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10/09/2014

Avonex dans la sclérose en plaques: Essai clinique biaisé et mauvaise évaluation rapportent 28 milliards à Biogen

Par le Dr Alexis CLAPIN 

Je suis neurologue de formation et j’ai travaillé pendant 20 ans dans l’industrie pharmaceutique. Lors de la mise sur le marché d’Avonex, je travaillais chez Serono comme responsable médical. J’ai quitté l’industrie pharmaceutique il y a quatre ans. [Plus de détails et déclaration publique d'intérêts à la fin de l’article.]

 

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Comment Biogen a engrangé 28 milliards de dollars avec un essai clinique biaisé

Avonex est un interféron bêta autorisé à la fin des années 90 dans le traitement de la sclérose en plaques évoluant par poussées. La Food & Drug Administration (FDA, agence d’évaluation des médicaments aux Etats-Unis) et l’Agence Européenne des Médicaments  (EMA - European Medicines Agency) ont approuvé Avonex en surestimant ses bénéfices. Pourtant, la FDA avait vu que l’essai était biaisé et que le fabricant/sponsor Biogen avait défendu l’efficacité d’Avonex par des propos trompeurs. L’EMA, qui ne ré-analyse pas les essais cliniques à partir des données individuelles, n’a pas vu le biais et a vanté les bénéfices d’Avonex conformément aux propos trompeurs rédigés par Biogen dans le rapport d’essai clinique remis aux autorités sanitaires.

Dès lors, de très nombreux patients ont reçu un traitement dont les bénéfices étaient surestimés. Avonex est devenu le leader du marché et a permis à son fabricant d’engranger à la fin 2013 plus de 28 milliards de dollars, dont trois en 2013.

Le cas « Avonex » permet de souligner les difficultés à obtenir une évaluation initiale fiable des médicaments et surtout les difficultés à obtenir une remise en cause des mauvaises évaluations passées. L’EMA, responsable de l’évaluation initiale biaisée, ne se donne pas les moyens de se détromper.


Rappel historique sur les interférons dans le traitement de la sclérose en plaques

La sclérose en plaques est une maladie inflammatoire du système nerveux central. La maladie se caractérise par la survenue de lésions inflammatoires, dans le cerveau et la moelle épinière, détruisant les connexions nerveuses. Ces lésions, vues sous la forme de petites plaques sur les examens d’imagerie par résonance magnétique, sont responsables des troubles cliniques. Généralement, la sclérose en plaques débute par des troubles neurologiques évoluant par poussées qui peuvent apparaître en quelques heures et persister quelques semaines. Ces poussées peuvent ou non laisser des séquelles, telles qu'un déficit visuel, un déficit moteur ou sensitif… L’évolution est très variable d’un patient à l’autre. Certaines formes de sclérose en plaques évoluent très lentement, avec très peu de poussées et de déficit résiduel, d’autres évoluent malheureusement plus ou moins rapidement vers un déficit neurologique responsable d’un handicap sévère.

Certains patients ont une forme différente de sclérose en plaques, dite progressive, évoluant d’emblée par une progression continue du handicap.

Les corticoïdes ou l’ACTH (AdrenoCorticoTrophin Hormone stimulant la sécrétion endogène de corticoïdes), puissants anti-inflammatoires, sont les premiers traitements de la sclérose en plaques. Ils sont administrés lors des poussées.  

Les premiers traitements, dits de fond et administrés au long cours, sont les interférons bêta. Ils ont été évalués dans cette indication en raison de leur activité anti-inflammatoire. Depuis leur autorisation de mise sur le marché, à la fin du siècle dernier, de nombreux autres produits ont été approuvés. Certains sont prescrits en première intention, au début de la maladie. D’autres traitements ne sont prescrits qu’en cas d’échec des produits de première intention ou en cas de formes graves (mitoxantrone, natalizumab, alemtuzumab, fingolimod, par exemple). Ils sont prescrits en deuxième intention en raison de risques d’effets indésirables graves.

L’évaluation de l’efficacité des traitements de fond de la sclérose en plaques évoluant par poussée est basée sur trois critères : la survenue de poussées, la progression du handicap et la survenue de lésions vues sur l’imagerie par résonance magnétique nucléaire.

Les trois premiers interférons bêta approuvés par la FDA et par l’EMA dans l’indication sclérose en avonex,sclérose en plaques,avonex ema epar,avonex fda,avonex efficacité,biais essais cliniques,open access essais cliniques,accès aux données essai clinique,has avonex,avonex revue prescrire,biais recherche médicale,sclérose en plaques traitement,interférons efficacité,interférons sclérose en plaques,alexis clapin,biogen profit,rebif efficacité,betaferon efficacité,avonex bénéfices-risques,afssaps évaluation médicaments,sclérose en plaques immunomodulateurs,profit pharmaceutiqueplaques évoluant par poussées sont Betaferon, Avonex et Rebif.

Betaferon  (Betaseron aux Etats-Unis) du laboratoire Schering AG (Chiron associé à Berlex aux Etats-Unis) est le premier mis sur le marché, approuvé en 1993 par la FDA [1] et en 1995 par l’EMA [2]. Il lui est accordé aux Etats-Unis, conformément à l’Orphan Drug Status, une période monopolistique de sept ans.

Mais en 1995 [3], la FDA accorde à un autre interféron bêta, Avonex, développé par Biogen et Rentschler Technology, une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans la même indication thérapeutique. Avonex annule l’Orphan Drug Status de Betaseron sur des critères de tolérance. Berlex a bien essayé de s’opposer à l’arrivée d’Avonex, mais sans succès. L’argument utilisé par Berlex était le suivant : la formulation d’Avonex commercialisée est différente de celle utilisée dans l’essai clinique [4]. Effectivement, Avonex peut être considéré comme le premier biosimilaire autorisé par la FDA, puisque l’étude clinique a été réalisée avec un interféron obtenu sur une lignée cellulaire différente de celle utilisée pour la fabrication du produit commercialisé.

