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22/04/2014

Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements: programme du 3ème colloque de Bobigny (25 et 26 avril 2014)

NdR: J'ai été absente au moment de la répartition des ateliers et des premières discussions, y compris sur le choix des personnalités invitées à donner des conférences introductives. Tout le monde connaît mes positions quant à l'existence même des ordres professionnels, donc de l'ordre des médecins. Aussi, je n'aurais pas invité le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l'Ordre des médecins. Et encore moins le président de la Haute Autorité de Santé, le Pr Jean-Luc Harousseau, au vu de mon article sur ses conflits d'intérêt, et plus particulièrement les plus de 200.000 euros perçus à titre d'honoraires personnels dans les trois ans précédant sa nomination (et non déclarés dans sa première déclaration d'intérêts). J'essaierai d'évoquer cet aspect lors du colloque. 

Cette année je ne (co)animerai pas d'atelier, d'une part parce que j'ai été absente et ne veux pas me greffer tardivement sur le travail de quelqu'un d'autre, ni créer des complications en cas de divergences d'opinion, d'autre part parce que je n'assume pas tous les aspects organisationnels. Mon absence lors de l'édition 2013 était aussi une façon de marquer une distance. Je m'y suis investie, malgré certains problèmes. Mais au final, pourquoi faire l'effort d'y aller alors que mes collègues du groupe Princeps ont invité une plagiaire à faire une contribution, malgré les objections que j'ai soulevées dès que son nom a été prononcé ? J'ai dit alors que ce serait elle ou moi, ce qu'ils n'ont pas pris au sérieux, et j'ai agi en conformité avec mes principes.

Par contre, je ferai deux communications, l'une dans l'atelier sur la sous-médicalisation (La "maltraitance ordinaire": tare systémique en santé, source de sous-médicalisation et de surmédicalisation), l'autre dans l'atelier sur la surmédicalisation hier et ailleurs (Causes et formes de surmédicalisation et de sous-médicalisation dans le système allemand de santé. Un exemple à suivre, vraiment ?)

La "maltraitance ordinaire" par les professionnels de santé est l'un des sujets sur lesquels j'ai travaillé pendant tous ces mois de silence, accumulant des faits, des preuves et des témoignages qui seront exposés dans des articles à venir. Il fallait lancer le sujet aussi dans le contexte de la discussion sur la surmédicalisation et la sous-médicalisation, d'autant que je m'intéresse depuis longtemps aux causes de ces phénomènes (cf. par exemple ma contribution à l'édition 2012 du colloque sur la surmédicalisation). La maltraitance en fait partie, et elle dépasse très largement la relation soignant-soigné à laquelle on la cantonne, ce qui est l'une des façons de la minimiser. Il faut exposer les composantes de la "maltraitance ordinaire", sortir des préjugés qui limitent les pratiques de maltraitance aux violences essentiellement physiques infligées à des personnes dépendantes, âgées, handicapées. (Nous sommes par ailleurs tous dépendants lorsque nous nous retrouvons cloués à un lit, à un fauteuil, etc.) Maltraitance, c'est aussi la privation de soins, le défaut de soins, d'écoute et de parole; ce sont les mauvais traitements, dans tous les sens du terme, y compris dans le vaste champ de l'erreur médicale, du remplacement du soin humain (le care anglophone) par de la médecine au sens large du terme, réduite à ses dimensions pharmacologique et technique, de nos jours...

Il faut conceptualiser - comprendre et expliquer, selon le couple herméneutique - donner des catégories d'analyse et de réflexion, contribuer à une prise de conscience sur les raisons qui expliquent l'aveuglement sociétal quant aux pratiques de maltraitance, leur permettant de perdurer, entre autres pour maintenir nos illusions et auto-mystifications sur le meilleur système de santé au monde... J'ai déjà eu droit à un certain nombre de critiques, rien que pour vouloir aborder le sujet, de la part de personnes qui ne nient pas le phénomène, mais préfèrent que l'on n'en parle pas, vu les conséquences que cela pourrait avoir et vu le risque d'instrumentalisation. J'ai aussi eu droit à un nouvel acte d'intimidation, dont je parlerai le moment venu. Raison de plus d'en parler...

