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14/12/2010

Honoraires des médecins en hausse, mécontentement de l'opinion publique aussi... Le lobby médical critiqué en Allemagne

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel - titre phare de la presse allemande, aux positions centristes -, a publié le 11 octobre 2010, à la page Markus Grill.gif105, un entretien réalisé par Markus Grill. Il s'agit de l'un des meilleurs journalistes d'investigation, spécialisé en santé, qui a publié en 2008 un livre sur l'influence de l'industrie pharmaceutique sur la médecine, les politiques et le système de santé dans son ensemble: Kranke Geschäfte. Wie die Pharmaindustrie uns manipuliert (Des affaires malsaines. Comment l'industrie pharmaceutique nous manipule).

Dans l'interview parue sous le titre « Un entretien désagréable », que je traduis intégralement, Grill interroge un personnage très influent quant au sort économique et social de la médecine et surtout des médecins...

Quelques mot sur le contexte allemand, très important pour comprendre le changement de ton:

L'année dernière, il y a eu quelques scandales impliquant de tels personnages influents, des lobbyistes et autres représentants des intérêts exclusifs des médecins, qui n'ont pas hésité devant des techniques grossières de manipulation de l’opinion publique et des media, devant des méthodes sensationnalistes et des mises en scène (acteurs présentés comme médecins crevant la dalle, fausses manifs, faux chiffres...), pour que les médecins pleurent misère devant les caméras… Des cas isolés de médecins hospitaliers non titularisés, surchargés et sous-payés ont été présentés maintes fois à l'opinion publique comme étant typiques, par exemple. Avec l'intention de conditionner l'opinion, de faire peur à la population en disant que, dans ces conditions, les médecins deviennent un danger, qu'il n'y a pas à s'étonner des erreurs médicales, etc. Si les Allemands veulent des soins sûrs, il faut qu'il paient mieux leurs médecins. Sauf qu'aucune comparaison ne pouvait être faite, faute de savoir la vérité sur les revenus de départ.

Tout cela afin que la population accepte les exigences de toute sorte et les hausses répétées des honoraires des médecins. Ces augmentations ont toujours été exprimées en pourcentages, de façon voilée, parlant de "modèles" de médecins volontairement irréalistes. Il n'y a jamais eu de chiffres clairs.

Le Spiegel avait dénoncé ces méthodes en particulier dans deux articles de 2009, bien documentés, et qui ont contribué à un début de changement d’attitude vis-à-vis des médecins auparavant considérés avec beaucoup de bienveillance et d'indulgence, comme des victimes surexploitées et mal payées, qui se tourneraient tout naturellement vers l'industrie pharmaceutique, pour compenser. Et qui, menacés, seraient obligés de faire un lobbying très intense, de défendre leur position, leurs acquis.

L'un de ces articles, paru le 30 mars 2009 dans une rubrique appelé "Lobbying", s'intitulait "Ärzte ohne Grenzen" : c'est un jeu de mots ironique à partir de "médecins sans frontières", ici au sens opposé de l'humanisme et du dévouement, signifiant sans aucune limite, jamais contents... Bref, des médecins insatiables. Le "Dr Impécable", chouchou des media, devient le Dr Excès, "Dr Démesure" ["Dr. Masslos"]. Et des images de médecins roulant en Porsche Cayenne vers une manifestation pour exiger une hausse d'honoraires n'aident pas...

Du coup, certains media qui se sentaient instrumentalisés ont commencé à s'intéresser de plus près non pas aux discours des lobbyistes, mais aux faits, manifestement bien différents. Et de poser la question d'une certaine indécence, et même d'une indécence certaine, dont témoignait un médecin généraliste très gêné par les revendications.

Indécence à la fois quant aux revenus / honoraires / tarifs, quant à cette opacité sur les relations avec les laboratoires pharmaceutiques (les conflits d'intérêts...), au paternalisme ou à l'arrogance dans les relations avec des patients peu ou pas éclairés, et en général quant aux défauts de plus en plus visibles du système de santé pénalisant toujours plus des patients qui paient de plus en plus pour de moins en moins de soins. Ce sont toujours les usagers qui trinquent, alors que les médecins obtiennent toujours plus et ne s'occupent que de leur paroisse... Ces revendications purement corporatistes et la manipulation de l'opinion ne passent plus. C'est le début de la fin de l'éternelle idylle entre journalistes et médecins, annonçait le Spiegel - lui aussi -, dans cet article du 30 mars.

Et voilà que non seulement ça ne change pas, mais qu'une nouvelle hausse des honoraires arrive, alors que les patients ont à subir des conditions de soins drastiques et des paiements et déremboursements toujours plus importants. A mon avis, les médecins auraient mieux fait de s'abstenir.

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18/06/2009

La privatisation du système public de santé et de soins: la casse du NHS britannique nous montre quel désastre se prépare au Québec et en France

Voici une présentation très édifiante faite le 14 mai 2009 à Montréal par la Dre Jacky Davis, dans le cadre d’un colloque organisé par Hôpital privatisé.jpgl’association Médecins québécois pour un régime public (lire leur excellent site) sous le titre "Soins de santé: service public ou marché? Pour qui travailleront les médecins?"

La bataille pour le maintien de ce qui, au Québec, reste encore public - car il s'agit de la province la plus privatisée au Canada, et aussi de l'une des plus pauvres en revenu par habitant - est déterminante, et les divers syndicats et associations qui s'y sont engagés devraient être pris pour exemple par leurs homologues français.

Nous devrions tous tirer des enseignements en lisant les pseudo-arguments invoqués pour justifier la casse progressive du service public de santé en Grande-Bretagne. Parce que Sarkozy et Bachelot nous servent la même soupe ; ils ont déjà engagé le système français de santé sur cette même voie, et on le comprend en regardant les diverses dispositions de la loi HPST (hôpital, patients, santé, territoires) concernant le pouvoir accru donné aux gestionnaires, la "rationalisation" de l’offre de soins, la disparition des frontières entre hôpital public et cliniques privées… Bref, toutes les mesures qui servent de prélude à la privatisation en douce des hôpitaux, puis de l’ensemble des soins.

La tarification à l’activité (T2A) des praticiens hospitaliers comme des médecins libéraux, largement dénoncée par les critiques, s’accompagne désormais d’une autre façon de faire passer les impératifs économiques (maîtrise comptable des soins) avant les intérêts de la santé des patients: le CAPI.

Ce "contrat d’amélioration des pratiques individuelles" est en fait une "prime" ou "incitation financière" d’une valeur de 5.000 à 7.000 euros par an que les médecins généralistes pourront gagner en plus s’ils atteignent certains objectifs imposés par l’assurance-maladie… Le conseil de Pharmacritique aux lecteurs est de changer de généraliste s’il/elle a souscrit un CAPI. Même (!) l’ordre des médecins (CNOM) a dénoncé le CAPI comme étant contraire à l’éthique et mettant les médecins en situation de conflits d’intérêts face à leurs patients. La plupart des syndicats ont eux aussi appelé au boycott de ces "incitations financières" qui poussent encore plus la médecine à devenir un commerce comme un autre (voir le texte édifiant d’Arnold S. Relman, traduit dans cet article).

La pétition contre la privatisation du service public britannique de santé peut - doit! - être signée sur cette page du site Keep our NHS public, qui contient beaucoup d'autres informations.

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