05.02.2009
Le triomphe du néolibéralisme ou "l'impasse de la globalisation": économie autonome, politique et principes qui structurent l'humanité abolis, selon Freitag
Je ne me sers jamais de Wikipédia, mais l'article consacré à Michel Freitag contient des extraits écrits par quelques-uns de ses élèves, et
c'est une assez bonne introduction à l'oeuvre de l'un des sociologues les plus marquants de notre temps, formé aussi en droit et en économie, ainsi que - comme j'ai eu le privilège de le constater en direct - en philosophie. J'aime cet esprit d'interdisciplinarité, et Freitag est l'un des rares penseurs francophones qui l'incarnent réellement et qui nous le transmettent le mieux à nous autres, apprentis en philosophie sociale ou en sociologie théorique.
En 2008 est paru chez Ecosociété à Montréal le livre "L'impasse de la globalisation. Histoire sociologique et philosophique du capitalisme. Propos reccueillis par Patrick Ernst", 400 pages, 30 €. Pour simplifier, je cite ici la présentation de l'éditeur, mais vous invite à acheter et lire cet excellent livre, à demander aux bibliothèques d'en faire l'acquisition, pour contribuer à briser cette autarcie théorique franco-française, qui voit rarement au-delà de son nez... Nous avons beaucoup à apprendre de Freitag et de ses livres, et l'un de ses nombreux mérites et de n'avoir jamais cédé aux sirènes de la sociologie empirique et autres pragmatismes et philosophy of mind... Voilà un continuateur, en toute originalité, de l'esprit de la Théorie critique - qui a pratiqué la sociologique dialectique avant Michel Freitag, n'en déplaise à ses élèves -, aux côtés de penseurs tels Richard Sennett ou Zygmunt Bauman. Et la Théorie critique, c'est home, sweet home, pour moi...
29.01.2009
Quelles soldes? C'est toute l'année que Sarkozy brade la protection sociale et les services publics!
Original et bien d'autres montages et caricatures ici : http://roots73.free.fr/sarkoshow.htm
00:21 Publié dans Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : casse sociale, précarité, néolibéralisme, bouclier fiscal, pauvreté, privatisation de la santé
02.06.2008
Leçons du livre "Le système des inégalités": une société structurée par ses divisions et ses hiérarchies socio-économiques
Une analyse systémique des inégalités qui permet de montrer qu'elles ne sont pas des épiphénomènes, mais résultent des structures portantes de la société française, qu'elles contribuent à reproduire. L'analyse met en évidence à quel point une inégalité entraîne l’autre, qu'elles sont non seulement cumulatives, mais se renforcent, se potentialisent mutuellement. Et se reproduisent de génération en génération. De quoi ouvrir les yeux de ceux qui pensent en termes de "tissu social", comme si la trame avait jamais existé ailleurs que dans l'idéologie. Rappelons que Pierre Bourdieu n’avait pas cessé de dénoncer les écrans de fumée. Il a été soit attaqué soit snobé pour avoir osé douter de l’ascenseur social et parler en termes de classe et de reproduction…
Je me demande bien ce que peuvent avoir en commun le patron de multinationale et la caissière ou l'ouvrier auxquels le principe de productivité/rentabilité/compétitivité interdisent la pause pipi. Cette interdiction étant le dernier cri en termes de "gestion" des "ressources" humaines, applaudi d'ailleurs par l'industrie pharmaceutique: le lean management dont nous avons parlé dans cette note. D'autres dimensions de la même problématique dans la note "La fonction sociale de la pauvreté et du chômage dans le néolibéralisme. Conseils de lecture".
Voici un extrait du Système des inégalités. Quelques autres sont acessibles sur le site de l’Observatoire des inégalités, qui contient d'autres textes pertinents.
"En définitive, la représentation de la société française qu’autorisent les résultats de notre analyse du système des inégalités est bien celle d’une société à la fois segmentée, hiérarchisée et conflictuelle. Les divisions, inégalités et conflits qui la traversent opposent non pas des individus en tant que tels mais bien des groupements d’individus partageant précisément une commune position (à la fois objective et subjective) dans la société. Cette position commande leurs possibilités (inégales) de s’approprier, ou pas, avoir, pouvoir et savoir, conduisant à une accumulation d’avantages à un pôle et une accumulation de handicaps à l’autre pôle, processus sur la base desquels ces différents groupes entrent en lutte les uns contre les autres en s’organisant (plus ou moins) à cette fin. Dans ces conditions, les concepts de classes, de rapports de classes et de luttes des classes nous paraissent conserver toute leur pertinence pour l’explication et la compréhension de la persistance des phénomènes de segmentation, de hiérarchisation et de conflictualité au sein de la société française actuelle, comme plus largement dans l’ensemble des sociétés contemporaines."
