04.10.2011
Conflits d’intérêts, marasme éthique, influence pharmaceutique... Menaces sur la médecine (Roy Poses et Health Care Renewal)
Par ses activités, prises de positions et analyses, le Dr Roy Poses est l’une des principales figures de la résistance aux influences et manipulations de l’industrie pharmaceutique. Depuis 1994, il est professeur associé de médecine à l’Université de Brown (Etats-Unis), l’une des plus réputées du pays. Depuis 1999, il est aussi professeur associé de médecine interne à la Virginia Commonwealth University.
Il a fondé et préside la Foundation for Integrity and Responsibility in Medicine (FIRM).
Roy Poses est le fondateur et principal auteur du meilleur blog / site sur le complexe médico-industriel : Health Care Renewal. Parmi les thèmes abordés sur ce blog très documenté figurent : le marasme éthique et moral en médecine ; la perte du professionnalisme (au sens anglo-saxon, qui met l’accent sur la déontologie et sur les modalités d’application d’un savoir technique, dont la simple maîtrise théorique n’est que le degré zéro) ; la dévalorisation des valeurs éthiques en médecine au profit d’un appât du gain croissant ; la dégringolade morale de la médecine universitaire (et pas seulement…); les diverses formes de corruption, conflits d’intérêts et lobbying et leurs conséquences ; les leaders d’opinion et autres formes d’asservissement à l’industrie pharmaceutique ; les influences, manipulations et biais plus ou moins directs de l’industrie pharmaceutique à tous les niveaux (formation initiale et formation médicale continue, presse et information médicale en général, recherche clinique…).
Le blog Health Care Renewal s’est imposé comme LA meilleure référence internationale sur ces sujets, sans aucun équivalent français comparable. Au lieu d’une longue introduction, j’ai choisi de traduire un texte qui illustre le registre très large de sujets abordés sur Health Care Renewal, principalement par Roy Poses.
05:36 Publié dans Associations, programmes, sites anticorruption, Conflits d'intérêts / corruption, Figures de la résistance à l'influence des pharmas, Formation médicale continue... par les firmes, Leaders d'opinion, pantins du pharmacommerce, Médecine-commerce, profit, conflits d'intérêts | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : roy poses, health care renewal, conflits d'intérêts médecine industrie pharmaceutique, éthique médicale déontologie professionalisme, médecine conflits d'intérêts profit commerce, leaders d'opinion médecine, recherche médicale manipulation, formation médicale continue influence pharmaceutique, médecine universitaire influence pharmaceutique, facultés de médecine management gestion commerciale, lanceurs d'alerte médecine risques, ghostwriting information médicale |
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15.01.2011
Le Médiator et les autres: faut-il avoir peur des médicaments ? 15 pages d'informations et liens utiles
Le lundi 10 janvier 2011 à 19 : 00, j'ai participé à un débat sur la LCP (La chaîne parlementaire - Assemblée nationale), intitulé "Médiator: faut-il avoir peur des médicaments?" Il s'agissait de situer le Médiator dans le contexte, de comprendre comment ce "drame" - que le patron de l'industrie pharmaceutique Christian Lajoux" désignait comme un "accident" - a pu se produire et si d'autres catastrophes sanitaires sont actuellement en cours ou à venir.
Les participants étaient: Gérard Bapt (député PS, cardiologue de formation), José Duquesnoy (président de l'association des victimes du Médiator ADVM, de la région du Nord), Christian Lajoux (président directeur général de Sanofi-Aventis France et patron du L€€M (syndicat patronal des 300 laboratoires pharma actifs en France) et moi-même (Elena Pasca, philosophe, administratrice de la Fondation Sciences Citoyennes et "auteure" de Pharmacritique). Le débat était animé par le présentateur de l’émission « Ca vous regarde », Arnaud Ardoin.
Cliquez sur « Lire la suite » pour accéder aux commentaires, informations, liens, explications… qui dépassent très largement les thèmes abordés lors du débat. J’essaie d’aborder plusieurs dimensions illustrant le contrôle total de l’industrie pharmaceutique sur la filière du médicament et sur toute l’information qui s’y rattache.