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10/10/2012

Ghostwriting (auteurs fantôme) et autres méthodes de manipulation et influence sur la recherche médicale et l’information

Sergio Sismondo a forgé le terme « ghost management » pour parler de l’influence de marketing pharmaceutique,ghostwriting,ghost management,rédacteurs fantôme médecine,société de recherche sous contrat pharmaceutique,nègre fantôme recherche médicale,ghostwriting auteurs recherche médicale,marc-andré gagnon,sergio sismondo,disease mongering,surmédicalisation formes,recherche médicale biais influences,influence pharmaceutique médecine,essais cliniques financement pharmaceutique,manipulation essais cliniques,biais influences fraude pharmaceutique,coût recherche développement médicament,dépenses lobbying promotion pharmaceutique,recherche universitaire financement pharmaceutique,partenariat public-privé pharmaceutique,sanofi gardasil marketing,désinformation médicalel’industrie pharmaceutique : un management total, une gestion invisible, mais omniprésente, de tous les niveaux de la recherche, de la formation et de l’information médicales. Le but ? Créer une désinformation généralisée, car même là où il n’y a pas de conflits d’intérêts, pas de corruption et de fraude directes, il existe des influences directes et indirectes, des biais dans la littérature médicale, etc.

Les principales techniques utilisées sont décrites dans l’article de Sergio Sismondo paru en septembre 2007 dans la revue PLoS Medicine : “Ghost Management: How Much of the Medical Literature Is Shaped Behind the Scenes by the Pharmaceutical Industry?” (Ghost management : quelle est la proportion de littérature médicale façonnée en coulisses par l’industrie pharmaceutique ? PLoS Med 4(9): e286.doi:10.1371/journal.pmed.0040286).

Sergio Sismondo, professeur de philosophie et de sociologie à la Queen's University, a co-signé un article avec le socio-économiste Marc-André Gagnon, professeur adjoint à la  School of Public Policy and Administration, Université de Carleton (que j’ai eu le plaisir de rencontrer longuement en 2010). L’article est paru le 2 octobre 2012 dans le journal canadien Le Soleil sous le titre « Des auteurs-fantômes discréditent la recherche médicale ».

L'illustration accompagne un article intitulé "Half the top US academic medical centres have no policy on ghostwriting" (La moitié des facultés de médecine les plus prestigieuses des Etats-Unis n'ont pas de politique de gestion du ghostwriting), qui commente les résultats d'une enquête rendue publique dans un article de Jeffrey Lacasse et Jonathan Leo, paru le 2 février 2010 dans la revue PLoS Medicine sous le titre "Ghostwriting at Elite Academic Medical Centers in the United States".

Je fais une longue introduction présentant divers aspects liés au ghostwriting, au ghost management et à la manipulation de la recherche médicale, suivie de quelques extraits du dernier article de Marc-André Gagnon et Sergio Sismondo, qui présente certains enjeux de façon synthétique et accessible. Il faut revenir là-dessus, parce que tout le monde devrait comprendre les conséquences de telles mauvaises pratiques de rédaction médicale en termes de déformation et dénaturation de l'information que nous tous (professionnels de santé et usagers) avons sur l'efficacité de tel médicament et de telle intervention médicale, sur le rapport bénéfices/risques, etc. L'emploi d'auteurs fantôme pose la question plus large de ce qu'est un auteur scientifique, mais ce qui m'intéresse ici, c'est que nous comprenions à quel point les apparences peuvent être trompeuses. Même ce qui paraît être certain - l'efficacité et la bonne tolérance de tel médicament apparemment solidement évalué, dans des études multiples d'apparence méthodologique solide (RCT) et avec des résultats apparemment indiscutables - peut n'être que le résultat d'effets rhétoriques visant à placer les médicaments dans une lumière favorable, le résultat de manipulations des données et des résultats, d'une publication sélective (uniquement les résultats favorables, même lorsqu'ils sont minoritaires) et de l'emploi de divers moyens permettant d'embellir la réalité et la rendre commercialement exploitable.

Ce ghost management permet de créer et d’entretenir la surmédicalisation (voir les articles) qui, omniprésente, déforme l’ensemble du système de santé et de soins ainsi que les représentations des usagers. Il permet de verrouiller le système en bloquant ses articulations stratégiques par des experts ayant des conflits d’intérêts : des leaders d’opinion influents, une sorte de VRP de luxe que certains appellent dealers d’opinion. (Voir les articles sur les key opinion leaders, surtout celui-ci).

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16/05/2012

Héparines sous le règne du Profit : du "conflit de travail" aux conflits d’intérêts et aux risques sanitaires

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

 

11/05/2012

Quid de l’enquête sur la sécurité des héparines/Lovenox°? Rappel des risques (prion...) et lettres de Jacques Poirier à Xavier Bertrand

Texte retiré le 27 novembre 2012 (fin de mon soutien à Jacques Poirier).

Explication sur cette page:

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2012/06/...

05/10/2011

Alli et Xenical: hépatotoxicité‏ avec décès ou greffe et d’autres effets indésirables. Affaires louches de Roche

Inutile de revenir sur la publicité pour Alli (orlistat 60 mg de Roche), vendu comme un remède miracle à obésité médicaments marché,alli effets indésirables foie,xenical effets indésirables foie,hépatotocixité orlistat effets indésirables,roche corruption affaires illégales,industrie pharmaceutique code d'éthique code de bonne conduite,ordre des médecins autorégulation code,risque médicaments obésité,alli risque décès greffe foie,alli xenical insuffisance hépatique nécrose mort,régime alli danger,alli xenical allergie éruption,alli xenical effets secondaires gastro-intestinaux,alli xenical pancréatite,alli xenical douleurs fatigueprix d’or, sans ordonnance, dans toutes les pharmacies ("Alli, enfin la pilule contre l'obésité!" "Alli, pilule qui agit instantanément", "Alli, meilleur allié minceur"...)

Je reproduis un point d’information reçu le 23 septembre du centre Midi-Pyrénées de Pharmacovigilance, puis donne des extraits de la notice états-unienne de l’orlistat, parlant de nécrose hépatocellulaire, insuffisance hépatique aigue, avec certains cas ayant nécessité une greffe de foie, d’autres ayant entraîné la mort des patients. Puis je rappelle, liens à l’appui, d’autres effets indésirables graves listés dans la notice états-unienne, telle qu’elle est sur le site du laboratoire Roche, et je liste les symptômes annonciateurs de problèmes hépatiques, que tous les usagers et patients devraient connaître pour éviter le pire.  

