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22/03/2011

Assises du médicament: "Un front commun d’action pour des contre-Assises du médicament indépendantes!" (Fondation Sciences Citoyennes)

Voici un communiqué de presse fait pour la Fondation Sciences Citoyennes (FSC). Je devais représenter l'association aux Assises du Fondation Sciences citoyennes logo.gifmédicament, si le ministère ne nous avait pas refusé l'inscription, comme à d'autres participants indépendants... De toute façon, j'étais mandatée pour faire un rapide constat critique, donner les références de nos contributions, et en particulier de la proposition de loi sur la déontologie de l'expertise et la protection des lanceurs d'alerte (sur cette page), et claquer la porte très vite, si possible en concertation avec d'autres participants indépendants.

La meilleure attitude nous semble être celle consistant à ne pas se laisser instrumentaliser dans cette mascarade contrôlée par l'industrie et mise en place pour que rien ne change en profondeur. Il faudrait construire un front commun d'action et de proposition, pour que les indépendants soutiennent mutuellement leurs propositions dans le domaine de la santé, de l'expertise et de l'alerte en général, et puissent élaborer des positions communes. Ce qui permettrait aussi de mettre en place des contre - Assises du médicament indépendantes, transparentes et pluralistes. Une vraie évaluation, c’est-à-dire de vraies assises (voir ci-après).

Le communiqué existe en deux versions: une version courte (une page et demi) envoyée le 21 mars aux media, et une version longue et référencée postée sur cette page du site de la Fondation. C'est la version détaillée que je reproduis ci-après:

Elena Pasca (Fondation Sciences Citoyennes et Pharmacritique)


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21/03/2011

Héparines: Familles de France saisit la DG SANCO pour dénoncer la complaisance de l’AFSSAPS à l’égard des laboratoires français

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

18/03/2011

Prématurés: risque augmenté d’entérocolite nécrosante après transfusion de globules rouges

La revue Pediatrics – organe officiel de la American Academy of Pediatrics - a publié le 14 mars sur son site l’étude “Increased Odds of entérocolite nécrosante Dralami edu.jpgNecrotizing Enterocolitis After Transfusion of Red Blood Cells in Premature Infants » (Pediatrics 2011;127:635-641). Traduction : Risque accru d’entérocolite nécrosante après transfusion de globules rouges chez des nourrissons prématurés. (Image tirée de ce site français: article décrivant l'entérocolite nécrosante en général).

David A. Paul et son équipe de Newark et de Philadelphia ont mis en place une étude rétrospective de cohorte incluant 2311 nourrissons prématurés ayant un poids de naissance inférieur à 1.500 grammes et pris en charge dans un seul centre de néonatalogie. Les investigateurs n’ont retenu que les cas d’entérocolite nécrosante (ECN) intervenus dans les 48 heures après le début d’une transfusion de globules rouges stockées dans des poches de perfusion (PRBC : packed red blood cells).

Des extraits du texte complet – réservé aux abonnés –, publiés en fin d'article, complètent l’annonce des résultats bruts par des éléments très intéressants et un rappel bienvenu de la littérature médicale à ce sujet. Des études passées, certes à une échelle moindre, ont déjà montré une association entre transfusion et ECN.


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17/03/2011

Risque d’accident vasculaire cérébral sous antidépresseurs. Effets indésirables confirmés par des études

La littérature médicale sur les effets indésirables des antidépresseurs est déjà bien fournie. Ici, je souhaite simplement signaler la parution Prozac.jpgd’une nouvelle étude dont les résultats comprennent certes quelques paradoxes, mais ne sont pas dénués d’intérêt.

Il y a eu l’étude de décembre 2009 de Smoller et al parlant du risque plus élevé de décès (toute cause confondue) et d’accident vasculaire cérébral (AVC) chez les femmes ménopausées sous traitement. Ces résultats semblent pouvoir être extrapolés aussi aux hommes, même si les données générales sont parfois contradictoires et que les mécanismes ne sont pas bien compris. Et pourtant, les auteurs de cette nouvelle étude, Chi-Shin Wu et al, parue le 15 mars et montrant un lien entre les AVC et la prise d’antidépresseur peu de temps avant, affirment que leurs résultats doivent être pris en compte dans l’élaboration des recommandations de bonne pratique et dans les décisions de santé publique.

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16/03/2011

Furadoïne, Furadantine, Microdoïne : d’autres effets indésirables pulmonaires et hépatiques graves

Ci-après un communiqué reçu le 14 mars du Service de Pharmacologie Clinique et le Centre Midi-Pyrénées de PharmacoVigilance, de Pharmacoépidémiologie et d'Information sur le Médicament (CRPV) du CHU et de la Faculté de Médecine de Toulouse. Ce service, dirigé par un pharmacologue très compétent et engagé, le Pr Jean-Louis Montastruc, édite un site de qualité : « Bip.31 » (Bulletins d'Information de Pharmacologie). Le site est indépendant, n’a aucun conflit d’intérêts et n’accepte aucune publicité.

Il s’agit d’un risque de toxicité hépatique et pulmonaire au cours d’une utilisation prolongée de la nitrofurantoïne – prescrit dans le traitement et la prophylaxie de certaines infections urinaires (cystites aiguës…) et commercialisée sous les noms Furadoïne ®, Furadantine ® et Microdoïne ® par Merck et les Laboratoires du Gomenol.

A ce point d’information, j’ajoute le RCP des Etats-Unis (résumé des caractéristiques du produit, voir cette page de l'agence du médicament FDA), où la nitrofurantoïne est commercialisée par Procter and Gamble Pharmaceuticals sous le nom MACROBID ®. Comme d’habitude, les mêmes informations sur les risques d’effets indésirables graves sont non seulement connues, mais aussi publiques depuis longtemps outre-Atlantique…

En plus de la fibrose pulmonaire, de la pneumonie interstitielle et autres effets indésirables pneumologiques et hépatiques (hépatite aiguë et chronique, nécrose hépatique…) pouvant être mortels, la notice états-Unienne parle aussi d'autres effets secondaires importants: risques hématologiques (anémie hémolytique, anémie aplasique…), risques neurologiques (neuropathie périphérique, névrite optique, hypertension intracrânienne bénigne (pseudotumor cerebri)…), diarrhée associée au clostridium difficile, risques dermatologiques, etc.

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Le vaccin contre la poliomyélite n’est plus obligatoire en Belgique. Le droit du patient passe avant l’obligation vaccinale

Sur le site de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) on apprend que l’acquittement du couple de parents poursuivis pour avoir vaccin polio.jpgrefusé de faire vacciner leur enfant annule l’obligation vaccinale contre la poliomyélite inscrite dans la loi belge en 1966. C’était d’ailleurs le seul vaccin obligatoire chez nos voisins belges: trois doses d'IPV (Inactivated polio vaccine), qui a remplacé en 2001 l'OPV (oral polio vaccine), dont les mérites sont vantés dans la publicité qui illustre un article paru sur le site du College of Physicians of Philadelphia consacré à l'histoire des vaccins. L'OPV contenait des virus atténués qui pouvaient provoquer, certes très rarement, des cas de paralysie.

La vaccination contre la poliomyélite reste obligatoire dans seulement deux pays européens : la France et l’Italie. En France, Sanofi Pasteur commercialise Imovax polio, GSK commercialise Infanrix polio et, étonamment, des vaccins oraux contenant des virus atténués sont toujours autorisés... Mais une vaccination contre la poliomyélite rentre aussi dans la composition de plusieurs vaccins polyvalents: DTP, DTCP, Tétravac, Pentavac, Tétracoq...

L’article « Acquittement dans le procès du vaccin poliomyélite », daté d'aujourd'hui (16 mars 2011), précise que le jugement fait passer la loi de 2002 sur les droits du patient (à l’information détaillée, notamment) devant celle de l’obligation vaccinale (datant de 1966) et devrait faire jurisprudence :

« Si le parquet ne va pas en appel, l'affaire pourrait faire jurisprudence. Le tribunal a donc acquitté la maman du petit garçon, considérant que le droit du patient, était prioritaire sur la loi de 1966, la loi qui rend ce vaccin obligatoire. Le droit du patient lui est inscrit dans une loi de 2002, il consacre le droit à l'information nécessaire pour obtenir le consentement éclairé du patient ou de sa famille avant tout acte médical. Et c'est bien ce que demandait la maman d'Olivier, une information complète sur la nature du produit injecté et sur les conséquences, les effets secondaires du vaccin. Ce qu'elle n'a pas pu obtenir. Le tribunal ordonne aussi qu'on apporte des réponses aux différentes questions que les parents se posent légitimement. Cet acquittement pourrait donc mettre un terme à l'obligation de vacciner contre la polio, une maladie qu'on n'a plus détectée en Belgique depuis 1979. »

Cette jurisprudence est confirmée par une brève parue aujourd'hui sur le site Sudpresse.be, « Le vaccin contre la poliomyélite plus obligatoire en Belgique », qui pose la question des conséquences de ce verdict sur les recommandations vaccinales françaises: « La décision rendue par le tribunal de Tournai pourrait également avoir des répercussions en France, désormais seul pays où le vaccin est obligatoire. »

Notons que selon le site Vaccination-info, qui détaille les recommandations vaccinales belges, aucun cas de poliomyélite n'a plus été enregistré en Belgique depuis 1979 et en Europe depuis 2002.

