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05/08/2009

Chroniciser les maladies est plus rentable que les guérir. Les conflits d’intérêts assurent la prééminence du profit sur la santé, selon le prix Nobel Richard Roberts

[Mise à jour du 12 janvier 2017:

Avant d'en venir à l'entretien dans lequel le prix Nobel Richard J Roberts dénonce le fait que, pour l'industrie pharmaceutique orientée vers les profits dans le système néolibéral de la santé marchandisée, il est plus rentable de chroniciser les maladies que de les guérir, j'insère une mise à jour sur l'endométriose comme exemple de chronicisation, parce que la guérison se ferait seulement par chirurgie et que les femmes guéries ne rapporteraient plus rien... 

 Il y a urgence. Il faut diffuser l'information sur ce qui se passe quant à l'endométriose avant que les autorités de santé se fassent avoir par des médecins qui ont d'énormes conflits d'intérêts. Certains ont été largement médiatisés grâce à l'argent des industriels dont ils cherchent à imposer des produits (médicaments et instruments chirurgicaux) inutiles - et dont les résultats peu convaincants ne sont pas médiatisés - dans des schémas de traitement qu'ils sont censés évaluer eux-mêmes (!) pour qu'ils soient adoubés et conseillés par les recommandations officielles de prise en charge de l'endométriose.

L'endométriose est un parfait exemple de chronicisation d'une maladie et de désinformation sur les avancées de la littérature médicale qui ont invalidé tous les préjugés justifiant la prescription de médicaments: maladie liée aux règles donc forcément chronique tant qu'il y a des règles, donc nécessité de traitements hormonosuppresseurs qui arrêtent les règles et baissent le taux d'oestrogènes. Désinformation, parce que si l'information sur la mulleriose comme cause venait à être largement diffusée, plus aucun médicament hormonal (agonistes de la GnRH, progestatifs sous diverses formes, contraceptifs en continu, ...) ne serait prescrit...

L'endométriose touche une femme sur dix en âge de se reproduire. Les profits sont donc immenses si les femmes sont otages de ce complexe médico-pharmaceutique pendant des dizaines d'années, par la prise de contraceptifs cycliques ou en continu et/ou d'autres médicaments hormonosuppresseurs... Et par leur soumission à des procédures chirurgicales inadaptées (techniques d'ablation ou d'exérèse partielle) faites sous médicaments, dont l'inefficacité est censée être compensée par d'autres médicaments, dans un cercle vicieux infernal

Au lieu d'être guéries (à peu près 70% des cas), ou du moins très largement améliorées pendant des années, par une à deux interventions chirurgicales qui font l'exérèse complète de toutes les lésions, en dehors et à distance de tout traitement médicamenteux hormonal, ces femmes sont "traitées" jusqu'à la ménopause par une alternance de médicaments inutiles, mais avec beaucoup d'effets indésirables, qui seront "traités" par d'autres médicaments... C'est ce qu'on appelle la cascade de prescription

 

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01/12/2008

L'industrie du cancer, modèle du business de l'endométriose chronicisée. Yellow-washing médico-industriel, psychanalytique, naturopathique, communicationnel...

Mise à jour en décembre 2010 et 2011. Actualisation en cours 

C'est d'endométriose qu'il est question, selon mes approches habituelles, que l'actualité ne fait que confirmer. Les détails viennent après avoir montré comment l’histoire se répète, puisque les trois principales composantes de l’industrie qui marchandise les femmes, leur santé et leurs maladies se mobilisent pour étendre leur marché à l’endométriose, chronicisée et marchandisée, comme elles l’ont fait autour du dépistage organisé du cancer du sein. L'analogie est très importante, parce que c'est grâce aux erreurs passées que l'on apprend. Et, 30 ans après la mise en place du dépistage organisé, les voix critiques commencent à peine à se faire entendre. Les victimes du business de l'endométriose sont et seront beaucoup plus nombreuses encore.

Évidemment, chacun de ces complexes doit être pensé avec ses satellites et sachant qu’il y a des recoupements entre les trois:

  • Complexe médico-industriel et scientifique conventionnel, sous contrôle des industriels pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc. 
  • Complexe naturo-psycho-holistique (autour des deux pôles majeurs que sont les pseudo-médecines douces genre naturopathie, et la psychanalyse. Les deux tout aussi arbitraires scientifiquement) 
  • Complexe communicationnel, médiatique, publicitaire et du lobbying

Autrement dit: les "industries de la santé" (sic) et ceux qui font leur promotion, diffusent l'idéologie consumériste et l'individualisme néolibéral, fabriquent et manipulent l'opinion. Ils sont même capables de se faire passer pour des anti-système ou ses victimes, des héros qui brisent des tabous, des critiques, des journalistes qui enquêtent et combattent... Les trois collaborent parfaitement, et la situation désastreuse de l'immense majorité des femmes souffrant d'endométriose le prouve. Une iatrogénie invalidante et chronique, donc des traitements médico-pharmaceutiques et chirurgicaux plus des pratiques naturelles, homéopathiques et autres qui créent une chronicité pouvant être bien pire que la maladie et aller jusqu'au handicap. De quoi entretenir le business à vie. Et donner du travail à beaucoup de monde. Du lobbyiste au journaliste aussi. 

