10.07.2008
La croisade contre le tabac et autres comportements : répression des habitudes individuelles au nom des… droits individuels
Il ne s'agit pas de défendre le tabagisme. Mais d'inciter à réfléchir au pourquoi et au comment de l'interdiction étatique de certains comportements
individuels. Réfléchir aussi au nouveau rôle que joue la médecine - celui d'outil de contrôle social dans la biopolitique de normalisation des individus, dont nous avons parlé dans plusieurs notes. Et se demander aussi à qui profite cette biopolitique: au néolibéralisme parce qu'elle accentue la culpabilisation générale de l'individu pour ce qui lui arrive; aux firmes fabriquant le Champix, le Zyban, les substituts nicotiniques, etc. Il faut comprendre que nous sommes toujours les dindons de la farce biopolitique néolibérale, qui ne fait que remplacer un profit économique par un autre, un aveuglement par un autre...
Dans son numéro de la fin mars 2008, le Courrier international publie des extraits d’un article de Filippo Facci, écrit au lendemain du vote de la loi anti-tabac en Italie (2004). Le papier s’intitule « Poudre aux yeux : les croisades contre le tabac et les autres plaisirs de la vie ». Nous recopions les fragments.
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23.05.2008
La politique hygiéniste ou La médecine comme instrument de normalisation et de biopolitique. Un texte de François Cusset
Ce texte de François Cusset se réclame de Foucault, lui-même inspiré par les penseurs de la Théorie critique (« Ecole de Francfort »). Les progrès de l’individualisme se paient par une responsabilisation et culpabilisation de l’individu sommé de se comporter à tous les instants et dans toutes les dimensions de sa vie en parfait capitaliste qui soigne ses investissements et fait tout pour qu’ils donnent le meilleur rendement possible. Y compris dans le plaisir. Le Viagra et autres prothèses médicamenteuses (médicaments de confort, lifestyle drugs, etc.) sont là pour aider à améliorer la performance.
Il faut - dit l’idéologie néolibérale tellement bien intériorisée que l’individu pense faire acte de liberté - augmenter la productivité et la profitabilité, la valeur du bien et ses peformances… Y compris s’agissant de son propre corps, objet de gestion, de maîtrise et de perfectionnement au moyen de diverses techniques taillées sur mesure pour permettre à la politique hygiéniste de s’insinuer partout. Objet de marketing, puisqu’il faut savoir « se vendre », ce à quoi préparent tous les coachs… Nous l’avons déjà dit, la normalisation hygiéniste se fait en bonne partie par la médecine, mais une médecine réduite à ses instruments techniques et qui voit ses prétentions scientifiques gonflées à bloc. Au détriment de la composante relationnelle et de la signification – que la tendance historique s’efforce de rendre caduque – du mot « soin » et de tout son champ sémantique. Avec une telle médecine, la médicalisation infinie est une déshumanisation infinie ; un moyen de discipliner les corps en leur appliquant ce que Bourdieu appelait une « violence douce », pas immédiatement perceptible comme telle, mais pas moins effective et réelle pour autant…
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