Enfin, je rappelle les suites des déboires de Roche en Grande-Bretagne, qui a conclu des contrats juteux de vente de Xenical dans des centres d’amaigrissement sans surveillance médicale. Ces affaires ont été jugées non conformes avec le code de conduite de l’association des industriels britanniques ABPI, qui a exclu Roche pour six mois. Or ce laboratoire fait des histoires et remet en cause même cette faible « autorégulation »… Rien ne doit se mettre sur le chemin des affaires, sur ce marché juteux de l’obésité réelle ou imaginée (au vu de l’image déformée et décharnée des femmes véhiculée par les media)…  

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16/08/2011

Lobbying pour Sanofi et le Lantus, avec éviction et diffamation de Peter Sawicki, manipulation de Wikipédia…

Le Lantus (insuline glargine), prescrit dans le traitement du diabète insulinodépendant, a rapporté à Lantus.jpgSanofi plus de 2 milliards d’euros rien qu’en 2009. Et l’histoire a montré que lorsque l’un de ses médicaments est mis en cause, Sanofi peut recourir à divers stratagèmes pour le défendre, faisant appel à des agences de communication, mobilisant les leaders d’opinion qu’il paie, lançant des plans pour désinformer et/ou museler la presse, licenciant tel lanceur d'alerte... Sans parler d’autres méthodes peu catholiques pour augmenter ses profits, dont j’ai donné quelques exemples sur Pharmacritique...

Or le Lantus, soupçonné dès sa mise sur le marché en 2000 de favoriser les cancers, est de plus en plus critiqué depuis 2005. J’ai rendu compte, dans deux articles écrits en 2009 (voir cette page), des études qui renforcent et actualisent le soupçon de cancers sous Lantus, puis évoqué la stratégie de désinformation de Sanofi, pour défendre le Lantus malgré tous les arguments scientifiques ( sur cette page).

Un article de Markus Grill paru le 11 juillet 2011 dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel nous peter sawicki iqwig industrie pharmaceutique,lantus risque cancers,sanofi-aventis lobbying,sanofi-aventis corruption,institut für qualität und wirtschaftlichkeit im gesundheitswesen,wikipédia industrie pharmaceutique,web 2.0 manipulation,lobbying conflits d'intérêts industrie pharmaceutique,fdp parti libéral lobbying industrie pharmaceutique,lantus solostar cancer risque,lantus effets indésirables,insuline glargine cancer,lantus efficacité insulines humaines,wiki-watch wikipédia transparence,philip rösler lobbying industrie pharmaceutique,politique de santé droite,cdu fdp industrie pharmaceutique,assurance-maladie allemagne,chris viehbacher,hommes politiques lobbying industrie pharmaceutiqueapprend qu’un homme politique de droite, Wolfgang Stock, a fait un lobbying intense pour Sanofi, manipulant Wikipédia à répétition : les articles sur le Lantus et celui sur son principal critique, le Pr Peter Sawicki (photo Die Welt) et l’institut IQWiG, de même que ceux sur Sanofi-Aventis, son PDG, etc.

Le diabétologue et ancien directeur de l’IQWiG, Pr Peter Sawicki, a été évincé sur demande du lobby pharmaceutique, dans le cadre de la politique clientéliste de la droite allemande, et surtout des libéraux de la FDP. Le Lantus fait partie des médicaments mis en cause par l'IQWiG, institut indépendant d’évaluation des médicaments. Dès 2005, il a contesté l’efficacité du Lantus par rapport aux insulines humaines. En 2009, il a été le premier à poser la question du risque accru de cancers sous Lantus.

Or Wolfgang Stock dirige un cabinet de lobbying ayant Sanofi parmi ses clients. Et c’est le même qui a fondé Wiki Watch, destiné à… améliorer la transparence dans l’usage de Wikipédia. Les détails illustrent parfaitement les méthodes auxquelles les lobbyistes et les industriels de la pharmacie sont prêts à recourir pour défendre leurs produits, ainsi que l’ampleur du réseau d’intérêts politico-médiatique et son influence sur la prise de décision.

J’évoque aussi les perquisitions et mises en examen touchant Sanofi-Aventis dans une affaire de corruption présumée en Allemagne.

Je réitère ma méfiance envers le web 2.0 sous toutes ses formes, facile à manipuler et instrumentaliser, pour faire de la publicité, désinformer, inciter à la médicamentation…

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25/10/2009

Ghost writing et ghost management: conséquences de la marchandisation croissante de la recherche et de l’information médicales vue par Claude Béraud

Dans le numéro 14 (novembre 2007) de la « Lettre d’actualité médicale » qu’il a rédigée entre 2006 et 2008, le Pr Claude Béraud Claude Béraud.jpg analysait l’apport de deux articles traitant des conséquences de l’externalisation de la recherche médicale et de la rédaction des articles médicaux, source majeure de biais et de conflits d'intérêts dans la recherche clinique et dans l’information médicale qui la présente. La stratégie de maximisation des profits impose une marchandisation croissante, se traduisant par la sous-traitance à des sociétés de recherche sous contrat et à des sociétés de rédaction/ communication médicale, qui n’ont que les laboratoires pharmaceutiques pour seuls clients – et donc nulle indépendance.

Ces deux articles parlent du ghost management (la gestion fantôme, invisible mais omniprésente, de toute la recherche, de la formation et de l'information médicales) dont le ghostwriting est une composante essentielle. Il s'agit de l'écriture fantôme ou de la rédaction appelée "fantôme" parce qu'elle est faite par des employés des firmes qui rédigent des articles signés à la fin par des leaders d’opinion payés pour légitimer scientifiquement cette production. Les ghostwriters sont là non pas parce que les grands pontes n'auraient pas le temps, mais pour faire en sorte que les résultats des essais cliniques apparaissent dans la lumière la plus favorable possible, depuis l'interprétation des données jusqu'à l'écriture, en fonction des exigences du service marketing du laboratoire qui paie.

Ces deux articles nous livrent – par la médiation de Claude Béraud - une précieuse aide théorique, c’est-à-dire des concepts nous permettant de développer un cadre d’analyse critique afin de mieux situer et comprendre les exemples concrets de manipulation de la recherche et de l’information médicale qui sont donnés ici ou là, et de réaliser que tant que durera cette façon de faire, la santé individuelle et publique resteront en danger.

Reprendre, avec l’autorisation de l’auteur, l’analyse proprement dite, est aussi une occasion de parler de Claude Béraud et de son blog.

