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24/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements". Atelier N° 2: Causes et sources de surmédicalisation

La publication des actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics et surtraitementses" (27 et surmédicalisation,actes colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,surdiagnostics,surtraitement,médicalisation critique,disease mongering,femmes médicalisation psychiatrie,elena pasca,surmédicalisation causes,néolibéralisme médecine,médecine contrôle social,médecine normalité,biodiversité psychodiversité,différence uniformité,médecine fonction sociale,théorie critique médicalisation28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny) a commencé par les comptes-rendus des six ateliers du colloque, faits par leurs modérateurs respectifs. Ont suivi les contributions (textes et fichiers powerpoint tels qu’envoyés par les contributeurs) à l’Atelier N° 1 ("Surmédicalisation, mythe ou réalité"). Je rappelle que le programme complet du colloque est sur cette page ; celle-ci contient une introduction générale, qui tente de placer la surmédicalisation dans un contexte plus global et d'en rappeler quelques enjeux pour l'ensemble des citoyens. Enfin, le communiqué de presse est sur cette page. (L'image accompagne un éditorial du British Medical Journal du 28.08.2008 sur la formation médicale continue financée par les laboratoires pharmaceutiques). 

Outre les contributions à l’atelier N° 2, ce texte contient aussi deux documents fort bien faits et édifiants, réalisés par le Dr Monique Debauche, psychiatre à la Free Clinic de Bruxelles, membre du GRAS (Groupe de Recherche et d’Action pour la Santé). Il s’agit d’une suite de publicités et autres images qui illustrent l’évolution de la médicalisation et surmédicalisation des femmes, en particulier sous l’angle psychologique et psychiatrique. Le document se regarde pratiquement comme un film, car les images parlent d’elles-mêmes ; les quelques annotations en marge donnent des éléments supplémentaires facilitant la compréhension. Ce document a été présenté par Monique Debauche lors de la 12ème Rencontre Internationale Femmes et Santé (RIFS). Il a été projeté en boucle le matin du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements".

Le deuxième document reçu du Dr Monique Debauche, que je remercie, est lui aussi construit de la même façon : "Médicaments psychiatriques : modes et tendances". Dans le programme initial du colloque, c’est ce qui figure comme titre de la contribution, mais elle aurait été trop longue, donc le Dr Debauche est intervenue sur ce modèle de signalement collaboratif et efficace des effets indésirables qu’est le site Riskx.org, mis en place par David Healy.

Mon introduction et ma contribution sont à la fin du texte, avant le compte-rendu ; il s'agit du powerpoint complet (au colloque, je n'avais retrouvé que celui introductif et ai improvisé en fonction de mes notes, pour aborder les aspects évoqués plus bas).

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08/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements": les comptes-rendus des ateliers (causes, formes, enjeux, médicaments essentiels…)

Les 27 et 28 avril 2012 a eu lieu à la Faculté de médecine de Bobigny le colloque surmédicalisation,colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,disease mongering surmédicalisation,surconsommation médicaments médicalisation,cancer surdiagnostic dépistage,médicalisation surmédicalisation,sécurité sociale impact surmédicalisation,sous-médicalisation accès aux soins,psychiatrie médicalisation dsm,groupe princeps,elena pasca,surmédicalisation causes formes risque,néolibéralisme médecine contrôle social,biopolitique biopouvoir médecine,médicaments essentiels,médicalisation sciences sociales« Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », co-organisé par le Groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), le Département de Médecine générale de la Faculté de Bobigny et la SFTG (voir le programme).

Conceptualiser pour faire comprendre les enjeux pour tous les citoyens

A ceux qui n’en ont pas encore eu connaissance, je conseille de commencer par cette page de présentation du colloque et des ateliers, avec mon introduction détaillée sur les enjeux et l’importance d’une prise de conscience globale, par l’ensemble des citoyens, de l’omniprésence de la surmédicalisation, de ses causes, formes et conséquences, de ses risques pour notre santé individuelle et publique, tout comme pour le système public solidaire de santé et de soins. Cette compréhension est d’autant plus urgente que nous n’en avons pas conscience, parce que la surmédicalisation n’est pas un bloc ; son aspect systémique résulte d’une convergence de pratiques et d’intérêts d’acteurs divers, dans tous les champs du soin, acteurs qui lui donnent des justifications de santé publique (prévention…) et même des légitimations d'apparence éthique. Tous ces dérapages sont rendus possibles par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine – thème de mon intervention -, et ils sont non seulement socialement acceptés, mais socialement valorisés… Parmi les distinctions que j’ai faites pour mieux expliquer le phénomène et ses justifications – car la conceptualisation et catégorisation est indispensable si l’on veut comprendre, expliquer et inciter à agir - figure celle entre médecine préventive, médecine prédictive et médecine prescriptive (au sens éthique du terme, illégitime).

Notre communiqué de presse, « La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins », contient certaines formulations concises de nature à éveiller l’esprit critique sur l’étendue quantitative et les dégâts qualitatifs de la surmédicalisation et sur le fait que la médicalisation inutile (et les cercles vicieux qu’elle induit) ont pour contraire dialectique la sous-médicalisation. La tendance est à l’augmentation des deux, si cette thématique ne fait pas son chemin dans l’espace public, dans un débat public mené par l’ensemble des citoyens, car il concerne les choix de principe et les décisions à prendre sur nos modes de vie et sur le type de société dans laquelle nous imaginons notre avenir.

Sortir de l’entre-soi corporatiste pour un débat et des décisions citoyennes

Ce débat doit impérativement être soustrait aux corporatismes, et ce d’autant plus que les professionnels de santé se sont toujours trompés ou ont échoué, parce qu’ils n’ont pas su (ou voulu) sortir de l’entre-soi, ni aborder lucidement leur propre rôle et celui de leurs organisations (ordre des médecins, syndicats, associations, sociétés savantes…) dans la légitimation, la reproduction et même l’aggravation des structures systémiques qui ont pour résultat quasi automatique la surmédicalisation.

J’ai essayé de porter, parmi les organisateurs du colloque, ces idées et surtout la nécessaire sortie de l’entre-soi corporatiste, comme la sortie du petit cercle des convaincus. J’ai exprimé cela aussi lors du colloque et après, appelant à faire sauter les barrières (et les querelles de clocher) entre spécialités et entre professionnels de santé et usagers, à renoncer aux habitudes de décision et d’action exclusivement de médecins à médecins (et organisations médicales), à ne pas prendre des décisions autoritaires à la place des usagers, ni dans un sens ni dans l’autre, mais à leur apporter des catégories explicatives, des concepts et des exemples utiles et facilitant leur compréhension, les aidant à construire et exprimer leur esprit critique, leur subjectivité réflexive et délibérative, à faire un usage public de la raison, notamment dans les décisions qui leur reviennent de droit, de par les capacités juridiques qui sont leur apanage en République.