Merci à la correspondante belge qui m’a donné l’information.

Elena Pasca

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13/03/2011

Haute Autorité de Santé: Présidence de l’UMP Jean-Luc Harousseau, qui a perçu 205 482 euros des laboratoires depuis 2008…

Sur le site de la HAS (Haute autorité de santé) on apprend les nouvelles nominations faites par Nicolas Sarkozy au mois de janvier, pour faire semblant de changer le jean luc harousseau HAS.jpgsystème d’évaluation du médicament après le désastre du Médiator (benfluorex) de Servier, qui n'est qu'un épiphénomène d'une filière médicament biaisée de part en part :

« Le Pr Jean-Luc Harousseau a été nommé président du Collège de la Haute Autorité de Santé (HAS) par le Président de la République fin janvier. Ce dernier a également procédé à la nomination d’Alain Cordier et du Dr Jean-François Thébaut en tant que membres du Collège et a renouvelé le mandat du Dr Cédric Grouchka. Ces quatre personnalités complètent, avec Jean-Paul Guérin, président de la Commission certification des établissements de santé et les Prs Gilles Bouvenot, président de la Commission de la transparence, Jean-Michel Dubernard, président de la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé et Lise Rochaix, présidente de la Commission évaluation économique et de santé publique, le Collège de la HAS. »

« [A]lors que le paysage sanitaire connaît des mutations importantes », selon la HAS, on ne constate aucune mutation dans ces changements : plus ça change, plus c’est la même chose… Le Pr Jean-Luc Harousseau, hématologue, ancien président UMP du conseil régional des Pays de la Loire (photo du site HAS), inaugure sa présidence par des discours de langue de bois - et par un mensonge : dans sa déclaration d’intérêts du 31 janvier 2011, il dit n’avoir rien à déclarer, aucun lien.

Or le 21 février, il adresse un courrier à Muguette Dini, la présidente de la Commission des affaires sociales au Sénat, et un autre à Pierre Méhaignerie, président de la même Commission à l'Assemblée nationale, dans lesquels il affirme avoir tardé à répondre à la demande que les deux élus avaient formulé lors de son audition le 19 janvier parce que « le recueil des données a été plus long que prévu ». Il détaille « les liens d’intérêts » qu’il a « entretenu pendant les trois ans avant [s]a nomination » et affirme avoir cessé tout cela dès qu’il est devenu président de la HAS. Comme si on pouvait, d’un coup de baguette magique effacer ces liens financiers mais aussi personnels, les sommes d’argent et tous les privilèges…

68.456 euros en 2008 (de 16 laboratoires pharmaceutiques : Amgen, Cyclacel, Elios, Genzyme, Innovex, International Myeloma Foundation, Ipsen, Janssen Cilag, Kobe, Kiowa Hakko Bio, MSD [Merck], Pharmamed, Pharmion, Proteolis, Quintiles, Schering Plough)

85.724 euros en 2009 (de 12 compagnies pharmaceutiques : Amgen, BioInvent, BMS [Bristol Myers Squibb], Celgene, Janssen Cilag, Kyowa, Millenium, Mundi Pharma, Novartis, Novus Pharma, Otsuka, Proteolix)

51.662 euros en 2010 (de 10 firmes : Amgen, BMS, Celgene, Chugai, Janssen Cilag, Millenium, Novartis, Onyx, Proteolix Onyx, Seattle Genetics).

Cela fait un total de 205 482 euros rien qu’en honoraires personnels, sachant que le montant indiqué est celui qu’il a encaissé, donc « après paiement des taxes : TVA et URSSAF »… La déclaration (contenue dans les courriers) vaut le détour, car les conflits d’intérêts ne s’arrêtent pas à ces « honoraires ». Si l'on compte aussi les sommes perçues à titre institutionnel - et ce sont des conflits d'intérêts, même dans la compréhension très soft à la française -, le montant avoisine les 12 millions d'euros...

Parmi les prestations personnelles ainsi rémunérées figurent des conférences lors de réunions de formation médicale continue, financées à 98% par les firmes et qui sont rien d’autre que des supports publicitaires plus ou moins directs (voir ces notes)… Décidément, Jean-Luc Harousseau est un parfait exemple de leader d’opinion (key opinion leader, voir le dossier traduit du British Medical Journal), prêt à aller désinformer ses confrères médecins en vantant les mérites des médicaments des firmes qui le paient… Sans parler de sa « participation » à des « conseils scientifiques » de certains laboratoires, qui est un lien majeur avec la réussite de la stratégie d’un laboratoire et dont on ne se défait pas du jour au lendemain…

L’Express a publié une brève qui parle de cela sous le titre « La tardive transparence de la HAS ».

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

11/03/2011

Sanofi et Daiichi Sankyo retirent 13 lots de vaccins Act-Hib au Japon. Rappel de quelques moyens de désinformation pharmaceutique…

Une dépêche de Reuters nous informe que le laboratoire DAIICHI SANKYO, qui distribue au Japon le vaccin Act-HIB (de Sanofi-Pasteur) a Sanofi act-HIB.jpgannoncé aujourd’hui (11mars) le retrait de 13 lots de ce vaccin autorisé dans la prévention de certaines infections à heamophilus B. La taille des lots varie de plusieurs dizaines de milliers à plusieurs centaines de milliers de doses. Cette décision fait suite à la découverte d’une "substance non identifiée" dans deux seringues préremplies d’Act-HIB, et notamment dans le solvant servant à reconstituer le vaccin.

Le communiqué de Daiichi Sankyo, qui énumère les numéros des lots et demande "la compréhension" du public, souligne que le contaminant en question n'est pas d'origine bactérienne et que le rappel est "volontaire".

Le 7 mars, le ministère de la Santé japonais avait décidé de suspendre la commercialisation de ce vaccin ainsi que du vaccin Prévenar 7 de Pfizer (distribué par sa filiale Wyeth en France), après le décès de 4 enfants dans les deux jours suivant la vaccination. Sachant que deux enfants avaient eu en même temps une dose de vaccin mixte contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Les doses de Prévenar 7 proviendraient de trois lots distincts.

Je rappelle que ce vaccin représente à lui tout seul 2,4 milliards de dollars de chiffres d’affaires par an pour Pfizer / Wyeth (selon Boursorama, qui notait aussi une forte baisse du cours de l’action de Sanofi suite à l’annonce japonaise du 7 mars).

Dès le lendemain (!), donc le 8 mars, un "panel d’experts" s’est prononcé contre un lien de causalité entre les vaccins et les décès. Toutefois, le ministère japonais maintient pour le moment sa décision, en attendant le résultat d’"investigations complémentaires". Le retrait des lots d’Act-HIB devrait être un argument supplémentaire.

Selon un point d'information de l'AFSSAPS, daté d'aujourd'hui, il s'agit de 6 décès, et non plus 4. Voici quelques précisions:

"Six décès ont été rapportés au Japon chez des nourrissons âgés de 3 à 19 mois, quelques jours après leur vaccination. Trois d’entre eux ont été vaccinés avec Prevenar 7® et Act-Hib®, dont 2 avaient également reçu un vaccin combiné contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos (DTP) ; un enfant a reçu le vaccin Prevenar 7®  et le DTP ; un enfant a reçu le vaccin Act-Hib® et le BCG, et un enfant a reçu le vaccin Act-Hib® et le DTP. Quatre nourrissons sur six présentaient des pathologies cardiaques ou pulmonaires pré-existantes, et une infection sous-jacente."

En Europe, la députée européenne Michèle Rivasi a demandé, dans un entretien avec le commissaire européen à la Santé John Dalli, l’annulation de l'aMM (autorisation de mise sur le marché) du vaccin Pandemrix (de GSK) suite à 162 cas de narcolepsie signalés dans plusieurs pays d’Europe (voir cet article). Il semblerait que ce soit l’adjuvant contenu dans ce vaccin – de même que dans sa variante canadienne Arepanrix - qui soit soupçonné.

