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06/10/2015

"Les Médicamenteurs": vérités et mensonges 6 ans après. Projection et débat à Grenoble

Le documentaire « Les Médicamenteurs », réalisé par Stéphane Horel et commenté dans cette note sur Pharmacritique, a été diffusé pour la première fois en juin 2009. Beaucoup d’annonces ont été faites depuis, surtout en marge de scandales, dont le plus médiatisé a été celui autour du Médiator. Une loi a été adoptée en décembre 2011, des comités et commissions de déontologie et de transparence ont été mis en place, tout comme des initiatives de déclaration des liens d’intérêt, notamment pour les experts auprès des autorités sanitaires.

Alors qu’en est-il six ans après ? Notre système de formation, d’information et de recherche médicales, dont j’ai toujours dit qu’il était fondamentalement et structurellement pharma-amical, a-t-il vraiment changé ? Le journalisme d’investigation mérite-t-il enfin son nom ou ne fait-il que reprendre des sujets qui circulent depuis des années, enfonçant les portes ouvertes par des lanceurs d’alerte qui ne sont pas mentionnés - même pas en petites lettres sur le générique de fin –, alors qu’ils se sont pris plein la figure quand ils ont fait le travail... Cash Investigation – mais aussi Pièces à conviction du temps où Elise Lucet était rédactrice en chef – et Pharmacritique, c’est toute une histoire, avec des sources qui, une fois exploitées, restent invisibles sur les génériques, dans les remerciements, etc., comme ça, le public pense vraiment que c'est l'équipe de journalistes qui a fait de l'investigation poussée (pas celle qui s'arrête aux premiers résultats dans une recherche sur google, prend tout ce qui est dit sur un blog, demande de longues explications à l'auteur, puis oublie de le mentionner...) J'ai beaucoup d'exemples, aussi avec d'autres journalistes, avec des auteurs de livres (médecins compris), de sites, de blogs, etc., et en parlerai le moment venu.

Les pratiques médicales ont-elles changé depuis « Les Médicamenteurs », de façon à prendre en compte les effets indésirables, de les signaler, d’en informer les patients ? La médicalisation – surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements, … - a-t-elle diminué ? Quid des méthodes des "médicamenteurs" qui ne jurent que par les remèdes naturels, dont on n’aurait même pas le droit de demander des preuves d’efficacité, sous peine de passer pour un suppôt de l’industrie pharmaceutique qui s’attaquerait aux faibles défenseurs désargentés de la nature ? Quid du sensationnalisme des journalistes se livrant à des surenchères, cherchant un scandale à dénoncer ?  Quid de la démonétisation de l’alerte, parce que tout et n’importe quoi peut être mis en cause, sur des réseaux sociaux où celui qui gueule le plus fort l’importe, n’en déplaise à ceux qui rêvent d’une « intelligence collective » qui surgirait du web 2.0.

J'ai toujours dit que la transparence sur les conflits d'intérêts n'est qu'une étape dans la lutte visant à éliminer lesdits conflits d'intérêts, et que s'arrêter là-dessus serait illusoire, voire contre-productif. Qu'il s'agissait d'un système de désinformation organisée, dominé par le marketing qui cache l'absence de progrès thérapeutique et l'absence d'innovation, marketing dont il fallait décortiquer les méthodes - méthodes d'influence, de persuasion, tirées des méthodes classiques de lobbying et de communication utilisées partout. Et j'ai donné moult exemples, y compris dans la construction sociale du dépistage organisé du cancer du sein, que je mentionne au vu de la nouvelle campagne de communication qui commence avec "octobre rose" et la "concertation citoyenne et scientifique" annoncée comme une forme de cette "démocratie sanitaire" qu'on nous annonce comme une berceuse pour mieux nous endormir sur le fait que rien n'est fait pour que le système change, structurellement, de façon à profiter à l'intérêt général, à l'intérêt de la santé individuelle et publique, et non pas aux affaires des industriels et de professionnels de santé. Dans la concertation citoyenne sur le dépistage du cancer du sein, autorités sanitaires et autres intéressés dans le maintien du système emploieront à fond ces mêmes méthodes d'influence pour aboutir au résultat voulu - un meilleur taux de participation au dépistage qui ne dépend en rien de la décision citoyenne.