Ce danger d’entraver la création et l’essaimage d’un mouvement d’idées à cause des vieux réflexes corporatistes et de l’entre-soi médical est toujours présent. Je n’ai jamais agi dans un esprit opportuniste et cela ne changera pas. Je ne me limiterai pas à un rôle de perroquet et de panneau publicitaire et ne cautionnerai aucun acte qui risquerait d’entraver le mouvement citoyen et de limiter l’information et la possibilité d’appropriation de ces sujets par l’ensemble des citoyens. Eux seuls – et non pas quelques médecins et organisations bienveillants mais illégitimes s’ils veulent parler au nom de la majorité - peuvent mettre un terme à des pratiques aussi répandues et aussi fortement enracinées ; eux seuls peuvent y voir plus clair, car l’immense majorité n’a aucun intérêt à la reproduction de ce système et n’en vit pas. 

Les lecteurs de Pharmacritique ne seront pas dépaysés, puisqu’il s’agit de thèmes et d’éléments déjà abordés largement sur ce blog, dans les articles des catégories « surmédicalisation », « prévention, abus de prévention », « disease mongering » et ailleurs. Car toutes les structures de notre pseudo-système de santé, et même la moindre forme de désinformation médicale, le moindre biais et le moindre conflit d’intérêt – tout cela a pour conséquence l’augmentation du nombre de bien-portants devenus malades consommateurs de médicaments, sous prétexte de prévention, dépistages, bilans réguliers…

Un mot sur l’atelier N° 2

J’ai parlé plus longuement que les autres contributeurs, car outre l’introduction à l’atelier (la catégorisation des causes exposées lors de la présentation du colloque) et la modération, j’ai aussi fait une contribution (comme les autres contributeurs).

C’est après lecture des résumés qui nous ont été envoyés que j’ai décidé d’en faire une, afin que des causes majeures de la surmédicalisation (thème de cet atelier) soient évoquées au moins une fois : des explications prenant en compte le contexte global, des hypothèses plus osées, très critiques, donc risquant la controverse, mais argumentées. Plusieurs personnes m’ont dit avoir eu un véritable « déclic », avoir compris comment tout s’est mis en place aussi du point de vue socio-économique, historique et idéologique, et avec quelles conséquences essentielles pour la santé, mais aussi pour le modèle actuel de société, avec la médecine comme outil de contrôle social exerçant une correction en vue de la mise au pas et de l'extirpation de la différence. Alors je me dis que le risque – me voir reprocher moult fois la longueur – valait la peine. Selon les retours que j’ai eus, cette interprétation fait sens et contribue à la construction d'une explication théorique plus globale, un cadre logique de pensée dans lequel viennent s’inscrire les informations et les exemples concrets. 

Elena Pasca

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COMPTES-RENDUS DES SIX ATELIERS (par leurs modérateurs)

Atelier N°1: 27 avril matin : SURMEDICALISATION, MYTHE OU REALITE

Animation et compte-rendu par Jean-Claude SALOMON

Introduction - Jean-Claude SALOMON

Quelles hypothèses peuvent être explorées :

  • - La surmédicalisation est une tendance lourde associée au mouvement médical.
  • - La surmédicalisation fait progressivement obstacle au progrès médical et entrave le fonctionnement de l’action sanitaire et médicale.
  • - La surmédicalisation résulte de l’obligation de moyens plutôt que de l’obligation de résultats . Elle détourne les moyens de leurs fins.
  • - La surmédicalisation coexiste avec la sous-médicalisation et avec les inégalités de santé, sans parvenir à les réduire.

Quelles questions peuvent avoir des réponses :

  • - Quel rapport y a-t-il entre la surmédicalisation et la marchandisation de la santé?
  • - La démarcation entre le normal et le pathologique s’est-elle déplacée?
  • - La médicalisation des problèmes sociaux est-elle extensive ?
  • - Comment la surmédicalisation est-elle ressentie par les citoyens (bien portants ou malades), par les institutions, par les professionnels ?
  • - Quels dysfonctionnements provoque-t-elle ?
  • - Que peut-on mesurer avec méthode et rigueur?
  • - Quelles catégories professionnelles sont concernées : épidémiologistes, économistes, démographes, géographes etc. (IRDES, DRESS) ?
  • - Situation comparée entre pays et entre régions.
  • - La surmédicalisation est-elle un dysfonctionnement du système de santé ? Dans l’affirmative est-ce un dysfonctionnement systémique ?
  • - La surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements sont-ils seulement l’expression du consumérisme ordinaire commun à tous les pays industrialisés?
  • - Surmédicalisation et sous médicalisation : 2 faces de la même médaille ou expression des inégalités de santé ?

 

Sylvie FAINZANG - La surmédicalisation, entre médecins et malades : en mettant la surmédicalisation en perspective avec les réactions de résistance qu'elle engendre chez les patients et les diagnostics auxquels ces derniers se livrent dans le cadre de l'automédication, on montre que les individus ne sont pas les simples objets, passifs, de la surmédicalisation puisqu'ils peuvent y être réfractaires, ou au contraire en être les auteurs. Dans ces deux cas, la surmédicalisation va de pair avec une sous-médicalisation, par un effet de sélection des symptômes médicalisés.

Jacques BIRGE - La non prescription en médecine générale : enquête de pratiques chez les maîtres de stage et stagiaires Stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) lorrains

Hypothèse : Il existe une dispersion de pratiques en terme de prescription ou de non-prescription. Un nombre non négligeable de médecins s’abstienne de prescrire, quand cela ne met pas en cause la qualité des soins.

Méthode : Enquête de pratiques, prospective.

Résultats : Dispersion de non-prescription : 0 à 34 %.

Conclusion : Hypothèse validée, La non-prescription est une pratique réalisable et acceptée que l’ont peut promouvoir en France. Ceci vaut aussi bien pour les médicaments que pour les examens complémentaires.

Bernard DUPERRAY et Bernard JUNOD - Dépistage du cancer : le modèle de prévention contredit par les faits

La justification du dépistage procède d’un mythe : le modèle linéaire de l’histoire naturelle du cancer. La confiance des médecins dans la valeur pronostique de l’examen au microscope d’un prélèvement de lésions suspectes a renforcé la perception d’efficacité de la destruction des cancers diagnostiqués tôt. Morbidité et mortalité consécutives au dépistage de masse prouvent aujourd’hui que le surdiagnostic – confusion entre maladie cancéreuse et « cancer » qui n’aurait pas eu de conséquence sur la santé – a illusionné soignants et patients. Contrairement aux espoirs suscités par l’extension du dépistage organisé, l’incidence des cancers avancés ne recule pas. La frontière entre le normal et le pathologique est un thème de recherche beaucoup trop négligé en cancérologie mammaire.

Etienne ANTOINE - Surmédicalisation ou contre-productivité : un regard contemporain sur Ivan Illich

Ivan Illich commençait Némésis médicale, l’expropriation de la santé, par ces mots: «L’entreprise médicale menace la santé.»