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14/08/2009

Le Fosamax de Merck devant la justice américaine pour près de 900 cas d’ostéonécrose de la mâchoire

Le 6 août est paru sur le site du British Medical Journal un article de Ray Moynihan relatant les enjeux de l’action en justice intentée à Merck ostéonécrose.jpgpar plus de 850 victimes états-uniennes du Fosamax (acide alendronique), médicament de la classe des bisphosphonates largement prescrit dans le traitement et la prévention de l'ostéoporose. Ce type de "prévention" d'un facteur de risque érigé en maladie pour vendre des médicaments à des bien-portants relève du "disease mongering" : une technique particulière de marketing pharmaceutique consistant à vendre des maladies plus ou moins inventées ou redéfinies afin de créer un marché pour certains médicaments - ou élargir un marché déjà existant. La traduction française du disease mongering (phénomène décrit en détail et exemplifié dans les notes accessibles à partir de cette page) est "façonnage de maladies", invention de maladies, technique du Dr Knock

L’article de Ray Moynihan - souvent cité sur Pharmacritique pour ses écrits sur le disease mongering et les laboratoires pharmaceutiques vendeurs de maladies - s’intitule "Drug Safety: Battle over popular bone drug Fosamax bursts into court” (Effets secondaires: la bataille autour du très populaire Fosamax fait irruption au tribunal : BMJ 2009;339:b3155 - doi:10.1136/bmj.40024.494213.4D).

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06/08/2009

Elsevier a édité neuf fausses revues médicales. Treize autres allaient sortir pour désinformer les généralistes dans plusieurs spécialités

Pharmacritique a rendu compte en détail du fait que Merck a payé l’éditeur Elsevier pour publier une fausse revue médicale comme s’il elsevier logo.gifs’agissait d’une vraie revue à comité de lecture (peer-reviewed journal). C’est l’un des moyens par lesquels l'industrie pharmaceutique va au-delà d'un marketing forcené, pour accomplir ce qu’il convient d’appeler ghost management : gestion fantôme, contrôle invisible mais omniprésent de toute la filière médicament et de l’information médicale, décrits en détail dans l'article cité ci-dessus.

Cette révélation faite par le journal The Scientist a été complétée le 7 mai, puis dernièrement le 4 juin dans l’article « Elsevier tweaks custom pub rules » (Elsevier tord le cou aux usages en matière de publicité pour ses clients), signé toujours par Bob Grant.

Il y a eu en tout neuf fausses revues fantôme éditées par Elsevier pour le compte de laboratoires que l’éditeur refuse de nommer, tout comme il refuse de dévoiler le montant des transactions. Et treize autres revues déjà enregistrées, mais pas publiées. Décidément, le monde médico-pharmaceutique est hanté...

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05/08/2009

Chroniciser les maladies est plus rentable que les guérir. Les conflits d’intérêts assurent la prééminence du profit sur la santé, selon le prix Nobel Richard Roberts

Richard J. Roberts, biochimiste et biologiste moléculaire britannique, est l'un des lauréats du prix Nobel de médecine 1993, pour ses travaux sur les introns ADN et l’épissage des gènes.

Dans le numéro du 27 juillet 2007 du journal catalan La Vanguardia paraissait une interview qu'il a accordée à Lluís Amiguet, sous le titre "El fármaco que cura del todo no es rentable" (Le médicament qui guérirait tout ne serait pas rentable). Pharmacritique vous propose une traduction de la partie du texte qui a trait aux sujets abordés dans ces pages.

On pourrait voir dans la chronicisation des maladies une autre forme de disease mongering - qui ne signifie pas seulement façonnage ou invention de maladies -, et je donnerai bientôt un exemple édifiant. De tels abus ne sauraient durer sans la complicité du monde médical et du monde politique, qui permettent et légitiment une telle dérive des recherches médicales et pharmacologiques vers des applications choisies uniquement en fonction des profits immédiats qu’elles peuvent apporter. Or un patient guéri n’est plus rentable. Par contre, les malades chroniques sont des sources de profits inépuisables. Les départements R&D (recherche et développement) des laboratoires semblent avoir orienté leur activité uniquement dans cette direction.

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04/06/2009

L'Express: conflits d'intérêts et corruption des médecins par le lobby pharmaceutique, qui contrôle toute l'information sur les médicaments

L’Express d’hier (3 juin) a publié sur son site un dossier qui fait la une cette semaine : "Tout ce que l’on ne vous dit pas sur les Express médicaments.jpgmédicaments". Il contient des extraits du livre du Dr Sauveur Boukris intitulé "Ces médicaments qui nous rendent malades" (Le Cherche Midi), à paraître aujourd’hui.

Sont abordés entre autres : "les effets secondaires gravissimes de médicaments consommés couramment; l'ignorance crasse de médecins formés, le plus souvent, à la seule école de l'industrie pharmaceutique; l'invention de maladies imaginaires pour l'unique profit d'entreprises florissantes; la partialité des experts; le laxisme d'autorités sanitaires bienveillantes; la force d'un lobby mieux organisé que jamais...", les interactions médicamenteuses, le nombre colossal d’hospitalisations et de décès dus aux effets secondaires, l’absence d’innovation thérapeutique, les risques de l’automédication, "les médecins téléguidés" par les laboratoires par le biais des visiteurs médicaux et autres financements créant des conflits d’intérêts...

La préface du livre est signée par le Pr Philippe Even, et le dossier contient un entretien avec lui, intitulé "Certains représentants de l’Etat sont corrompus". C’est sur celui-ci que je voudrais mettre l’accent dans cette note, parce que je pense qu’il a raison en disant qu’en France, le véritable changement ne peut venir que des patients, d’une prise de conscience qui pourrait faire suite aux scandales provoqués par les effets secondaires des médicaments et qui les poussera à taper du poing sur la table.

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29/05/2009

Sanofi-Aventis: 95,5 millions de dollars d'amende pour une nouvelle fraude sur le dos des Américains les plus pauvres et les plus malades

capitalisme.jpg

La justice des Etats-Unis a mis fin à une nouvelle "escroquerie" de Sanofi-Aventis à la protection sociale des plus pauvres. Le laboratoire est obligé de payer une nouvelle amende, de 95,5 millions de dollars, alors qu'il est toujours soumis au contrôle de la justice suite aux fraudes précédentes, soldées par 190 millions, puis par 22,7 millions de dollars d'amende. Elles datent de septembre 2007 et de février 2008 et touchent l'assurance-maladie des handicapés, des malades chroniques et des personnes âgées ainsi que celles des enfants pauvres et des adultes pauvres.

La "moralisation du capitalisme" n'est pas pour demain, et les codes de bonne conduite et autres promesses ne sont que des écrans de fumée. Sanofi-Aventis pratique là une redistribution qui va toujours dans le même sens: des pauvres vers les riches. Pourquoi? Mais parce que "Le capital, c'est capital", dit ce dessin tiré d'UMA70. C'est à peu près le niveau intellectuel des explications qui nous sont données...