Les acteurs du marché  néolibéral de maladies féminines hormonodépendantes chronicisées et psychologisées 

Pour commencer, voici une caricature de Adams et Berger qui montre à quel point le corps des femmes est médicalisé, devenu objet de commerce, marchandisé et pris en otage par ce que l'on peut appeler "l'industrie du cancer" ou "l'économie du cancer" (incluant les "alternatives"), entretenue par la globalisation d'une économie productiviste et par la pollution généralisée qu'elle engendre. A des fins de profit et à défaut d'une volonté politique forte qui s'attaquerait aux vraies causes - environnementales, chimiques... - du cancer du sein.

Ce sont les termes de Geneviève Barbier et Armand Farrachi, dans leur livre La Société cancérigène. Lutte-t-on vraiment contre le cancer? (La Martinière 2007), présenté dans mon article du 19 novembre 2008, avec des extraits.

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26/11/2008

Surdépistage et surdiagnostic des cancers. Urgence d'une expertise citoyenne sur la médicalisation, l'abus de prévention, la médecine paternaliste... Livre de Gilbert Welch

Mise à jour du 3 décembre 2012:

Les réflexions sur le dépistage et surdépistage des cancers, sur les surdiagnostics, sur les justifications mises en avant (qui occultent les intérêts en présence), sur la différence entre les découvertes histologiques (cancer histologique) et les symptômes cliniques (cancer maladie), sur le contexte dans lequel se fait ce surdépistage et sur ses conséquences sont abordés de façon disparate sur Pharmacritique, dans des articles et notes rassemblés sous plusieurs catégories, selon l'angle de vue: prévention, surmédicalisation, industrie du cancer, conflits d'intérêts, surmédicalisation du corps des femmes, médicalisation de l'existence, silence de la raison dès que le mot "cancer" est prononcé, vaccins supposés prévenir le cancer du col de l'utérus, disease mongering (façonnage de maladies/ invention de maladies / vendeurs de maladies), actes médicaux comme forme de contrôle social, uniformisation des individus à travers des normes médicales devenues des normes sociales, etc.

 

Ces articles (qui traitent donc tous du dépistage des cancers, en particulier celui du sein et de la prostate) sont acessibles à partir de la liste alphabétique des catégories à gauche du blog (il faut descendre sur la page, pour accéder aux articles, du plus récent au plus ancien). Quelques exemples de catégories: "surmédicalisation, surconsommation", "prévention, abus de prévention, médecine préventive", "disease mongering, invention de maladies, maladies à vendre", etc. 

 

Les actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements", qui a eu lieu à la Faculte de médecine de Bobigny fin avril 2012 à l'initiative du groupe Princeps dont je fais partie (et où il a beaucoup été question du dépistage/surdépistage, du surdiagnostic des cancers et ses conséquences), sont accessibles à partir de cette page, avec un accent mis sur les causes, le contexte global, les formes que prend le surdépistage ainsi que ses conséquences.

 

J'ai essayé d'expliquer comment des éléments très disparates - des intérêts matériels et idéologiques, des représentations sociales, des stéréotypes habilement exploités, une vision déformée du féminisme, des éléments scientistes qui s'imbriquent parfaitement avec des représentations et des clichés irrationnels, etc. - s'amalgament dans le dépistage du cancer du sein tel qu'il nous est présenté aujourd'hui. Après analyse, il se révèle être une construction sociale érigée en science.

 

J'ai essayé, dans cet article détaillé et donnant des liens et références, de montrer dans quel sens devrait aller, à mon avis, une analyse plus efficace du dépistage et d'en poser quelques balises. A mon avis, le débat public indispensable devrait s'appuyer sur une généalogie critique décomposant cette construction sociale dans ses éléments - chacun étudié en synchronie et en diachronie - et analysant comment et pourquoi ils se sont amalgamés pour donner le résultat que l'on connaît aujourd'hui et qui gonfle chaque année avec un "octobre rose" qui, manifestement, déconnecte notre matière grise...

L'article prend en compte aussi d'autres éléments d'actualité (les contradictions de Marisol Touraine, le prix de la revue Prescrire accordé à Peter Gotzsche pour son dernier livre sur le surdépistage et le surdiagnostic des cancers du sein, livre décrit en grandes lignes et avec des liens, etc.). Il s'appelle "Dépistage du cancer du sein par mammographie: une construction sociale érigée en science. Texte du Nordic Cochrane Centre et autres informations". A la fin l'article, j'ai repris des extraits du texte informatif de Cochrane, que tout le monde devrait lire.

 

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J'ai parlé dans cette note de l’étude de Per-Henrik Zahl, H. Gilbert Welch et al qui mettent en évidence la Cancer dépistage.jpgrégression spontanée de 22% des cancers du sein et reposent avec éclat la question du surdépistage et du surdiagnostic de certains cancers qu’il aurait mieux valu ignorer, et ce pour que les personnes en question restent en bonne santé…

 

H. Gilbert Welch est professeur de médecine interne et de famille à la faculté de médecine de Dartmouth et dirige le département des anciens combattants (Veteran Affairs) dans l’Etat du Vermont.