22:07 Publié dans Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, domination, classe, inégalité, disqualification sociale
25.05.2008
Documentaire "Le bien commun": la logique marchande du néolibéralisme et ses lobbies détruisent les ressources naturelles et l'humanité
Cet excellent documentaire canadien réalisé en 2002 par Carole Poliquin sous le titre "Le Bien commun. L'assaut final" met à nu la tendance historique à l'autodestruction de l'humanité au moyen de ses (pires) produits technoscientifiques, façonnés par le néolibéralisme à des fins de profits privés incompatibles avec toute notion d'intérêt général ou d'intérêt public. Toutes les ressources naturelles sont privatisées et font l'objet de brevets et droits d'exploitation par des Monsanto, des Myriad Genetics et autres multinationales pharmaceutiques, agro-alimentaires, chimiques, ainsi que par les compagnies d'assurances et les prestataires privés de santé et de soins...
L'OMC (organisation mondiale du commerce) chaperonne l'ensemble et veille à ce que la spoliation faite par "la main invisible" du marché se fasse sous l'apparence de la légalité... Et avec cette marchandisation qui détruit tout bien commun, c'est l'idée même d'humanité qui disparaît. Très facilement, comme on l'apprend dès l'introduction: "Dieu créa le monde en sept jours. Quelques années plus tard (...), pour l'homme d'affaires, cette idée de biens communs constituait (...) l'ultime frontière le séparant de son but: transformer le monde entier en marchandise et proclamer enfin le marché total". Ce ne sont pas les services publics qui vont résister à ce raz de marée... Pour les démolir, l'homme d'affaires, qui flaire dans la santé et ailleurs un filon de profits infinis, "organise patiemment la pénurie" et fait en sorte que les citoyens eux-mêmes se détournent des services publics perçus comme trop chers et inefficaces.
Comme le dit une intervenante vers la fin: les biens communs ne sont pas qu'une question de patrimoine: "Sans une notion de biens communs, nous ne survivrons pas".
Voici le documentaire en plusieurs parties:
07:17 Publié dans Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie néolibérale, lobbies et multinationales, brevets, propriété intellectuelle, organisation mondiale du commerce, santé publique en danger, bien commun, intérêt public, intérêt général, biodiversité, technosciences, privatisation du vivant;marchandisation de la connaissance, patrimoine génétique
03.05.2008
Bientôt les sondes urinaires pour ne pas interrompre le travail ? Le "lean management", cher à l'industrie pharmaceutique
Dans un article du numéro de février 2008 de PHARMAnetwork, Sylvie Ouziel, Directeur Général de l'Activité Management Consulting France
et Benelux, pose la question stratégique cruciale pour l’industrie pharmaceutique : "Laboratoires : comment réamorcer la machine à créer de la valeur?". Je pense que personne ne se trompe sur le sens du mot "valeur" : valeur d’échange, pas valeur d’usage. Valeur marchande, profit, valeur de l'action, etc. Tout cela compris comme une "machine". Je le souligne au cas où il y aurait encore des personnes qui se feraient des illusions sur la nature de l'activité des multinationales pharmaceutiques et leur prêterait des intentions philanthropiques...
L’une des réponses est le "lean management", dont le site Logistique Conseil donne la définition suivante : "Ensemble de techniques visant à l’élimination de toutes les activités à non valeur ajoutée. "Lean" en français signifie "Moindre"". Autrement dit, le principe du rendement et d’automatisation par élimination de toute humanité. PHARMAnetwork dit cyniquement que l’industrie pharmaceutique fait sienne cette orientation (et on verra où elle mène) : "Dans la tourmente des enjeux économiques et à la recherche constante de la maîtrise des coûts, les hommes et femmes de terrain ne restent pas inactifs. Pratique issue de l'aéronautique et de l'industrie automobile, le Lean management entre depuis quelques années dans nos entreprises et permet aux laboratoires d'être plus souples, d'accélérer les processus, de disposer de plus de capacité et d'optimiser la performance. Deux témoignages nous expliquent les enjeux de ces méthodes ou l'atout le plus précieux de l'entreprise : les hommes sont au coeur de cette nouvelle culture."