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28/05/2009

La réévaluation d’ALLHAT comparé à d’autres essais cliniques confirme les bénéfices des diurétiques thiazidiques dans l’hypertension

Cette note fait suite à celle-ci: "L’étude ALLHAT enterrée par les firmes, puisque les diurétiques thiazidiques traitant l’hypertension thiazides.jpgsont efficaces et bon marché".

La revue Archives of Internal Medicine a publié le 11 mai un article intitulé "ALLHAT Findings Revisited in the Context of Subsequent Analyses, Other Trials, and Meta-analyses" (Les résultats de l’étude ALLHAT réexaminés en fonction d’analyses ultérieures, d’autres essais cliniques et de méta-analyses).

Je citerai quelques fragments du texte original, en accès restreint, et rappellerai le destin de l’Hygroton (chlortalidone), mis sur le marché en 1959 par Novartis – ce qui veut dire que son rapport bénéfices / risques est bien connu - puis retiré du marché en 2001 parce que son prix très bas ne permettait pas les mêmes profits qu'avec les nouveaux médicaments, qui semblent pourtant moins performants pour une certaine catégorie de patients hypertendus. Le pharmacologue italien Silvio Garattini livrait en 2003 une analyse claire des enjeux financiers décisifs dans le devenir d’un médicament et donnait l’Hygroton comme exemple.

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13/03/2009

Séisme en algologie et en anesthésie: fraude scientifique majeure de Scott Reuben, financé surtout par Pfizer, concernant l’efficacité antalgique de Lyrica, Celebrex, Effexor...

(Mise à jour importante à la fin)

Un pionnier de l’"analgésie multimodale" se révèle être "Le Madoff de la recherche médicale", un pur produit du système… Car l’anesthésiste Lyrica Pfizer.jpget algologue Scott S. Reuben n’est qu’un épiphénomène d’un domaine de la médecine – la recherche médicale financée par les laboratoires privés – structurellement encore plus vulnérable que les autres aux corruptions, mensonges, conflits d’intérêts et autres fraudes. Ses falsifications et inventions de données d'essais sur lesquels se sont basés tellement d'autres travaux risquent de remettre en cause une bonne partie de l'algologie, selon les dires d'un éditorialiste de la revue Anesthesiology : "il est possible que l'algologie se soit orientée dans une mauvaise direction ou risque du moins d'aboutir à des impasses dans ses tentatives d'améliorer les traitements de la douleur" (voir plus bas).

Méfions-nous des extensions hâtives d’indications qui font de tel médicament - pourtant peu et/ou mal testé en dehors de son indication d’origine -  une panacée universelle. La fraude scientifique est facile et la tentation est grande, surtout dans un domaine aussi mal loti que l’algologie, et plus précisément dans la compréhension et le traitement des douleurs chroniques, neuropathiques (surtout post-opératoires), résistant aux antalgiques classiques (morphiniques, etc.). La mode des antiépileptiques détournés vers le traitement de la douleur prendra un sérieux coup avec le dévoilement de cette fraude, possible grâce aux financements illimités de l'industrie et ayant atteint une taille… industrielle.

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02/12/2008

L’étude ALLHAT enterrée par les firmes, puisque les diurétiques thiazidiques traitant l’hypertension sont efficaces et bon marché

Un article révélateur du New York Times du 27 novembre, intitulé “The Minimal Impact of a Big Hypertension Study” (L’impact minime d’une Hypertension Knowledgebase script.jpggrande étude sur les traitements de l’hypertension), revient sur l’étude ALLHAT (Antihypertensive and Lipid-Lowering Treatment to Prevent Heart Attack Trial). Cette étude à large échelle qui a eu lieu en 2002 a démontré que les diurétiques thiazidiques étaient les médicaments à la fois les plus efficaces et les moins chers pour traiter l’hypertension artérielle. Cependant, 6 ans après, les diurétiques sont beaucoup moins prescrits qu’ils ne devraient l’être, compte tenu de leur efficacité.

L’association australienne Choice arrivait à la même conclusion dans un rapport déplorant les méthodes perverses de l’industrie pharmaceutique et qui prenait pour exemple précisément le cas des médicaments antihypertenseurs, comparés sous l'angle coût / efficacité.

 

Le diurétique antihypertenseur chlortalidone, jadis commercialisé en France aussi sous le nom de Hygroton, est l’exemple-type de médicament très peu prescrit parce que efficace et pas cher (cf. notre note), donc peu profitable aux firmes qui produisent des antihypertenseurs pas plus efficaces, mais beaucoup plus chers, tels les inhibiteurs calciques ou les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC). L'Hygroton a fini par être retiré du marché français, comme nous l'a appris un lecteur de Pharmacritique, déjà suite à la note sur le rapport de l'association Choice. Il n'existe plus sous forme de spécialité unique. Il reste l'Esidrex [hydrochlorothiazide], efficace et pas cher, donc pas profitable...

 

Les firmes se sont unies contre l’ennemi commun - les médicaments bon marché - et ont tout fait pour le discréditer, par exemple en payant des leaders d’opinion (pantins du pharmacommerce) pour vanter les mérites des nouveaux médicaments antihypertenseurs. Par exemple, un membre d’un groupe d’experts américains a reçu 200.000 dollars de Pfizer, pour donner des conférences défavorables aux diurétiques, nous dit le New York Times.

 

Et nombre d’experts indépendants soulignent que l’influence de l’industrie est telle qu’elle empêche aussi toute volonté politique qui inciterait à l’organisation d’essais cliniques de grande envergure pour trouver les médicaments ayant le meilleur rapport coût / efficacité… Les firmes ont le bras long et n’hésitent pas à désinformer et à déformer la vérité, par exemple sur les effets secondaires de leurs antihypertenseurs, pour faire vendre un maximum, à l’exemple de Pfizer et de Novartis, cités dans l’article, qui contient d’autres détails intéressants.

 

A noter qu'une recherche rapide, faite suite aux remarques précieuses d'un lecteur, nous apprend que l'efficacité des diurétiques thiazidiques était bien connue parmi les médecins et dans la presse médicale bien avant l'article du New York Times, et c'est pourquoi le récent tapage médiatique, qui parle de l'étude ALLHAT comme d'un scoop, a de quoi étonner. Nous avons cité le rapport de l'association Choice, datant de mai 2008, avant de rendre compte de l'article du New York Times. Mais prenons deux exemples francophones, faciles à trouver lors d'une recherche et émanant de sources médicales sérieuses.

