnementale reproduction,environnement toxique fertilité,perturbateurs endocriniens toxicité,perturbateurs endocriniens InVS,fertilité reproduction perturbateurs endocriniens,bulletin épidémiologique hebdomadaire environnement fertilitéEpidémiologique Hebdomadaire (BEH) intitulé « Enjeux environnementaux pour la fertilité humaine » (BEH N° 7-8-9/2012). Le texte vaut le détour et ses perspectives ne se limitent pas aux divers aspects impliqués dans la baisse de la fertilité.

Comme le dit Alfred Spira dans son éditorial, les catastrophes de ces dernières années accentuent l’interrogation sur l’impact néfaste des « progrès scientifiques, technologiques et industriels » sur la santé humaine et le devenir de la planète. J’ai abordé ces questions dans l’article détaillé qui part du livre de Jacques Testart, Catherine Bourgain et Agnès Sinaï « Labo-Planète. Comment 2030 se prépare sans les citoyens » (Mille et une nuits 2011), dans lequel j’évoque les aspects théoriques et donne des références.  Dans ce billet, je me limiterai aux questions traitées dans cette analyse de l'InVS, qui illustrent par ailleurs parfaitement la validité du raisonnement théorique...

Outre les études mettant en évidence « une augmentation des allergies chez les enfants, une augmentation de l’incidence du diabète de type 2 et une augmentation en 25 ans du nombre de nouveaux cas de certains cancers tant chez l’homme que chez la femme, une augmentation de l’obésité et des maladies chroniques », se pose la question de l’impact sur la capacité de l’humanité à se reproduire. Cette interrogation, prégnante en particulier depuis la parution en 1962 du livre de Rachel Carson, « Silent spring » (« Printemps silencieux »), suppose un « débat sur des choix importants de développement, industriels, de modes de vie et de modèles économiques ». Et même si les législateurs et autres décideurs politico-sanitaires sont en retard sur le débat de société, qui commence peu à peu, l’on a quand même vu un certain nombre de mesures concernant les perturbateurs endocriniens, dont deux lois votées en 2011. Espérons que ce numéro du BEH  contribue à une prise de conscience, en particulier de la part des professionnels de santé, qui en sont les destinataires et qui ignorent largement la « santé environnementale »…

Les perturbateurs endocriniens, principales substances exogènes mises en cause, sont largement abordés dans un chapitre à part, « Mécanismes et enjeux de la perturbation endocrinienne », dont je conseille vivement la lecture, parce qu’il permet de comprendre la spécificité du mode d’action des perturbateurs endocriniens et la multiplicité de leurs effets toxiques, qui en fait un problème de santé publique face auquel les approches habituelles en toxicologie perdent leur validité.

Cette analyse pose aussi la question, restée longtemps taboue à cause des intérêts industriels en jeu et de l’influence des lobbies industriels sur les décideurs politiques, de la relation entre l’exposition professionnelle à divers toxiques environnementaux et les anomalies de la fertilité et les affections de l’appareil reproducteur. Le numéro contient par ailleurs une revue de la littérature scientifique récente à ce sujet aussi, sans être toutefois une méta-analyse (qualificatif utilisé par le Journal de l'Environnement), faute de méthodologie adéquate et de la prise en compte de toutes les études disponibles.

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20/02/2012

Repenser les rapports Recherche / Société : initiative française 2012 dans le cadre du Forum Mondial Sciences et Démocratie

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La Fondation Sciences Citoyennes, et en particulier son coordinateur, Fabien Piasecki, est la cheville ouvrière du Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD). Je reprends la plaquette de présentation de l'Initiative française 2012 du FMSD. Ce forum pour repenser les rapports Recherche / Société, ouvert à tous et gratuit dans la limite des places disponibles, se tiendra le 24 mars 2012 de 9h à 19h à la Halle aux farines (Université Paris-Diderot).