*

Je rappelle les mises en garde, dont Pharmacritique s’est fait l’écho dès l’été 2009 (voir la vingtaine d’articles de cette catégorie, en descendant sur la page), portant sur ces adjuvants sans évaluation digne de ce nom et pourtant inclus dans des vaccins administrés à des dizaines de millions d’Européens. Je rappelle aussi que les Etats-Unis n’ont pas pris ce risque, puisque tous les vaccins contre la grippe A H1N1 autorisés outre-Atlantique ont été fabriqués selon les technologies classiques antigrippe. Donc sans ces adjuvants nouveau, qu’il s’agisse du squalène, des cellules MDCK ou autres.

Sans vouloir être catastrophiste, il faut rappeler certaines choses, à commencer par la sous-notification chronique d’effets secondaires, puisque les estimations parlent de 1% à 10% (selon les auteurs) d’effets indésirables de médicaments et de vaccins signalés aux autorités de pharmacovigilance.

Il faut aussi dire que la revue allemande indépendante Arznei-Telegramm a eu raison – comme toujours depuis 40 ans qu’elle existe – en affirmant que l’Europe a permis aux laboratoires de faire une « expérimentation grandeur nature » avant de proposer des vaccins adjuvantés aux autorités sanitaires nord-américaines (FDA : Food and Drug Administration). Preuves à l’appui, puisque la revue a cité des études de marché, une en particulier, dans laquelle des analystes ont conseillé aux firmes pharmaceutiques cette façon de faire. Pour éviter un refus par la FDA, qui aurait été catastrophique en termes de communication. On sait que lorsque la FDA autorise un médicament / vaccin, les autres suivent. Pour un refus, ce n’est pas automatique, mais l’influence de la décision se fait quand même sentir et celle-ci peut être utilisée par les contestataires.

Nous sommes donc vraisemblablement en train de découvrir les effets des adjuvants – ou du moins ceux rapides. Il n'y a ici aucun catastrophisme de ma part, car je ne suis pas antivaccinaliste.

Cette dépêche de Reuters donne d’autres détails de l’annonce faite le 7 mars au Japon, concernant le Prévenar 7 et Act-HIB. S’agissant de détails différents, j’avoue faire plus confiance à Reuters – et en général aux sources anglo-saxonnes, qu’au journal Le Figaro...

D’abord parce que le journalisme d’investigation est une espèce déjà disparue en France, car les journalistes se bornent à reprendre les communiqués de presse, qui émanent la plupart des laboratoires et autres industriels concernés. Ce sont ceux-ci - et les lobbyistes qui les représentent - qui ont les moyens de communication, à tous les sens du terme, à la fois parce qu’ils financent les supports médiatiques eux-mêmes et parce qu’ils paient une cohorte d’agences de communications, divisions marketing des laboratoires et/ou des sociétés de recherche sous contrat (SRC ; ou CRO en anglais: contract research organisations). Et ces dernières fonctionnent comme de véritables sous-traitants à la fois pour la recherche et pour la rédaction d’articles - donc pour la production de l’information. J’ai donné un exemple français toujours d’actualité dans une autre expérimentation grandeur nature, à savoir le Gardasil (voir la cinquantaine d’articles à partir des trois catégories de Pharmacritique consacrées à ce vaccin : celle-ci, celle-là ou encore celle-là).

Pour la recherche française et la rédaction de l’ « information » sur le Gardasil, Sanofi-Pasteur MSD (50% de Sanofi-Aventis et 50% de Merck) a utilisé la société de recherche sous contrat Thérapharm, comme on peut le lire en détail dans ce billet. Les articles ont été par la suite signés par des leaders d’opinion tels que le Pr Didier Riethmuller ou le Dr Jean-Luc Prétet. Sans que l’on sache s’il s’agit là d’auteurs au vrai sens du terme, ayant participé aux recherches et eu accès à toutes les données, ou alors simplement d’« auteurs invités » qui signent parce que c’est Sanofi pour lesquels ils sont consultant qui leur soumet une recherche et un article écrit peut-être par des "auteurs fantôme". Recherche qui confirme étonnamment pour la France les chiffres donnés par la firme Merck pour un pays des plus pauvres tels que Haïti…

C’est de ce type de producteurs d’information – qui ont pour seul et unique client les laboratoires pharmaceutiques et font tout ce que leurs clients leur demandent (c’est dit sur leurs sites) - que résultent ce qu’on voudrait appeler « connaissances ». Et donc aussi le « savoir » scientifique systématisé, qui est biaisé de part en part.

On le voit pour chaque dimension de la recherche, de la formation et de l'information médicales: dès qu’il y a financement industriel, il s’agit d’une entreprise de désinformation, comme je le dis et répète dans les articles accessibles à partir de catégories telles que "Désinformation médicale" ; "Media, presse médicale, organes publicitaires lobbies" ; "Ghost writing et ghost management", etc.).

Elena Pasca

Copyright Pharmacritique

Non à la réforme sécuritaire de la psychiatrie ! Rassemblement du mardi 15 mars à 16 h devant l'Assemblée

la nuit sécuritaire.JPG

Pour une présentation du mouvement initié par le Collectif des 39 [contre la] Nuit Sécuritaire, voir les notes réunies sous la catégorie « Psychiatrie : dérives sécuritaires, exclusion de la folie ». La pétition lancée le 20 février 2011 contre le projet de loi peut être signée sur cette page.

Le Collectif des 39 organise un rassemblement devant l'Assemblée Nationale (Place Edouard Herriot 75007 Paris, Métro Assemblée Nationale, ligne 12) le mardi 15 mars 2011 de 16h00 à 20h00.

Non à la réforme sécuritaire de la psychiatrie !

« Cette mobilisation a pour objectif le retrait du projet de loi "relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet d'une prise en charge  psychiatrique". Ce projet de loi élude la question de la qualité des soins et vise essentiellement au contrôle social, transformant les soignants en auxiliaires de police.

Nous vous invitons donc tous et toutes à participer à cette mobilisation afin de convaincre nos députés de voter contre.

Ce rassemblement sera aussi l'occasion de distiller quelques gouttes de folie douce en cette ère de plus en plus sécuritaire et de grand renfermement. L'ensemble des syndicats de psychiatres et de personnels ont annoncé qu'ils s'associaient à notre rassemblement.

Professionnels de la psychiatrie, patients, familles et citoyens, exprimons notre indignation face à ce projet de police sanitaire ! »

Collectif des 39

http://www.collectifpsychiatrie.fr/

10/03/2011

Michèle Rivasi demande la suspension du vaccin Pandemrix chez les enfants (narcolepsie)

Avant de citer le communiqué de presse de l’eurodéputée Michèle Rivasi, voici quelques données chiffrées précises extraites de l’analyse Pandemrix 2.jpgde ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control), publiée le 2 mars :

Il ne s’agit plus d’un problème limité à la Finlande et aux pays nordiques, car jusqu’au 27 janvier 2011, 162 notifications suggérant une narcolepsie en lien avec le vaccin contre la grippe A H1N1 Pandemrix (du laboratoire GSK) ont été reçues par la pharmacovigilance européenne EudraVigilance. 55 signalements viennent de Finlande, 20 de France, 8 d’Allemagne, 2 d’Irlande, 1 des Pays-Bas, 10 de Norvège, 1 du Portugal, 61 de Suède. Auxquels s’ajoutent 3 signalements venus d’Islande et 4 de Suisse.

Il faut souligner qu’en Suède, 59% de la population a été vaccinée et que sur les 61 cas suédois, 53 touchent des enfants et adolescents de moins de 20 ans.

Voici le texte de l’ECDC d’où sont extraites les données: "Reports of cases of narcolepsy and cataplexy in children and adolescents in Finland, Iceland, and Sweden”.

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08/03/2011

Misogynie culturelle et médicale. Le livre de Guy Bechtel "Les quatre femmes de dieu" et des exemples de surmédicalisation des femmes (endométriose, statines...)

L'une des fonctions essentielles de l'éclairage historique du présent est circonscrite par la formule de Vladimir Jankélévitch: "le Bechtel les 4 femmes fr.jpgdéniaisement par l'histoire"... Pourquoi? Pour apprendre comment des faits sociaux se sont agrégés de telle façon plutôt que d'une autre, apprendre à quoi les luttes des féministes nous ont arraché(e)s et dans quelle nuit nous risquons de retomber peu à peu si nous ne prenons pas conscience du fait que la libération des femmes est un processus, une lutte de tous les jours, et non pas un état acquis une fois pour toutes.

On parle des femmes portant la burqa, torturées physiquement, éliminées... Et les images nous détournent de l'abîme tout aussi inacceptable qui existe toujours chez nous - qui prétendons pourtant être progressistes et éclairés, sortis de la barbarie - entre les droits des femmes et ceux des hommes. Le livre de Guy BECHTEL "Les quatre femmes de dieu: la putain, la sorcière, la sainte & Bécassine" (Plon 2000, puis rééditions chez Pocket) éclaire le présent en retraçant l'histoire des tortures morales, des humiliations et contraintes infligées aux femmes par le christianisme, particulièrement dans sa variante catholique. Elles sont une conséquence de la diabolisation des femmes, considérées comme des êtres maléfiques et impurs, comme la racine de tous les maux, ce qui justifierait qu’elles subissent à l'infini des punitions toujours plus sophistiquées, qu’elles restent à l'état de minorité et d'incapacité civile et fassent l'objet d'une surveillance et d'un contrôle omniprésents.