Ai-je eu tort ou raison?  La liste de questions est longue…

La projection des « Médicamenteurs » permet de faire une comparaison sur les points évoqués dans le documentaire, et aussi d’aborder des points qui ne l’ont pas été, compte tenu des limites inhérentes. Ainsi tout ce qui relève de la santé environnementale, des causes et co-facteurs environnementaux, mais aussi de la surprescription – autre facette de la surmédicalisation -, et de l’expertise citoyenne, de l’indépendance des usagers, qui ne doivent pas juste changer de « maîtres », passant de la dépendance à l’égard des médecins ayant des conflits d’intérêts au suivisme et à un rôle de perroquet des médecins indépendants… Etc.

La projection aura lieu le 7 octobre; elle commencera à 20:00, suivie du débat à 21:10. Débat auquel je participerai aux côtés de Philippe Perrin, éco-infirmier, fondateur de Santé Environnement Rhône-Alpes (SERA).

L’annonce détaillée du programme de Sciences en Bobines à Grenoble est sur cette page. L’adresse : Maison des Associations, 6 rue Berthe de Boissieux, Grenoble. (J’apprends au dernier moment que le débat aura lieu 150 mètres plus loin, au Pavillon de Bonne, situé au 50 Bd Gambetta).

09/02/2011

Médiator : faut-il avoir peur des médicaments ? Vidéo du débat sur la LCP, avec Christian Lajoux...

J’ai déjà évoqué ce débat qui a eu lieu le 10 janvier 2011 sur la Chaîne Parlementaire, dans l'émission "Ca vous regarde".

En fait, ce n'est pas la vidéo qui compte - ça, c'est plutôt pour les archives, parce qu'on ne peut pas dire grand-chose lors d'un tel débat. Si vous n'avez que peu de temps, je vous invite à lire surtout l'article, qui porte presque le même titre: « Médiator et les autres : faut-il avoir peur des médicaments ?  Débat suivi d’informations, explications, liens… »

J’y ai exposé – sur 15 pages - beaucoup de thématiques que j’aurais aimé pouvoir aborder lors de l’émission… Il contient aussi beaucoup de liens permettant d’approfondir des questions essentielles sur le contrôle quasi total de l'industrie pharmaceutique sur toute la filière médicament (sous-notification des effets indésirables, information inexistante sur les risques des médicaments, financement des agences sanitaires, formation médicale continue sous la coupe de l’industrie pharmaceutique, visite médicale et nouvelles stratégies marketing des laboratoires, biais dans la recherche clinique, formes plus ou moins visibles de conflits d’intérêts, presse médicale aux ordres des firmes, conflits d’intérêts des associations de patients, verrouillage du système par les leaders d’opinion, ghost management, conflits d’intérêts de la famille Sarkozy, panne de l’innovation, chiffres-clés d’une analyse socio-économique des pharmas…).

Je rappelle ici simplement les participants au débat, puis l’annonce sur le site de la LCP: Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne;  Christian Lajoux, Président du LEEM, PDG de Sanofi-Aventis France; José Duquenoy, président de l’association ADVM (victimes du Médiator de la région Nord); Elena Pasca, philosophe et vice-présidente de la Fondation Sciences Citoyennes, blog Pharmacritique.

 


Mediator : faut-il avoir peur des médicaments ?
envoyé par LCP. -

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15/01/2011

Le Médiator et les autres: faut-il avoir peur des médicaments ? 15 pages d'informations et liens utiles

Le lundi 10 janvier 2011 à 19 : 00, j'ai participé à un débat sur la LCP (La chaîne parlementaire - Assemblée nationale), intitulé "Médiator: faut-il avoir peur des médicaments?" Il s'agissait de situer le Médiator dans le contexte, de comprendre comment ce "drame" - que le patron de l'industrie pharmaceutique Christian Lajoux" désignait comme un "accident" - a pu se produire et si d'autres catastrophes sanitaires sont actuellement en cours ou à venir.

Les participants étaient: Gérard Bapt (député PS, cardiologue de formation), José Duquesnoy (président de l'association des victimes du Médiator ADVM, de la région du Nord), Christian Lajoux (président directeur général de Sanofi-Aventis France et patron du L€€M (syndicat patronal des 300 laboratoires pharma actifs en France) et moi-même (Elena Pasca, philosophe, administratrice de la Fondation Sciences Citoyennes et "auteure" de Pharmacritique). Le débat était animé par le présentateur de l’émission « Ca vous regarde », Arnaud Ardoin.

