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05/03/2013

Contraception, désinformation et le Planning familial comme bouc émissaire... A quand la décision médicale partagée?

Le 4 février, lors du débat avec Renaud Lambert sur les conflits d’intérêts dans l’expertise, organisé planning familial,contraception risque,contraception méthodes,pilules 3ème 4ème génération,véronique séhier,misogynie médicalepar l’Association des Amis du Monde diplomatique à Villeneuve sur Ascq, j’ai eu le plaisir de pouvoir discuter plus longuement avec Véronique Séhier, du conseil d’administration du Planning familial. Je lui ai fait part de l’immense respect que j’ai pour le combat de cette association, qui ne s’est pas arrêté à des discours lénifiants et des vœux pieux, mais a œuvré qu quotidien pour l’information des femmes et pour la concrétisation de leurs droits. L’un de ces droits fondamentaux est la maîtrise de leurs corps par les femmes et rien que par elles, ce qui implique la maîtrise de la reproduction, le choix d’avoir (ou de ne pas avoir) d’enfant.

Dans ce billet d'humeur spontané et sans aucune recherche de synthèse ou de conclusions, je me demande qu'est-ce qui se cache derrière ces attaques contre le Planning familial (dont les trois derniers communiqués à propos des pilules de la 3ème et de la 4ème génération et de Diane 35 sont repris après mes commentaires). Je reviens pêle-mêle sur la désinformation ambiante en matière médico-pharmaceutique, sur la médicalisation du corps des femmes à des fins de profits - dans un système de soins surmédicalisé et sans empowerment, ni décision médicale partagée -, sur la misogynie médicale et culturelle et sur d'autres facteurs qui composent un contexte délétère pour la santé des femmes. Les soins se font dans le cadre d'une relation médecin/patient déséquilibrée, teintée de pouvoir, de commerce - offre qui crée la demande, d'une part, comportement consumériste, d'autre part - et d'autres influences externes qui la déformentet et la réduisent à un instrument de la logique mercantile néolibérale.

Dans un tel contexte, rien ne permet un changement du système menant à l'avènement d'un système dans l'intérêt de la santé. Le système structurellement déformé par la surmédicalisation se reproduit avec des adaptations infimes, en surface, qui arrivent après des scandales médicaux et médicamentaux. Les media, jadis silencieux sur toutes ces questions, ont adopté une démarche sensationnaliste, cherchant le scandale, gonflant la moindre information sur des risques. Au lieu d'élaborer une politique cohérente de santé qui induirait une refonte globale du système de santé et de soins et limiterait la surmédicalisation, les autorités réagissent au coup par coup, au gré des scandales, par des décisions arbitraires. Un médicament a-t-il des risques non décrits dans les RCP françaias auparavant ? Un médicament a-t-il été prescrit dans des indications hors AMM? Au lieu d'en limiter l'usage aux cas où son indication est raisonnable, aux cas des patients qui en ont besoin et n'ont pas d'autre recours, bref, au lieu de justifier leur démarche et de responsabiliser l'ensemble de la chaîne du médicament, les autorités jouent de plus en plus souvent la carte du retrait pur et simple du marché. Or on sait que beaucoup de médicaments peuvent être utiles et avoir un rapport bénéfices/risques favorable dans une certaine population restreinte, aux caractéristiques particulières. Le rapport bénéfices/risques devient défavorable lorsque les médicaments sont prescrits larga manu, à des patients qui ont d'autres caractéristiques, d'autres médications, d'autres risques... Et l'on sait que l'industrie pharmaceutique pousse à la prescription de plus en plus large. Dans un tel cas, l'attitude raisonnable consiste-t-elle à retirer les médicaments du marché ou à réglementer pour mieux encadrer l'usage par diverses populations? Quid des médicaments prescrits hors AMM dans des maladies rares, pour lesquelles il n'existe aucune indication? Lorsqu'un médicament est utile à un patient grâce à un effet secondaire, faut-il interdire la prescription parce qu'il ne s'agit pas de l'AMM? C'est là l'un des effets pervers de l'affaire Médiator, qui pose de nombreux problèmes, parmi lesquels la disparition de la liberté de prescription et la prévalence de la bureaucratie sur l'intêrêt de la santé du patient

L'intérêt de la santé du patient exigerait un traitement/une prescription au cas par cas, et non pas une démarche administrative générale, gérée par les ordinateurs de la Sécurité sociale, qui peuvent rejeter une ordonnance sans recours possible. Nous allons vers un monde à la Kafka, avec des réglementations absurdes, des décisions non fondées, non explicitées, une bureaucratie et une administration illisibles. Le "monde administré" craint par les théoriciens de l'Ecole de Francfort, nous le vivons déjà: depuis l'administration qui pousse à la médicalisation et surmédicalisation (fortes incitations à des dépistages réguliers de cancers (et autres maladies) et à des bilans réguliers inutiles, qui déforment toute notion de prévention) jusqu'à l'administration qui fait des ordinateurs de la caisse primaire d'assurance maladie les seuls juges d'une prescription, sans régulation humaine possible.

Et nous, usagers et patients, nous continuons à accepter ce monde administré par diverses technosciences, qui met notre vie en coupe réglée; nous continuons à nous dire victimes, sans changer notre comportement, donc sans chercher à imposer en France aussi une variante de l'empowerment reconnu ailleurs comme la seule issue possible. Certes, l'empowerment et ce qu'il implique - décision médicale partagée, exercice de l'esprit critique, responsabilité partagée, etc. - ne serait pas aussi confortable que notre ignorance, puisqu'il nous enlèverait nos illusions de tranquilité, de risque zéro et d'abandon de la responsabilité aux techniciens experts du domaine médical.

Absurdités administratives, lâchetés du monde médical comme des usagers, recherche de profit - le système actuel pousse à la recherche de boucs émissaires et de pseudo-solutions qui permettent la reproduction de l'essentiel au prix de modifications cosmétiques, en surface. Le Planning familial est pris comme bouc émissaire dans une querelle aux contours bien plus vastes, qui fait ressortir nombre de défauts systémiques et de vieux démons - remise en cause de la contraception et de certains droits des femmes - qui ressurgissent régulièrement, comme un retour du refoulé...

La rencontre avec Véronique Séhier me replonge dans un domaine dans lequel j’ai été très investie pas le passé : militer pour le droit des femmes, réfléchir à tout ce qui entrave ces droits, étudier la littérature féministe, en développer certains aspects et contribuer à faciliter leur compréhension, leur connaissance et leur applicabilité aux questions de la vie quotidienne, puis formuler des analyses critiques de la double socialisation et de la double domination – masculine et capitaliste – que subissent les femmes.

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