Il analysait l’effet paradoxal de cette médecine en plein essor, qu’il divisait en trois formes de iatrogénèse: clinique, structurelle et sociale.

Nous nous demanderons si ce livre polémique publié en 1976 reste d’actualité. La surmédicalisation n’étant actuellement envisagée que sous son aspect de iatrogénèse clinique, il nous faudra donc nous interroger sur ses aspects structuraux et sociaux.

 Débat et synthèse de l’atelier

Il est clair que les hypothèses et les questions formulées en introduction n’ont pas de réponse après la présentation des communications. Elles ne pouvaient en avoir, sinon de façon partielle. En partant des expériences et des observations rapportées, il n’est possible par induction de parvenir à la vision générale de la surmédicalisation que de façon progressive, par accumulation de résultats. Cet atelier ne pouvait prétendre à plus. Toutefois il est important que l’exploration de ce phénomène ait été amorcée. En ce sens le but recherché a été atteint. Il semble vain de dénoncer le consumérisme des patients ou les prescriptions abusives des médecins si on n’est pas capable de mesurer ce que l’on explore. L’économie et la politique de santé ne peuvent être évacuées ou être fondées sur des affirmations ou sur de simples intuitions. Alors que la médecine tente de se rebâtir sur des preuves scientifiques (Evidence Based Medicine – EBM), l’économie et la politique de santé doivent se construire sur des preuves d’une autre nature, mais aussi rigoureuses, pour enlever la conviction et aider à prendre des décisions (Evidence Based Policy – EBP).

On conçoit que cette démarche soit entourée d’un bruit de fond qu’il faut méthodiquement atténué.

Bien d’autres questions devront être l’objet des études pour les années à venir.

  • - La surmédicalisation peut elle être une réponse adaptative ?
  • - La prévention quaternaire permet-elle de réduire la surmédicalisation ?
  • - L’orientation vers les actes, les examens et les produits essentiels est-elle illusoire ?
  • - quels sont les avantages et les inconvénients des normes de médicalisation et de bonnes pratiques
  • - La «règle ou la norme» doivent-elles résulter de démarches simultanées  du terrain vers la conceptualisation (bottom up) et l’inverse (top down).
  • - Si la surmédicalisation est bien réelle; ses déterminants peuvent-ils être mieux analysés ?
  • - Dans l’affirmative sont-ils accessibles à l’action sanitaire et sociale?

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Atelier 2 : CAUSES ET SOURCES DE SURMEDICALISATION, vendredi 27 avril 2012, (9H30- 12H00), avec une cinquantaine de participants

Modération et compte-rendu: Elena Pasca

Contributions (par ordre de prise de parole) :

  • Elena PASCA : La surmédicalisation, conséquence du dévoiement de la fonction sociale de la médecine
  • Pierre-Guillaume PARIS: La santé, catégorie normative qui façonne les subjectivités
  • Luc PERINO : Surmédicalisation : un dysfonctionnement systémique habilement exploité
  • Laurent LETRILLIART, Denis POUCHAIN: Troubles cognitifs légers: une zone grise à risque de surmédicalisation
  • Monique DEBAUCHE: Les médicaments psychiatriques : modes et tendances
  • Edwige LE MOUEL, Olivier DECAUX, Antoinette PERLAT, Patrick JEGO, Bernard  GROSBOIS: Incidentalomes biologiques : étude prospective en consultation de médecine interne

Dans l’introduction, Elena PASCA (philosophe) a insisté sur la nécessité d’une catégorisation et d’une analyse globale du contexte, des causes, des formes et des conséquences de la surmédicalisation. Elle a exposé et exemplifié quelques catégories.

Dans son intervention sur le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, elle a évoqué certains apports des sciences sociales permettant de comprendre les changements à tous les niveaux – droit, idéologie, économie, psychologie sociale et mentalités… - qui sont soit les prémisses, soit les conséquences de la surmédicalisation.

Ces changements systémiques ou ponctuels ont permis la reproduction du complexe médico-industriel au prix d’adaptations minimes ; ils ont rendu possible l’instrumentalisation de la médecine, puis le dévoiement de sa fonction sociale vers des rôles illégitimes où elle transforme des bien-portants en malades pour élargir le marché de l’industrie pharmaceutique, à l’aide de techniques de persuasion, de marketing et de disease mongering, sous des prétextes paraissant scientifiquement fondés tels que la prévention, réduite à la médicamentation. Cette médecine préventive se double d’une médecine prédictive aux fondements douteux (le tout génétique…) et d’une médecine prescriptive (au sens prétendument éthique : le médecin édicte des préceptes comportementaux pour des individus et des populations, à travers des politiques hygiénistes et des normes médicales qui deviennent des normes sociales de mise au pas).

Il y a danger d’une dérive irréversible vers une médecine outil de contrôle social imperceptible mais omniprésent, une médecine gardienne de l’ordre établi (voir la réforme de la psychiatrie...) et instrument d’ingénierie sociale aux mains d’une biopolitique qui uniformise les individus, les normalise selon des standards arbitraires et extirpe la différence. Les auteurs de l’Ecole de Francfort – largement cités – ont mis en garde contre ce nivellement et contre l’exclusion des différents (ceux qui n’acceptent pas la « correction » par le « traitement » médico-pharmacologique). Il est socialement valorisé de se dire malade – dépressif, bipolaire, hyperactif… -, mais disqualification et stigmatisation sociales guettent si l’on ne s’ajuste pas aux rôles socio-économiques, si l’on est différent, critique, marginal, inadapté au système et à son marché du travail. C’est soit l’identification à une case selon les normes néolibérales, soit un diagnostic de « trouble » selon le DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux). La diversité humaine (psychodiversité…) risque de disparaître au profit d’individus devenus permutables, interchangeables, façonnés selon les mêmes standards biologiques, morphologiques et psychiques.

Sous l’influence d’un marketing pharmaceutique décuplé depuis l’avènement de la psychopharmacologie et de l’individualisme néolibéral qui accentue les droits subjectifs et défensifs, les individus revendiquent un droit à la santé conçue comme un vague bien-être (cf. définition de l'OMS). La « correction » médico-pharmaceutique qu’ils reçoivent annihile le potentiel de subjectivité réflexive et délibérative qui nous sortirait du cercle vicieux entre notre consumérisme et l’offre médicale qui crée la demande.

Il faut rendre cela conscient à l’aide de concepts critiques et porter le débat dans l’espace public politique, afin qu’un mouvement citoyen empêche le complexe médico-industriel d’achever la mutation anthropologique (K. Applbaum) et l’état de biopouvoir quasi-totalitaire anticipé par Foucault et d’autres.