Entre autres: nouvelles tendances: marketing relationnel vs R&D; données socio-économiques des pharmas; conflits d'intérêts des associations; leaders d'opinion (médecins et leaders associatifs) qui verrouillent le système de santé et de soins; industrie du cancer, irrationalité de la pensée s'agissant de certains médicaments; absence d'analyse coût - efficacité; formation médicale continue et presse médicale dans les mains des pharmas; certains propos de Christian Lajoux; l'hypocrisie générale des autorités sanitaires et des médecins quant aux conflits d'intérêts; l'ineptie des codes volontaires de déontologie, etc., etc. Tout cela avec des liens pour approfondir.
La vidéo de l'émission (48 minutes) et l'annonce par la LCP se trouvent dans cet article. Ici, je souhaite rappeler - sur une quinzaine de pages - certaines problématiques essentielles, en donnant des liens pour approfondir. Bref, ce que j'aurais voulu dire dans l'émission si j'avais eu le temps...
Une image très négative de l’industrie pharmaceutique, d’où l'urgence d'une communication très soignée…
Dans des pays où l’opinion publique a pris conscience de la gravité de la situation, suite à des scandales révélés par des media qui font leur travail au quotidien - et non pas une fois par décennie, comme chez nous pour le Médiator -, l’image des laboratoires pharmaceutiques est très détériorée.
Un sondage commandité en 2005 par la Kaiser Family Foundation confirmait l’effondrement de l’image de l’industrie pharmaceutique, et ce malgré les mécénats et autres œuvres de charité pour lesquelles elle dépense plus que d’autres industries aux Etats-Unis.
Seules l’industrie pétrolière et celle du tabac faisait pire. Pour 70% des personnes interrogées, c’est l’industrie pharmaceutique qui est la plus avide de profits et, pour ce faire, met le profit avant les êtres humains, profite de leur malheur.
Selon un sondage de Harris de décembre 2010, les trois industries qu’il est le plus urgent et indispensable de contrôler et de réguler sont, dans l’ordre, l’industrie pétrolière, celle pharmaceutique et celle du tabac. Ces trois sont aussi les moins dignes de confiance et les plus susceptibles d’être malhonnêtes. (Je reviendrai sur cette image dégradée des laboratoires, car il est évident qu’elle explique le recours accru à tout ce pourrait la redresser, donc à des lobbyistes et leurs méthodes publicitaires et de relations publiques).
LEEM : la branche française du lobby le plus puissant au monde, celui qui dépense aussi le plus en activités de lobbying / communication / relations publiques…
Je commence par rappeler quelques-unes des notes parues sur Pharmacritique au sujet du L€€M (Les Entreprises du médicament), représenté par Christian Lajoux lors du débat, histoire de mieux faire comprendre de qui il s'agit. Car il y a une grande différence entre l'image et la réalité, entre le discours et les actes, et j'ai rappelé lors du débat que l'industrie pharmaceutique emploie moult cabinets de lobbyistes qui servent à lisser l'image et à maîtriser la communication et les artifices rhétoriques de façon à détourner le débat vers des terrains consensuels ou en tout cas pas minés, pas de nature à éveiller un esprit critique peu aiguisé en France.
Ceux qui ont suivi les deux séminaires d’ETAL (Encadrement et Transparence des Activités de Lobbying) ont pu mieux comprendre à quel point un lobbyiste maîtrise les techniques de persuasion les plus perfectionnées, qui peuvent vous convaincre que 2 + 2 = 5, malgré toutes les preuves contraires.
Les représentants des pharmas se cachent toujours derrière diverses formes de clichés du genre: l'industrie pharmaceutique crée des emplois, est indispensable à la société sous sa forme actuelle, car c'est elle qui lui permet les investissements et la recherche permettant de soigner et guérir des maladies telles les cancers, le SIDA, etc.
Ce sont des lobbyistes qui élaborent pour leurs clients les réponses et les stratégies rhétoriques, et j'avais fait remarquer aux autres participants, avant l'émission, qu'il ne fallait pas suivre Christian Lajoux sur ce terrain-là, parce que nous ne pouvions pas à la hauteur. Je le sais pour avoir suivi et analysé la nature de ses interventions médiatiques, servi comme il est par des journalistes pour le moins serviables, si ce n’est serviles. Si les interlocuteurs laissent Lajoux poser les termes du débat, c’est fini, c’est lui qui mène la danse, et les autres perdent leur temps de parole à déjouer les pièges et autres artifices rhétoriques, au lieu de discuter de façon argumentée et chiffrée, sans langue de bois.