Elena Pasca

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Le groupe Princeps annonce le programme définitif de l’édition 2014 du colloque de Bobigny (qu'il organise avec le soutien logistique du Département de Médecine Générale de la Faculté de médecine de Bobigny, de la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste et de l'association Civic Santé). Le colloque aura lieu vendredi 25 avril 2014 de 9h à 17h et samedi 26 avril 2014 de 9h à 13h, à la Faculté de Médecine de Bobigny, UFR Santé Médecine Biologie Humaine, 74 rue Marcel Cachin 93000 Bobigny (entrée du parking - et des piétons – par l’avenue de la Convention) sous le titre

Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements

L’inscription peut se faire sur place, au tarif de 30 euros ou de 10 euros pour le tarif réduit (exclusivement par chèque à l’ordre de la SFTG, en précisant « Colloque surmédicalisation 25 et 26 avril 2014 »). Les frais incluent le repas de vendredi midi. Pour plus de détails pratiques, voir le blog du groupe Princeps : http://surmedicalisation.fr/

 

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02/05/2013

Surmédicalisation, sous-médicalisation, surdiagnostics et surtraitements - programme du colloque 3 et 4 mai à Bobigny

Le groupe Princeps organise, en coopération (pour la logistique) avec le Département de Médecine Générale de la Faculté de médecine de Bobigny et la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste

Le 2ème colloque de Bobigny: "Sur- et sous-médicalisation, surdiagnostics, surtraitements", qui aura lieu le vendredi 3 mai de 9h à 17h et le samedi 4 mai de 9h à 13h, à la Faculté de Médecine de Bobigny, UFR Santé Médecine Biologie Humaine, 74 rue Marcel Cachin 93000 Bobigny. (Entrée du parking-et des piétons- avenue de la Convention)

PROGRAMME

Vendredi 3 mai 8h30 – 9h

Accueil café

Vendredi 3 mai – 9 heures

  • Introduction par le Doyen de la faculté de médecine de Bobigny (ou son représentant)
  • Présentation introductive du Pr Didier Sicard : "Autour du dépistage"

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Vendredi 3 mai – 9h30 – 11h30

Atelier N° 1 (modérateurs Jean-Claude Salomon et Omar Brixi):

Approche théorique : Comment se construit la médicalisation, ses excès, ses carences.

Intervenants:

  • E. Galam : Surmédicalisation, croyances et transmission
  • Florence Amrouche : La progression de la pauvreté et ses effets sur la santé
  • Marc Jamoulle : La prévention quaternaire
  • Michèle Le Barzic : Obésité : surmédicalisation ou médicalisation abusive ?

 

Atelier N° 2 (modérateurs François Pesty et A. Siary):

Surmédicalisation: État des réflexions et des actions dans différents pays.

Intervenants par vidéo :

  • S. Woolf : The US disadvantage: Shorter lives, poorer health
  • M. Kale : Trends in overuse, underuse and misuse
  • A. Elshaug : The Value of Low-value lists
  • Ch. Cassel : The Choosing Wisely campaign
  • H. Krumholz : Shared decision making
  • T. Quill & J. Temel : Early Palliative Care
  • J. Avorn : Academic detailing
  • S. Svensson : Surrogate End Points in clinical trials
  • L. Bero : Management of conflicts of interest

 

Vendredi 3 mai – 11h30 – 11h45

Pause café

Vendredi 3 mai – 11h45 – 12h 45

Séance plénière, Modérateur : M. Doré

Vendredi 3 mai – 12h45 – 14h

Déjeuner de travail sur place

 

Vendredi 3 mai – 14h – 16h

Atelier N° 3 (modérateurs Elena Pasca et Michel Thomas):

Le disease mongering (façonnage de maladies): formes méthodes et conséquences

  • Elena Pasca: Méthodes de disease mongering et leurs conséquences concrètes
  • Jean-Claude St Onge: Médicalisation de la détresse psychologique. Surdiagnostic et surtraitement
  • A. Giami: La médicalisation de la sexualité: un exemple paradigmatique
  • Xavier Briffault : Le rôle de l’évaluation par les échelles dans la sur-prescription des psychotropes
  • Rachel Campergue : Comment les techniques classiques de marketing sont utilisées dans la campagne de dépistage du cancer du sein

 

Atelier N° 4 (modérateurs Omar Brixi et Michel Doré):

Le dépistage en cause ? La prévention : une cause.