Pourquoi parler de ce livre de Guy Bechtel sur Pharmacritique? Parce que la médecine a de tout temps contribué à opprimer les femmes, et la féminisation du corps médical ne change rien à cette oppression fort bien enracinée dans la doctrine comme dans les pratiques conscientes ou pas, et qui s'exercent par l'instrumentalisation du corps des femmes et son contrôle.

Car c'est le corps des femmes qui est le plus médicalisé, surmédicalisé au profit de l'industrie pharmaceutique et à d'autres "industries de la santé". Ce corps, idéalisé pour mieux pouvoir le contrôler de multiples façons, est soumis à la dictature d'une « normalité » inventée de toutes pièces, pour le bénéfice de la domination de genre et de celle économique. Cette normalité n’a d’existence qu’au même titre que d’autres outils marketing – c’est un « standard » imaginaire avec tout son cortège de clichés et de préjugés très efficaces pour le pharmacommerce. On ne peut pas dénoncer la normalisation des femmes entreprise (aussi) par la médecine sans la situer dans le contexte, parce que la misogynie de la médecine a ses racines dans la misogynie culturelle et religieuse que Bechtel met en évidence avec toute la rigueur de l'historien qu'il est, et sans intention militante ni polémique. D'où l'efficacité du livre.

Je reprends ici ma critique du livre, parue en 2003 dans la revue de philosophie et littérature "Place aux Sens", précédée par quelques remarques préliminaires et exemples de misogynie traduite dans une psychosomatique à deux balles.

Je donne en particulier l'exemple du dérapage de l'élite de la gynécologie française, qui s'est laissée mener en bateau par un psychanalyste charlatan cherchant à faire parler de lui et à recruter. Les grands pontes et leurs revues ont avalisé des interprétations sectaires ahurissantes de l'endométriose (et d'autres maladies à prédominance féminine), dont la cause serait une "névrose hystérique" due à des viols et autres sévices sexuels... Ca dépasse l'entendement... Une campagne que j'ai initiée a heureusement réussi à obliger le Pr Patrick Madelenat, le Pr Charles Chapron, le Dr Jean Bélaisch et d'autres à faire marche arrière avant que cela aille trop loin. C'était en 2007 - 2008, mais des tendances déviantes existent encore... Décidément, les femmes doivent lutter tous les jours pour se faire respecter - et bien soigner...

Enfin, l'article finit par des extraits du livre de Bechtel.

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Les vaccins Prévenar 7 et Act-HIB suspendus au Japon après le décès de quatre enfants

Une dépêche de Reuters nous apprend que le ministère de la Santé du Japon a décidé hier (7 mars 2011) de suspendre l’utilisation Prévenar bienvenue.jpgde deux vaccins : le PREVENAR 7 de Pfizer et l’ACT- HIB de Sanofi-Pasteur, administrés en prévention de certaines formes de pneumonies par streptocoques, de méningites bactériennes et de certaines autres infections provoquées par l’haemophilus influenzae B. (A noter qu'en France comme dans d'autres pays, c'est Wyeth, une filiale de Pfizer, qui commercialise le Prévenar).

La décision a été prise suite à la mort de quatre enfants de moins de deux ans dans les deux jours suivant leur vaccination et restera en vigueur le temps d’une enquête approfondie. Des officiels américains de l’agence du médicament (FDA : Food and Drug Administration) et du centre spécialisé dans les maladies infectieuses (CDC : Center for Disease Control and Prevention) affirment suivre cela avec attention, tout en soulignant, dans un communiqué envoyé aux media, que de tels problèmes n’ont pas été enregistrés aux Etats-Unis. (Outre-Atlantique, le Prévenar est vendu sous le nom PREVNAR).

Trois des enfants japonais avaient reçu en même temps le Prévenar 7 et l’ActHIB ; trois autres ont été vaccinés le même jour aussi par des Sanofi aventis logo 2.jpgvaccins mixtes contre le tétanos, la diphtérie et la coqueluche.

Selon un porte-parole de Sanofi, le laboratoire a commercialisé plus de 3 millions de doses d’Act-HIB au Japon depuis 2008. Pfizer affirme quant à lui que plus de 2 millions de doses de Prévenar 7 ont été administrées depuis l’année dernière.

A noter que trois enfants sont décédés en février dernier aux Pays-Bas après avoir été vaccinés par Prévenar. L’enquête menée par les autorités a conclu qu’il n’y avait pas de lien de causalité avec le vaccin.

Sanofi-Aventis dit que "l'essentiel, c'est la santé" (voir son logo)...

07/03/2011

La presse médicale: organe publicitaire de l'industrie pharmaceutique pour la dé-formation médicale continue...

Le 28 février 2011 paraissait sur le site du Canadian Medical Journal une enquête d’Annette Becker et al intitulée « The association Plantu presse médicale lèche-bottes.jpgbetween a journal’s source of revenue and the drug recommendations made in the articles it publishes » (L’association entre les sources de revenus des journaux médicaux et les recommandations de médicaments contenues dans les articles).

Les résultats montrent sans aucun doute possible que la presse gratuite allemande – financée exclusivement par les publicités des laboratoires pharmaceutiques – recommande presque toujours les médicaments en question, alors que la presse indépendante se prononce généralement contre les mêmes médicaments… Les journaux médicaux ayant des sources mixtes de financement se situent entre les deux.

Cette enquête vaut tout autant pour la France et confirme, si besoin était, tout ce qui a déjà été dit quant à l’influence néfaste sur les prescriptions et à la désinformation résultant du financement industriel de la filière médicament, depuis la recherche clinique jusqu’à la formation et à l’information médicales des professionnels comme des associations de patients et du grand public.

Je rappelle les articles parus sur Pharmacritique sous la catégorie « Media, presse médicale, organes publicitaires des lobbies » et l’article détaillé traitant spécifiquement de la presse gratuite appartenant majoritairement à l’empire de Gérard Kouchner.

Avant de passer à l’article proprement dit, il me semble essentiel de rappeler quelques grandes lignes de ce que l’on sait sur les conséquences du "sponsoring" par l'industrie pharmaceutique – forme majeure de conflits d’intérêts – et des biais qui en résultent, à tous les niveaux de la filière médicament.

Cette caricature de Plantu - dont j'ai malheureusement perdu l'endroit original de parution - est éloquente...

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05/03/2011

Philippe Lechat et les héparines de Sanofi-Aventis : les intérêts du labo avant la santé publique? (documents II)

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

03/03/2011

L’alerte de Jacques Poirier sur les dangers des héparines d’Aventis a été ignorée par les instances sanitaires et la justice (documents I)

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

02/03/2011

Pétition du Collectif des 39 contre « une déraison d’Etat » : le projet de loi Sarkozy - Bachelot réformant la psychiatrie

Je me joins à tous les citoyens soucieux de la préservation des libertés fondamentales – c’est-à-dire entre autres d’un Etat de droit, où les principes républicains sont respectés et non bafoués tous les jours au moyen de méthodes de flicage et de fichage, de « soins » sous contrainte et autres ségrégations visant les personnes les plus vulnérables, à tous les citoyens soucieux d’une médecine non dévoyée en gardienne de prison pourvoyeuse de camisoles chimiques et autres outils de contrôle social – pour appeler à signer et à diffuser la pétition mise en ligne le 20 février 2011 par le Collectif des 39 contre les dérives sécuritaires de la psychiatrie. L’intitulé du texte pointe déjà l’étendue des enjeux : « Réforme de la Psychiatrie : Une déraison d’Etat ». La photo qui accompagne le texte original

Pétition collectif des 39 réforme psychiatrie.jpg

en dit long sur le respect des libertés dans le cadre de soins contraints en ambulatoire... C'est à cela que correspond, en réalité, la berceuse que nous chante Nora Berra sur le renforcement des droits des patients...

Il s'agit de mobiliser le plus largement possible afin d'empêcher l'adoption du texte présenté par Roselyne Bachelot et accessible sur cette page de l'Assemblée nationale: "Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge". Le dossier législatif contenant les travaux préliminaires se trouve sur cette page.

Pour en savoir plus, on peut consulter, outre les nombreux textes et vidéos sur le site du Collectif, les articles parus sur le site de l’Union syndicale de la psychiatrie (USP), à commencer par la dépêche APM qui rend compte des grandes lignes de cette réforme de la loi de 1990, présentée en mai 2010 à l’Assemblée nationale et qui devient encore plus restrictive et arbitraire du fait d’une disposition adoptée le 26 janvier en Conseil des ministres en réponse à une objection du Conseil constitutionnel.