 

Ainsi, le numéro de décembre 2007 de la Lettre du GRAS (Groupe de Recherche et d’Action en Santé) précise à la page 61 : « On comprend mal par exemple les réticences françaises à la prescription des "vieux" thiazides dans le domaine de l’HTA, où leur indication de première intention, hors cas particuliers, reste aujourd’hui encore indiscutable. » De plus, le GRAS donne la marginalisation de l’étude ALLHAT - et l’occultation de l’efficacité des diurétiques tels la chlortalidone dans le traitement de l’hypertension artérielle – comme un exemple type des conséquences néfastes des conflits d’intérêts en médecine. Il reprend pour cela un article paru en… 2003 sur le site de l’UNAFORMEC, reproduit à la page 62.

 

Et le numéro de septembre 2004 de la revue Prescrire précisait clairement : « L'ensemble des données convergent pour utiliser en première intention un diurétique thiazidique : chlortalidone, ou à défaut hydrochlorothiazide [Esidrex], associé habituellement à un épargneur potassique. Chez les hypertendus sans complication ni diabète, certains bêtabloquants sont indiqués en deuxième ligne, certains IEC en troisième ligne et certains inhibiteurs calciques en quatrième. Les choix thérapeutiques diffèrent en cas de diabète ou de complications (p. 601-611) ».

 

Merci au Dr Siary pour les précieuses informations apportées; elles complètent parfaitement celles journalistiques que j’importe d’ailleurs. (Et je ne fais que creuser par la suite...)

 

Illustration: Knowledgebase-Script.com

Mise à jour: Voir la suite et d'autres détails sur la chlortalidone (Hygroton), l'étude ALLHAT et l'étude ACCOMPLISH dans la note "La réévaluation d’ALLHAT comparé à d’autres essais cliniques confirme les bénéfices des diurétiques thiazidiques dans l’hypertension".

Elena Pasca

30/11/2008

L’industrie pharmaceutique et les assureurs lancent une campagne massive contre les projets d’Obama de réformer le système de santé

Cela rappelle étrangement la présidence de Bill Clinton et les tentatives de Hillary Clinton de réformer un système qui était loin d’être aussi Obama réforme Pharmalot.jpgmauvais qu’aujourd’hui… Une campagne massive a complètement changé l’attitude de l’opinion publique, au départ favorable aux réformes et à l’introduction d’une assurance-maladie universelle publique. Les industriels ont présenté cela comme une dérive vers le... communisme, portée par « Hillary la rouge », « Billary », etc.

Huit ans d’administration Bush et des républicains, alliés traditionnels de l’industrie pharmaceutique, des assureurs et de tous les prestataires de services liés à la santé ont délabré le système de soins à un point difficilement imaginable. Or Obama ne s’est pas privé d’attaquer l’industrie pharmaceutique pendant sa campagne, par exemple sur la responsabilité des firmes en cas de médicaments défectueux, question très épineuse alors que les firmes cherchent à se mettre au-dessus des lois et à échapper à tout procès à travers la préemption fédérale.

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20/10/2008

57% des essais cliniques en vue de l’AMM ne sont pas publiés, même si l’AMM est accordée, nous dit PLoS

L’article de Kirby Lee et al, Publication of Clinical Trials Supporting Successful New Drug Applications: A Literature Analysis (Publication des Censure.jpgessais cliniques sur lesquels se fondent les nouvelles homologations de médicaments) est paru dans le numéro de septembre de la revue PloS (Public Library of Science).

Afin que les médicaments nouvellement produits par les firmes puissent obtenir l’autorisation (AMM) de l’agence du médicament, les laboratoires doivent soumettre à celle-ci au moins deux études prouvant leur innocuité et leur efficacité.

Les résultats de cette première étude quantitative sur le sort des essais cliniques fait avec des médicaments approuvés par la suite confirment ce que l’on savait déjà des méthodes de l’industrie pharmaceutique : n’est publié que ce qui se prête à une campagne de publicité et peut faire augmenter les ventes… C'est ce qu'on appelle un biais de publication.

La non publication n’est pas anodine. Elle doit nous faire réfléchir sur la piètre qualité des médicaments récents, puisque les firmes qui les produisent craignent vraisemblablement que l’accès aux données ne permette aux critiques de les démolir… Il s’agit quand même de 57% des essais cliniques qui sont ainsi censurés.

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16/10/2008

Cancer: seul un essai clinique sur cinq est publié. L’industrie pharmaceutique occulte ses ratages

L’ESMO (Société européenne d’oncologie médicale) rend compte le 9 octobre d’un rapport  de Ramsey et Scoggins publié dans la dernière livraison du journal The Oncologist, qui arrive à la conclusion d'un fort biais de sélection des essais cliniques, qui mène à ne publier en majorité et en intégralité que ceux qui ont des résultats positifs, à savoir en moyenne 1 sur 5. (Le rapport prend PubMed pour source de publications). C'est ce qu'on appelle un "biais de publication", qui induit de la désinformation, parce que l'état des connaissances est déformé si l'on ne connaît pas l'issue de recherches cliniques défavorables (négatifs) pour tel ou tel médicament, mais seulement ceux favorables (ou arrangés pour paraître positifs ou plus positifs qu'ils ne le sont).

 

 

De tous les essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutique, moins de 6% sont publiés, et sur ces 6%, 75% arrivent à des conclusions favorables pour les médicaments étudiés.

Vu les résultats plus que limités du règlement actuel du registre des essais cliniques, qui exige la publication de tous les résultats, un groupe de travail a proposé à l’Institut National du Cancer états-unien (National Cancer Institute) de mettre en place sa propre base de données des essais cliniques, pour en suivre la progression du début jusqu’à la fin.

 

 

 

 

 

Il faut avoir accès à ces informations, puisqu'on apprend aussi des erreurs et qu'on évite de refaire les mêmes.

 

 

D'autre part, ce  nombre très élevé d'essais non concluants montrent bien qu'il faut essayer d'agir non pas toujours dans le sens de ce symbole_toxique.jpgqu'on a appelé "industrie du cancer" - où chaque nouvelle molécule est vendue à prix d'or par les firmes et présentée comme révolutionnaire à des malades désespérés, mais en amont - sur les causes du cancer. Il faut oser s'en prendre aux causes environnementales, chimiques, industrielles, bref, aux agents cancérogènes produits par l'homme et les technosciences qu'il adule.  C'était aussi le sens de ma note "Investissez dans l’industrie du cancer ! Son avenir en bourse s’annonce radieux, note Marianne ."