  • C. Vassy : Le dépistage de la trisomie 21 en France : une surmédicalisation ?
  • A. Siary : Cancer du sein et iatrogénèse
  •  E. Pasca : Le dépistage du cancer du sein : une construction sociale érigée en science
  • G. Delépine : Dépistage des cancers de la prostate par le PSA : scandale financier, gâchis humain
  • M. Yver : Surdiagnostic du cancer de la prostate : rôle de l’anapath

Vendredi 3 mai – 16h – 17h

Séance plénière, Modérateur : J.C. Salomon

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Samedi 4 mai  8h 30 :

Accueil café

Samedi 4 mai 9h – 11h

Atelier N° 5 (modérateurs A. Siary et Maïlys Michot-Casbas):

Pour une meilleure efficience: Actions et évaluations

  •  Sylvain Duval : Meilleure efficience dans la prescription de 2 anti-cholestérol
  •  François Pesty : Efficience des médicaments de l’hypertension
  •  E. Foisset : Influence de la visite médicale
  •  (...)

 

Atelier N° 6 (modérateurs M. Doré et M. Thomas):

Pour une meilleure efficience: Les médicaments essentiels

  •  J.C. Salomon : Médicaments essentiels : pourquoi une liste courte
  •  J. Doucet, E Boisdin, O. Nicol et coll : Etude des déterminants de la dé-prescription des médicaments en médecine générale
  • Cam Anh Khau, H. Vaillant, M. Doré : Génèse d’une liste de 100 médicaments essentiels des généralistes
  • Michel Thomas : Les 151 médicaments essentiels

 

Samedi 4 mai – 11h – 11h 15 :

Pause café

Samedi 4 mai 11h 15-12h 15

Séance plénière, Modérateur : O. Brixi

Samedi 4 mai 12h-12h15

Conclusions générales

Samedi 4 mai 12h15

Fin du colloque

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27/03/2013

2ème colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements". Ateliers et appel à contributions (3 et 4 mai 2013 à Bobigny)

Le groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas) organise les 3 et 4 mai 2013 le deuxième colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », à la Faculté de Médecine de Bobigny. Pour la logistique, le groupe Princeps collabore avec le Département de Médecine générale de la Faculté de Médecine de Bobigny et avec la SFTG.

A partir de cette page, vous pouvez accéder aux actes du colloque – textes complets, powerpoints, comptes-rendus, graphiques… - et à toutes les informations concernant le premier colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », qui a eu lieu les 27 et 28 avril 2012 à Bobigny, avec les mêmes organisateurs. Les introductions détaillées que j’ai faites sur plusieurs pages, portant sur la médicalisation et la surmédicalisation, restent toujours d’actualité, tout comme le communiqué de presse et les autres documents collectifs. 

Les thèmes proposés pour la deuxième édition – 3 et 4 mai 2013 - sont exposés en détail après mes remarques préliminaires, dans des textes introductifs faits par les modérateurs de chaque atelier. Ces textes présentent le cadre de référence thématique ; ils ne sont pas exhaustifs. Le programme final sera établi par le comité d’organisation en fonction des contributions proposées et acceptées.

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27/07/2012

Résumé des interventions lors du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements" (hors contributions)

Pour compléter les actes du colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » (27-28 avril à la Faculté de médecine de Bobigny), dont la publication commence sur cette page, voici le résumé des principales interventions faites pendant les ateliers (lors de la discussion succédant aux contributions) et pendant les trois assemblées plénières.

Merci à François PESTY d’avoir pris des notes et de les avoir transcrites. J’ai rajouté quelques paragraphes. Une version moins complète de ce texte a été diffusée sous le titre « Verbatim des interventions ». Si d’autres intervenants souhaitent compléter ce texte, merci de m’adresser le résumé de leurs interventions lors des débats et plénières à pharmacritique@voila.fr.

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07/07/2012

Ateliers N° 4, 5 et 6 (Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements")

Le colloque « Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements » qui a eu lieu le 27 et le 28 avril à la surdépistage cancer,surmédicalisation surtraitement,médicalisation anticipation maladie,anne vega,anne pellissier fall,sous-médicalisation accès aux soins,pauvreté santé inégalités,surmédicalisation marché néolibéralisme,médicaments essentiels,maurice rapin médicaments essentiels,liste médicaments essentiels,mucoviscidose dépistage,evidence-based medicine surmédicalisationFaculté de médecine de Bobigny a été présenté plusieurs fois, en particulier dans les notes contenant l’introduction détaillée et le programme. Les enjeux et les possibles suites à donner – j’imaginais un mouvement citoyen d’idées - ont été évoqués dans le communiqué de presse des organisateurs.