Dès lors qu’un juge interviendra lorsque les hospitalisations sous contrainte dépasseront 15 jours et se prononcera tous les six mois en cas d'internement de longue durée, ces « soins [sic] sans consentement » pourront être facilement renouvelés. Cette nouvelle loi qui devrait entrer en vigueur devrait concernent pas moins de 70.000 personnes…

Le Syndicat des psychiatres d’exercice public (SPEP) et l’Intersyndicale Nationale des praticiens hospitaliers (INPH) ont eux aussi manifesté, dans un communiqué commun, leur inquiétude face à cette judiciarisation des soins et appelé tous les professionnels de santé comme les autres citoyens à « faire barrage à ce projet de loi d’essence sécuritaire ».

Le projet de loi intégrant désormais cette restriction supplémentaire sera débattu prochainement au Parlement. C’est dire qu’il est urgent de soutenir le mouvement de protestation tel qu’il est mené par le Collectif des 39, qui laisse les euphémismes de côté pour présenter les vrais enjeux.


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20/02/2011

Héparines : production, commercialisation, sécurité des héparines chinoises et risque d’encéphalopathie spongiforme bovine (deuxième partie)

[Note d'Elena Pasca: Voici la deuxième partie de l’exposé du Dr Didier Levieux, à lire en continuité avec la première, parue sur cette page, et avec les autres articles consacrés à divers aspects de l’affaire des héparines chinoises (conflits d’intérêts des experts des autorités sanitaires avec Sanofi-Aventis, au sujet des héparines (Lovenox : énoxaparine) ; le cas du lanceur d’alerte Jacques Poirier ; la pétition et la campagne de soutien organisée par la Fondation Sciences Citoyennes ; une bibliographie très riche pour ceux qui veulent en savoir plus, etc. Retour au texte de Didier Levieux :]

 

10.3.2 Contrôle de l'héparine en cours de purification (héparine "brute")

Deux types de contaminants sont recherchés :

1) des contaminants (ADN, protéines) pouvant servir à caractériser l'espèce animale à l'origine de l'héparine

2) le dermatan sulfate et de la chondroïtine persulfatée.

 

10.3.2.1 Détection de contaminants spécifiques d'espèce :

10.3.2.1.1 Recherche de fragments d'ADN spécifiques d'espèce

Cette recherche s'effectue par PCR (Polymerase Chain Reaction), c'est-à-dire par amplification de séquences d'ADN cibles présentes à l'état de trace. Leur "photocopie" répétée, grâce à des "amorces" et à un système enzymatique (Taq polymérase), multiplie le nombre d'exemplaire jusqu'à ce qu'elles puissent être mises en évidence par migration électrophorétique.

Deux difficultés majeures rendent délicate la PCR dans son application à l'héparine :

- l'ADN est fortement dégradé durant le procédé de purification de l'héparine et cette dégradation dépend du procédé utilisé. La technique a donc été progressivement améliorée chez Sanofi-Aventis par l'amplification de séquences relativement courtes (amplicons de 90 paires de bases) et présentes de façon répétées (ADN satellite).

- l'héparine est un inhibiteur très puissant de la PCR. Pour ne conserver que l'ADN contaminant, différents procédés ont été testés, dont l'extraction de l'héparine.Toutefois, l'élimination complète de l'héparine est difficile, et les analystes de Sanofi-Aventis reconnaissent, en 2008 (Houiste et al, 2008) que dans leurs mains il n'a pas été possible d'obtenir un rendement reproductible. Ils utilisent donc maintenant une autre voie d'approche : la digestion enzymatique de l'héparine (incubation pendant 12 heures avec un mélange d'héparinases I et II). Toutefois, ces enzymes peuvent être inhibées par les glycosaminoglycanes persulfatés ou d'autres substances (Anger, 2010).

La recherche d'ADN pour caractériser l'espèce d'origine a par ailleurs de sérieuses limites :

- les amorces permettant la réalisation de la PCR ne sont pas disponibles dans le commerce ; elles sont la propriété de l'industriel et jalousement gardées. La technique utilisée par un industriel ne peut donc être validée par les autorités dans l'un de ses laboratoires ou pratiquée par d'autres industriels.

- l'ADN n'est pas spécifique de tissu ou d'organe : la contamination par un poil ou une squame cutanée de bovin donnera une réponse positive pour un risque sanitaire nul. D'où des risques de fausses contaminations dans les ateliers qui préparent l'héparine brute et la nécessité de faire les analyses dans des laboratoires hautement spécialisés, protégés de toute contamination inter-échantillons, ou amenée par les techniciens.

- surtout, la recherche d'ADN contaminants ne peut détecter de l'héparine bovine ou ovine que s'il reste, justement, des contaminants. Or, le niveau de contaminants est très variable selon les héparines brutes. Par exemple, leur couleur varie du brun chocolat au blanc plâtre, selon le soin apporté au procédé et à la maîtrise des différentes étapes de la purification. Ainsi une héparine bovine "brute" provenant d'Amérique du Sud, par exemple, peut ne contenir aucun fragment d'ADN. Une héparine "brute", "propre" pourra cependant contenir du prion, car celui-ci est beaucoup plus résistant que l'ADN au procédé de fabrication

Pour pallier à cet écueil, l'industriel valide uniquement les lots d'héparine sur lesquels de l'ADN porcin est trouvé, signifiant ainsi que l'héparine est bien "brute". On comprendra aisément qu'il suffit d'ajouter une trace d'ADN porcin (quelques soies de porc...) dans une héparine bovine relativement purifiée pour rendre l'échantillon « conforme » : présence d'ADN de porc, donc héparine "brute" propre à la poursuite des analyses, et absence d'ADN de bovin.

10.3.2.1.2 Recherche de protéines spécifiques d'espèce

Des travaux conduits à l'INRA dans le cadre d'un co-financement par Aventis-Pharma, ont mis en évidence une protéine (aprotinine) qui n'existe que chez les bovins. De plus, cette protéine est synthétisée par les mêmes cellules que celles qui synthétisent l'héparine (mastocytes). Enfin, cette protéine de petite taille et résistante aux traitements thermiques, a une charge électrique très positive. De ce fait, elle est libérée de ces cellules étroitement associée à l'héparine (elle-même chargée très négativement), d'où les difficultés rencontrées par les chercheurs pour la caractériser (Rivera et al, 2002a,b). Ces qualités en font une cible parfaite pour dépister l'héparine bovine, et l'équipe INRA a donc développé une technique ELISA (Enzyme Linked Immunosorbent Assay) pour son dosage (Levieux et al, 2001).

Les dosages de type ELISA sont couramment utilisés dans tous les laboratoires d'analyses, en médecine humaine ou vétérinaire. Ils permettent de détecter des anticorps contre divers agents pathogènes ou les agents pathogènes eux-mêmes (bactéries, virus, prion...) ; ils sont également utilisés pour doser des marqueurs biologiques, des hormones, des pesticides, etc. La technique publiée par l'INRA (Levieux et al, 2001a) permet de détecter 5 parties d'intestin de bovin dans 1.000.000 de parties d'intestin de porc.

Les essais comparatifs effectués en 1999 lors de sa mise au point ont montré que cet ELISA était 30 à 300 fois plus sensible que la PCR (selon le type d'amorce utilisé pour la PCR par Aventis-Pharma). La technique est infiniment plus simple que la PCR et non sujette à des contaminations autres que par des cellules mastocytaires de bovins, cellules que l'on trouve majoritairement dans les tissus d'où on extrait l'héparine : intestin et poumon. Elle est donc plus fiable. Aventis-Pharma a néanmoins préféré développer sa PCR en interne, et la technique ELISA n'a donc pas été commercialisée. Elle est quand même appliquée actuellement par la Société IDBiotech sur simple demande de la part des industriels ou des autorités sanitaires.

Dans la même démarche, l'INRA a développé parallèlement des tests ELISA pour détecter les contaminants porcins, ovins et caprins (Levieux et al, 2001b).

Bien entendu, comme pour la recherche d'ADN, la sensibilité de la détection de ces tests ELISA est très dépendante du niveau de purification de l'héparine, et la technique ne pourra jamais déceler une héparine bovine relativement purifiée.