06:14 Publié dans Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, conditions de travail, lean management, pharmaceutique, profit, lean manufacturing
01.05.2008
La fonction sociale de la pauvreté et du chômage dans le néolibéralisme. Conseils de lecture
Pas de pitié pour les gueux ! Sur les théories
économiques du chômage, par Laurent Cordonnier. Ed. Raison d’agir 2000, 124 pages, 5,70 euros. Présentation par Denis Gombert : « Le mal du siècle économique, c'est le chômage. Voilà une opinion partagée par le plus grand nombre. D'une certaine façon, des générations d'économistes nous ont appris à penser comme ça. (...) On voudrait nous faire croire que "le chômage est le produit de la paresse des travailleurs". Allons même plus loin, qu'"il existe des chômeurs par choix rationnel". Dans Pas de pitié pour les gueux, Laurent Cordonnier montre les crocs et gronde. Contre l'idée reçue que l'existence du chômage serait la faute des salariés. Très sceptique sur le prétendu équilibre rationnel de la loi du marché, l'auteur cherche à savoir à qui profite [le chômage]. Dans son essai économique très contestataire sur les mécanismes complexes du chômage, Laurent Cordonnier remarque que le stock des chômeurs est, comme par hasard, juste suffisant pour protéger les intérêts capitalistes... On en revient à la question première : à qui profite le crime ? Peut-on sérieusement soupçonner les chômeurs de tirer avantageusement parti des imperfections du marché du travail et leur faire porter si facilement le chapeau du chômage ? »
La question fondamentale est: quelle est la fonction sociale de la « pauvreté » ? Réponse à partir de l'analyse de Georg Simmel, fondateur de la sociologie de la pauvreté.
07:43 Publié dans Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, idéologie, chômage, pauvreté, assistanat, protection sociale
26.04.2008
Les mensonges du néolibéralisme ou La marchécratie à son oeuvre de prédilection: la casse sociale
A première vue, le rapport de ce livre avec notre thématique habituelle n’est pas évident. Il est majeur, parce que quand on veut critiquer une situation factuelle, et ce au nom de ce qui devrait être, il faut que la critique puisse dévoiler l’idéologie qui est derrière ce qui se présente comme réalisme ou pragmatisme économique, s’agissant par exemple des franchises médicales, des privatisations et autres coups portés à la protection sociale. La critique radicale n’est-elle par celle qui s’attaque à la racine et la met à nu ? L’idéologie néolibérale - qui a les moyens de s’imposer, donc de se rendre vraie, puisque sa position dominante lui permet d’exclure d’emblée toute alternative, même sur des détails - déforme la réalité pour présenter ses régressions programmatiques comme incontournables et salvatrices, faute de quoi le pays entier serait menacé… Au plus tard à ce moment, vous, lecteur, avez déjà fait le parallèle avec la façon de faire de l’industrie pharmaceutique : sans nous, sans ce médicament, c’est la fin, le chaos, la mort… Chaque domaine – l’industrie chimique, agroalimentaire, pétrolière, militaire, etc. – applique l’idéologie qui les porte tous en idéalisant le profit comme moteur et fin de l’économie. Or celle-ci doit être descendue de son piédestal ; elle est un moyen pour autre chose, pour des fins définies par la société, et non pas une fin en elle-même ! Mais chut ! Il ne faut pas le dire. A la médecine et à l’industrie pharmaceutique non plus… Certains auraient du mal à supporter l'idée que les patients ne sont pas là pour eux (et leur business), mais l'inverse... L'horreur...
Voici le compte-rendu fait par Elena Pasca de l’excellent livre de l’économiste Michaël Lainé, Les trente-cinq mensonges du libéralisme ou comment réfuter les idées reçues de l’économiquement correct. (Albin Michel 2002).
06:25 Publié dans Néolibéralisme, l'idéologie qui vous veut du bien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, idéologie, mensonge, profit, dogme, économie, protection sociale