Quant aux actes (powerpoint et textes transmis par les intervenants et les modérateurs) : sur Pharmacritique ont déjà été publiés les actes de l’atelier N° 1 (Surmédicalisation, mythe ou réalité), de l’atelier N° 2 (Causes et sources de surmédicalisation), de l’atelier N° 3 (Surdiagnostics sources de surtraitements), de même que les comptes-rendus des ateliers faits par les modérateurs respectifs. Des liens insérés au début de chaque page permettent d’accéder à tout ce qui a été publié là-dessus sur ce blog.

Voici les contributions aux ateliers N° 4, 5 et 6 (et quelques liens et fichiers complémentaires, envoyés par les contributeurs).

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08/06/2012

Actes du colloque "Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements": les comptes-rendus des ateliers (causes, formes, enjeux, médicaments essentiels…)

Les 27 et 28 avril 2012 a eu lieu à la Faculté de médecine de Bobigny le colloque surmédicalisation,colloque surmédicalisation surdiagnostics surtraitements,disease mongering surmédicalisation,surconsommation médicaments médicalisation,cancer surdiagnostic dépistage,médicalisation surmédicalisation,sécurité sociale impact surmédicalisation,sous-médicalisation accès aux soins,psychiatrie médicalisation dsm,groupe princeps,elena pasca,surmédicalisation causes formes risque,néolibéralisme médecine contrôle social,biopolitique biopouvoir médecine,médicaments essentiels,médicalisation sciences sociales« Surmédicalisation, surdiagnostics, surtraitements », co-organisé par le Groupe Princeps (Omar Brixi, Elena Pasca, François Pesty, Jean-Claude Salomon, Michel Thomas), le Département de Médecine générale de la Faculté de Bobigny et la SFTG (voir le programme).

Conceptualiser pour faire comprendre les enjeux pour tous les citoyens

A ceux qui n’en ont pas encore eu connaissance, je conseille de commencer par cette page de présentation du colloque et des ateliers, avec mon introduction détaillée sur les enjeux et l’importance d’une prise de conscience globale, par l’ensemble des citoyens, de l’omniprésence de la surmédicalisation, de ses causes, formes et conséquences, de ses risques pour notre santé individuelle et publique, tout comme pour le système public solidaire de santé et de soins. Cette compréhension est d’autant plus urgente que nous n’en avons pas conscience, parce que la surmédicalisation n’est pas un bloc ; son aspect systémique résulte d’une convergence de pratiques et d’intérêts d’acteurs divers, dans tous les champs du soin, acteurs qui lui donnent des justifications de santé publique (prévention…) et même des légitimations d'apparence éthique. Tous ces dérapages sont rendus possibles par le dévoiement de la fonction sociale de la médecine – thème de mon intervention -, et ils sont non seulement socialement acceptés, mais socialement valorisés… Parmi les distinctions que j’ai faites pour mieux expliquer le phénomène et ses justifications – car la conceptualisation et catégorisation est indispensable si l’on veut comprendre, expliquer et inciter à agir - figure celle entre médecine préventive, médecine prédictive et médecine prescriptive (au sens éthique du terme, illégitime).

Notre communiqué de presse, « La surmédicalisation : un dysfonctionnement majeur et systémique, à haut risque pour la santé publique comme pour notre système de soins », contient certaines formulations concises de nature à éveiller l’esprit critique sur l’étendue quantitative et les dégâts qualitatifs de la surmédicalisation et sur le fait que la médicalisation inutile (et les cercles vicieux qu’elle induit) ont pour contraire dialectique la sous-médicalisation. La tendance est à l’augmentation des deux, si cette thématique ne fait pas son chemin dans l’espace public, dans un débat public mené par l’ensemble des citoyens, car il concerne les choix de principe et les décisions à prendre sur nos modes de vie et sur le type de société dans laquelle nous imaginons notre avenir.

Sortir de l’entre-soi corporatiste pour un débat et des décisions citoyennes

Ce débat doit impérativement être soustrait aux corporatismes, et ce d’autant plus que les professionnels de santé se sont toujours trompés ou ont échoué, parce qu’ils n’ont pas su (ou voulu) sortir de l’entre-soi, ni aborder lucidement leur propre rôle et celui de leurs organisations (ordre des médecins, syndicats, associations, sociétés savantes…) dans la légitimation, la reproduction et même l’aggravation des structures systémiques qui ont pour résultat quasi automatique la surmédicalisation.