Si la médecine peut jouer un tel rôle, c’est que la santé est une catégorie normative en fonction de laquelle se construit la subjectivité et le rapport à soi. Pierre-Guillaume PARIS, philosophe de la santé, l’a montré par des exemples tirés du domaine des cancers – publicités et préceptes édictés à diverses époques -, qui illustrent l’évolution des représentations de la relation médecin/patient et des façons de concevoir la médecine. L’on comprend comment se forment historiquement les attentes des médecins, et notamment l’homo medicus : un patient idéal, qui serait capable d’objectivation et surtout de compliance, donc d’observance non critique des prescriptions. L’on comprend aussi comment se construisent les représentations de soi des usagers en tant que patients et au-delà, dans leur subjectivité, puisque le savoir médical joue un rôle de médiation dans cette construction. Le corps du patient tend à devenir un objet de la médecine, son autocompréhension et ses conduites étant en rapport avec les attentes des médecins et les médiations de ce type.

Cette construction est déterminée par le contexte économique et historique : celui d’une gouvernementalité et d’une rationalité libérales, avec toutes les conséquences sociales, sociétales et idéologiques. La médecine, qui paraît être transparente et dire la réalité telle qu’elle est, est un outil parfait. Ces dehors scientifiques appuient la demande implicite faite aux patients : entrer dans le monde tel qu’il est circonscrit par la médecine, regarder leurs corps comme des objets cliniques, se battre et « positiver », agir en « entrepreneur de soi », bref, se soumettre aux exigences et aux outils d’une médecine entrée en hybridation avec le management, la psychologie, la publicité, comme on peut le voir avec la psycho-neuro-immunologie, par exemple…

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21/05/2012

La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins. Communiqué de presse

Voici le communiqué de presse des organisateurs du colloque « Surmédicalisation, colloque surmédicalisation logo.jpgsurdiagnostics, surtraitements » (présentation et programme détaillé sur cette page), à savoir

  • le groupe d’études Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas),
  • la SFTG (Société de Formation Thérapeutique du Généraliste) et
  • le Département de Médecine générale de la Faculté de médecine de Bobigny

Nous avons préféré envoyer ce communiqué après l’élection présidentielle qui a focalisé toute l’attention.

Evidemment, la richesse des échanges durant ces deux journées et les nombreuses idées pour les suites à donner ne sauraient être évoquées dans une forme aussi succincte… Nous restons à la disposition de tous ceux qui souhaitent en savoir plus et de tous ceux, que nous espérons de plus en plus nombreux, qui souhaitent se joindre au « mouvement d’idées » qui résulte de ce colloque. Mouvement auquel nous allons donner une traduction pratique dans les semaines et les mois à venir, afin de contribuer à une prise de conscience des professionnels de santé, des media, ainsi que de l’ensemble des citoyens quant aux causes, aux formes et aux conséquences d’une surmédicalisation omniprésente et la plupart du temps inconsciente; surtout les risques ne sont pas perçus comme tels, puisqu'elle se présente sous les dehors respectables de la prévention, comme le reflet d'une politique de santé publique mise en place - pensent les citoyens - selon des critères rigoureux et évalués...

Les citoyens doivent avoir les outils théoriques nécessaires pour comprendre ce qu'ils risquent - car toute prescription inutile induit un risque inutile -, ce pour quoi ils paient, dans tous les sens du terme, pour savoir qu'ils n'ont pas toute l'information ou sont désinformés sur l'intérêt pour leur santé de ces bilans annuels - qui trouvent des anomalies (incidentalomes) sans aucune signification pathologique - et de ces dépistages organisés de tel ou tel cancer... 

Les citoyens doivent comprendre quels sont les rouages systémiques qui empêchent le changement et assurent la reproduction d'un système qui ne profite pas à la santé individuelle et publique, mais aux intérêts de ceux qui vivent de cette surmédicalisation, de la mise en place des dépistages qui, tels des loteries, mènent aux cercles vicieux de surdiagnostics et de surtraitements, où les rares "gagnants" ne doivent pas faire oublier que l'immense majorité perd au change. Combien de centaines et de milliers de "dégâts collatéraux" (pensons au number needed to harm...) sont "acceptables" pour qu'une seule femme en tire un bénéfice? Une seule sur les 2.000 subissant des mammographies régulières de dépistage pendant 10 ans...

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05/04/2012

Sauvons la librairie Lady Long Solo ! Halte à la destruction des librairies indépendantes! Pétition à la Mairie du 11ème

Certes, ce n’est pas le sujet du blog. Mais j’ai toujours aimé les librairies de quartier, qui néolibéralisme culture disparition,lady long solo librairie pétition,librairie indépendante livre néolibéralisme,édiction livre culture capitalisme financier,paris librairies de quartier,accès à la culture prix argent,sauver librairies indépendantes,consommation biens culturels capitalisme,culture consommation loisirs capitalismeont une âme, une vraie individualité, et sont des lieux de rencontre entre amateurs de culture. Ce sont de telles librairies, ainsi que des bibliothèques, qui m’ont donné le goût de la lecture. Et je serai toujours prête pour toute action visant à défendre les bibliothèques publiques et les librairies de quartier.

Si on laisse faire, chaque établissment culturel et tout ce qui a trait à la culture, ainsi que ses médiateurs, disparaîtront peu à peu, chacun de façon isolée, donc moins visible. C'est le sort réservé à la culture par un néolibéralisme qui n'en a que faire, en tout cas de celle qui sort du strict commerce. Pour l'idéologie néolibérale, la culture au sens propre du terme est dangereuse, puisque des individus cultivés, informés et qui agissent donc en connaissance de cause, en citoyens avisés, sont plus difficiles à dompter et à réduire au stade de travailleurs obéissants et de consommateurs de loisirs et de divertissements de type émissions TF1.

J’appelle tous les amateurs de la culture, tous les opposants à la tendance actuelle qui transforme Paris en une juxtaposition de monuments envahis par les touristes, quartiers sans âme, bureaux, boutiques et restaurants et fast-food, où les logements hors de prix ne laissent à terme que les plus fortunés, à signer la pétition demandant une préemption municipale par la mairie du 11ème arrondissement. Il suffit de cet acte pour que la librairie « Lady Long Solo » (38 rue Keller, Paris 75011), lieu de rencontres et d’échanges culturels, continue à faire le bonheur du quartier, par son choix indépendant et éclairé de livres permettant à des petits éditeurs, snobés par les granges enseignes, de se faire connaître et de continuer à publier de la bonne littérature, écrire en dehors du cirque médiatique.

Si nous ne faisons rien, Lady Long Solo, incapable de payer des loyers prohibitifs, tombera dans les mains de promoteurs qui en feront une boutique de fringues, dont le quartier regorge déjà...

Voici le texte de la pétition. Merci de diffuser largement !