Cliquez sur « Lire la suite » pour accéder aux commentaires, informations, liens, explications… qui dépassent très largement les thèmes abordés lors du débat. J’essaie d’aborder plusieurs dimensions illustrant le contrôle total de l’industrie pharmaceutique sur la filière du médicament et sur toute l’information qui s’y rattache.

Entre autres: nouvelles tendances: marketing relationnel vs R&D; données socio-économiques des pharmas; conflits d'intérêts des associations; leaders d'opinion (médecins et leaders associatifs) qui verrouillent le système de santé et de soins; industrie du cancer, irrationalité de la pensée s'agissant de certains médicaments; absence d'analyse coût - efficacité; formation médicale continue et presse médicale dans les mains des pharmas; certains propos de Christian Lajoux; l'hypocrisie générale des autorités sanitaires et des médecins quant aux conflits d'intérêts; l'ineptie des codes volontaires de déontologie, etc., etc. Tout cela avec des liens pour approfondir.

La vidéo de l'émission (48 minutes) et l'annonce par la LCP se trouvent dans cet article. Ici, je souhaite rappeler - sur une quinzaine de pages - certaines problématiques essentielles, en donnant des liens pour approfondir. Bref, ce que j'aurais voulu dire dans l'émission si j'avais eu le temps...

Une image très négative de l’industrie pharmaceutique, d’où l'urgence d'une communication très soignée…

Dans des pays où l’opinion publique a pris conscience de la gravité de la situation, suite à des scandales révélés par des media qui font leur travail au quotidien - et non pas une fois par décennie, comme chez nous pour le Médiator -, l’image des laboratoires pharmaceutiques est très détériorée.

Un sondage commandité en 2005 par la Kaiser Family Foundation confirmait l’effondrement de l’image de l’industrie pharmaceutique, et ce malgré les mécénats et autres œuvres de charité pour lesquelles elle dépense plus que d’autres industries aux Etats-Unis.

Seules l’industrie pétrolière et celle du tabac faisait pire. Pour 70% des personnes interrogées, c’est l’industrie pharmaceutique qui est la plus avide de profits et, pour ce faire, met le profit avant les êtres humains, profite de leur malheur.

Selon un sondage de Harris de décembre 2010, les trois industries qu’il est le plus urgent et indispensable de contrôler et de réguler sont, dans l’ordre, l’industrie pétrolière, celle pharmaceutique et celle du tabac. Ces trois sont aussi les moins dignes de confiance et les plus susceptibles d’être malhonnêtes. (Je reviendrai sur cette image dégradée des laboratoires, car il est évident qu’elle explique le recours accru à tout ce pourrait la redresser, donc à des lobbyistes et leurs méthodes publicitaires et de relations publiques).

LEEM : la branche française du lobby le plus puissant au monde, celui qui dépense aussi le plus en activités de lobbying / communication / relations publiques…

Je commence par rappeler quelques-unes des notes parues sur Pharmacritique au sujet du L€€M (Les Entreprises du médicament), représenté par Christian Lajoux lors du débat, histoire de mieux faire comprendre de qui il s'agit. Car il y a une grande différence entre l'image et la réalité, entre le discours et les actes, et j'ai rappelé lors du débat que l'industrie pharmaceutique emploie moult cabinets de lobbyistes qui servent à lisser l'image et à maîtriser la communication et les artifices rhétoriques de façon à détourner le débat vers des terrains consensuels ou en tout cas pas minés, pas de nature à éveiller un esprit critique peu aiguisé en France.

Ceux qui ont suivi les deux séminaires d’ETAL (Encadrement et Transparence des Activités de Lobbying) ont pu mieux comprendre à quel point un lobbyiste maîtrise les techniques de persuasion les plus perfectionnées, qui peuvent vous convaincre que 2 + 2 = 5, malgré toutes les preuves contraires.

Les représentants des pharmas se cachent toujours derrière  diverses formes de clichés du genre: l'industrie pharmaceutique crée des emplois, est indispensable à la société sous sa forme actuelle, car c'est elle qui lui permet les investissements et la recherche permettant de soigner et guérir des maladies telles les cancers, le SIDA, etc.