J’ai essayé de porter, parmi les organisateurs du colloque, ces idées et surtout la nécessaire sortie de l’entre-soi corporatiste, comme la sortie du petit cercle des convaincus. J’ai exprimé cela aussi lors du colloque et après, appelant à faire sauter les barrières (et les querelles de clocher) entre spécialités et entre professionnels de santé et usagers, à renoncer aux habitudes de décision et d’action exclusivement de médecins à médecins (et organisations médicales), à ne pas prendre des décisions autoritaires à la place des usagers, ni dans un sens ni dans l’autre, mais à leur apporter des catégories explicatives, des concepts et des exemples utiles et facilitant leur compréhension, les aidant à construire et exprimer leur esprit critique, leur subjectivité réflexive et délibérative, à faire un usage public de la raison, notamment dans les décisions qui leur reviennent de droit, de par les capacités juridiques qui sont leur apanage en République.

Ce danger d’entraver la création et l’essaimage d’un mouvement d’idées à cause des vieux réflexes corporatistes et de l’entre-soi médical est toujours présent. Je n’ai jamais agi dans un esprit opportuniste et cela ne changera pas. Je ne me limiterai pas à un rôle de perroquet et de panneau publicitaire et ne cautionnerai aucun acte qui risquerait d’entraver le mouvement citoyen et de limiter l’information et la possibilité d’appropriation de ces sujets par l’ensemble des citoyens. Eux seuls – et non pas quelques médecins et organisations bienveillants mais illégitimes s’ils veulent parler au nom de la majorité - peuvent mettre un terme à des pratiques aussi répandues et aussi fortement enracinées ; eux seuls peuvent y voir plus clair, car l’immense majorité n’a aucun intérêt à la reproduction de ce système et n’en vit pas. 

Les lecteurs de Pharmacritique ne seront pas dépaysés, puisqu’il s’agit de thèmes et d’éléments déjà abordés largement sur ce blog, dans les articles des catégories « surmédicalisation », « prévention, abus de prévention », « disease mongering » et ailleurs. Car toutes les structures de notre pseudo-système de santé, et même la moindre forme de désinformation médicale, le moindre biais et le moindre conflit d’intérêt – tout cela a pour conséquence l’augmentation du nombre de bien-portants devenus malades consommateurs de médicaments, sous prétexte de prévention, dépistages, bilans réguliers…

Un mot sur l’atelier N° 2

J’ai parlé plus longuement que les autres contributeurs, car outre l’introduction à l’atelier (la catégorisation des causes exposées lors de la présentation du colloque) et la modération, j’ai aussi fait une contribution (comme les autres contributeurs).

C’est après lecture des résumés qui nous ont été envoyés que j’ai décidé d’en faire une, afin que des causes majeures de la surmédicalisation (thème de cet atelier) soient évoquées au moins une fois : des explications prenant en compte le contexte global, des hypothèses plus osées, très critiques, donc risquant la controverse, mais argumentées. Plusieurs personnes m’ont dit avoir eu un véritable « déclic », avoir compris comment tout s’est mis en place aussi du point de vue socio-économique, historique et idéologique, et avec quelles conséquences essentielles pour la santé, mais aussi pour le modèle actuel de société, avec la médecine comme outil de contrôle social exerçant une correction en vue de la mise au pas et de l'extirpation de la différence. Alors je me dis que le risque – me voir reprocher moult fois la longueur – valait la peine. Selon les retours que j’ai eus, cette interprétation fait sens et contribue à la construction d'une explication théorique plus globale, un cadre logique de pensée dans lequel viennent s’inscrire les informations et les exemples concrets. 

Elena Pasca

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COMPTES-RENDUS DES SIX ATELIERS (par leurs modérateurs)

Atelier N°1: 27 avril matin : SURMEDICALISATION, MYTHE OU REALITE

Animation et compte-rendu par Jean-Claude SALOMON

Introduction - Jean-Claude SALOMON

Quelles hypothèses peuvent être explorées :

  • - La surmédicalisation est une tendance lourde associée au mouvement médical.
  • - La surmédicalisation fait progressivement obstacle au progrès médical et entrave le fonctionnement de l’action sanitaire et médicale.
  • - La surmédicalisation résulte de l’obligation de moyens plutôt que de l’obligation de résultats . Elle détourne les moyens de leurs fins.
  • - La surmédicalisation coexiste avec la sous-médicalisation et avec les inégalités de santé, sans parvenir à les réduire.