 

Son livre Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi (PU Laval, 2005) fait une irruption rafraîchissante dans le monde sclérosé d’une médecine qui se comprend de plus en plus comme une application standardisée, réflexe et non réfléchie des acquis technologiques à l’ensemble de la population, et peu importe qu’il y ait des bénéfices réels ou pas. Or un dépistage généralisé - même d'affections telles que les cancers - ne tient pas lieu de politique de santé publique.

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Cancer du sein: taux élevé de régression spontanée. Critique du surdépistage: surdiagnostic, faux positifs, cancers radio-induits…

22% des cancers du sein régresseraient tout seuls - c’est l'estimation à laquelle arrive une étude mammographie dépistage critique,industrie du cancer,dépistage cancer du sein mortalité,cancer radio-induit radiations,régression spontanée tumeurs cancéreuses,surdiagnostic cancer du sein,surdépistage surdiagnostic cancer du sein,mammographie surdiagnostic surtraitement,peter gotzsche,per-henrik zahl,gilbert welch,surmédicalisation,cancer prévention abus de prévention,surdépistage cancerpubliée le 24 novembre dans la revue Archives of Internal Medicine : "The Natural History of Invasive Breast Cancers Detected by Screening Mammography" (L’histoire naturelle des cancers invasifs du sein détectés lors des mammographies de dépistage).

 

Les auteurs, Per-Henrik Zahl, Gilbert Welch et al, Américains et Norvégiens travaillant sur des données norvégiennes, concluent que "certains cancers du sein [qu’ils estiment à 22%, chiffre qui inclut certains cancers invasifs] détectés par des mammographies répétées régresseraient au point de ne plus être détectables si on faisait une seule mammographie au bout de 6 ans. Il est possible que l’évolution naturelle de certains cancers invasifs soit de régresser spontanément", sans aucun traitement qui, en l’occurrence, ferait plus de mal que de bien. La question centrale est celle du surdiagnostic des cancers du sein résultant du surdépistage.

 

Un article paru hier dans le New York Times – "Study Suggests Some Cancers May Go Away" (Une étude suggère que certains cancers pourraient disparaître tout seuls) - rend compte de l’étude et des réactions mitigées provoquées par ses résultats.

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16/10/2008

Cancer: seul un essai clinique sur cinq est publié. L’industrie pharmaceutique occulte ses ratages

L’ESMO (Société européenne d’oncologie médicale) rend compte le 9 octobre d’un rapport  de Ramsey et Scoggins publié dans la dernière livraison du journal The Oncologist, qui arrive à la conclusion d'un fort biais de sélection des essais cliniques, qui mène à ne publier en majorité et en intégralité que ceux qui ont des résultats positifs, à savoir en moyenne 1 sur 5. (Le rapport prend PubMed pour source de publications). C'est ce qu'on appelle un "biais de publication", qui induit de la désinformation, parce que l'état des connaissances est déformé si l'on ne connaît pas l'issue de recherches cliniques défavorables (négatifs) pour tel ou tel médicament, mais seulement ceux favorables (ou arrangés pour paraître positifs ou plus positifs qu'ils ne le sont).

 

De tous les essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutique, moins de 6% sont publiés, et sur ces 6%, 75% arrivent à des conclusions favorables pour les médicaments étudiés.

Vu les résultats plus que limités du règlement actuel du registre des essais cliniques, qui exige la publication de tous les résultats, un groupe de travail a proposé à l’Institut National du Cancer états-unien (National Cancer Institute) de mettre en place sa propre base de données des essais cliniques, pour en suivre la progression du début jusqu’à la fin.

 

Il faut avoir accès à ces informations, puisqu'on apprend aussi des erreurs et qu'on évite de refaire les mêmes.

 

D'autre part, ce  nombre très élevé d'essais non concluants montrent bien qu'il faut essayer d'agir non pas toujours dans le sens de ce symbole_toxique.jpgqu'on a appelé "industrie du cancer" - où chaque nouvelle molécule est vendue à prix d'or par les firmes et présentée comme révolutionnaire à des malades désespérés, mais en amont - sur les causes du cancer. Il faut oser s'en prendre aux causes environnementales, chimiques, industrielles, bref, aux agents cancérogènes produits par l'homme et les technosciences qu'il adule.  C'était aussi le sens de ma note "Investissez dans l’industrie du cancer ! Son avenir en bourse s’annonce radieux, note Marianne ."

 

Un autre problème qui se pose est celui de certains dépistages réguliers, par exemple du cancer de la prostate et du cancer du sein, en fait des surdépistages qui participent de la surmédicalisation et surmédicamentation ambiante, avec des conséquences dramatiques (faux diagnostics, biopsies et traitements inutiles et risqués, etc.). Beaucoup de monde vit de l'industrie du cancer...

 

Elena Pasca

 

 

 
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