Les inscriptions préalables ne sont pas nécessaires, mais il est préférable d’informer les organisateurs de votre venue. Merci de diffuser l'information le plus largement possible dans vos réseaux.

« Les 4 et 5 février 2011 s’est tenu à Dakar le 2e Forum Mondial Sciences et Démocratie (FMSD) qui a réuni plus de 130 universités, ONGs, institutions scientifiques et gouvernements des cinq continents dans le cadre d’un dialogue politique visant à questionner le rapport de nos sociétés à leurs institutions de recherche et d’enseignement supérieur, au nord comme au sud. Le succès de cette entreprise, lancée en 2007, nous amène à proposer de décliner ces débats aux niveaux régionaux et nationaux. L’initiative Un forum pour repenser les rapports Recherche / Société concerne le contexte français et, indirectement, la situation à l’échelle européenne voire mondiale.

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16/02/2012

La santé publique ne connaît pas la crise !

Par le Dr Cesar Eduardo Wong Alcazarmédecine humanitaire dérives,santé publique pays pauvres,ong humanitaire éthique,santé publique profit affaires,organisation mondiale de la santé commerce profit,nations unies politique santé,oms pays pauvres profit santé,cesar eduardo wong alcazar,médecine profit pays en voie de développement *

 

En temps de crise économique, si vous hésitez dans quel domaine investir afin d’assurer votre avenir, tournez-vous dans un secteur épargné par la crise, un bon business rentable : la santé publique dans des pays en voie de développement.

J’ai 33 ans, je suis médecin et je rêvais un jour de « sauver le monde » ou d’y contribuer. Pour moi, la santé publique, c’était le moyen qui allait me permettre de réaliser mes rêves.

Je suis parti en mission humanitaire en Asie et en Afrique pour des programmes de lutte contre le  paludisme et le VIH. Au cours de ces missions, j’ai été confronté à des réalités difficiles, tant sur le point médical que sur le point éthique et j’ai rencontré des gens qui ne partageaient pas du tout mon point de vue…

J’ai compris que de leur point de vue, la santé est un très bon business. Chacun a intérêt que le développement d’un programme de santé ne se fasse pas trop vite (sauf la population qui devrait tirer bénéfice de ce programme).  Tant qu’il y a des malades, il y a des soignants, des philanthropes, des bénévoles, mais aussi des investisseurs, des organismes internationaux, des agences de développement, des gouvernements corrompus, et un nombre incalculable de profiteurs !

Par ces quelques lignes, je voudrais vous faire partager ma brève expérience et mes désillusions sur ce que j’ai rencontré dans les programmes de santé publique à l’étranger.

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09/02/2012

Bisphénol A et diabète: de nouvelles confirmations chez l’homme

Voici un communiqué du Réseau Environnement Santé (RES) daté du 9 février 2012. perturbateurs endocriniens métabolisme diabète,diabète cause environnement,diabète bisphénol A BPA,bisphénol A toxicité endocrinienne,réseau environnement santé,études bisphénol A diabète,perturbateurs endocriniens maladies chroniques,pollution perturbateurs endocriniens,santé environnementale,maladies chroniques environnement,OMS maladies chroniques diabèteD'autres textes sur le bisphénol A et les perturbateurs endocriniens, contenant des liens et des références, sont accessibles en descendant sur cette page.

« Bisphénol A et Diabète : de nouvelles confirmations chez l’Homme »

3 études récentes confirment que le Bisphénol A est impliqué dans le diabète de type 2 chez l’homme.

« Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le diabète est une maladie chronique qui survient lorsque le pancréas ne produit pas assez d'insuline ou lorsque l'organisme n'est pas capable d'utiliser efficacement l'insuline qu'il produit. Il en résulte une concentration accrue de glucose dans le sang (hyperglycémie).