Quelles questions peuvent avoir des réponses :

  • - Quel rapport y a-t-il entre la surmédicalisation et la marchandisation de la santé?
  • - La démarcation entre le normal et le pathologique s’est-elle déplacée?
  • - La médicalisation des problèmes sociaux est-elle extensive ?
  • - Comment la surmédicalisation est-elle ressentie par les citoyens (bien portants ou malades), par les institutions, par les professionnels ?
  • - Quels dysfonctionnements provoque-t-elle ?
  • - Que peut-on mesurer avec méthode et rigueur?
  • - Quelles catégories professionnelles sont concernées : épidémiologistes, économistes, démographes, géographes etc. (IRDES, DRESS) ?
  • - Situation comparée entre pays et entre régions.
  • - La surmédicalisation est-elle un dysfonctionnement du système de santé ? Dans l’affirmative est-ce un dysfonctionnement systémique ?
  • - La surmédicalisation, les surdiagnostics et les surtraitements sont-ils seulement l’expression du consumérisme ordinaire commun à tous les pays industrialisés?
  • - Surmédicalisation et sous médicalisation : 2 faces de la même médaille ou expression des inégalités de santé ?

 

Sylvie FAINZANG - La surmédicalisation, entre médecins et malades : en mettant la surmédicalisation en perspective avec les réactions de résistance qu'elle engendre chez les patients et les diagnostics auxquels ces derniers se livrent dans le cadre de l'automédication, on montre que les individus ne sont pas les simples objets, passifs, de la surmédicalisation puisqu'ils peuvent y être réfractaires, ou au contraire en être les auteurs. Dans ces deux cas, la surmédicalisation va de pair avec une sous-médicalisation, par un effet de sélection des symptômes médicalisés.

Jacques BIRGE - La non prescription en médecine générale : enquête de pratiques chez les maîtres de stage et stagiaires Stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) lorrains

Hypothèse : Il existe une dispersion de pratiques en terme de prescription ou de non-prescription. Un nombre non négligeable de médecins s’abstienne de prescrire, quand cela ne met pas en cause la qualité des soins.

Méthode : Enquête de pratiques, prospective.

Résultats : Dispersion de non-prescription : 0 à 34 %.

Conclusion : Hypothèse validée, La non-prescription est une pratique réalisable et acceptée que l’ont peut promouvoir en France. Ceci vaut aussi bien pour les médicaments que pour les examens complémentaires.

Bernard DUPERRAY et Bernard JUNOD - Dépistage du cancer : le modèle de prévention contredit par les faits

La justification du dépistage procède d’un mythe : le modèle linéaire de l’histoire naturelle du cancer. La confiance des médecins dans la valeur pronostique de l’examen au microscope d’un prélèvement de lésions suspectes a renforcé la perception d’efficacité de la destruction des cancers diagnostiqués tôt. Morbidité et mortalité consécutives au dépistage de masse prouvent aujourd’hui que le surdiagnostic – confusion entre maladie cancéreuse et « cancer » qui n’aurait pas eu de conséquence sur la santé – a illusionné soignants et patients. Contrairement aux espoirs suscités par l’extension du dépistage organisé, l’incidence des cancers avancés ne recule pas. La frontière entre le normal et le pathologique est un thème de recherche beaucoup trop négligé en cancérologie mammaire.

Etienne ANTOINE - Surmédicalisation ou contre-productivité : un regard contemporain sur Ivan Illich

Ivan Illich commençait Némésis médicale, l’expropriation de la santé, par ces mots: «L’entreprise médicale menace la santé.»

Il analysait l’effet paradoxal de cette médecine en plein essor, qu’il divisait en trois formes de iatrogénèse: clinique, structurelle et sociale.

Nous nous demanderons si ce livre polémique publié en 1976 reste d’actualité. La surmédicalisation n’étant actuellement envisagée que sous son aspect de iatrogénèse clinique, il nous faudra donc nous interroger sur ses aspects structuraux et sociaux.