Ce sont des lobbyistes qui élaborent pour leurs clients les réponses et les stratégies rhétoriques, et j'avais fait remarquer aux autres participants, avant l'émission, qu'il ne fallait pas suivre Christian Lajoux sur ce terrain-là, parce que nous ne pouvions pas à la hauteur. Je le sais pour avoir suivi et analysé la nature de ses interventions médiatiques, servi comme il est par des journalistes pour le moins serviables, si ce n’est serviles. Si les interlocuteurs laissent Lajoux poser les termes du débat, c’est fini, c’est lui qui mène la danse, et les autres perdent leur temps de parole à déjouer les pièges et autres artifices rhétoriques, au lieu de discuter de façon argumentée et chiffrée, sans langue de bois.

Mais la structure d'un tel débat - interventions courtes, alors qu'il ne peut y avoir de réponse par oui ou par non à de telles questions - et le temps imparti (48 minutes pour quatre intervenants, plus les questions du journaliste, plus les interventions de deux spectateurs dont l'un était un ancien visiteur médical, habitué de l'émission, venu soutenir ses (anciens?) patrons - ne permet pas d'aller au-delà des généralités.

Voici quelques articles et notes (réunis sous la catégorie « Ethique et pharmas, firmes et LEEM ») qui en disent long sur la situation actuelle, où l’industrie pharmaceutique mène la danse, et pas seulement par la rhétorique: on laisse le L€€M s’autoréguler, émettre un code volontaire de bonne conduite, non contrôlée et une charte de la visite médicale, tout aussi volontaire... Ces deux caricatures (celle-ci et celle-ci) montrent à quoi ces codes de déontologie volontaire (sic) peuvent servir, d’un point de vue pragmatique…

*** Sarkozy et l’industrie pharmaceutique : le poisson pourrit par la tête…

Cette autorégulation bafoue par ailleurs tous les principes, à commencer par le sens du terme « déontologie », qui est tout sauf volontaire, puisqu’elle relève même pas des éthiques relatives, arbitraires, concurrentielles, mais de la morale et de ce qu’elle a de normatif, par-delà les applications éthiques. Tout cela signifie en clair qu’on se fiche des principes et de la morale.

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29/07/2008

Trois institutions vaccinalistes américaines sur la sellette : elles sont à la solde de Merck, Wyeth et Sanofi

La résistance aux vaccinations augmente aux Etats-Unis. Et l’enquête de la chaîne américaine CBS, reprise le 28 juillet dans l’article du Wall 1782237943.jpgStreet Journal intitulé Vaccine Proponents Not Immunised from Criticism ("Les promoteurs des vaccins ne sont pas immunisés contre la critique"), mettra de l'huile sur le feu… Il y est question d'énormes sommes d'argent payées par les firmes à l’Académie américaine de pédiatrie, à l’association de consommateurs "Every child by two" et au vaccinologue Paul Offit, fervent défenseur de tous les vaccins. Le soupçon touche trois institutions auxquelles le public faisait confiance s'agissant de la sécurité d'emploi des vaccins et de leur nécessité.

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24/07/2008

Des visiteurs médicaux aux pubs télé : réallocation du budget marketing pharmaceutique vers les patients et les pharmaciens (L’Expansion)

Dans son numéro de juillet/août 2007, le journal L’Expansion reprend une analyse des tendances actuelles de l’industrie pharmaceutique. L’un des articles s’intitule « Marketing sur ordonnance. Le baromètre 2007 Unilog-HEC confirme le transfert vers le patient des budgets de communication ». Un autre est tout aussi clair : « Des visiteurs médicaux aux pubs télévisées. Le durcissement de la réglementation de la visite médicale induit une réallocation des budgets marketing vers le patient ». En clair, l'industrie pharmaceutique misera de plus en plus sur la publicité directe aux consommateurs, sur l'accès direct aux patients, pour mieux les manipuler.

Il est question de « marketing relationnel » (sic), pour « faciliter la relation médecin – patient », selon un ponte de Sanofi.

Un extrait : « Le budget marketing dédié aux patients devrait même croître de 50 % entre 2006 et 2010. Ce repositionnement prend acte du poids croissant

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