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Héparines : production, commercialisation, sécurité des héparines chinoises et risque d’encéphalopathie spongiforme bovine (exposé scientifique I)

[Note d’Elena Pasca: cette présentation et explication scientifique richement documentée et référencée, daté du 20 octobre 2010, fait partie des documents rassemblés sur le site de la Fondation Sciences Citoyennes, qui a mené une campagne de soutien (coordonnée par moi, Elena Pasca) au lanceur d’alerte Jacques Poirier. Puisque les documents sont dans un grand fichier PDF téléchargeable, donc plus difficiles d’accès, Didier Levieux m’a demandé de reprendre cette présentation sur Pharmacritique, afin de compléter, par cet exposé scientifique, les articles déjà parus sur le blog, dans la catégorie « Héparines chinoises, Lovenox°, prion, chondroïtine », et accessibles à partir de cette page. A noter que le Dr Levieux a déjà publié sur Pharmacritique un article édifiant intitulé « Jacques Poirier et les héparines de Sanofi : "conflit de travail" ou sécurité sanitaire négligée ? »]

Par le Dr Didier Levieux

Directeur de recherches honoraires à l’INRA

1. L'héparine : indications, mode d'action, structure

2. La production d’héparine

3. La commercialisation de l'héparine en France

4. L'importance économique de l'héparine pour Sanofi-Aventis

5. L'importance économique des héparines chinoises

6. Le problème de la sécurité des matières premières d'origine chinoise

7. Les conséquences de l'encéphalite spongiforme bovine (ESB)

8. Le risque d'encéphalopathie spongiforme transmissible (EST)

9. Les "Matériaux à Risque Spécifié", la liste actuelle

10. Les possibilités de sécurisation de l’héparine

10.1 Qualité des sources de matières premières et leur traçabilité

10.2 Capacité du procédé de fabrication à inactiver le prion

10.3 Contrôles analytiques

10.3.1. Contrôle de la matière première princeps : la muqueuse intestinale

10.3.2 Contrôle de l'héparine en cours de purification (héparine "brute")

10.3.2.1. Détection des contaminants spécifiques d'espèce

10.3.2.1.1. Recherche de fragments d'ADN spécifiques d'espèce

10.3.2.1.2. Recherche de protéines spécifiques

10.3.2.2. Recherche de contaminants polysaccharidiques

10.3.3 Contrôle de l'héparine pure

11. La contamination de l'héparine par la chondroïtine persulfatée

11.1 Les accidents mortels aux Etat-Unis

11.2 Chondroïtine sulfate, chondroïtine persulfatée ?

11.3 L'origine de la contamination : la filière chinoise

11.4 La toxicité de la chondroïtine persulfatée

12. Aux Etats-Unis, le Congrès s'inquiète

13. Où en est-on aujourd'hui? Une évolution inquiétante de la Pharmacopée européenne et française

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16/02/2011

Biais de publication, manipulation et falsification de la recherche médicale financée par l’industrie pharmaceutique. Arznei-Telegramm détaille les méthodes de l'industrie pharmaceutique

La revue allemande Arznei-Telegramm, ma principale source et référence en raison de son excellente qualité et de son indépendance, Wolfgang Becker-Brüser.jpgpubliait le 15 janvier 2010 un article incontournable qui passe en revue plusieurs méthodes utilisées par les firmes pharmaceutiques pour influencer le résultat des essais cliniques qu’elles financent, et ainsi manipuler et fausser la recherche, les recommandations de bonne pratique et l’information fondées sur ces derniers.

Le financement industriel de la recherche clinique est par ailleurs l’une des formes majeures que prennent les conflits d’intérêts. Puisque les leaders d’opinion (key opinion leaders) payés pour être des investigateurs / évaluateurs des médicaments dans la recherche seront à la fois juge et partie… Ces investigateurs ne sont pas toujours les vrais auteurs, ils peuvent n’avoir qu’un accès partiel aux données ou ne pas y avoir participé du tout, mais prêter leur nom (auteurs « honoraires » ou « invités ») moyennant finances…

Ces mêmes leaders d’opinion se retrouvent en même temps en position de consultants pour les laboratoires; membres des comités de rédaction de la presse médicale, elle aussi dépendante; experts auprès des hommes politiques et des autorités sanitaires qui autorisent les médicaments testés dans lesdits essais; membres des comités scientifiques des associations de malades (instrumentalisées pour faire de la publicité aux molécules des labos qui les financent); grands pontes dans les hôpitaux qui décident de la stratégie thérapeutique; conseillers des media grand public; conférenciers et formateurs dans la formation médicale initiale et continue… Et ainsi de suite. C’est un verrouillage complet du système, à tous les niveaux, puisque les mêmes experts payés par les firmes en occupent toutes les articulations stratégiques et peuvent donc l’influencer et l’instrumentaliser selon les intérêts des laboratoires pharmaceutiques.

C’est d’une désinformation organisée et délibérée que l’on doit parler, puisque les multiples biais et façons d’influencer et falsifier les résultats des essais cliniques, le ghostwriting et le marketing intervenant dans la rédaction des articles ainsi que la publication sélective créent une image totalement faussée de l’utilité et de l’efficacité des médicaments.

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13/02/2011

La corruption et les conflits d’intérêts ont la vie dure… Le Bribery Act britannique est reporté sine die

La presse britannique disait que le « Bribery Act of 2010 » allait être la législation la plus stricte au monde en matière de lutte contre Bribery Act of 2010 ministère Justice GB.jpgtoutes les facettes de la corruption, incluant certaines formes de conflits d’intérêts, y compris en médecine.

La même presse a rendu compte régulièrement des tentatives des multinationales (et autres groupes de pression privés) de vider la loi de sa substance, puis d’en empêcher le vote ou l’application. Leur lobbying intensif a porté ses fruits. L’application du Bribery Act (loi anticorruption), qui a été la toute dernière loi votée sous le gouvernement travailliste et qui devait entrer en vigueur au mois d’avril 2011 après avoir été contresignée par la reine Elisabeth II, a été de nouveau reportée, et cette fois-ci sine die, par la coalition des conservateurs et des libéraux, ouvertement alliés à la Confédération des industriels britanniques (CBI). Prétexte ? Elle pourrait nuire à la compétitivité des entreprises britanniques…

Dans la suite de l’article, je reviens sur quelques aspects de la loi – dont le texte est consultable sur le site du ministère de la Justice – et ses implications, ainsi que sur d’autres dimensions corrélatives relevées dans la presse britannique. Je rends compte de l’article paru début février sur le site du British Medical Journal, qui aborde la loi et les implications de son report sous l’angle des conflits d’intérêts médico-pharmaceutiques. A la fin de l'article, vous trouverez quelques extraits du texte de loi.

J’ai souvent dit sur Pharmacritique qu’une étape indispensable dans l’élimination des conflits d’intérêts était juridique : il faut un qualificatif juridique des actes commis, afin de pouvoir à la fois réprimer les dérapages et dissuader. Les Etats-Unis restent toujours inégalés, avec leur False Claims Act et d’autres dispositifs législatifs, certes imparfaits, mais permettant de poursuivre les laboratoires en justice, d’obtenir des informations autrement inaccessibles et de protéger les lanceurs d’alerte. Le Sunshine Act (voir cet article et celui-ci), qui entrera en vigueur en 2013 – s’il résiste à la forte contestation actuelle -, contient lui aussi d’autres dispositions qui apporteront de la transparence, voire permettront de réprimer certaines formes de conflits d’intérêts à plusieurs niveaux du circuit du médicament et de la pratique médicale (grossistes du médicament, self-referral, etc.).

Le Bribery Act britannique apporte un qualificatif juridique exemplaire : il inscrit des paragraphes spécifiques et adaptés aux pratiques médico-pharmaceutiques dans le Code pénal, pour réprimer directement certaines formes de conflits d’intérêts…

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11/02/2011

Antivaccin et scientistes prédisant l'apocalypse par les vaccins ou par la grippe A: autocritique ou rationalisations un an après?

J'ai écrit cet article d'une traite, le 22 décembre 2010. Il est resté dans un tiroir. Je le poste tel quel, sans relecture. Certains n'apprécieront Madame Soleil.jpgpas, mais je ne suis pas là pour me faire des amis. Le problème abordé est important, par-delà la forme brute et spontanée.

Le 22 décembre 2009, j'ai reçu (sur une messagerie privée (!)) un courriel furieux  que je trouve assez représentatif de l'ensemble de ce qu'on m'a jeté à la figure à cause du travail d'information de Pharmacritique sur la grippe AH1N1 et les vaccins. Les antivaccin ne supportent pas mes positions, les provaccin en bloc, ne supportent pas que je puisse en critiquer certains, tout en étant pour le principe de la vaccination. C'est pour défendre le principe que je critique les vaccins inutiles et/ou présentant des risques tels que ceux induits pas des adjuvants trop peu testés.

L'expéditrice de ce mail (du camp des antivaccin) me donnait rendez-vous un an après pour constater les conséquences "eugénistes" (et autres) des vaccins contre la grippe A H1N1, mais pas seulement, puisqu'elle citait aussi un vaccin contre l'hépatite B. Elle disait qu'un an après mon article critique, renvoyant dos à dos les dogmatiques des deux camps, l'irresponsabilité de mon argumentaire serait clairement démontrée dans les faits qui n'allaient pas manquer de se produire...