 

Un autre problème qui se pose est celui de certains dépistages réguliers, par exemple du cancer de la prostate et du cancer du sein, en fait des surdépistages qui participent de la surmédicalisation et surmédicamentation ambiante, avec des conséquences dramatiques (faux diagnostics, biopsies et traitements inutiles et risqués, etc.). Beaucoup de monde vit de l'industrie du cancer...

 

 

 

 

Elena Pasca

 

 

15/10/2008

Big Pharma veut éliminer Therapeutics Initiative, groupe canadien pour l'EBM et un usage raisonnable du médicament

Le sort de cet organisme indépendant, qui n'excelle même pas dans la critique, mais fait son travail d'application d'une médecine guillotine WSJ.jpgfondée sur les preuves (evidence-based medicine) dans l'intérêt général de la santé et des finances de la population canadienne, sera décidé fin octobre. Un courriel peut être adressé au chef des inquisiteurs pour protester contre l'exécution programmée de Therapeutics Initivative par les sbires médicaux de l'industrie pharmaceutique.

Nous sommes complices si nous restons sans réagir alors que l’industrie pharmaceutique censure, discrédite et élimine un par un les groupes, les associations et les individus qui osent critiquer ou juste avoir un point de vue différent et penser par eux-mêmes.

Cette photo de guillotine est tirée du Wall Street Journal (dans un autre contexte).

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12/10/2008

La Commission européenne et l’EFPIA sapent la législation sur la publicité directe et l'accès direct aux patients

Le Financial Times a rendu compte le 3 octobre d’une rencontre des décideurs politiques et pharmaceutiques européens, WaveBigPharma CAGE.jpgqui peaufinent leur stratégie de mise en pratique des propositions antérieures, connues sous le nom "paquet pharmaceutique" (pharmaceutical package).

 

 

Le titre de l’article en dit long sur les objectifs : "Plan to give drug groups direct public access" (Projet permettant l’accès direct des firmes pharmaceutiques aux patients).

 

 

 

 

 

Sous prétexte d’améliorer l’observance des traitements, la pharmacovigilance et la "qualité de l’information" venant de tous les "acteurs importants" du domaine de la santé, l'accord entre l’EFPIA (le syndicat européen des pharmas) et la Commission européenne (avec Günter Verheugen en tête) permettra aux firmes d’accroître leurs profits par un marketing direct auprès des patients, qui court-circuitera les médecins et contournera l’interdiction de la publicité directe aux usagers pour les médicaments d'ordonnance (DTCA: direct-to-consumer advertising).

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Pfizer accusé de manipulation des études sur l’efficacité du Neurontin. Qu’en est-il du Lyrica ?

En 2004, Pfizer a dû payer 430 millions de dollars d’amende pour la publicité illégale de son antiépileptique Neurontin neurontin Pharmalot.jpg(gabapentine), incitant les médecins à le prescrire dans des indications non autorisées, ce qui a porté les chiffres de vente à plus de 3 milliards par an. Le New York Times du 8 octobre nous apprend qu’une cour fédérale des Etats-Unis est en charge d’un autre procès intenté par des usagers et des tierces parties. La cour vient de rendre publics les rapports de plusieurs experts sur les essais cliniques et la stratégie commerciale de Pfizer. 12 rapports d’experts sont accessibles sur Pharmalot (d'où nous avons repris la photo).

Comme pour confirmer une énième fois le réquisitoire de Marcia Angell, on apprend que la firme aurait occulté des données scientifiques pour ne pas nuire au commerce : publication d’essais défavorables retardée, occultation ou maquillage des données montrant l’inefficacité du Neurontin dans les douleurs chroniques (de type neuropathie diabétique ou névralgie post-zostérienne), le trouble bipolaire ou la prévention des migraines.

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28/07/2008

Les industriels britanniques suspendent Roche pour pratiques illégales dans la vente du Xenical

Une nouvelle parue dans le British Medical Journal du 18 juillet (BMJ 2008; 337: a835 ; pas de lien direct) nous apprend que le laboratoire 717984174.jpgpharmaceutique Roche vient d’être suspendu par le syndicat britannique de l’industrie pharmaceutique (ABPI) pour un minimum de six mois. La décision fait suite à une « violation grave du code d’éthique » de l'industrie, par des « actions susceptibles de discréditer » l’industrie pharmaceutique et/ou de diminuer la confiance du public.

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24/07/2008

Les pressions de GSK, Pfizer, Abbott et Cie font sauter un projet de loi interdisant tout cadeau aux médecins du Massachusetts

Le Sénat de l’Etat de Massachusetts a examiné ces derniers mois des dispositions législatives dans le domaine de la santé. Un 1888571154.jpgamendement devait être inclus dans la nouvelle loi, pour interdire aux firmes pharmaceutiques de faire des cadeaux aux médecins. Quelle qu’en soit la valeur. Les peines devaient aller jusqu’à deux ans de prison en plus des amendes.

Ce projet, qui a pourtant bénéficié d'un très large soutien, y compris politique, a suscité l’ire de plusieurs firmes pharmaceutiques. GSK, Pfizer, Amgen, Abbott et des entreprises de biotechnologie qui possèdent des équipements dans le Massachusetts ont fait ce qu’on doit qualifier de chantage à l’emploi et aux investissements, en plus d’un lobbying acerbe. Les menaces des firmes ont été payantes, c’est le cas de le dire, puisque le Sénat a tellement dégraissé le texte qu’il n’en reste plus rien.

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16/07/2008

La FDA et Pfizer ont ignoré les mises en garde sur les effets indésirables du Champix pris à la longue

John Spangler est spécialiste en sevrage tabagique et dirige la prestigieuse unité d’intervention en tabacologie de l’université de Wake 1970025223.jpgForest. En mai 2007, il a averti aussi bien Pfizer que l’agence américaine du médicament (FDA) des risques d’effets secondaires graves en cas d’utilisation du Champix (varénicline) sur une longue durée. Ses mises en garde se fondaient sur l'analyse d'une étude financée par Pfizer lui-même, comprenant 251 personnes sous Champix pendant une année. Les objections de Spangler n’ont pas été prises au sérieux par la FDA. Elles ressortent aujour'dhui, parce qu'une investigation récente confirme ses dires et va même bien au-delà.