 Débat et synthèse de l’atelier

Il est clair que les hypothèses et les questions formulées en introduction n’ont pas de réponse après la présentation des communications. Elles ne pouvaient en avoir, sinon de façon partielle. En partant des expériences et des observations rapportées, il n’est possible par induction de parvenir à la vision générale de la surmédicalisation que de façon progressive, par accumulation de résultats. Cet atelier ne pouvait prétendre à plus. Toutefois il est important que l’exploration de ce phénomène ait été amorcée. En ce sens le but recherché a été atteint. Il semble vain de dénoncer le consumérisme des patients ou les prescriptions abusives des médecins si on n’est pas capable de mesurer ce que l’on explore. L’économie et la politique de santé ne peuvent être évacuées ou être fondées sur des affirmations ou sur de simples intuitions. Alors que la médecine tente de se rebâtir sur des preuves scientifiques (Evidence Based Medicine – EBM), l’économie et la politique de santé doivent se construire sur des preuves d’une autre nature, mais aussi rigoureuses, pour enlever la conviction et aider à prendre des décisions (Evidence Based Policy – EBP).

On conçoit que cette démarche soit entourée d’un bruit de fond qu’il faut méthodiquement atténué.

Bien d’autres questions devront être l’objet des études pour les années à venir.

  • - La surmédicalisation peut elle être une réponse adaptative ?
  • - La prévention quaternaire permet-elle de réduire la surmédicalisation ?
  • - L’orientation vers les actes, les examens et les produits essentiels est-elle illusoire ?
  • - quels sont les avantages et les inconvénients des normes de médicalisation et de bonnes pratiques
  • - La «règle ou la norme» doivent-elles résulter de démarches simultanées  du terrain vers la conceptualisation (bottom up) et l’inverse (top down).
  • - Si la surmédicalisation est bien réelle; ses déterminants peuvent-ils être mieux analysés ?
  • - Dans l’affirmative sont-ils accessibles à l’action sanitaire et sociale?

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Atelier 2 : CAUSES ET SOURCES DE SURMEDICALISATION, vendredi 27 avril 2012, (9H30- 12H00), avec une cinquantaine de participants

Modération et compte-rendu: Elena Pasca

Contributions (par ordre de prise de parole) :

  • Elena PASCA : La surmédicalisation, conséquence du dévoiement de la fonction sociale de la médecine
  • Pierre-Guillaume PARIS: La santé, catégorie normative qui façonne les subjectivités
  • Luc PERINO : Surmédicalisation : un dysfonctionnement systémique habilement exploité
  • Laurent LETRILLIART, Denis POUCHAIN: Troubles cognitifs légers: une zone grise à risque de surmédicalisation
  • Monique DEBAUCHE: Les médicaments psychiatriques : modes et tendances
  • Edwige LE MOUEL, Olivier DECAUX, Antoinette PERLAT, Patrick JEGO, Bernard  GROSBOIS: Incidentalomes biologiques : étude prospective en consultation de médecine interne

Dans l’introduction, Elena PASCA (philosophe) a insisté sur la nécessité d’une catégorisation et d’une analyse globale du contexte, des causes, des formes et des conséquences de la surmédicalisation. Elle a exposé et exemplifié quelques catégories.

Dans son intervention sur le dévoiement de la fonction sociale de la médecine, elle a évoqué certains apports des sciences sociales permettant de comprendre les changements à tous les niveaux – droit, idéologie, économie, psychologie sociale et mentalités… - qui sont soit les prémisses, soit les conséquences de la surmédicalisation.

Ces changements systémiques ou ponctuels ont permis la reproduction du complexe médico-industriel au prix d’adaptations minimes ; ils ont rendu possible l’instrumentalisation de la médecine, puis le dévoiement de sa fonction sociale vers des rôles illégitimes où elle transforme des bien-portants en malades pour élargir le marché de l’industrie pharmaceutique, à l’aide de techniques de persuasion, de marketing et de disease mongering, sous des prétextes paraissant scientifiquement fondés tels que la prévention, réduite à la médicamentation. Cette médecine préventive se double d’une médecine prédictive aux fondements douteux (le tout génétique…) et d’une médecine prescriptive (au sens prétendument éthique : le médecin édicte des préceptes comportementaux pour des individus et des populations, à travers des politiques hygiénistes et des normes médicales qui deviennent des normes sociales de mise au pas).