A l'époque, je ne voulais pas céder aux peurs ambiantes et avais aussi demandé aux commentateurs médecins de ne pas donner des conseils personnalisés, et plus précisément de ne pas inciter les gens à ne pas se faire vacciner par peur des effets secondaires. Ce n'est d'ailleurs pas le rôle d'un blog/ site internet de se substituer à la consultation médicale et d'aller au-delà d'informations générales, certes sourcées et référencées, données pour faire réfléchir et aider à la formation d'un esprit critique).

Je me demande où est l'hécatombe annoncée par des experts scientistes tels Antoine Flahault, d'une part (30.000 morts), mais aussi, d'autre part, par des antivaccin tels que Marc Girard (60.000 victimes des vaccins, de mémoire). Sans parler des antivaccin les plus extrêmes, ceux adeptes de la théorie du complot/ conspiration mondiale, qui voyaient de l'eugénisme au bout de l'aiguille, en vue de décimer un quart de l'humanité.

Est-ce que les deux parties viendront reconnaître leurs erreurs, et surtout les conséquences désastreuses que leurs approches - qui se nourrissent l'une l'autre, dialectiquement - ont sur la réaction des citoyens face à des éventuels problèmes réels de santé publique?

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09/02/2011

Médiator : faut-il avoir peur des médicaments ? Vidéo du débat sur la LCP, avec Christian Lajoux...

J’ai déjà évoqué ce débat qui a eu lieu le 10 janvier 2011 sur la Chaîne Parlementaire, dans l'émission "Ca vous regarde".

En fait, ce n'est pas la vidéo qui compte - ça, c'est plutôt pour les archives, parce qu'on ne peut pas dire grand-chose lors d'un tel débat. Si vous n'avez que peu de temps, je vous invite à lire surtout l'article, qui porte presque le même titre: « Médiator et les autres : faut-il avoir peur des médicaments ?  Débat suivi d’informations, explications, liens… »

J’y ai exposé – sur 15 pages - beaucoup de thématiques que j’aurais aimé pouvoir aborder lors de l’émission… Il contient aussi beaucoup de liens permettant d’approfondir des questions essentielles sur le contrôle quasi total de l'industrie pharmaceutique sur toute la filière médicament (sous-notification des effets indésirables, information inexistante sur les risques des médicaments, financement des agences sanitaires, formation médicale continue sous la coupe de l’industrie pharmaceutique, visite médicale et nouvelles stratégies marketing des laboratoires, biais dans la recherche clinique, formes plus ou moins visibles de conflits d’intérêts, presse médicale aux ordres des firmes, conflits d’intérêts des associations de patients, verrouillage du système par les leaders d’opinion, ghost management, conflits d’intérêts de la famille Sarkozy, panne de l’innovation, chiffres-clés d’une analyse socio-économique des pharmas…).

Je rappelle ici simplement les participants au débat, puis l’annonce sur le site de la LCP: Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne;  Christian Lajoux, Président du LEEM, PDG de Sanofi-Aventis France; José Duquenoy, président de l’association ADVM (victimes du Médiator de la région Nord); Elena Pasca, philosophe et vice-présidente de la Fondation Sciences Citoyennes, blog Pharmacritique.

 


Mediator : faut-il avoir peur des médicaments ?
envoyé par LCP. -

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05/02/2011

Jacques Poirier et les héparines : "conflit de travail" ou sécurité sanitaire négligée ?

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

01/02/2011

Entretien virtuel de Pierre Biron avec Jean Peneff, auteur de "La France malade de ses médecins"

Entrevue virtuelle avec Jean Peneff: "La France malade de ses médecins" [1]

Par Pierre Biron jean peneff sociologie de la médecine,la france malade de ses médecins,surmédicalisation surmédicamentation,prescriptions médicales irrationnelles,dr knock médicalisation,disease mongering médecine,clinique et technicisation médecine,abus de prévention médecine,commerce privatisation médecine

médecin et anciennement professeur-chercheur en pharmacologie à l’Université de Montréal [2]

 

Question – Le rôle traditionnel de soignant est-il en train d’être détrôné par un rôle de pourvoyeur en vue de meilleures performances du corps humain ?

Réponse – Oui… la recherche du plaisir, la stimulation des sens, l’accroissement des capacités physiques, sexuelles, sportives ou intellectuelles font partie des nouvelles exigences des classes aisées urbaines. On passe ainsi de ‘maladie’ à ‘trouble de santé’, de ‘santé’ à ‘dépassement de soi’ avec recherche de performances, travail sur les sensations ou les sentiments à partir de la chimie, ou travail sur l’apparence.

Q – Comment pratiquent alors ces médecins devenus des pourvoyeurs et des « gros prescripteurs » plutôt que des soignants prudents?

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30/01/2011

Héparines : du côté des conflits d’intérêts

Par Anne-Sophie Versier

Ingrédient indispensable de tout scandale sanitaire, du sang contaminé à l’hormone de croissance ou au Mediator: les conflits d’intérêts. Il s’agit le plus souvent d’un conflit entre un intérêt économique et la santé publique : des élus défendent la rentabilité d’un laboratoire au nom de la sauvegarde du commerce extérieur ou de l’emploi, et des médecins leaders d’opinion englués dans des liens incestueux avec les laboratoires ne sont plus en mesure de distinguer l’intérêt général de l’intérêt privé.

Dans le cas des héparines dont Pharmacritique a déjà abondamment traité (voir cet article et celui-ci), on retrouve ces mêmes conflits d’intérêts au cœur du système. En voici un exemple parmi bien d’autres, suivi de quelques interrogations.

 

héparines NTtimes Ariana Lindquist.jpg

[NdR: l'image est tirée d'un article du New York Times du 28.02.2008 intitulé "Twists in Chain of Supplies for Blood Drug").

A l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), le groupe de travail chargé des traitements de la thrombose reçoit pour président le Pr Philippe Lechat en janvier 2007. A cette époque, le Pr Lechat mène pourtant l’étude VALIDE pour Sanofi-Aventis, destinée à valider l’usage du Lovenox° (énoxaparine) chez des insuffisants rénaux, ainsi qu’il l’a mentionné dans sa précédente (et dernière) déclaration publique d’intérêts publiée.

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27/01/2011

23% des Français renoncent à des soins faute d’argent. Les résultats du Baromètre Cercle Santé analysant 8 pays

 

accès aux soins Pancho.jpg

L'image est tirée du site de France Handicap, où elle illustre l'article "Minimum vieillesse, adultés handicapés et chômeurs... Les oubliés de la CMU".

Le rapport du Baromètre Cercle Santé, réalisé par l’Institut CSA pour la compagnie d’assurances Europ’Assistance, porte sur sept pays européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Suède, Pologne et Autriche), auxquels s’ajoutent, pour la première fois, les Etats-Unis. La dernière édition, rendue publique en septembre 2010, nous apprend quelles sont les inquiétudes des Français – dans le contexte européen – quant au système de santé et de soins, mais aussi les tendances, inquiétantes, dans le recours aux soins, leur accessibilité et leur qualité.

Ce sondage à grande échelle complète l'analyse de Health Consumer Powerhouse, portant plus sur les détails de la qualité de soins selon des critères factuels, dont j'avais rendu compte dans un article du 31 janvier 2009 intitulé "Dessous de table, listes d'attente, accès restreint à certains soins, information limitée, autoritarisme... Le système de santé français n'est plus que 10ème en Europe".

Voici quelques-uns des résultats du Baromètre Cercle Santé. J'ai extrait ceux qui concernent les perceptions des Français, avant de passer au communiqué de presse dont je complète les chiffres, sur certains points importants, par des extraits de la synthèse ou de la version intégrale du rapport (celle-ci est téléchargeable à partir de la page principale). Quelques commentaires et des liens placés à la fin de l'article permettent d'aller plus loin au sujet des inégalités socio-économiques en santé. Certes, on a déjà parlé de ce sondage, mais un seul chiffre a retenu l'attention des media. Or il me semble que le tableau d'ensemble mérite attention.

49% des Français estiment que le système de santé actuel ne garantit pas l’égalité d’accès aux soins (48% oui, 3% ne savent pas). Ils sont 23% à avoir renoncé à des soins en 2010 – pour 11% en 2009 - et 12% à penser qu’ils seront peut-être amenés à le faire. Sur les huit pays pris en compte, seuls les Polonais (25%) et les Américains ont été dans une situation plus difficile (24%) de ce point de vue. C’est une progression de 12%, la même que celle enregistrée en Pologne, très forte par rapport aux autres pays. Ce n’est qu’en Allemagne et en Italie que le nombre de personnes ayant dû renoncer à des soins ou les reporter à augmenté, notamment de 5%.