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09/03/2012

"Sarkozy, bilan de la casse". "L’abécédaire des maux du sarkozysme". Constats et propositions de la Fondation Copernic

Les éditions Syllepse viennent de publier (en février 2012) l’ouvrage « Sarkozy : bilan de la casse », nicolas sarkozy bilan réformes,sarkozy bilan de la casse,abécédaire des maux du sarkozysme,néolibéralisme communication image politique,campagne éléctorale nicolas sarkozy programme,économie réformes protection sociale,fondation copernic nicolas sarkozy propositions,nicolas sarkozy chômage santé pouvoir d'achat,media lobbying communication influencedans la collection « Les notes et documents de la Fondation Copernic » (144 pages, 7 euros) ; le même texte est disponible aussi sous forme de hors série de l’Humanité sous le titre « L’abécédaire des maux du sarkozysme ».

C'est un ouvrage à lire impérativement, afin de voter en connaissance de cause et de ne pas (ou ne plus) se laisser endormir par les berceuses d’une équipe à laquelle il faut reconnaître un grand mérite : elle est inégalée en communication. Cette communication se fait grâce à l’emprise sur des media serviles - soit par conflits d’intérêts, soit par autocensure -, où le journalisme d’investigation n’existe plus. Ces media nous désinforment en habillant (à peine) les communiqués de presse reçus des lobbyistes et autres agences de communication travaillant pour les industriels et autres « acteurs de la vie économique », acteurs de ce monde des affaires - dans tous les sens du terme - que Nicolas Sarkozy voulait promouvoir en allégeant le droit des affaires, par exemple pour ne plus embêter des entrepreneurs aussi exemplaires que les laboratoires Servier par des lourdeurs administratives et autres contrôles.  

Cette communication fabrique l’opinion par des méthodes d’influence et de persuasion pourtant bien connues, mais néanmoins toujours aussi efficaces, dans un monde où, justement, c’est l’opinion qui domine, car l’avis en connaissance de cause ne peut plus se former, la citoyenneté ne peut plus se construire et s’exprimer, puisque cette emprise empêche l’espace public politique (la Öffentlichkeit des philosophes) de se construire.

Nous finissons par reprendre, comme si c’était notre avis mûrement réfléchi, l’essentiel de la désinformation que l’on nous sert à toutes les sauces : Nicolas Sarkozy aurait sauvé l’Europe... en cautionnant la pseudo-politique économique qui ne sert que les intérêts de l’Allemagne et finira par mettre l’Europe à genoux ; il aurait « moralis[é] le capitalisme »... d’une façon qui démonétise le mot « morale » tout comme le mot « réforme », jusqu’à les rendre synonymes de régression, d'involution sociale, de collusions, copinages, conflits d'intérêts... Et ainsi de suite.

[Parenthèse sans rapport avec le livre: j'ai essayé de contribuer un peu, sur ce blog et ailleurs, à l'analyse des exploits de Nicolas Sarkozy et de son équipe en matière de conflits d'intérêts, lobbying et collusions avec l'industrie pharmaceutique et les « industries de la santé » (le terme même en dit long...). Pour ce qui est des collusions avec les industriels intervenant dans tous les aspects de la prise en charge des personnes âgées (maladie, assurances et mutuelles, maisons de retraite...), j'ai publié en mars 2009 une longue analyse des relations étroites de Nicolas Sarkozy et de ses frères avec ceux qui font du profit sur le dos de nos grand-parents. L'article, largement repris depuis 2009 par les rares media indépendants, s'appelle "Conflits d'intérêts des frères Sarkozy, plan Alzheimer et mutuelles obligatoires pour le profit de Sanofi et des assurances".

Ce n'est que l'une des mailles du filet, en matière de santé, mais elle est typique et aide à comprendre quelle est la vraie raison de certains choix économiques - franchises médicales et autres ponctions des patients, maladie d'Alzheimer comme priorité de santé publique, partenariats public/privé, restructuration de la recherche publique... - qui favorisent les intérêts privés et les profits des industriels, mais nous sont présentés par la communication comme relevant des meilleures intentions de promouvoir la santé publique et d'un volontarisme politique inégalé. Il en va de même pour la loi de Xavier Bertrand, de réforme de la chaîne du médicament, introduisant certaines mesures cosmétiques dues de longue date, compte tenu du retard français en la matière, mais qui ne changeront en rien la nature structurellement pharma-amicale de notre système de santé et de soins, donc les risques pour la santé publique. (Voir les billets sur tous ces sujets à partir de la liste des catégories à gauche de la page.)]

Nous sommes désinformés en permanence. Aussi, lorsque des analyses indépendantes arrivent à voir le jour, il faut impérativement les lire. Lisons ce bilan de Nicolas Sarkozy, de son gouvernement et son administration, cet ouvrage que l'Humanité présente comme un « manuel de campagne » : « De A à Z, les principales mesures du quinquennat sont décryptées par 64 auteurs réunis par la Fondation Copernic. De AAA à Vidéosurveillance, en passant par Bouclier fiscal, Gandrange, Enseignants, Roms, RGPP ou encore Kadhafi, près de 130 mots sont rassemblés dans ce hors série que l’Humanité publie en partenariat avec la Fondation Copernic. Les auteurs, pour l’essentiel des responsables d’associations, de syndicats, des acteurs et chercheurs du mouvement social, passent au crible le bilan du quinquennat, de A à Z. »

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12/09/2011

Pauvreté en hausse, accès aux soins en baisse. Les médecins gardent revenus et privilèges

Le 30 août 2011, l’Observatoire des inégalités a publié un point d’information sur la hausse de la pauvreté en France, revenus médecins,dépassement d'honoraires encadrement,pauvreté hausse 2011,insee hausse pauvreté,inégalités sociales en santé,accès aux soins inégalité pauvreté,déserts médicaux démographie médicale,médecine libérale loi fourcade,secteur optionnel honoraires tarifs,médecine générale revenus honoraires,médecine libérale droite clientélisme politique,lobby médecine libérale,michel chassang lobby médical libéral,assurance reposabilité médecins,cmu refus testing médecine libérale,loi hpst médecine libérale accès aux soinsbasé sur la dernière étude de l’Insee. (Dessin Rodho, entre la réalité et le rêve...). 

Je l’évoque dans ce billet d’humeur, spontané, en continuité avec tout ce que j’ai écrit sur la rupture du contrat républicain entre usagers et médecins, du fait des démarches corporatistes des médecins, à l’exception du mouvement des psychiatres contre la Nuit sécuritaire (Collectif des 39). Je ne peux plus lire la presse médicale gratuite, ces litanies continuelles où il n’est question que d’argent – celui des professionnels de santé uniquement - et de défendre des privilèges. Les syndicats médicaux savent parfaitement y faire. S'il faut lire les communiqués du CSMF, il faudrait penser à prendre un antiémétique en « prévention », mot à la mode.

Le lobby médical en général est très puissant et fort influent auprès des élus. On a vu ce que cela donne avec le détricotage de la loi HPST, et je rappelle plus bas en détail que tout ce qui pouvait aller dans le sens des droits des patients et d'un accès égalitaire aux soins a été éliminé.