Mais la structure d'un tel débat - interventions courtes, alors qu'il ne peut y avoir de réponse par oui ou par non à de telles questions - et le temps imparti (48 minutes pour quatre intervenants, plus les questions du journaliste, plus les interventions de deux spectateurs dont l'un était un ancien visiteur médical, habitué de l'émission, venu soutenir ses (anciens?) patrons - ne permet pas d'aller au-delà des généralités.
Voici quelques articles et notes (réunis sous la catégorie « Ethique et pharmas, firmes et LEEM ») qui en disent long sur la situation actuelle, où l’industrie pharmaceutique mène la danse, et pas seulement par la rhétorique: on laisse le L€€M s’autoréguler, émettre un code volontaire de bonne conduite, non contrôlée et une charte de la visite médicale, tout aussi volontaire... Ces deux caricatures (celle-ci et celle-ci) montrent à quoi ces codes de déontologie volontaire (sic) peuvent servir, d’un point de vue pragmatique…
*** Sarkozy et l’industrie pharmaceutique : le poisson pourrit par la tête…
Cette autorégulation bafoue par ailleurs tous les principes, à commencer par le sens du terme « déontologie », qui est tout sauf volontaire, puisqu’elle relève même pas des éthiques relatives, arbitraires, concurrentielles, mais de la morale et de ce qu’elle a de normatif, par-delà les applications éthiques. Tout cela signifie en clair qu’on se fiche des principes et de la morale.
17:27 Publié dans Conflits d'intérêts / corruption | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
| Tags : conflits d'intérêts médecine, christian lajoux, médiator effets secondaires, effets secondaires médicaments, marketing pharmaceutique, conflits d'intérêts laboratoires sarkozy, conflits d'intérêts associations de patients, leaders d'opinion médecine, rapport coûtefficacité, code de déontologie pharmaceutique, signalement effets secondaires, pharmacovigilance afssaps, visiteurs médicaux charte éthique |
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27.06.2008
Sanofi licencie 800 visiteurs médicaux et concentre ses investissements marketing sur les leaders d’opinion… Nous voilà prévenus
Il faudrait un détecteur de mensonges - actualisé en détecteur de conflits d'intérêts et de désinformation médicale - à chaque fois qu'on voit un grand
ponte de la médecine... Rien à craindre pour les non corrompus, alors…
Un brève signée Jean-Claude Jaillette dans le dernier numéro de Marianne : « Sanofi-Aventis projette de licencier 800 visiteurs médicaux, le tiers de sa force de vente. Le quatrième laboratoire mondial est-il sur le point de renoncer à une pratique décriée par les associations de consommateurs qui la jugent « pousse-à-la-prescription » ? Anticipant une crise prochaine – d’ici à 2012, la moitié des anciens médicaments du marché deviendront des génériques -, les grands labos redéploient leurs forces. « Dépenser moins pour vendre plus », tel est leur mot d’ordre. Seuls les médecins gros prescripteurs seront démarchés. Les autres seront sensibilisés par des interventions de grands pontes qui, sous couvert d’information, enverront des messages publicitaires. Vous avez dit conflits d’intérêt ? »
On voit bien que le temps des leaders d’opinion n’est pas révolu… Paraphrase de l’éditorial du 21 juin du British Medical Journal, accompagnant un article et un commentaire sur le même thème, dont nous avons rendu compte dans la note intitulée Les médecins leaders d'opinion, pantins du commerce pharmaceutique. Le British Medical Journal dénonce. Note suivie de quelques commentaires invitant le BMJ à balayer aussi devant sa porte. Par souci de non discrimination...
Elena Pasca
04:39 Publié dans Leaders d'opinion, pantins du pharmacommerce, Méthodes labos: corruption, fraude, pression..., Visiteurs médicaux, délégués médicaux, VRP pharma | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : leaders d'opinion médecine, corruption conflits d'intérêts médecine, marketing pharmaceutique publicité promotion, visite médicale vrp, licenciement visiteurs médicaux sanofi |
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