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21/01/2011

Violence, homicides, agressions : effets indésirables de 31 médicaments tels que Champix, antidépresseurs, sédatifs / hypnotiques, Ritaline…

Un article paru le 15 décembre 2010 dans la revue en libre accès PLoS One (Public Library of Science) sous le titre « Prescription Drugs Champix violence Revolution Broadcasting.jpgAssociated with Reports of Violence Towards Others » (Médicaments d’ordonnance signalés pour leurs effets secondaires de violence envers autrui) rend compte d’une étude rétrospective des signalements à la pharmacovigilance des Etats-Unis (FDA : Food and Drug Administration) entre 2004 et 2009.

31 médicaments ont été mis en cause pour 1527 actes de violence : crimes, idéation meurtrière, violences sur les personnes, abus sexuel et autres actes de violence commis sur d’autres personnes.

Le médicament le plus incriminé pour de tels effets secondaires est le Champix (tartrate de varénicline), suivi de onze antidépresseurs, six sédatifs / hypnotiques et trois médicaments prescrits dans le TDAH (trouble déficit d’attention avec hyperactivité). Voir plus bas pour la liste.

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Co-responsables de l'inflation des coûts de Medicare, les médecins protestent contre la diminution de leurs honoraires

Moins bien payés que par les assurances privées, un médecin sur cinq - toutes spécialités confondues - et jusqu'à un tiers des généralistes Medicare Kaiser.jpgdes Etats-Unis refusent de plus en plus de patients dépendant du programme public Medicare. Celui-ci rembourse certains soins (élémentaires, choisis en fonction du coût, de la durée et d'autres critères tout aussi "humanistes") à des patients sans ressources des catégories suivantes: personnes âgées, handicapés, certains malades chroniques à affections sévères et personnel militaire pauvre.

Or non seulement rien n'est fait pour que la tendance à l'exclusion  des pauvres s'inverse, mais au contraire, une coupe de 21% à 25% est imminente dans les remboursements des honoraires des médecins par Medicare.

Ce programme public a été utilisé par la plupart des médecins comme une vache à lait infinie, et des laboratoires pharmaceutiques tels que Sanofi-Aventis ont fraudé à répétition, ce qui a mené à une forte augmentation du coût global de cette assurance-maladie (voir plus bas).

Mais on n'assiste malheureusement à aucune analyse structurelle et mise en cause des pratiques médicales ; non, on ne voit - comme d'habitude - que les plaintes des médecins contre la diminution de leurs honoraires... Certes, les problèmes que connaît Medicare sont multifactoriels, mais je choisis d'aborder cet angle-là, parce que les pratiques de prescription et surprescription des médecins ne sont jamais mises en cause comme un facteur responsable de la dégradation des systèmes de soins, et qu'il me semble inacceptable que ce soient toujours les patients qui trinquent.

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20/01/2011

Affaire des héparines frelatées : scandale de santé publique, lanceur d’alerte viré, discrimination entre patients et distorsion de concurrence

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

16/01/2011

Xavier Bertrand annonce une réforme globale de la filière médicament et de la pharmacovigilance, une transparence totale sur les conflits d'intérêts...

Le cabinet de Xavier Bertrand a envoyé aux rédactions - y compris à Pharmacritique - une synthèse de ses "propositions d'action" suivie IGAS logo.jpgde son intervention lors de la conférence de presse du 15 janvier 2011, qui a fait suite à la remise du rapport de l'IGAS intitulé sobrement "Enquête sur le Médiator", dont voici l'intégralité. C'est du bon travail, et les inspecteurs ne mâchent pas leurs mots. A bon entendeur...

Quoi dire des propos et propositions de Xavier Bertrand (que je reprends plus bas) ? Chiche!

Attendons les actes. On jugera sur pièces, parce que les belles paroles sont là, mais peut-être en sont-elles que des "paroles, paroles, paroles", comme disait la chanson... Des paroles choisies pour faire tilt aux oreilles des critiques de longue date des conflits d'intérêts en santé et de leurs conséquences sur l'ensemble de la filière médicament, depuis la recherche clinique jusqu'à l'évaluation et l'autorisation de mise sur le marché (AMM), à la pharmacovigilance, à la formation médicale initiale et continue, puis jusqu'aux modalités d'information (ou plutôt désinformation) des médecins et du public sur le médicament, ses bénéfices et ses risques.

J'ai commencé il y a des années à donner le Physician Payment Sunshine Act comme exemple (première publication sur Pharmacritique le 17 décembre 2007, mais j'avais d'autres supports avant), en présentant aussi d'autres dispositifs et projets anglo-saxons dont on pourrait s'inspirer et en parlant de l'ennemi N° 1 des pharmas aux Etats-Unis, à savoir le sénateur Charles Grassley... Cela inspirait des réactions mitigées, compte tenu des vues de ce sénateur de droite, conservateur à l'américaine, dont les convictions ne cadrent certainement pas avec les miennes, ni avec celles de la plupart de mes interlocuteurs... Mais il a beaucoup de mérites autres, et vu le nombre de médicaments dangereux qu'il a contribué à neutraliser, vu les actions qu'il est capable de mener, y compris avec des partenaires démocrates, et la protection des lanceurs d'alerte qu'il a appris à apprécier malgré son enracinement politique - eh bien, il mérite que je m'attire quelques railleries.

Désormais, Chuck Grassley et le Sunshine Act dont il est le principal auteur et "promoteur" font partie des références "classiques" même pour les critiques français des pharmas. Qui ont aussi compris qu'il valait mieux laisser les préjugés de côté, aller au-delà d'une certaine supériorité française qui interdisait de se pencher sur les choses au-delà des apparences et prédisposait à des interprétations superficielles... Il vaut mieux s'interroger sur l'intérêt de certains dispositifs juridiques d'inspiration anglo-saxonne portant sur l'information des usagers, la protection des lanceurs d'alerte, l'importance des qualifications juridiques permettant de réprimer les dérapages des labos de même que les conséquences des conflits d'intérêts. Je peux dire que le message est bien passé. De proche en proche, de support en support. Xavier Bertrand en parle même comme d'une évidence.

Le Sunshine Act deviendra effectif en 2013, sous la forme que j'ai évoquée dans ce communiqué de presse fait pour la Fondation Sciences Citoyennes, qui a eu un grand succès. Nous exigions justement que la France suive l'exemple et mette en place un tel dispositif - et tout ce qu'il faudra pour qu'il y ait une véritable transparence sur les conflits d'intérêts en santé. Tout en soulignant que la transparence n'était qu'une étape et non pas un objectif en soi. Le but ultime, c'est l'élimination des conflits d'intérêts, la refonte globale et radicale de l'ensemble du système de santé, d'expertise et d'évaluation.

La Fondation Sciences Citoyennes parle, dans ce communiqué comme dans d'autres documents - et en particulier dans une proposition de loi sur la déontologie de l'expertise et la protection des lanceurs d'alerte -, de l'urgence à définir les principes d'une déontologie (et non pas une simple éthique contextuelle et relative) de l'expertise. Nous proposons de faire cela à travers une instance éthique appelée Haute autorité de l'expertise et de l'alerte, qui, comme son nom l'indique, aurait aussi pour mission de définir le statut du lanceur d'alerte et les modalités de son intervention et de sa protection. Ce qui implique aussi des changements dans certains domaines du droit. Y compris pour définir les modalités de l'exercice des capacités décisionnaires par les citoyens, ainsi que de l'exercice d'une expertise citoyenne dont les contours restent à définir par cette instance éthique.

L'expertise se doit d'être systématiquement pluraliste, contradictoire, transparente, multidisciplinaire, afin que les décisions politiques qui sont prises sur cette base traduisent autant que possible l'intérêt général et non pas les intérêts économiques de quelques industriels qui peuvent se payer une armée de leaders d'opinion qui verrouillent le système depuis la recherche clinique jusqu'à l'information...

Il est donc assez intéressant de voir quelle forme prendra le "Conseil de déontologie" dont parle Xavier Bertrand, de l'entendre faire appel à des lanceurs d'alerte protégés, parler d'une expertise pluraliste, multidisciplinaire, avec une participation citoyenne à tous les niveaux. Et avec une transparence à tous les niveaux, y compris s'agissant d'avis minoritaires exprimés lors de délibérations qui doivent être rendues publiques.

Il y a ainsi beaucoup d'éléments intéressants dans ce que dit Bertrand et dont un certain nombre recoupent les exigences de la Fondation Sciences Citoyennes. Mais ce discours est-il vraiment crédible ? L'imbrication entre l'industrie pharmaceutique et les hommes politiques comme la haute fonction publique - et désormais même entre la recherche publique et celle privée - est telle qu'un discours parlant de tout mettre à plat semble plus fait pour des effets d'annonce. Mais je serai la première à applaudir si j'ai tort.

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