La responsabilité d’un certain nombre de substances chimiques dites « diabétogènes », dont le Bisphénol A, est de plus en plus mise en évidence. L’étude la plus récente a été publiée le 8 février dans la revue PLoS ONE (« action insulinotrope rapide des faibles doses de bisphénol-A sur des îlots de Langerhans de souris et humains : le rôle de récepteur des oestrogènes ») [1]. Les auteurs font partie de l’équipe du Dr Angel Nadal de l'Université Miguel Hernandez Elche à Alicante, Espagne, qui a déjà publié de nombreux travaux sur BPA, diabète et obésité.

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30/01/2012

Antidépresseurs : nombreux risques pour une efficacité controversée dans une dépression marchandisée

Ceci est le texte intégral de mon article paru dans le numéro de mai 2011 de la antidépresseurs effets indésirables,antidépresseurs suicide,antidépresseurs bénéficesrisques efficacité,dépression traitement médicamenteux,biais de publication médecine,disease mongering troubles mentaux,dépression marketing marchandisation,dsm disease mongering psychiatrie,antidépresseurs dépendance sevrage,antidépresseurs inhibiteurs sélectifs recapture sérotonine,surmédicalisation surconsommation psychotropesrevue Alternative Santé (pp. 18-21), sous le titre (donné par la rédaction) « Antidépresseurs : l’overdose ». Je l’ai introduit et commenté dans ce billet. Le nombre de signes était limité (dans la revue); c'est pour cela que le texte est très comprimé, sans transitions, ni figures de style, sans aucun mot qui ne semblait pas indispensable à la compréhension.

Antidépresseurs : l’overdose

Aldous Huxley imaginait dès les années 30 le médicament parfait, appelé Soma, qui crée un bonheur artificiel, émousse les émotions et pensées inadaptées par rapport aux normes sociales et devient ainsi un outil efficace de contrôle social. C’est le moyen idéal pour les tenants de la biocratie, l’une des formes de biopolitique (Michel Foucault) qui implique la médicalisation de l’existence, pour discipliner corps et esprits, normaliser les individus « déviants » à coups de camisoles chimiques et de bonheur standardisé. La psychiatrie ainsi dévoyée devient une gardienne de l’ordre socio-économique [1].

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27/01/2012

Publicité directe sur les médicaments sous prétexte d’information des patients: la Commission européenne persiste

Cela fait partie des nombreuses informations reçues pendant ma période d’inactivité (sur ce blog, du moins), qui restent actuelles et devraient être largement diffusées

Voici un communiqué du Collectif Europe et Médicament, de l’ISDB (International publicité directe aux consommateurs,dtca direct-to-consumer advertising,publicité pharmaceutique,paquet pharmaceutique europe,commission européenne industrie pharmaceutique,information directe aux patients,marketing pharmaceutique,médicaments directive européenneSociety of Drug Bulletins) et de Health Action International, daté du 1er décembre 2011 :  « Proposition modifiée de Directive sur l'“information” des patients : quelques améliorations, mais toujours le risque d’une publicité directe aux patients ».

Inutile de faire une longue introduction. Les risques d‘une publicité directe pour les médicaments d’ordonnance (DTCA : direct-to-consumer advertising) ont été abordés en détail sur Pharmacritique, dans les notes accessibles à partir de cette page et de celle-ci, et en particulier dans cet article, qui contient beaucoup de liens et références : « Que vaut l’"information" par les firmes ou "publicité directe aux consommateurs"? Rien pour les patients, tout pour l'industrie! »

 J’ai aussi relayé d’autres communiqués du Collectif Europe et Médicament protestant contre le « paquet pharmaceutique » : ces mesures que la Commission européenne persiste à vouloir faire passer sous des formes plus détournées, malgré les nombreuses critiques (qui ont quand même réussi à éviter le pire). Il s’agit principalement d’abandonner la pharmacovigilance aux laboratoires pharmaceutiques et d’autoriser ceux-ci à se faire une publicité directe, donc sans le filtre critique des professionnels de santé, sous prétexte d’être une source d’information pour les patients, de contribuer à l'éducation thérapeutique et d'aider à une meilleure observance aux traitements.

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