La droite « responsabilise » les usagers, qui paient toujours plus ; par contre, les médecins, eux, ne sont jamais responsables de rien. Alors sont-ils irresponsables?

On commencera à vraiment changer le système et prendre des mesures concrètes pour empêcher la corruption ordinaire et les scandales sanitaires du genre du Médiator lorsqu'il n'y aura plus de corporations et autres ordres et groupes d'intérêts qui s'autorégulent (sic). Le premier pas, c'est l'abolition de l'ordre des médecins, rétabli sous Vichy en violation des principes républicains et de la loi commune, et l'obligation pour tous les professionnels et industriels de devenir enfin responsables de leurs actes et se soumettre à la loi commune.  

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30/07/2009

Les malades non rentables oubliés en dehors catastrophes sanitaires médiatisées

hôpital public rentabilité Blog Sergio de Rosemont.jpg
Combien de catastrophes sanitaires passent inaperçues? Que sait-on des catastrophes quotidiennes, silencieuses, qui se déroulent derrière la porte à côté? Que sait-on des conditions de vie des handicapés, des difficultés des malades chroniques, des personnes âgées vivant dans la misère et sans aucune aide? Mais que sait-on en fait de toutes ces personnes qui ne sont pas télégéniques: les chômeurs, les RMIstes et autres êtres humains vivant dans des conditions extrêmes, qu'on désigne par des euphémismes ("disqualification sociale", "déclassement", "en dessous du seuil de pauvreté", "exclusion", etc. Et puis par ce comble d'hypocrisie: "les personnes défavorisées"...).

Passer à la télévision, c'est devenu synonyme d'exister, et bon nombre d'individus se prêtent au jeu. Mais ceux qui forment le public des émissions sont des jeunes standardisés ou des sans âge liftés par la médecine esthétique et conservés par une médecine dont la fonction principale ne semble plus être de soigner des maladies, mais de les empêcher à tout prix, y compris au prix de la santé. S'occuper des bien portants, figer dans leur trentaine lisse ces jeunes cadres dynamiques, semblables à leurs voisins et désespérément normaux, voilà ce que fait de plus en plus notre médecine, puisque c'est cela qui est "rentable". A condition que les patients soient solvables, bien entendu, et aux tarifs voulus. Qu'il faudrait accepter sans moufter, puisque la santé n'a pas de prix, comme le laissait entendre un commentateur dans une pitoyable tentative de rationalisation des dérives commerciales de bon nombre de médecins.

Ces jeunes qu'on voit dans les media n'ont rien à voir avec "le peuple réel": celui qui peuple les coins d'ombre et illustre le revers de la médaille. Pourtant, ce sont ces personnes-là qui devraient être les vrais patients d'une médecine qui ne serait pas en train de perdre son âme et tout repère moral à force de ne plus penser qu'en termes de rentabilité et de profits. La médecine comme les media ont tendance à oublier la réalité et à la mesurer à l'aune d'une normalité fictive qui n'est qu'une représentation idéologique. Et gare à ceux qui n'entrent pas dans les cases... ou dans la boîte! Ne pas faire la une veut dire crever en silence, dans une longue déchéance, un silence et une solitude qui font douter du sens du mot "humanité". Aussi ce dessin et cette photo vont-ils bien au-delà de l'exemple concret des malades parqués dans des services hospitaliers non rentables ou littéralement traités comme des déchets.
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Image: Blog de Janine Thombrau Mots pour maux
Ces images nous donnent à voir non pas la déchéance de telle personne du fait de la maladie ou de la pauvreté, mais notre déchéance morale à nous tous. C'est un miroir qui nous est tendu à nous qui formons ce qui devrait être une collectivité républicaine. Que nous sommes hideux, derrière tous les vernis, les masques esthétiques et le bling bling, et derrière cette représentation de plus en plus anachronique de mission publique et humaniste de la médecine et des hôpitaux publics!
 

05/02/2009

Le triomphe du néolibéralisme ou "l'impasse de la globalisation": économie autonome, politique et principes qui structurent l'humanité abolis, selon Freitag

Je ne me sers jamais de Wikipédia, mais l'article consacré à Michel Freitag contient des extraits écrits par quelques-uns de ses élèves, etFreitag Impasse 2.jpg c'est une assez bonne introduction à l'oeuvre de l'un des sociologues les plus marquants de notre temps, formé aussi en droit et en économie, ainsi que - comme j'ai eu le privilège de le constater en direct - en philosophie. J'aime cet esprit d'interdisciplinarité, et Freitag est l'un des rares penseurs francophones qui l'incarnent réellement et qui nous le transmettent le mieux à nous autres, apprentis en philosophie sociale ou en sociologie théorique.

En 2008 est paru chez Ecosociété à Montréal le livre "L'impasse de la globalisation. Histoire sociologique et philosophique du capitalisme. Propos reccueillis par Patrick Ernst", 400 pages, 30 €. Pour simplifier, je cite ici la présentation de l'éditeur, mais vous invite à acheter et lire cet excellent livre, à demander aux bibliothèques d'en faire l'acquisition, pour contribuer à briser cette autarcie théorique franco-française, qui voit rarement au-delà de son nez... Nous avons beaucoup à apprendre de Freitag et de ses livres, et l'un de ses nombreux mérites et de n'avoir jamais cédé aux sirènes de la sociologie empirique et autres pragmatismes et philosophy of mind... Voilà un continuateur, en toute originalité, de l'esprit de la Théorie critique - qui a pratiqué la sociologique dialectique avant Michel Freitag, n'en déplaise à ses élèves -, aux côtés de penseurs tels Richard Sennett ou Zygmunt Bauman. Et la Théorie critique, c'est home, sweet home, pour moi...

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29/01/2009

Nicolas Sarkozy solde tout, de la protection sociale aux services publics. Braderie ouverte toute l'année

Original et bien d'autres montages et caricatures ici : http://roots73.free.fr/sarkoshow.htm

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02/06/2008

Leçons du livre "Le système des inégalités": une société structurée par ses divisions et ses hiérarchies socio-économiques

Alain Bihr et Roland Pfefferkorn. Le système des inégalités, Ed. La Découverte (collection Repères), 2008, 128 pages, 8,50 euros.  1936865541.gif

Une analyse systémique des inégalités qui permet de montrer qu'elles ne sont pas des épiphénomènes, mais résultent des structures portantes de la société française, qu'elles contribuent à reproduire. L'analyse met en évidence à quel point une inégalité entraîne l’autre, qu'elles sont non seulement cumulatives, mais se renforcent, se potentialisent mutuellement. Et se reproduisent de génération en génération. De quoi ouvrir les yeux de ceux qui pensent en termes de "tissu social", comme si la trame avait jamais existé ailleurs que dans l'idéologie. Rappelons que Pierre Bourdieu n’avait pas cessé de dénoncer les écrans de fumée. Il a été soit attaqué soit snobé pour avoir osé douter de l’ascenseur social et parler en termes de classe et de reproduction…

Je me demande bien ce que peuvent avoir en commun le patron de multinationale et la caissière ou l'ouvrier auxquels le principe de productivité/rentabilité/compétitivité interdisent la pause pipi. Cette interdiction étant le dernier cri en termes de "gestion" des "ressources" humaines, applaudi d'ailleurs par l'industrie pharmaceutique: le lean management dont nous avons parlé dans cette note. D'autres dimensions de la même problématique dans la note "La fonction sociale de la pauvreté et du chômage dans le néolibéralisme. Conseils de lecture".