Il y a danger d’une dérive irréversible vers une médecine outil de contrôle social imperceptible mais omniprésent, une médecine gardienne de l’ordre établi (voir la réforme de la psychiatrie...) et instrument d’ingénierie sociale aux mains d’une biopolitique qui uniformise les individus, les normalise selon des standards arbitraires et extirpe la différence. Les auteurs de l’Ecole de Francfort – largement cités – ont mis en garde contre ce nivellement et contre l’exclusion des différents (ceux qui n’acceptent pas la « correction » par le « traitement » médico-pharmacologique). Il est socialement valorisé de se dire malade – dépressif, bipolaire, hyperactif… -, mais disqualification et stigmatisation sociales guettent si l’on ne s’ajuste pas aux rôles socio-économiques, si l’on est différent, critique, marginal, inadapté au système et à son marché du travail. C’est soit l’identification à une case selon les normes néolibérales, soit un diagnostic de « trouble » selon le DSM (Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux). La diversité humaine (psychodiversité…) risque de disparaître au profit d’individus devenus permutables, interchangeables, façonnés selon les mêmes standards biologiques, morphologiques et psychiques.

Sous l’influence d’un marketing pharmaceutique décuplé depuis l’avènement de la psychopharmacologie et de l’individualisme néolibéral qui accentue les droits subjectifs et défensifs, les individus revendiquent un droit à la santé conçue comme un vague bien-être (cf. définition de l'OMS). La « correction » médico-pharmaceutique qu’ils reçoivent annihile le potentiel de subjectivité réflexive et délibérative qui nous sortirait du cercle vicieux entre notre consumérisme et l’offre médicale qui crée la demande.

Il faut rendre cela conscient à l’aide de concepts critiques et porter le débat dans l’espace public politique, afin qu’un mouvement citoyen empêche le complexe médico-industriel d’achever la mutation anthropologique (K. Applbaum) et l’état de biopouvoir quasi-totalitaire anticipé par Foucault et d’autres.

Si la médecine peut jouer un tel rôle, c’est que la santé est une catégorie normative en fonction de laquelle se construit la subjectivité et le rapport à soi. Pierre-Guillaume PARIS, philosophe de la santé, l’a montré par des exemples tirés du domaine des cancers – publicités et préceptes édictés à diverses époques -, qui illustrent l’évolution des représentations de la relation médecin/patient et des façons de concevoir la médecine. L’on comprend comment se forment historiquement les attentes des médecins, et notamment l’homo medicus : un patient idéal, qui serait capable d’objectivation et surtout de compliance, donc d’observance non critique des prescriptions. L’on comprend aussi comment se construisent les représentations de soi des usagers en tant que patients et au-delà, dans leur subjectivité, puisque le savoir médical joue un rôle de médiation dans cette construction. Le corps du patient tend à devenir un objet de la médecine, son autocompréhension et ses conduites étant en rapport avec les attentes des médecins et les médiations de ce type.

Cette construction est déterminée par le contexte économique et historique : celui d’une gouvernementalité et d’une rationalité libérales, avec toutes les conséquences sociales, sociétales et idéologiques. La médecine, qui paraît être transparente et dire la réalité telle qu’elle est, est un outil parfait. Ces dehors scientifiques appuient la demande implicite faite aux patients : entrer dans le monde tel qu’il est circonscrit par la médecine, regarder leurs corps comme des objets cliniques, se battre et « positiver », agir en « entrepreneur de soi », bref, se soumettre aux exigences et aux outils d’une médecine entrée en hybridation avec le management, la psychologie, la publicité, comme on peut le voir avec la psycho-neuro-immunologie, par exemple…

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06/01/2012

"Surmédicalisation, surdiagnostics et surtraitements": colloque le 27 et 28 avril. Appel à contributions

La plaquette définitive et la présentation détaillée des ateliers sont sur cette page. Merci de tenir compte des actualisations. 


Merci de diffuser ces trois textes qui contiennent un court texte d’appel, l’appel à contributions et surmédicalisation médicalisation,surdiagnostic,surconsommation médicaments médicalisation,surtraitement surmédicamentation surconsommation médicaments,surmédicalisation colloque,surmédicalisation prévention surdépistage,surmédicalisation disease mongering,surmédicalisation surmédicamentation causes,médicaments essentiels,groupe princepsles grandes lignes thématiques (à affiner et préciser) que nous proposons d’aborder lors des six ateliers du colloque qui aura lieu les 27 et 28 avril 2012 à la Faculté de Médecine de Bobigny sous le titre « Surmédicalisation, surdiagnostics et surtraitements ».

Le colloque est co-organisé par le groupe Princeps (dont je fais partie, voir plus bas), par la SFTG (Société de formation thérapeutique du généraliste) et le Département de Médecine générale de la Faculté de Médecine de Bobigny.

Merci d’adresser vos contributions, suggestions, etc. à

surmedicalisation@tribunes.com

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