Les détails dans cet article paru sur le site de la chaîne états-unienne ABC: FDA, Pfizer Told of Chantix Safety Concerns A Year Ago ("La FDA et Pfizer ont été avertis il y a un an des risques d'effets secondaires du Champix"). Champixgate?

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Cadeaux de l'industrie pharmaceutique aux médecins pour influencer les prescriptions

Voici un reportage de la chaîne de télévision américaine CBS, qui cite un rapport parlant de 57 milliards de dollars payés chaque année par 2012193806.jpgles firmes pharmaceutiques aux médecins pour influencer leurs prescriptions. Ce qui induit des conflits d'intérêts, voire de la corruption, et des biais à tous les niveaux de la chaîne du médicament.

Le reportage peut être visionné sur cette page, qui contient aussi une transcription intitulée "Are Perks Compromising MD Ethics ?" ("Les cadeaux compromettent-ils l’éthique médicale ?").

Le point de départ est le suicide d’une jeune fille de 12 ans alors qu’elle était traitée par l’antidépresseur Zoloft° (sertraline). Mais il y est question aussi des enquêtes du justicier Charles Grassley, auquel Pharmacritique devrait proposer d'être membre d'honneur...

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Des vétérans de guerre ayant des troubles psychiques, cobayes du Champix. Et un ancien secrétaire d’Etat américain fait du lobbying

Où l'on apprend encore plus sur les méthodes 1330725890.jpgde Pfizer... 

Le Secrétariat américain des vétérans de guerre (Veteran Affairs), qui a un réseau médical et d’assurance-maladie à part, est actuellement sous le feu des critiques pour n’avoir pas averti les vétérans prenant du Champix des effets indésirables du médicament. Le même Secrétariat d’Etat est critiqué pour avoir enrôlé des vétérans de guerre fragiles, souffrant de stress post-traumatique, dans une étude sur le Champix, tout en sachant que le médicament pouvait déclencher des réactions de violence, entre autres effets indésirables psychiatriques. Enfin, l’ancien secrétaire d’Etat, passé dans le privé depuis 2005, fait du lobbying pour Pfizer auprès de la direction actuelle…

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15/07/2008

Champix et Pfizer: des experts payés pour faire du disease mongering et vendre la varénicline

La revue Business Week a publié le 26 juin un article détaillé intitulé Doctors Under The Influence ? Il revient sur l’affaire du Champix (Chantix 1304350866.jpgaux Etats-Unis), à partir de l’aspect évoqué dans ma note « La dépendance au tabac bombardée maladie chronique à traiter indéfiniment. Avec Champix, Zyban et les substituts nicotiniques en guise de méthadone ».

Mais la perspective de Business Week est bien plus large que le seul Champix (varénicline) : faut-il informer ou non les patients des liens financiers (et autres conflits d’intérêts) que les médecins entretiennent avec les firmes ?

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06/07/2008

Pfizer et le financement de la formation médicale continue (FMC): changements en vue

Mise à jour à la fin, portant sur le blog FMC français, indépendant si on oublie Pfizer...

Le Wall Street Journal nous apprend dans un article en date du 2 juillet - intitulé Pfizer Stops Funding Some Classes for Doctors - la décision de Pfizer de ne 1858165476.jpgplus financer certaines formes de formation médicale continue (FMC), et notamment toutes celles organisées par des sociétés à but lucratif. Celles-ci ont eu à peu près la moitié des 80 millions de dollars investis par Pfizer dans la (désin)formation des médecins en 2007, nous apprend une dirigeante de la firme, Cathryn Clary. Qui ajoute que cette décision a été prise pour éviter les suspicions de conflits d'intérêts...

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27/06/2008

Sanofi licencie 800 visiteurs médicaux et concentre ses investissements marketing sur les leaders d’opinion… Nous voilà prévenus

Il faudrait un détecteur de mensonges - actualisé en détecteur de conflits d'intérêts et de désinformation médicale - à chaque fois qu'on voit un grand 1407881820.jpgponte de la médecine... Rien à craindre pour les non corrompus, alors…

Un brève signée Jean-Claude Jaillette dans le dernier numéro de Marianne : « Sanofi-Aventis projette de licencier 800 visiteurs médicaux, le tiers de sa force de vente. Le quatrième laboratoire mondial est-il sur le point de renoncer à une pratique décriée par les associations de consommateurs qui la jugent « pousse-à-la-prescription » ? Anticipant une crise prochaine – d’ici à 2012, la moitié des anciens médicaments du marché deviendront des génériques -, les grands labos redéploient leurs forces. « Dépenser moins pour vendre plus », tel est leur mot d’ordre. Seuls les médecins gros prescripteurs seront démarchés. Les autres seront sensibilisés par des interventions de grands pontes qui, sous couvert d’information, enverront des messages publicitaires. Vous avez dit conflits d’intérêt ? »

On voit bien que le temps des leaders d’opinion n’est pas révolu… Paraphrase de l’éditorial du 21 juin du British Medical Journal, accompagnant un article et un commentaire sur le même thème, dont nous avons rendu compte dans la note intitulée Les médecins leaders d'opinion, pantins du commerce pharmaceutique. Le British Medical Journal dénonce. Note suivie de quelques commentaires invitant le BMJ à balayer aussi devant sa porte. Par souci de non discrimination...

Elena Pasca

13/05/2008

Conflits d'intérêts: Les leçons du cas Daniel Carlat, psychiatre VRP des laboratoires pharmaceutiques pour les psychotropes

Un exemple de conflits d’intérêts dont les effets 1578371214.jpgont été longtemps ignorés par l’intéressé est le psychiatre américain Daniel Carlat, professeur à la réputée Tufts School of Medicine de Boston.

Il a longtemps servi la firme pharmaceutique Wyeth qui l’a payé pour diverses activités promotionnelles déguisées visant à convaincre ses collègues de prescrire l’Effexor plutôt qu’un autre antidépresseur. Carlat a lui aussi été épinglé par la blogosphère et rattrapé par l’éthique et la mauvaise conscience… au point de se repentir et de passer dans le camp des anti-corruption et dénonciateurs des combines par lesquelles les firmes influencent les médecins et en font des pantins du marketing.

Il a raconté son parcours vers le repentir dans un long article paru le 25 novembre dans le New York Times sous le titre Dr Drug Rep (Le Dr VRP des firmes). L’article Psychiatre ou représentant de commerce ? sur le site « Œdipe » en rend compte en français.

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