Voici un extrait du Système des inégalités. Quelques autres sont acessibles sur le site de l’Observatoire des inégalités, qui contient d'autres textes pertinents.

"En définitive, la représentation de la société française qu’autorisent les résultats de notre analyse du système des inégalités est bien celle d’une société à la fois segmentée, hiérarchisée et conflictuelle. Les divisions, inégalités et conflits qui la traversent opposent non pas des individus en tant que tels mais bien des groupements d’individus partageant précisément une commune position (à la fois objective et subjective) dans la société. Cette position commande leurs possibilités (inégales) de s’approprier, ou pas, avoir, pouvoir et savoir, conduisant à une accumulation d’avantages à un pôle et une accumulation de handicaps à l’autre pôle, processus sur la base desquels ces différents groupes entrent en lutte les uns contre les autres en s’organisant (plus ou moins) à cette fin. Dans ces conditions, les concepts de classes, de rapports de classes et de luttes des classes nous paraissent conserver toute leur pertinence pour l’explication et la compréhension de la persistance des phénomènes de segmentation, de hiérarchisation et de conflictualité au sein de la société française actuelle, comme plus largement dans l’ensemble des sociétés contemporaines."

25/05/2008

Documentaire "Le bien commun": la logique marchande du néolibéralisme et ses lobbies détruisent les ressources naturelles et l'humanité

Cet excellent documentaire canadien réalisé en 2002 par Carole Poliquin sous le titre "Le Bien commun. L'assaut final" met à nu la tendance historique à l'autodestruction de l'humanité au moyen de ses (pires) produits technoscientifiques, façonnés par le néolibéralisme à des fins de profits privés incompatibles avec toute notion d'intérêt général ou d'intérêt public. Toutes les ressources naturelles sont privatisées et font l'objet de brevets et droits d'exploitation par des Monsanto, des Myriad Genetics et autres multinationales pharmaceutiques, agro-alimentaires, chimiques, ainsi que par les compagnies d'assurances et les prestataires privés de santé et de soins...

L'OMC (organisation mondiale du commerce) chaperonne l'ensemble et veille à ce que la spoliation faite par "la main invisible" du marché se fasse sous l'apparence de la légalité... Et avec cette marchandisation qui détruit tout bien commun, c'est l'idée même d'humanité qui disparaît. Très facilement, comme on l'apprend dès l'introduction: "Dieu créa le monde en sept jours. Quelques années plus tard (...), pour l'homme d'affaires, cette idée de biens communs constituait (...) l'ultime frontière le séparant de son but: transformer le monde entier en marchandise et proclamer enfin le marché total". Ce ne sont pas les services publics qui vont résister à ce raz de marée... Pour les démolir, l'homme d'affaires, qui flaire dans la santé et ailleurs un filon de profits infinis, "organise patiemment la pénurie" et fait en sorte que les citoyens eux-mêmes se détournent des services publics perçus comme trop chers et inefficaces.

Comme le dit une intervenante vers la fin: les biens communs ne sont pas qu'une question de patrimoine: "Sans une notion de biens communs, nous ne survivrons pas".

Voici le documentaire en plusieurs parties:

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23/05/2008

La médecine comme outil biopolitique (contrôle social, normalisation, politiques hygiénistes...)

Ce texte de François Cusset se réclame de Michel Foucault, lui-même inspiré par les penseurs de la normalité médecine normalisation,contrôle social médecine médicament,individualisme néolibéral santé,politique hygiéniste biopolitique,médicalisation surmédicalisation,prévention abus de prévention,hyperactivité adulte,médecine différence anomalie normal,médecine prescriptive éthique,norme médicale norme sociale,tabac liberté maladie,médecine correction punition,théorie critique médicalisation,foucault médicalisation biopolitique,fonction sociale de la médecineThéorie critique (« Ecole de Francfort »). J'en reproduis les principaux fragments après une introduction beaucoup plus large, faite dans les termes de la Théorie critique, qui dénonce les méthodes biopolitiques par lesquelles le système procède à l'ajustement des individus aux rôles socio-économiques dont le système a besoin et évite toute remise en cause en psychologisant et en dépolitisant les problèmes et les symptômes ressentis par les individus ainsi formatés et programmés.

L'image renvoie au Panopticon imaginé par Jeremy Bentham: le modèle de la société disciplinaire parfaite, transparente, permettant une surveillance et un contrôle de tous les instants.

Les progrès de l’individualisme néolibéral se paient par une responsabilisation et culpabilisation de l’individu sommé de se comporter à tous les instants et dans toutes les dimensions de sa vie en parfait capitaliste qui soigne ses investissements, son "capital" (physique, mental...) et fait tout pour qu’ils donnent le meilleur rendement possible. Y compris dans le plaisir. Le Viagra et autres prothèses médicamenteuses (médicaments de confort, lifestyle drugs, etc.) sont là pour aider à améliorer la performance.

Il faut - dit l’idéologie néolibérale tellement bien intériorisée que l’individu pense faire acte de liberté - augmenter la productivité et la profitabilité, le rendement, la valeur du bien et ses peformances… Herbert Marcuse parlait en son temps du "principe de rendement". Il est requis y compris s’agissant de son propre corps, objet de gestion, de maîtrise et de perfectionnement au moyen de diverses techniques taillées sur mesure pour permettre à la politique hygiéniste de s’insinuer partout, sous prétexte de prévention, revendiquée par la médecine préventive telle que la décrit David Sackett, couplée à une médecine prédictive (pensons au tout génétique mal vulgarisé) et à une médecine prescriptive, au sens éthique du terme, ou plutôt revendiqué comme tel par des médecins qui forgent des normes médicales qui deviendront des normes sociales, qui énoncent des préceptes dont la validité se veut morale, comme lorsqu'ils culpabilisent les femmes en émettant des injonctions sur l'allaitement présenté comme une démarche éthique, et non pas comme une pratique... 

L'allaitement est un exemple volontairement banal et quotidien. Pensons aux conséquences d'un discours moralisateur sur les femmes sommées de retourner à la maison pour le bien de l'enfant, dont l'avenir - le sien et celui de la planète - serait meilleur s'il portait des couches lavables et mangeait uniquement des aliments préparés par sa mère. 

La prévention, la référence à la santé publique, à la responsabilité de l'individu pour sa santé et celle de l'ensemble de la société semblent tout légitimer, toutes les interventions de contrôle social et de régulation (correction, substitut moderne de la punition) dans la vie des individus, toutes les injonctions prétendument éthiques et les "grammaires de comportement" pour les masses et autres bibles à suivre à la lettre, selon la description très juste d'Alain Ehrenberg.

Cet abus de prévention est lui-même générateur de maladies par la médicalisation (surmédicalisation et surmédicamentation) qu'il induit et qui fait courir des risques inutiles à une population bien-portante. Puisque outre la prévention qui régule les comportements estimés à risque selon des critères sociaux, l'autre façon de faire de la prévention se réduit habituellement à la prescription médicamenteuse (prévenir l'ostéoporose, l'infarctus, le diabète, bref, vider les pharmacies pour des maladies qui ne sont pas là), ce qui n'est jamais sans créer des effets indésirables... donc d'amener à nouveau les individus dans l'escarcelle de la médecine, qui pourra les surveiller et les "corriger" selon les dernières exigences sociales...

Le corps est un objet de marketing, puisqu’il faut savoir « se vendre », ce à quoi préparent tous les coachs, ces parfaits enseignants de l'adaptation aux rôles et aux exigences du marché néolibéral, qu'il s'agisse du marché du travail, du marché de l'amour, du marché de la santé ou d'autres rôles…

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03/05/2008

Bientôt les sondes urinaires pour ne pas interrompre le travail ? Le "lean management", cher à l'industrie pharmaceutique

Dans un article du numéro de février 2008 de PHARMAnetwork, Sylvie Ouziel, Directeur Général de l'Activité Management Consulting France 717039920.jpget Benelux, pose la question stratégique cruciale pour l’industrie pharmaceutique : "Laboratoires : comment réamorcer la machine à créer de la valeur?". Je pense que personne ne se trompe sur le sens du mot "valeur" : valeur d’échange, pas valeur d’usage. Valeur marchande, profit, valeur de l'action, etc. Tout cela compris comme une "machine". Je le souligne au cas où il y aurait encore des personnes qui se feraient des illusions sur la nature de l'activité des multinationales pharmaceutiques et leur prêterait des intentions philanthropiques...

L’une des réponses est le "lean management", dont le site Logistique Conseil donne la définition suivante : "Ensemble de techniques visant à l’élimination de toutes les activités à non valeur ajoutée. "Lean" en français signifie "Moindre"". Autrement dit, le principe du rendement et d’automatisation par élimination de toute humanité. PHARMAnetwork dit cyniquement que l’industrie pharmaceutique fait sienne cette orientation (et on verra où elle mène) : "Dans la tourmente des enjeux économiques et à la recherche constante de la maîtrise des coûts, les hommes et femmes de terrain ne restent pas inactifs. Pratique issue de l'aéronautique et de l'industrie automobile, le Lean management entre depuis quelques années dans nos entreprises et permet aux laboratoires d'être plus souples, d'accélérer les processus, de disposer de plus de capacité et d'optimiser la performance. Deux témoignages nous expliquent les enjeux de ces méthodes ou l'atout le plus précieux de l'entreprise : les hommes sont au coeur de cette nouvelle culture."

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01/05/2008

La fonction sociale de la pauvreté et du chômage dans le néolibéralisme. Conseils de lecture

Pas de pitié pour les gueux ! Sur les théories 1474208639.jpgéconomiques du chômage, par Laurent Cordonnier. Ed. Raison d’agir 2000, 124 pages, 5,70 euros. Présentation par Denis Gombert : « Le mal du siècle économique, c'est le chômage. Voilà une opinion partagée par le plus grand nombre. D'une certaine façon, des générations d'économistes nous ont appris à penser comme ça. (...) On voudrait nous faire croire que "le chômage est le produit de la paresse des travailleurs". Allons même plus loin, qu'"il existe des chômeurs par choix rationnel". Dans Pas de pitié pour les gueux, Laurent Cordonnier montre les crocs et gronde. Contre l'idée reçue que l'existence du chômage serait la faute des salariés. Très sceptique sur le prétendu équilibre rationnel de la loi du marché, l'auteur cherche à savoir à qui profite [le chômage]. Dans son essai économique très contestataire sur les mécanismes complexes du chômage, Laurent Cordonnier remarque que le stock des chômeurs est, comme par hasard, juste suffisant pour protéger les intérêts capitalistes... On en revient à la question première : à qui profite le crime ? Peut-on sérieusement soupçonner les chômeurs de tirer avantageusement parti des imperfections du marché du travail et leur faire porter si facilement le chapeau du chômage ? »

La question fondamentale est: quelle est la fonction sociale de la « pauvreté » ? Réponse à partir de l'analyse de Georg Simmel, fondateur de la sociologie de la pauvreté.

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26/04/2008

Les mensonges du néolibéralisme ou La marchécratie à son oeuvre de prédilection: la casse sociale

076a0a3af2e4c1447208c3039bb313f0.jpgA première vue, le rapport de ce livre avec notre thématique habituelle n’est pas évident. Il est majeur, parce que quand on veut critiquer une situation factuelle, et ce au nom de ce qui devrait être, il faut que la critique puisse dévoiler l’idéologie qui est derrière ce qui se présente comme réalisme ou pragmatisme économique, s’agissant par exemple des franchises médicales, des privatisations et autres coups portés à la protection sociale. La critique radicale n’est-elle par celle qui s’attaque à la racine et la met à nu ? L’idéologie néolibérale - qui a les moyens de s’imposer, donc de se rendre vraie, puisque sa position dominante lui permet d’exclure d’emblée toute alternative, même sur des détails - déforme la réalité pour présenter ses régressions programmatiques comme incontournables et salvatrices, faute de quoi le pays entier serait menacé… Au plus tard à ce moment, vous, lecteur, avez déjà fait le parallèle avec la façon de faire de l’industrie pharmaceutique : sans nous, sans ce médicament, c’est la fin, le chaos, la mort… Chaque domaine – l’industrie chimique, agroalimentaire, pétrolière, militaire, etc. – applique l’idéologie qui les porte tous en idéalisant le profit comme moteur et fin de l’économie. Or celle-ci doit être descendue de son piédestal ; elle est un moyen pour autre chose, pour des fins définies par la société, et non pas une fin en elle-même ! Mais chut ! Il ne faut pas le dire. A la médecine et à l’industrie pharmaceutique non plus… Certains auraient du mal à supporter l'idée que les patients ne sont pas là pour eux (et leur business), mais l'inverse... L'horreur...

Voici le compte-rendu fait par Elena Pasca de l’excellent livre de l’économiste Michaël Lainé, Les trente-cinq mensonges du libéralisme ou comment réfuter les idées reçues de l’économiquement correct. (Albin Michel 2002).

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